Le point sur le développement de la filière éolienne en France

Maintenance éolienne

Techniciens de maintenance au sommet d’une éolienne à Pontivy dans le Morbihan (©EDF-Hugo Aymar)

L’association France Energie Eolienne, « porte-parole » de la filière au niveau national(1), a publié le 8 octobre son Observatoire annuel de l’éolien(2). Ce qu’il faut en retenir.

Capacités installées, facteur de charge et production

En 2018, 1 552 MW éoliens ont été raccordés au réseau électrique en France (près de 70% des nouvelles éoliennes ont été fournies par les constructeurs Vestas et Enercon). À fin juin 2019, la puissance cumulée du parc éolien français atteignait 15 820 MW.

À titre indicatif, la PPE avait fixé un objectif de 15 GW éoliens installés en France métropolitaine continentale à fin 2018(3), cible qui a été atteinte. À l’horizon 2028, la PPE envisage au moins 34,1 GW de capacités éoliennes terrestres raccordées(4) (auxquelles s’ajoutent les parcs offshore), ce qui implique « d’accélérer (le rythme des installations) à 2 GW raccordés par an », souligne France Energie Eolienne.

Rappelons ici que ces capacités doivent être rapportées aux facteurs de charge des installations (qui varient d’une filière à une autre et d’un site à un autre) afin d’évaluer le volume d’électricité qu’elles permettront in fine de produire.

En 2018, l’éolien a produit 27,8 TWh en France métropolitaine (+ 15,3% par rapport à 2017), soit 5,1% de la production nationale d’électricité selon le gestionnaire de réseau RTE (le facteur de charge de la filière était en moyenne de 21,1% en 2018).

Parc éolien français
Les objectifs de la PPE pour la France métropolitaine continentale – ici indiqués en pointillés pour l’éolien terrestre – doivent être confirmés « par décret d’application à la fin de l’année 2019 », rappelle France Energie Eolienne. (©Connaissance des Énergies, d’après France Energie Eolienne)

Répartition des parcs et développement des installations « de grande hauteur »

À fin juin 2019, la France comptait 7 950 éoliennes réparties entre près de 1 380 parcs (données incluant les territoires ultramarins). À cette date, deux régions disposaient sur leurs territoires de 50% des capacités éoliennes françaises raccordées : les Hauts-de-France (315 parcs éoliens) et le Grand Est (259 parcs).

Précisons par ailleurs que 16 exploitants gèrent plus de 300 MW de capacités éoliennes en France, les premiers d’entre eux étant les grands énergéticiens Engie (2 160 MW à fin juin 2019 en incluant les installations de CNR) et EDF Énergies renouvelables (1 556 MW).

Outre les mesures de simplification du cadre réglementaire, l’essor de l’éolien en France passe entre autres par « l’introduction de machines de dimensions plus grandes et plus performantes » permettant de capter des vents forts et réguliers (notamment dans des zones a priori moins attrayantes pour la filière), souligne France Energie Eolienne. L’association cite en exemples les parcs de Chamole (Jura) et Massay (Cher) qui disposent d’éoliennes atteignant 193 m de haut « en bout de pales » (contre 120 à 155 m en moyenne en France) avec des mâts de 135 m (entre 80 et 100 m en moyenne).

France Energie Eolienne estime que ces projets « de grande hauteur » – fréquents en Allemagne – sont encore « trop rares » sur le territoire français (en raison de barrières d’ordre réglementaire, logistique ou environnementale). Il est notamment « presque impossible d’implanter une éolienne à moins de 30 km d’un radar militaire », ce qui conduit selon l’association à interdire « plus de 50% du territoire […] aux éoliennes de plus de 150 mètres de hauteur ».

Éolien offshore et voisins européens

France Energie Eolienne souligne par ailleurs les attentes relatives à l’éolien offshore en France. Bien que bénéficiant de 3 500 km de côtes et du 2e gisement de vent en Europe après le Royaume-Uni, la France ne dispose toujours pas de parc offshore en service (seule l’éolienne flottante « Floatgen » est en service au large du Croisic).

Parmi les différents projets éoliens offshore en cours de développement en France, les parcs de Courseulles-sur-Mer (75 éoliennes de 450 MW de puissance cumulée) et de Fécamp (83 éoliennes, 498 MW) devraient être les premiers à être mis en service, en 2022 selon le calendrier actuel. En avant-propos de cet Observatoire, la ministre en charge de l’énergie Élisabeth Borne souligne que « le Parlement a renforcé l’ambition de développement de l’éolien en mer en fixant un nouvel objectif de rythme d’attribution de 1GW par an d’ici à 2024 ».

Pour illustrer la compétitivité de la filière offshore, France Energie Eolienne fait référence aux tarifs proposés dans le cadre du dernier appel d’offres à Dunkerque, projet attribué pour « moins de 50 €/MWh » (63 €/MWh pour les derniers appels d’offres relatifs à l’éolien terrestre(5)). Signalons toutefois que la forte baisse du prix annoncé dans le cas de ce projet est autres liée à l’évolution du cadre réglementaire – « inspiré du modèle appliqué en mer du Nord » : le raccordement du parc sera « financé par RTE et refacturé à l’ensemble des consommateurs ».

Pour rappel, la France dispose du 4e parc éolien en Europe après l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. L’ensemble du parc éolien de l’UE à 28 – d’une puissance de 178,8 GW à fin 2018 (dont près de 18 GW offshore) –  a produit 362 TWh en 2018 selon les données de WindEurope(6).

Energie éolien dans l'Union européenne
En 2018, les facteurs de charge moyens de la filière éolienne dans l’Union européenne ont atteint 22% pour les installations terrestres et 36% pour les parcs offshore. (©Connaissance des Énergies, d’après WindEurope)

Emplois et recettes fiscales

La filière éolienne revendique sa position de premier « employeur ENR en France » : l’ensemble de la chaîne de valeur éolienne employait 18 200 personnes(7) « s’appuyant sur environ 1 000 sociétés »  à fin 2018, soit 6,4% de plus qu’un an plus tôt (+ 1 100 emplois). France Energie Eolienne estime que la filière crée « 1,2 emploi au cœur des territoires pour chaque nouveau MW d’énergie éolienne raccordé ».

L’Observatoire de l’éolien souligne que la filière crée de l’emploi sur l’ensemble du territoire français, « y compris dans les zones rurales » (activités d’exploitation et de maintenance) bien qu’une part très importante des emplois du secteur soit encore concentrée dans « le Bassin parisien (Île-de-France ainsi qu’une partie des régions Centre-Val de Loire et Normandie), regroupant traditionnellement une part importante des sièges sociaux d’entreprises ». L’Observatoire indique par ailleurs que « de nombreux emplois restent à pourvoir dans l’éolien, notamment dans le développement et la maintenance ».

France Energie Eolienne souligne également dans sa publication les recettes fiscales des collectivités associées aux parcs éoliens (imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux, taxes foncières, etc.) : elles avoisineraient « de l’ordre de 10 000 à 15 000 euros par MW raccordé et par an »(8). Selon l’association, l’implantation de parcs éoliens contribue à l’émergence au niveau local d’autres « projets porteurs d’avenir : chaufferies au bois, réhabilitation des bâtiments publics, mise en place de circuits courts d’approvisionnement alimentaire, etc. »

Précisons que la « fin de vie » des parcs éoliens (démontage et recyclage(9)) n’est qu’« abordée » dans ce rapport mais ne fait pas l’objet d’une quantification. L’Observatoire éolien mentionne toutefois 2 exemples de projets de « renouvellement » de parcs (Sainte-Suzanne à la Réunion et Souleilla-Corbières-Treilles dans l’Aude(10)) qui doivent permettre d’augmenter sensiblement les productions.

Emplois dans la filière éolienne française
La branche « Études et développement » compte pour près de 30% des emplois de la filière éolienne en France à fin 2018 selon l’Observatoire de l’éolien 2019. (©Connaissance des Énergies, d’après France Energie Eolienne)

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Tout ce qu’il faut savoir sur le CETA

« En évitant soigneusement les questions majeures : Est-il prudent de se rendre dépendant d’un pays outre Atlantique pour des questions alimentaires la situation énergétique étant ce qu’elle est ? Qui d’autre que les multinationnales trouve un intérêt à cet accord ? Ne s’agit-il pas de la mise en place d’un énorme gaspillage ? Veut-on vraiment aller jusqu’au bout de la privatisation de nos services publiques ? Veut-on vraiment donner tous les pouvoirs aux firmes et abandonner notre système démocratique (déjà très mal en point) ? La politique, la vraie, ne consisterait-elle pas à mettre en place ce qu’il est utile de faire (créer une agriculture qui nous donne une autonomie alimentaire, redéfinir les besoins des individus et constituer une société qui puisse les satisfaire, créer un contre-pouvoir aux volontés hégémoniques des firmes, …) ? Il est clair, avec un minimum d’objectivité, que la signature du CETA emmène le monde à l’opposé de ces intérêts et de nos intérêts. Il ne s’en cache même pas, c’est seulement les observateurs qui s’efforcent de ne pas le voir. »

P

PTout ce qu'il faut savoir sur le CETA

Publié le
Les agriculteurs avancent beaucoup de raisons pour expliquer leur colère. Mais ces dernières semaines, c’est le vote en faveur du Ceta à l’Assemblée nationale du 23 juillet dernier qui a remis le feu aux poudres. Qu’implique cet accord entre l’Union Européenne et le Canada ? Pourquoi inquiète-t-il à ce point nos agriculteurs ? Éléments de réponse.
P

Qu’est-ce que le Ceta ?

P

Pourquoi le qualifie-t-on d’accord de «nouvelle génération» ?

Cette expression est employée depuis 2011 et le début des négociations pour l’accord en l’UE et la Corée du Sud, bouclé en 2015. Elle signifie que contrairement aux anciens accords commerciaux, la «nouvelle génération» ne se limite pas à la simple réduction des droits de douane entre les États que l’accord concerne. Les nouveaux accords réduisent également ce qu’on appelle les «obstacles non-tarifaires». Dans le cas du Ceta, ça veut dire que l’accord va également faciliter l’échange de services, ouvrir davantage les marchés publics aux candidatures étrangères ou encore harmoniser les normes de toute nature afin de limiter les démarches de certification de conformité à l’exportation.

PQui est contre et pourquoi ?

À l’échelle de l’Europe, les réticences gouvernementales ont été assez faibles dans un premier temps. Seule la Belgique, en 2016, à cause du refus de trois gouvernements régionaux, a fait reporter de quelques jours la ratification du traité par le Parlement européen. Aujourd’hui, d’autres pays posent problème, au premier rang desquels l’Italie, qui a promis à plusieurs reprises à ses agriculteurs que l’accord ne passerait pas chez eux. L’Irlande et la Pologne font aussi partie des pays où le travail législatif n’a pas commencé. En l’état, 90 % du contenu de l’accord – la partie qui ne nécessitait que la ratification de l’UE – est déjà entré en vigueur. Mais si l’Italie ou n’importe quel autre parlement national ou régional des 28 États membres refuse de ratifier la partie de l’accord qui dépend de l’État et qui concerne les tribunaux d’arbitrage, alors c’est la globalité du Ceta, sous cette forme, qui devra être abandonné. En France, les critiques viennent principalement de deux secteurs pourtant souvent en opposition : agriculteurs et écologistes. Les premiers craignent une nouvelle concurrence déloyale venue d’Outre-Atlantique, puisque l’accord prévoit une très importante augmentation des quotas d’importation de produits canadiens comme le bœuf, le porc, le blé ou le maïs. Problème : les agriculteurs canadiens sont soumis à beaucoup moins de contraintes de production que leurs homologues français. Leurs prix sont donc plus compétitifs. Du côté des écologistes, on regrette cette augmentation d’échanges commerciaux qui va fatalement avoir un impact sur l’environnement via le transport de marchandises.

PQui est pour et pourquoi ?

La majorité des pays de l’UE sont favorables au Ceta. D’ailleurs, en plus de la France, 13 des 28 États membres ont déjà ratifié l’accord (Autriche, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni et Suède). En France, même s’il subsiste des réserves, les producteurs de fromage doivent pouvoir bénéficier de l’augmentation des quotas d’exportation. La reconnaissance sur le sol canadien de 143 appellations géographiques européennes (sur un total de 1 500), dont 42 pour la France, est également une bonne nouvelle. Mais les principaux bénéficiaires pourraient être les grandes entreprises comme Alstom ou Bouygues, qui lorgnent l’ouverture des marchés publics canadiens à la concurrence européenne (de 10 % à 30 %).

Depuis des années, la colère monte

«Suicides», «endettement», «sécheresse», «loup», «CETA», «Mercosur», «retraites», «ZNT», «prix», «végans». Dans les allées du Sommet de l’élevage de Clermont-Ferrand vendredi dernier, Emmanuel Macron a pu apprécier sur les pancartes tous les motifs de griefs des agriculteurs, qui se cumulent depuis des années. Et il y en a eu d’autres ! Souvenez-vous l’hiver 2017-2018. À la fin du mois de janvier, les agriculteurs, révoltés contre la diminution des zones agricoles défavorisées, avaient multiplié les actions d’envergure. Dans la région en particulier : à Toulouse, une vaste opération de blocage du périphérique avait eu lieu, point d’orgue de plusieurs semaines de grogne au bout desquelles ils avaient obtenu gain de cause. Mais encore ? L’ours, la grippe aviaire… La liste est très longue.

 Lucas Serdic

Libéralisme et néo-libéralisme. Quelle stratégie du Capital ? Quelle réponse du mouvement ouvrier ?

Viktor Orban, en veine de théorisation, propose « d’instaurer un État illibéral » tout en gardant la philosophie des politiques d’austérité mises en œuvre partout dans le monde. Le dirigeant hongrois dessine ainsi l’idéologie néo-libérale : imposer la mondialisation du Capital en diminuant drastiquement le coût du travail en jouant sur la concurrence de tous contre tous et toutes.1 L’illibéralisme tient dans la rupture avec le libéralisme des révolutions anglaises et françaises, un système politique, économique, social qui prend sa légitimité dans la démocratie, le vote des citoyen-ne-s.

Un État illibéral est un État qui fait fi de la démocratie et propose, comme modalité de gouvernement, la dictature. Orban révèle aussi la crise politique, crise démocratique comme résultat de la mise en œuvre de politiques en faveur des riches contre les pauvres. Une grande partie des populations ne croit plus aux mythes qui ont fait la force des démocraties parlementaire : Liberté – Égalité –Fraternité, trilogie qui tend à disparaître du fronton des Mairies. Le simple fait de les énoncer fait sourire. Liberté ? Les gouvernements mettent partout en œuvre la répression. Les lois sécuritaires remettent en cause de plus en plus nettement les libertés démocratiques, en France comme ailleurs. Seul le discours change. Il est plus ou moins cynique.

Égalité ? Les inégalités progressent. Les riches deviennent plus riches. Le nombre de millionnaires n’a jamais été aussi élevé et les pauvres plus nombreux et plus pauvres. En France, le système de protection sociale qui subsiste malgré toutes les contre-réformes, amortit le choc de la baisse des revenus du travail.

Fraternité ? Il n’est besoin que de mentionner le discours démagogique sur les migrants. Il est question de « crise des migrants » alors que les migrations révèle l’ensemble des crises, à commencer par les guerres et les mutations climatiques, qui agite la planète. Une fois encore l’Autre sert de bouc émissaire face aux problèmes qu’aucun gouvernement, pour l’heure, n’essaie de régler malgré des discours lénifiants. Plus encore, jamais les sociétés n’ont été aussi profondément éclatées.

Le résultat est une profonde interrogation sur la légitimité des gouvernements. Les partis politiques se sont suicidés à mettre en œuvre ces politiques qui supposent de pressurer toujours plus la classe laborieuse. Qui se révolte logiquement. Et s’abstient. Lorsque la gauche et la droite se réfère au même corpus théorique et pratique, voter apparaît dépourvu de tout effet.

Corpus théorique ?

La volonté de construire une nouvelle forme d’Etat, une forme répressive, fait partie du dispositif néo-libéral. Contrairement à l’idée mainte et maintes fois répétée, la question n’est pas d’appauvrir l’intervention de l’État mais de faire basculer les politiques pour servir les desseins du capitalisme actuel, un régime d’accumulation à dominante financière. La forme sociale et nationale qui a marqué les « 30 glorieuses » (1945-1975) doit être détruite pour permettre une nouvelle expansion du Capital.

Le néo-libéralisme s’est construit au cours du 20e siècle, suivant Quinn Slobodian à la fin de l’Empire austro-hongrois comme l’indique le titre de son livre : « Globalists : The End of Empire and the Birth of Neoliberalism ». En économie, Von Hayek – tête des économistes autrichiens – dés 1920 s’évertue à construire l’idéologie néo-libérale qui aura comme devise : « Il faut s’adapter »2.

Retour sur l’histoire de la pensée économique3

Hayek s’appuie sur les économistes appelés néo-classiques dont les approches ne sont pas toujours communes. Mais ils se réfèrent tous à la même théorie de la valeur : l’utilité pour le consommateur. La préférence du consommateur fait le prix et donc la valeur de toute chose, de toute production. Pour parler autrement : « la main invisible du marché » règle la vie économique. L’État permet aux mécanismes du marché de fonctionner et de réaliser « l’allocation optimum des ressources ».

Dans beaucoup trop de manuels d’économie, cette vision de la « main invisible » est attribuée à Adam Smith, premier économiste qui œuvre, en ce 18e siècle, pour comprendre et appréhender la nécessaire révolution dans les modes de production. La révolution industrielle transforme la donne et il faut, pour la nouvelle classe dirigeante, la bourgeoisie, une théorie explicative du basculement en cours. Dans la différence des environnements, la France restée paysanne, verra les théorisations des physiocrates qui déterminent que toute la richesse provient de la terre. Adam Smith puis David Ricardo feront de la dépense du travail humain dans l’industrie la source de la richesse, la valeur de toute chose.

Logiquement « la main invisible » ne se trouve pas dans l’ouvrage principal d’Adam Smith, « Enquête sur la richesse des nations » mais plutôt chez Jeremy Bentham, philosophe.

Karl Marx s’emparera de cette théorisation, de la valeur travail pour la critiquer en trouvant le concept de « force de travail » et l’exploitation des salarié-e-s par les propriétaires du Capital.

La réaction, en cette fin du 19e siècle sera donc de construire un nouveau modèle, de nouveaux paradigmes pour à la fois rendre opaques les mécanismes économiques et trouver une parade à Marx d’un côté et faire oublier le libéralisme révolutionnaire, appelé aussi « le siècle des Lumières ». Un patrimoine à faire fructifier pour le mouvement ouvrier et non pas à ignorer.

Le néo-libéralisme s’impose comme la référence dans toutes les politiques mises en œuvre dans les années 1920. La crise dite de 1929 n’y changera rien dans un premier temps. Il faudra le « New Deal » de F. D. Roosevelt et les théorisations de Keynes pour permettre la mise en œuvre de nouvelles politiques. Elles visent à lutter contre la surproduction et, par-là même l’effondrement de l’économie. La forme sociale et nationale de l’État en découle logiquement.

Néo-libéralisme, le retour

La fin de la période dite des « 39 glorieuses » en 1974-75 – une grande rupture dans l’histoire récente du capitalisme – oblige à passer à un nouveau régime d’accumulation, une nouvelle manière de crier des richesses. Les années 1980 verront la victoire du néo libéralisme par KO debout de la part des forces du mouvement ouvrier.

Une erreur manifeste se glissera dans cette défaite sans combat. La place de l’État. Le discours néo-libéral s’organise dans l’idée du « moins d’Etat », une idée fausse provenant de la confusion entre libéralisme et néo-libéralisme. Le « moins d’Etat » a comme conséquence de considérer l’État-Nation comme garant des conquêtes ouvrières et démocratiques en dénonçant la « mondialisation » comme l’origine, de tous les maux. Tout démontre la fausseté d’une telle théorisation. L’Europe serait la seule responsable, par exemple, de toutes les déstructurations de la société française sans prendre en compte le rôle premier de l’État en France. Plus encore, l’Europe étant une construction inter-étatique, si le gouvernement français avait voulu refuser les directives de la Commission européenne, il avait toute latitude pour le faire. L’inanité de cette réponse au néo-libéralisme saute aux yeux.

Cette erreur a créé des faux ennemis et une approche politique qui a fait le jeu de l’extrême droite qui a trouvé une justification à ses discours démagogiques. La défense de l’État-Nation dans le régime d’accumulation capitaliste actuel est une stratégie assassine pour le mouvement ouvrier, pour sa reconstruction. Il est nécessaire de revenir à la solidarité internationale des travailleurs face à un capitalisme globalisé – pour exprimer la tendance fondamentale à la mondialisation mais qui suppose des contre tendances. L’État-Nation est le vecteur de la construction du néolibéralisme. Toutes les politiques menées depuis quasi quarante ans viennent le montrer.

Politiques qui s’organisent dans la destruction des règles précédentes. C’est le sens qu’il faut donner à la déréglementation. Une nouvelle réglementation s’est mise en place qui allie aux côtés de l’État, des règles édictées par des partenaires privés via les partenariats public privé et la contractualisation. Les privatisations sont à la fois la contestation des services publics – tout à un prix fixé par le consommateur en fonction de l’utilité qu’il prête à ce service -, le mouvement vers la globalisation et une récompense des élites.

Le rôle de l’État n’a pas diminué, il a changé. Il est tout autant nécessaire pour maintenir l’ordre néo-libéral. Ordre qui appelle la dictature pour l’imposer au plus grand nombre contre les intérêts du plus grand nombre. Cette démonstration est aussi à la base de la thèse de Romaric Godin, « La guerre sociale en France » (Ed La Découverte) où il décrit le néolibéralisme des élites françaises, un État au service du développement du marché en favorisant le Capital.

Le néolibéralisme a comme objectif déclaré de détruire toutes les formes de solidarité collective pour faire surgir une nouvelle division internationale du capital, une organisation géopolitique qui permette aux grandes sociétés capitalistes de dominer le monde en servant de la révolution scientifique et technique du numérique en cours. L’individualisation, résultat des quarante ans de néolibéralisme, est une donnée qu’il faut prendre compte pour construire des solidarités collectives, pour refonder la nécessité des services publics et renouer avec la liberté, l’égalité, la fraternité et la sororité comme la solidarité internationale des travailleurs. Le tout se veut une réponse aux crises du capitalisme : mutations climatiques, crise écologique, financière, économique, sociale. De ce point de vue le bilan du néolibéralisme tient de la grande catastrophe. Plutôt de se faire les avocats du collapse – l’effondrement – et de se réfugier dans sa campagne, il serait temps de s’atteler à un programme de transformations sociales capable de s’appuyer sur le libéralisme.

Nicolas Béniès


1 Voir « Dans la tête de Viktor Orban », Amélie Poinssot, Solin/Actes Sud, Arles, 2019

2 C’est le titre du livre de Barbara Stiegler, « « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique », NRF essais/Gallimard, Paris, 2019. Un essai intéressant sur la controverse américaine entre Walter Lippman – un colloque organisé à Paris en 1939 porte son nom – et John Dewey sur le contenu du libéralisme et de la citoyenneté. On lui fera le reproche de brasser trop de sujets mais elle met bien en évidence la différence de nature entre le libéralisme et le néo-libéralisme.

3 Jacques Mistral in « La science de la richesse. Essai sur la construction de la pensée économique » (NRF essais/Gallimard, Paris, 2019) permet de se faire une idée de la différence fondamentale entre « classiques » et « néo-classiques ». Par voie de conséquence il ne met pas dans le même sac libéralisme et néolibéralisme. Sa conclusion est une pierre apportée à ce débat.

Libéralisme et néo-libéralisme. Quelle stratégie du Capital ? Quelle réponse du mouvement ouvrier ?

Température mondiale : 2e mois de septembre le plus chaud. Par Johan Lorck

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 se classe au 2e rang depuis 1948, date du début de l’archive NCEP-NCAR. L’année 2019 est pour le moment à la deuxième place derrière 2016.

Les réanalyses comme NCEP-NCAR intègrent de multiples observations dans un modèle permettant de suivre quasi quotidiennement l’évolution du climat. Les données sont donc immédiatement publiées, contrairement aux bilans mensuels des stations au sol. Les réanalyses permettent ainsi de se faire une idée des futures annonces des agences comme la NASA, la NOAA et le Met Office qui ne sont pas faites avant le milieu du mois suivant (en l’occurrence à la mi-octobre).

Le top 10 des mois de septembre les plus chauds

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 est le 2e plus chaud des annales NCEP-NCAR, derrière 2016 (+0,68°C). Depuis 1948, sur les cinq mois de septembre les plus chauds, on trouve dans dans l’ordre 2016, 2019, 2015, 2017 et 2013. L’anomalie de température mondiale est en hausse par rapport à août 2019 (+0,56°C).

Top 10 des mois de septembre les plus chauds depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

On peut voir ci-dessous l’évolution de la température mondiale en septembre avec une tendance de fond au réchauffement depuis 1948. La tendance est de +0,158°C par décennie depuis le début de l’archive, avec une accélération sur les 20 dernières années à +0,236°C/décennie.

Anomalies de température mondiale en septembre par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

2019 pour le moment la deuxième année la plus chaude des archives

Dans ce classement provisoire, les neuf premiers mois de 2019 sont comparés à des années pleines. 2019 devrait faire partie des trois années les plus chaudes et se positionne pour le moment à la deuxième place, juste devant 2017. Après un petit El Niño, des conditions neutres prévalent désormais dans le Pacifique.

Top 10 des années les plus chaudes depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

Les anomalies régionales en septembre 2019

La moyenne globale reste élevée malgré le refroidissement qui continue au niveau des Tropiques. Les anomalies positives se confirment dans l’Arctique, tandis que l’Antarctique renoue avec des valeurs inférieures à la normale.

Carte d’anomalies pour le mois de septembre 2019. D’après NCEP-NCAR.

+1,175°C en septembre 2019 par rapport à l’ère préindustrielle

On peut remonter plus loin dans le temps, en utilisant les archives de la NASA, et en retenant comme base la période 1880-1899 (représentative de la période préindustrielle). L’anomalie est de +1,175°C en septembre 2019, donc sous l’objectif le plus ambitieux de la COP 21 (+1,5°C).

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

https://www.les-crises.fr/temperature-mondiale-2e-mois-de-septembre-le-plus-chaud-par-johan-lorck/

 

La rhétorique réactionnaire : comment parlent les dominants lorsqu’ils craignent pour leurs privilèges

Ces dernières semaines, deux événements n’ayant – a priori – aucun rapport l’un avec l’autre se sont télescopés.

Tout d’abord, les révélations de Médiapart sur les dîners fastueux organisés aux frais du contribuable par François de Rugy, qui a depuis démissionné de son poste de Ministre de la transition écologique.

Puis la venue de Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise, à l’Assemblée nationale le 23 juillet dernier.

Chacun de ces deux événements a « libéré » une parole réactionnaire. La première niait avec véhémence les abus et la corruption ayant cours dans la vie politique. La seconde s’insurgeait du fait qu’une adolescente de seize ans puisse s’emparer du discours politique, au motif que celle-ci serait « trop jeune », « incompétente », « manipulée » – les pleurnicheries, insultes et tweets rageurs s’accompagnant parfois d’appels au boycott.

On pourrait se contenter de fustiger le vieux connisme flamboyant de nos politiques, mais je trouvais intéressant d’analyser ces discours, car ils mettent en exergue la rhétorique habituellement utilisée par les dominants lorsqu’ils vacillent de leur piédestal.

Comme on le verra, les méthodes employées sont toujours les mêmes. Pour contrer la justice et le progrès social, les conservateurs emploient des armes qu’ils espèrent tranchantes, mais qui s’avèrent désespérément rouillées.

Dévoyer le sens des mots : l’exemple de la « délation »

La délation, ce mot sombre qui évoque les pires heures de l’Histoire, est définie comme une « dénonciation intéressée, méprisable, inspirée par la vengeance, la jalousie ou la cupidité » (Larousse). Elle consiste à fournir des informations concernant un individu, en général à l’insu de ce dernier, pour un motif généralement contraire à la morale ou à l’éthique.

Mot fort et lourd de symboles, il a fait son grand retour médiatique à l’occasion du mouvement « Me too », lorsque les agresseurs, acculés, ont tenté de se raccrocher aux branches en se faisant passer pour les victimes d’un terrible complot.

Ainsi, les femmes qui dénoncent les violences dont elles ont été victimes feraient quelque chose de honteux et de méprisable, et leur volonté de trouver justice serait éthiquement condamnable.

Mais cette technique qui consiste à inverser les rôles (et donc la culpabilité), tout aussi grotesque qu’elle soit, n’a rien de très surprenant.

Lorsque les dominants se font épingler pour des actes juridiquement répréhensibles (violences, corruption, abus de pouvoir, etc), l’un des seuls mécanismes de défense qu’ils peuvent actionner est celui qui consiste à se dire victime d’une cabale.

C’est, par exemple, Denis Baupin qui attaque en diffamation les femmes qu’il a agressées sexuellement (fort heureusement, le karma existe : il a été débouté ♥).

Et donc, le terme de « délation » (un acte motivé par la vengeance) est devenu dans la bouche des dominant.es pris.es la main dans le sac un synonyme de « dénonciation » (un acte visant à faire justice). Un glissement sémantique dont personne ne semble s’émouvoir.

Dans l’affaire de Rugy, alors que Mediapart n’a fait que révéler des faits moralement et juridiquement condamnables (exerçant ainsi sa mission, qui est d’informer), les accusations de délation n’ont pas tardé à faire leur come-back (on les attendait : elles reviennent toujours). « Il y a encore dans notre pays le droit de la défense, la possibilité de réponse, sinon ça devient la République de la délation », a ainsi répliqué Emmanuel Macron, lorsqu’il fut sommé de s’expliquer.

Donc, quiconque révélerait des faits moralement et/ou juridiquement condamnables ferait de la « délation ». Drôle de conception de l’éthique et de la justice – d’autant que cela ne supprime aucunement à la personne dénoncée son droit à se défendre.

François de Rugy a quant à lui évoqué un « journalisme de démolition », se comparant à une « cible [qu’on] crible de flèches ».

Mais quelle est la différence entre le « journalisme de démolition », si tant est qu’une telle chose existe, et le journalisme d’investigation ? A moins que le droit d’informer, pilier essentiel de toute démocratie, ne devienne soudainement incriminable lorsqu’il révèle les abus de pouvoir des puissant.es ?

Rhétorique de la mauvaise foi : quand les puissant.es tentent de défendre leurs privilèges

Dans l’exercice de mauvaise foi auquel semblent se livrer nombre de dominant.es, le recours aux sophismes est particulièrement prisé.

L’un des plus connus est « l’épouvantail » (dit aussi « homme de paille »), technique qui consiste à travestir les arguments de son adversaire ou à les présenter de manière erronée, de sorte qu’il devient facile de les ridiculiser.

Mais l’exagération est une autre technique fréquemment utilisée. Voyons ainsi cet extrait d’un article concernant la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, publié sur le site Agoravox :

« La défense de notre environnement ne mérite-t-elle pas mieux qu’un gourou instrumentalisé, jouant sur les peurs et les émotions collectives à des fins de culpabilisation individuelle ? » […] Ou comment une militante écologiste de 16 ans se transforme en leader d’une secte dangereuse, qui cherche à manipuler l’opinion pour mieux répandre son idéologie dévastatrice.

Je ne résiste d’ailleurs pas à vous partager cet autre extrait, tout à fait savoureux :

« Le monde attendait un leader écologique charismatique, légitime et compétent. On vient de lui servir un grand chaman de l’écolo-catastrophisme »

Cet argument est d’une mauvaise foi confondante, car les messages écologistes, même prononcés par de grands « leaders » bardés de diplômes, provoquent la même irritation chez les réacs. Et pour cause : l’urgence écologique se heurte violemment au dogme capitaliste, sur lequel repose nos sociétés modernes. Inutile de faire semblant d’attendre un grand messie qui nous sensibilisera intelligemment à la question (le rapport du GIEC, publié en octobre 2018 et sur lequel s’appuie d’ailleurs Greta Thunberg, remplit parfaitement cet office) : le discours écologiste a toujours provoqué des réactions de rejet, quelle que soit la source dont il émane.

Mais intéressons-nous maintenant à ce stratagème rhétorique qui consiste à tenter de délégitimer son adversaire à grands recours d’attaques ad personam. Dans le cas de Greta Thunberg, rien de plus facile : son jeune âge, son manque d’expérience et son syndrome d’Asperger sont des cibles toutes trouvées.

Ainsi, ce qui met en rage les tenanciers du pouvoir traditionnel – le fait que Greta Thunberg ne soit pas un homme de cinquante ans, doté d’un diplôme de l’ENA et d’une carrière politique bien rodée – va être utilisé comme un argument pour l’attaquer. Puisqu’elle ne correspond pas à la norme, son discours est nécessairement illégitime.

L’avantage, c’est que les attaques sur la personne permettent d’éviter soigneusement le fond du débat. Et les mâles encravatés n’ont peur de rien – après tout, selon l’adage, plus c’est gros, plus ça passe. « Le message de Greta Thunberg est catastrophiste ; il aggrave le réchauffement climatique », professe ainsi l’un de ses détracteurs, qui va jusqu’à prédire « une vraie révolution, qui serait vraisemblablement d’extrême droite » en cas de victoire idéologique des idées de Greta Thunberg. Il l’accuse ensuite d’être « instrumentalisée par les ayatollahs écolo-catastrophistes qui veulent imposer aux jeunes une réduction massive de leurs libertés » (celles que nous confèrent le réchauffement climatique, sans doute ?).

« Non à la terreur par la peur », se lamente un autre de ses contempteurs, sans qu’on sache trop ce que signifie cette phrase (un indice : rien).

Il est intéressant de noter que les arguments avancés par les détracteurs de Greta Thunberg pourraient aisément être retournés contre eux-mêmes : eux non plus ne sont pas de « grand scientifiques », eux aussi sont instrumentalisés (par les lobbies industriels), eux aussi sont obsédés par une seule chose (conserver le pouvoir). Qu’ont fait les élu.es ces 20 dernières années pour enrayer le changement climatique ? Qui s’est seulement intéressé à ce sujet ?

Il est également fascinant de voir à quel point la prise de parole d’une jeune fille politisée puisse déclencher autant de violence, d’animosité, de rejet. Le pluralisme des opinions n’est-il pas l’un des fondements de la démocratie ? Par ailleurs, doit-on attendre d’être adulte pour avoir des opinions fortes, et l’envie de les exprimer ? (Toute personne qui a déjà eu 16 ans un jour vous répondra non)

Greta Thunberg dérange parce qu’elle renvoie aux parasites de la vie politique leur propre inaction et incompétence. Elle dérange parce qu’elle prouve qu’il n’est nul besoin d’être un homme de cinquante ans pour avoir un discours politique influent. Elle dérange, enfin, parce qu’elle change complètement le paradigme habituel du pouvoir. Greta Thunberg a seize ans, elle n’a pas fait Sciences Po, elle n’a pas de réelle expérience professionnelle ou politique. Mais cela ne l’empêche guère d’être une actrice importante de la lutte écologique. Et de faire entendre sa voix.

Dans leurs prises de position outrées et leurs appels au boycott, les monsieurs tout rouges et tout colères qu’une adolescente leur vole la vedette n’ont rien fait de plus qu’exhiber leur masculinité fragile, eux qui tremblent d’effroi lorsque de nouvelles règles du jeu semblent se mettre en place – et avec elles, la possibilité d’un nouveau partage du pouvoir.

Certes, tous les détracteurs de Greta Thunberg ne sont pas des hommes. Mais ce sont eux que l’on a particulièrement entendus ces derniers jours.

Ce sont eux, également, qui en 2016 s’étaient insurgés contre la venue de Pamela Anderson à l’Assemblée nationale pour parler du gavage des oies et des canards (la star américaine est une militante de la cause animale). « Dinde gavée au silicone », « degré zéro de la politique », « elle n’y connaît rien », a t-on alors pu entendre. Le message sous-jacent est toujours le même : la parole politique appartient aux hommes, et n’est légitime que lorsqu’elle correspond à un modèle ultra-codifié.

Toutes ineptes qu’elles soient, ces lamentations permettent aux dominants (qui se sentent) menacés de continuer à occuper le terrain médiatique, et donc d’exister. De dire « je suis toujours là ». Et par là-même, de réaffirmer leur pouvoir.

Au commencement, la peur

En réalité, quel que soit le sujet auquel elle s’attaque, la rhétorique réactionnaire ne cache qu’une seule et même chose : la peur.

La peur de perdre son statut de dominant, et donc ses privilèges.

La peur de se faire remplacer, la peur de devoir céder sa place à des personnes que l’on n’envisageait pas autrefois comme des adversaires : les femmes, les jeunes, les écolos, les progressistes.

La peur de l’égalité.

La peur, consubstantielle, du changement.

Cette peur n’est pas nécessairement conscientisée, et les réactions de rejet qu’elle engendre ne sont pas toujours rationnelles.

Mais une chose demeure : les dominant.es construisent leur identité sur l’idée même du pouvoir, et la façon dont s’exerce celui-ci. Or, s’ils ne peuvent plus – ou moins – dominer, c’est toute leur identité qui s’effondre.

En 1991, la féministe américaine Susan Faludi publiait « Backlash », un essai dans lequel elle décrit le « retour de bâton » consécutif à chaque petite avancée pour les droits des femmes.

Cette offensive réactionnaire est valable pour le mouvement féministe, mais elle peut également être étendue à toute forme de progrès social. Lorsque les fondations de l’ancien monde commencent à trembler, les personnes qui en récoltaient les fruits tremblent avec elles.

Toutes ces levées de boucliers, qu’elles soient masquées derrière des arguments grotesques ou une rhétorique plus mesurée (1), ne sont finalement qu’un symptôme : celui d’une peur des dominant.es de voir le pouvoir leur échapper.

Mais les signes de résistance ne sont pas forcément un mauvais présage. Lorsque la parole des puissant.es cherche désespérément à se faire (ré)entendre, c’est le signe que la société a entamé sa mue. Lentement, mais sûrement.

(1) Leur seul point commun étant qu’elles ne sont jamais proportionnelles à la « menace » perçue.

Egalitaria (Caroline), 29 juillet 2019

https://egalitaria.fr/2019/07/29/la-rhetorique-reactionnaire-comment-parlent-les-dominants-lorsquils-craignent-pour-leurs-privileges/


De l’autrice :

Pères encensés, mères épuiséesperes-encenses-meres-epuisees/

Il faut sourire pour être belleil-faut-sourire-pour-etre-belle/

Quelque chose de pourri dans la masculinitéquelque-chose-de-pourri-dans-la-masculinite/

La rhétorique réactionnaire : comment parlent les dominants lorsqu’ils craignent pour leurs privilèges

Castelnaudary. La fibre optique arrive sur l’ouest audois

  • Régis Banquet, président du Syaden.

Régis Banquet, président du Syaden.
Publié le  , mis à jour 

Deux ans d’études et enfin la concrétisation

Le lancement de ce chantier, c’était il y a deux ans, le temps des études à faire pour le passage de ces fameux câbles. «La plupart du temps, on essaie de passer dans les fourreaux existants et quand ce n’est pas possible, c’est en façade sous les génoises, ce qui nécessite des autorisations et prend du temps. Aujourd’hui, nous en sommes à la concrétisation, on voit les entreprises sur le terrain»

Et d’indiquer que «d’ici la fin de l’année, ce sont quelque 3 500 foyers qui seront desservis mais desservis ne veut pas dire connectés. Il existe, en effet, un délai administratif incompressible de six mois avant que les fournisseurs d’accès puissent proposer des offres». Il faut savoir que si l’on a, sur le réseau quatre opérateurs – Orange, Bouygues, SFR ou Free… il en existe en fait plus de 200 en France. D’ici la fin de l’année, le Syaden espère bien avoir livré 15 000 prises sur le département dont 7 000 à 8 000 abonnés potentiels ; 1000, 2 000 sur Castelnaudary.

Une technologie alternative

Avant fin 2021, près de 200 communes audoises devraient être fibrées. En attendant, pour celles qui ne seraient pas éligibles pour le moment le Syaden a prévu une technologie alternative. Une petite antenne, une box et l’on dispose ainsi de 30 à 40 Mégabits, «ce qui est largement suffisant pour couvrir les usages actuels», précise M. ; Banquet soulignant que pour les relais en amont, on s’appuiera sur les relais de téléphonie mobile. «C’est l’entreprise toulousaine Alsatis qui est en charge de cela. Nous avons l’obligation d’amener le très haut débit dans toutes les communes avant 2021. Dans un an, deux tiers en seront pourvus et le tiers restant dans les six mois suivant».

Si le Syaden porte le projet, il a confié la commercialisation à Emeraude, filiale de la société Altitude infrastructure. Il est, en revanche, propriétaire du RIP, réseau d’initiative public. «Le combat de demain, des collectivités, c’est la propriété des données. Il faut que celles-ci soient mises au service des citoyens. il y a énormément d’applications».

Un projet de 130, 140 M€ sur l’Aude

C’est un projet de 130 à 140 M€. Aujourd’hui, on a dépensé 40 M€ et pour le moment, seules les communautés de communes, le Département et Syaden ont payé. On attend les subventions de l’Etat qui doivent s’élever à 42 M€. Pour l’instant on n’a rien vu venir, seuls les Audois ont payé.

Voyage au cœur des réseaux avec Orange

Nous sommes ici, au cœur de Carcassonne, dans le saint des saints, le lieu hautement stratégique d’Orange dans le chef-lieu audois qui abrite les réseaux de fibre alimentant les abonnés – particuliers et entreprises ainsi que les relais 4G de tout le territoire. «Orange a une politique d’aménagement numérique du territoire très volontariste», relève Thierry Alignan, délégué régional . Il explique que le réseau de fibre optique va être développé en France, à 70 % par Orange. «Indoor dans les maisons, dans les voitures, il faut que ça marche soit par le réseau filaire, soit par le réseau mobile, dans les territoires urbains comme dans les territoires ruraux».

165 salariés dans l’Aude, 1 100 emplois soutenus

Et de rappeler le souhait du gouvernement pour un accès à du 8 mégabits pour tous à l’horizon 2020, et à 30 mégabits, en 2022. «Pour mener à bien ces enjeux au niveau du département, nous avons 165 personnes qui travaillent dans l’Aude et derrière 1 100 emplois soutenus de sous-traitants, salariés consommateurs». Et de souligner par ailleurs : «Il faut savoir qu’il va falloir 10 à 15 ans pour déployer le réseau fibre quand il en a fallu 40, 50 pour le réseau cuivre, 90 pour celui électrique».

Zones AMII et RIP

Des enjeux forts et des échéances pour le fournisseur d’accès qui, à l’horizon 2022, doit avoir raccordé en France, toutes les agglomérations, «les zones moyennement denses, zones AMII, (appel à manifestation d’intention d’investissement), les zones denses étant au nombre de deux pour l’Occitanie : Toulouse et Montpellier». La zone AMMI dans l’Aude, ce sont 29 communes dans le Narbonnais, 23 dans le Carcassonnais, soit au total 52 qu’Orange va fibrer avant 2022, ce qui représente quelques 150 000 logements sur les 260 000 que compte le département, – Déjà 36 000 abonnés peuvent avoir, voire ont même déjà souscrit à une offre fibre. Le Syaden va gérer les 110 000 logements restants, c’est en effet le Département qui va déployer le réseau dans le rural, c’est le RIP, réseau départemental d’initiative publique. «Orange a signé un accord pour pouvoir se raccorder au RIP et pourra vendre ses offres et services dans l’Aude que ce soit en zone rurale ou urbaine».

La 4G

Une autre ambition d’Orange, c’est de déployer la 4G sur tous ses équipements et relais d’ici 2 020 et de résorber les zones blanches d’ici2 022. Une autre bonne nouvelle pour notre territoire.

«Un enjeu majeur pour le territoire» parole d’élu

«L’accès au service à internet en très haut débit est un enjeu majeur pour l’ensemble des territoires», relève Philippe Greffier, président de la communauté de communes Castelnaudary Lauragais audois qui rappelle que «dans l’Aude, le conseil départemental a impulsé une stratégie globale publique prenant acte du fait que les opérateurs n’investissent que dans les cœurs des agglomérations. Sur notre territoire intercommunal nous avons identifié des enjeux forts en termes de santé, de formation et de développement économique ce qui nous a permis de définir une action en plusieurs temps». Et d’expliquer : «Nous avons ainsi décidé d’apporter la fibre optique aux communes au sein desquelles se trouvent des centres de formation, un hôpital ou des entreprises d’au moins 25 salariés». L’occasion pour l’élu de rappeler que le chantier représente 14 millions d’euros d’investissement au total pour lesquels la communauté de communes de l’ouest audois apporte 1,9 million d’euros. Les travaux sont en cours ils concernent une première liste de 11 communes : Castelnaudary, Saint-Martin-Lalande, Lasbordes, Fendeille, Villeneuve-la-Comptal, Saint-Papoul, Peyrens, Mas-Saintes-Puelles, Labastide-d’Anjou, Salles-sur-l’Hers, Souilhanels , auxquelles ont été rajoutées pour des raisons techniques les communes de Souilhe, Soupex, et de la Pomarède.

«Bien entendu, dans ces communes, ce sont tous les foyers qui pourront avoir accès au service. D’ici la fin de l’année un tiers des prises internet devraient être livrées et la mise en service sur l’ensemble des communes s’étalera sur les 18 à 24 mois à venir. D’un autre côté la technique visant à augmenter le débit des équipements a pu d’ores et déjà être mise en œuvre sur la commune de Villemagne. Enfin une technologie nouvelle la 4G LTE qui permet un accès haut débit par voie hertzienne en installant des équipements sur les pylônes de téléphonie mobile, va permettre de compléter la couverture de l’ensemble du territoire. Une première expérimentation devrait concerner la commune des Casses dans les prochains mois.

Ainsi à l’horizon de 2 à 3 ans l’ensemble des habitants, des entreprises des artisans et des services de notre communauté de communes auront un accès facilité à internet très haut débit. C’est un enjeu fort en termes de développement économique, mais aussi d’accès à la santé, de formation en même temps que de prise en compte environnementale -en limitant les déplacements avec des solutions de télétravail et d’espaces de coworking, et plus généralement de qualité de vie et d’attractivité de notre territoire. C’est la raison pour laquelle notre communauté de communes a décidé d’investir fortement dans ce domaine».

Dossier réalisé par Gladys Kichkoff