La baisse du pouvoir d’achat résulte de la politique monétaire

Simone Wapler

La baisse du pouvoir d’achat est aujourd’hui le prix à payer pour l’interventionnisme inepte : monétaire, économique, climatique.

Christine Lagarde nov 2019 by Martin Lamberts European Central Bank(CC BY-NC-ND 2.0)

Publié le 1 mai 2022

Le moral des ménages est en chute libre en raison de l’inflation et la consommation devrait s’en ressentir.

Le commentaire du Figaro sur l’inflation est un bon résumé de la pensée unique du moment :

« L’invasion de l’Ukraine par la Russie a en effet frappé de plein fouet les marchés internationaux des hydrocarbures mais aussi des matières premières agricoles, et accentué la pression sur les prix, qui était déjà forte depuis plusieurs mois en période de redémarrage très rapide de l’économie en période post-Covid. »

La hausse des prix aurait donc des causes exogènes pour reprendre le jargon prétentieux à la mode. Pas de chance, madame Michu, si votre panier de la ménagère est impacté par le covid et l’infâme Poutine ; nous, politiciens attachés à vous protéger, n’y sommes pour rien…

Pourtant l’inflation (hausse généralisée des prix) est bien le résultat direct de la politique monétaire conduite par la Banque centrale européenne depuis les crises de 2008 (crédit subprime), 2012 (Grèce) et 2020 (covid).

Le mot important de l’expression politique monétaire est politique. La création de l’euro poursuivait d’ailleurs une ambition politique dépassant celle d’un marché commun sans barrière douanière : une union monétaire, prélude à une intégration politique visant à terme à une confédération.

L’euro – comme le dollar, le yen, la livre, le franc suisse – est une monnaie fiduciaire, qui ne repose que sur la confiance. Le système monétaire et bancaire de l’euro – comme celui de toutes les autres devises – repose sur un principe de réserves fractionnaires dans les banques. Les banques prêtent bien plus que leurs dépôts (au moins dix fois plus) et fabriquent ainsi de la monnaie. Dans ce système, on dit que « les crédits font les dépôts ». Par exemple, le crédit immobilier d’un acheteur se transforme en dépôt sur le compte bancaire du vendeur. La politique monétaire consiste à déterminer le rythme de création de crédit. Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus le robinet est serré. Et inversement…

Quand l’ultralibéralisme refuse la faillite

En 2008 est né le concept de « trop gros pour faire faillite » et la politique monétaire a consisté à sauver les banques qui avaient trop prêté. De la monnaie fraiche fut remise dans le circuit par les banques centrales en échange de créances bancaires pourries.

En 2012, confronté à la faillite publique de la Grèce, Mario Draghi, alors à la tête de la Banque centrale européenne, a indiqué qu’il ferait « tout ce qu’il faut » (whatever it takes) pour sauver l’euro. « Tout ce qu’il faut » consistait pour la Banque centrale européenne à racheter massivement les dettes publiques émises par les États faibles pour empêcher les taux d’intérêt de monter. De la monnaie fraiche fut à nouveau remise dans le circuit, cette fois en échange d’obligations d’État pourries.

Depuis lors, de l’argent gratuit (prêts à taux zéro et « quoi qu’il en coûte » selon l’expression de Bruno Le Maire) est en permanence injecté dans le système financier ; il s’agit de monnaie qui ne correspond à aucune richesse supplémentaire créée.

Évolution de l’économie de l’Eurozone (PIB)

Source Tradingeconomics

Évolution de la masse monétaire de l’Eurozone

pouvoir achat

Source : Tradigeconomics

Ces graphiques nous disent très simplement que depuis la crise de 2008, le PIB de l’eurozone stagne tandis que la masse monétaire a doublé.

Si pour la même quantité de produits et services (PIB), il y a deux fois plus de monnaie, les prix de ces produits et services augmentent.

Selon le principe connu de l’effet Cantillon, l’inflation est longue à se propager à tous les prix. La hausse a d’abord touché les produits financiers et l’immobilier, les cercles d’affaires les plus proches de la source de la création monétaire…

Ce n’est qu’aujourd’hui que l’onde se propage aux prix de l’énergie et de la vie quotidienne et que le problème de pouvoir d’achat dépasse celui du renchérissement de l’immobilier.

Politique monétaire, politique économique, politique énergétique : les trois torpilles de notre pouvoir d’achat

Comme si la politique monétaire ne suffisait pas à nous ruiner, les politiques économique et énergétique complètent le travail de sape.

Par leurs continuelles distorsions (taxations de ce qui est rentable, subventions de ce qui ne l’est pas) les politiques économiques minent la productivité. La politique anti-économique que constitue le blocage des prix – on casse le thermomètre pour faire disparaître la fièvre – ne fait qu’aggraver la situation.

La politique énergétique (désormais pompeusement baptisée « lutte contre le changement climatique ») contribue à renchérir les prix de l’énergie. Sans parler des sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie qui pénalisent d’abord les centaines de millions de citoyens des pays non directement impliqués.

Jamais par le passé avons-nous vu une transition énergétique forcée. La force animale ou humaine, puis la vapeur (produite par le charbon), puis l’électricité, puis les moteurs à combustion interne alimentés par les hydrocarbures : chaque énergie détrônait l’autre dans la mesure où elle se révélait plus efficace là où elle était utilisée et donc plus rentable que l’ancienne. Aujourd’hui, sous la pression des gouvernements, nous sommes contraints de remplacer des énergies rentables par des énergies lourdement subventionnées et à production intermittente (éolien, solaire).

La baisse du pouvoir d’achat est aujourd’hui le prix à payer pour tout cet interventionnisme inepte : monétaire, économique, climatique.

Les Français qui votent Macron, Le Pen, Mélenchon et autres veulent toujours plus de ces politiques contraires à leurs intérêts. Pourtant, la seule politique qui permette la prospérité est celle qui protège la liberté, la propriété et la sécurité de chacun sans tricher avec la monnaie, les prix et la rentabilité. Ce qui n’est pas rentable doit faire faillite, c’est la loi du capitalisme. Mais évidemment, rien n’empêche que chacun finance à fonds perdus ce qu’il estime être une bonne cause.

J’explique dans mon dernier livre – Du sumérien au bitcoin : dettes et crises monétaires – comment la mauvaise gestion des crises actuelles va déboucher sur la crise ultime : la crise monétaire. Pour comprendre ce qui nous attend, l’expérience en cours au Liban est à méditer.

Par Simone Wapler

Ligue de défense des conducteurs

Chère Madame, cher Monsieur,  
On vient de l’apprendre : 6 PV sur 10 sanctionnent des mini-dépassements de moins de 5 km/h ! 
On ne peut décemment pas dire ces mini-dépassements soient dangereux… 
…Par contre, c‘est le jackpot pour l’Etat : chaque année, au minimum
400 millions d’euros taxés aux conducteurs
 ! 
Aidez-nous à stopper ce scandale révoltant. 
Signez, et faites signer par vos amis, notre pétition pour exiger qu’il n’y ait plus aucune sanction pour les mini-dépassements : ni contravention ni retrait de point !

Cela fait longtemps qu’ici, à l’association, nous faisons des pieds et des mains pour obtenir ce chiffre sur les mini-dépassements, soigneusement caché par le gouvernement. 
Et c’est finalement grâce au travail de contre-lobbying que nous menons avec les parlementaires que nous avons pu faire sortir l’information : la sénatrice du Var Françoise Dumont a accepté de poser officiellement, suite à notre demande, la question au gouvernement. 
Après avoir fait traîner les choses pendant plus d’un an, ce dernier n’a donc pas eu d’autre choix que de répondre… 
… Et de finalement donner cette information-choc il y a quelques jours : 
58 % de la totalité des PV-vitesse sanctionnent de tout petits dépassements, de moins de 5 km/h ! 
L’information est tellement scandaleuse que la presse, que nous avons immédiatement alertée, s’est aussitôt emparée du sujet (JT de 13h de TF1, RTL, Sud Radio, Ouest France, Le Point, Sud Ouest, France Bleu, Auto Plus, Le Parisien, Turbo, Capital, Midi Libre…) 
Car, oui, c’est véritablement scandaleux ! 
Tout le monde sait que ces tout petits dépassements de moins de 5 km/h ne sont pas dangereux
Au quotidien, entre les changements incessants de limitations de vitesse, et le bon sens qui fait que l’on préfère regarder la route en conduisant plutôt qu’avoir le nez rivé sur le compteur, il est d’ailleurs impossible de ne pas en faire, même en étant le plus respectueux possible des limitations. 
Pourtant, ça n’empêche pas le gouvernement de taxer grassement les conducteurs sur ces mini-dépassements : au minimum, 400 millions d’euros de PV par an !!! 
Et ça sera bientôt 2 fois, 3 fois, 10 fois plus avec l’armada de voitures-radars privatisées qui commencent à circuler partout sur les routes ! 
Nous devons absolument mettre un terme à ce racket odieux. 
S’il vous plaît, signez la pétition « Zéro sanction pour les mini-dépassements » :
Et après avoir signé, aidez l’association par tous les moyens possibles à faire augmenter le nombre de signatures. 
Nous devons créer un grand mouvement de mobilisation parmi les Français, et ensemble, exiger du gouvernement qu’il arrête de sanctionner les mini-dépassements qui n’ont rien de dangereux. 
En ce moment, de nombreuses personnes ont du mal à boucler leurs fins de mois. Et ce sont souvent aussi celles qui roulent aussi le plus, et qui prennent donc le plus de ces PV complètement injustifiés. 
Et ce n’est pas qu’une question d’argent. 
Ces personnes qui roulent beaucoup pour leur travail (les artisans, infirmières, aides à domicile pour nos aînés…) sont aussi les premières à perdre des points sur leur permis à cause de ces mini-dépassements. Et après, l’engrenage se met en place très vite : perte du permis, qui, on le sait, entraîne dans 1/3 des cas la perte d’activité
C’est inacceptable. 
Nous avons absolument besoin de vous pour mettre fin à cette situation odieuse : 
Signez la pétition, et après avoir signé, transférez cet email à vos contacts en leur demandant de signer à leur tour. 
Expliquez-leur bien – car de nombreuses personnes font souvent la confusion – que pour l’instant, il y a zéro tolérance pour ces mini-dépassements : la marge de 5 km/h appliquée à la vitesse mesurée par les radars (ou 5 % au-delà de 100 km/h) est bien une marge d’erreur technique, les appareils n’étant pas fiables au km/h près. C’est d’ailleurs pour cela que la marge est plus élevée pour les radars mobiles, encore moins fiables. 
Cette marge technique d’erreur évite simplement de flasher des conducteurs roulant à la vitesse limite, voire en-dessous. 
Rien à voir avec une quelconque « tolérance » ! 
Alors, aujourd’hui, nous avons besoin de la participation de chaque conducteur pour enfin, obtenir une vraie tolérance, et l’arrêt des sanctions sur les mini-dépassements. 
Le président vient d’être réélu. Un nouveau gouvernement va se mettre en place. 
Et leur plus grande peur, alors que le pouvoir d’achat est la priorité n°1 des Français, c’est une nouvelle crise des Gilets jaunes. 
Pour eux, arrêter de sanctionner ces mini-dépassements dès le début du mandat serait un geste fort. 
Nous avons clairement une carte à jouer
Mais pour cela, votre participation est essentielle
Signez la pétition « Zéro sanction pour les petits dépassements » :  
Et après, faites passer l’information autour de vous, pour créer une vague de mobilisation telle que le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de nous écouter, et arrêter de traquer, punir et racketter les conducteurs qui ne font que conduire normalement 
Merci par avance pour votre aide, 
Très cordialement, 
 
L’équipe de la Ligue de Défense des Conducteurs

Noam Chomsky : « Nous nous rapprochons du point le plus dangereux de l’histoire de l’humanité »

 Noam Chomsky

Le professeur américain, aujourd’hui âgé de 93 ans, s’exprime sur la catastrophe climatique et la menace de guerre nucléaire.

Source : New States Man, George Eaton, Phil Clarke Hill
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

C’est à l’âge de dix ans que Noam Chomsky a été confronté pour la première fois aux périls d’une l’agression étrangère. « Le premier article que j’ai écrit pour le journal de l’école primaire concernait la chute de Barcelone [en 1939] », s’est rappelé Chomsky lors d’une récente conversation par vidéoconférence. Il décrivait l’avancée du « spectre du fascisme » dans le monde. « Je n’ai pas changé d’avis depuis, la situation n’a fait qu’empirer », a-t-il remarqué, sardonique. En raison de la crise climatique et de la menace de guerre nucléaire, m’a dit Chomsky, « nous sommes en train de nous rapprocher du tournant le plus dangereux de l’histoire de l’humanité… Nous sommes maintenant confrontés à la perspective de la destruction de toute vie humaine organisée sur Terre. »

On pourrait sans doute pardonner à Chomsky, qui est sans doute l’universitaire vivant le plus souvent cité au monde, de se retirer de la sphère publique à l’âge de 93 ans. Mais en ces temps de crise permanente, il a conservé la ferveur intellectuelle d’un jeune radical, plus préoccupé par la survie du monde que par la sienne propre. Il est une publicité vivante de l’injonction de Dylan Thomas – « N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit » [tiré du poème qui se poursuit par « le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour / Rager, s’enrager contre la mort de la lumière, NdT] – ou pour ce que Chomsky appelle « la théorie du vélo : si tu continues à aller vite, tu ne tombes pas ».

C’est à l’occasion de la publication de Chronicles of Dissent, un recueil d’entretiens entre Chomsky et le journaliste radical David Barsamian entre 1984 et 1996 que nous avons eu cet entretien. Mais la toile de fond en est la guerre en Ukraine – un sujet sur lequel Chomsky est, sans surprise, volubile.

« C’est une monstruosité à l’encontre de l’Ukraine », a-t-il déclaré. Comme beaucoup de Juifs, Chomsky a un lien familial avec la région : son père est né dans l’actuelle Ukraine et a émigré aux États-Unis en 1913 pour éviter de servir dans l’armée tsariste ; sa mère est née en Biélorussie. Chomsky, qui est souvent accusé par ses détracteurs de refuser de condamner tout gouvernement anti-occidental, a dénoncé sans hésitation « l’agression criminelle » de Vladimir Poutine.

Mais il a ajouté :

« Pourquoi l’a-t-il fait ? Il y a deux façons d’aborder cette question. La première, celle qui est à la mode en Occident, consiste à sonder les recoins de l’esprit tordu de Poutine et à essayer de déterminer ce qui se passe dans sa psyché profonde. L’autre façon consisterait à examiner les faits : par exemple, en septembre 2021, les États-Unis ont publié une déclaration politique forte, appelant à une coopération militaire renforcée avec l’Ukraine, à l’envoi d’armes militaires de pointe, le tout faisant partie du programme de renforcement de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Vous pouvez faire votre choix, nous ne savons pas laquelle est la bonne. Ce que nous savons, c’est que l’Ukraine n’est pas au bout de sa destruction. Et il est fort possible que nous en arrivions à une guerre nucléaire finale si nous ne saisissons pas toutes les différentes possibilités qui existent pour un règlement négocié. »

Comment répond-il à l’argument qui voudrait que la plus grande crainte de Poutine se soit pas l’encerclement par l’OTAN mais la propagation de la démocratie libérale en Ukraine et dans le « voisinage étranger immédiat » de la Russie ?

« Poutine est tout autant inquiet de la démocratie que nous le sommes. S’il est possible de sortir de la bulle de propagande pendant quelques minutes, les États-Unis ont un long passé de sape et de destruction de la démocratie. Dois-je développer ? L’Iran en 1953, le Guatemala en 1954, le Chili en 1973, et ainsi de suite… Mais nous sommes censés maintenant glorifier et admirer le formidable engagement de Washington en faveur de la souveraineté et de la démocratie. Ce qui s’est passé dans l’histoire n’a aucune importance. Ça, c’est pour les autres. Qu’en est-il de l’expansion de l’OTAN ? Le [secrétaire d’État américain] James Baker et le président George HW Bush ont promis explicitement et sans ambiguïté à Gorbatchev que s’il acceptait de laisser une Allemagne réunifiée rejoindre l’OTAN, les États-Unis s’assureraient qu’il n’y aurait pas le moindre glissement vers l’est. Il y a beaucoup de mensonges à ce sujet en ce moment. »

Chomsky, qui a fait remarquer en 1990 que « si les lois de Nuremberg étaient appliquées, tous les présidents américains de l’après-guerre auraient été pendus », a parlé avec dédain de Joe Biden.

« Il est certainement juste d’être moralement indigné quant à ce que Poutine fait à l’Ukraine », a-t-il déclaré à propos de la récente déclaration de Biden selon laquelle le président russe « ne peut plus rester au pouvoir. » Mais il serait encore plus judicieux d’être moralement indigné au sujet d’autres atrocités innommables… En Afghanistan, littéralement des millions de personnes sont confrontées à une famine imminente. Pourquoi ? Il y a de la nourriture sur les marchés. Mais les gens qui ont un peu d’argent doivent regarder leurs enfants mourir de faim parce qu’ils ne peuvent pas aller au marché pour acheter de la nourriture. Pourquoi ? Parce que les États-Unis, avec l’appui de la Grande-Bretagne, gardent les fonds de l’Afghanistan dans des banques new-yorkaises et ne veulent pas les débloquer. »

Le mépris de Chomsky envers les hypocrisies et les contradictions de la politique étrangère américaine ne surprendra pas quiconque a lu l’un de ses nombreux livres et pamphlets (son premier ouvrage politique, American Power and the New Mandarins, publié en 1969, prédisait la défaite des États-Unis au Vietnam). Mais il est aujourd’hui peut-être plus enflammé lorsqu’il évoque le retour possible de Donald Trump et la crise climatique.

« Je suis assez âgé pour me souvenir du début des années 30. Et des souvenirs me viennent à l’esprit, a-t-il dit évoquant un souvenir obsédant. Je me souviens avoir écouté les discours d’Hitler à la radio. Je ne comprenais pas les mots, j’avais six ans. Mais je comprenais l’état d’esprit. Et c’était effroyable et terrifiant. Et quand on voit l’un des rassemblements de Trump, cela ne peut manquer de venir à l’esprit. C’est ce à quoi nous sommes confrontés. »

Bien qu’il se qualifie lui-même d’anarcho-syndicaliste ou de socialiste libertarien, Chomsky m’a confié qu’il avait voté pour les Républicains dans le passé (« qu’on les aime ou pas, c’était un parti sincère »). Mais aujourd’hui, dit-il, ils représentent un véritable mouvement insurrectionnel dangereux.

« À cause du fanatisme de Trump, la base idolâtre du Parti républicain perçoit difficilement le changement climatique comme un danger grave. C’est un arrêt de mort pour l’espèce ».

Face à de telles menaces existentielles, il n’est peut-être pas surprenant que Chomsky reste un intellectuel dissident – à la manière de l’un de ses héros, Bertrand Russell (qui a vécu jusqu’à 97 ans et qui a, de la même manière, abordé de front politique et philosophie). De plus, il continue de passer des heures chaque jour pour répondre aux courriels de ses admirateurs et de ses détracteurs, et il enseigne la linguistique à l’université de l’Arizona, l’état où il vit avec Valeria Wasserman, sa seconde épouse, traductrice brésilienne.

Chomsky est également toujours concerné par la politique britannique. « Le Brexit a été une erreur, qui signifie que la Grande-Bretagne sera contrainte de dériver encore plus vers la subordination aux États-Unis, m’a-t-il dit. Je pense que c’est un désastre. Qu’est-ce que cela signifie pour le parti conservateur ? J’imagine qu’ils peuvent mentir pour s’en sortir, ils font un super boulot quand il s’agit de mentir et sur pas mal de choses et en plus, ça passe. »

En parlant de Keir Starmer, il s’est montré très méprisant : « Il ramène le parti travailliste au statut de parti qui obéit fidèlement au pouvoir, qui sera un clone de Thatcher dans le style de Tony Blair et qui ne froissera les plumes ni des États-Unis ni de quiconque d’important en Grande-Bretagne. »

Le marxiste italien Antonio Gramsci conseillait aux radicaux de maintenir « le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ». À la fin de notre entretien, j’ai demandé à Chomsky ce qui lui permettait d’avoir encore de l’espoir ?

« Beaucoup de jeunes gens ; Extinction Rebellion en Angleterre, des jeunes qui se sont engagés pour essayer de mettre fin à la catastrophe. La désobéissance civile – ce n’est pas une blague, je la pratique depuis longtemps, elle a occupé une grande partie de ma vie. Je suis trop vieux pour ça maintenant [Chomsky a été arrêté pour la première fois en 1967 pour avoir manifesté contre la guerre du Viêt Nam et a partagé sa cellule avec Norman Mailer]… Ce n’est pas agréable d’être jeté en prison et battu, mais ils sont prêts à le faire. Il y a beaucoup de jeunes qui sont consternés par le comportement de l’ancienne génération, et à juste titre, et ils consacrent toute leur énergie à essayer d’arrêter cette folie avant qu’elle ne nous consume tous. Voilà, c’est ça l’espoir pour l’avenir. »

Source : New States Man, George Eaton, Phil Clarke Hill, 06-04-2022

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Inégalités : pourquoi les 1% les plus riches du monde sont un problème selon Oxfam

Aujourd’hui, les 1% les plus riches de la planète possèdent près de la moitié des richesses mondiales. Cette répartition inégale des richesses est un problème car elle a pour conséquence d’enfermer des millions de personnes dans la pauvreté et de fracturer nos sociétés. L’accaparement des richesses par le « club des 1% » a aussi des impacts très importants sur le climat et sur les droits des femmes. Les milliardaires sont plus nombreux et plus riches alors que dans le même temps, une grande pauvreté persiste. Oxfam se bat contre cette injustice en produisant des rapports de recherche et en interpellant les responsables politiques pour leur demander d’agir pour combattre les inégalités qui ne sont en rien une fatalité.

Les 1 % les plus riches du monde s’accaparent les richesses de la planète

La planète produit de plus en plus de richesses et pourtant celles-ci sont concentrées entre les mains d’une poignée de personnes extrêmement privilégiées. Le Crédit suisse produit chaque année un rapport qui calcule la richesse cumulée des 1% les plus riches du monde, mais aussi des 5% les plus riches et des 10% les plus riches. Depuis 20 ans la tendance reste la même : les 1% les plus riches possèdent près de la moitié des richesses totales mondiales.

C’est sur ces données qu’Oxfam s’appuie pour produire ses rapports annuels sur les inégalités mondiales, publiés lors du Forum économique mondial de Davos au mois de janvier.

Qui sont les 1% les plus riches du monde ?

C’est quoi être riche ? Bien gagner sa vie ? Avoir une maison de luxe ? Un yatch ?  Il existe plusieurs manières de regarder la richesse, en fonction de ce que l’on possède (le patrimoine) ou de ce que l’on gagne (les revenus).

La richesse liée au patrimoine :

Le montant de patrimoine à partir duquel on rentre dans la catégorie des 1% dépend de chaque pays car les niveaux de vie ne sont pas identiques partout dans le monde.

  • En France, on entre dans le club des 1% à partir du moment où l’on possède 1,9 millions d’euros de patrimoine brut (mobilier ou immobilier).
  • A l’échelle monde, cela concerne les personnes qui possèdent au moins 860 000 euros de patrimoine net. Deux points de vigilance sur ce chiffre mondial :
    • C’est une moyenne donc forcément le chiffre est plus bas que le chiffre France.
    • Le chiffre mondial retranche les dettes (patrimoine net), alors que l’INSEE le France ne publie que le patrimoine brut.

Et au niveau des revenus ?

Si on se base sur le revenu uniquement, les disparités entre pays sont extrêmement grandes. Mais la tendance mondiale est claire : selon le Laboratoire mondial sur les inégalités, depuis 1980, les 1% les plus riches ont capté 27% de la croissance des revenus, tandis que les 50% les plus pauvres n’en ont capté que 12%.

Même au sein d’un pays au système de redistribution fort comme la France, les disparités sont importantes : il faut à peine quelques jours à un grand patron pour gagner l’équivalent d’un SMIC annuel. Mais a-t-on besoin d’être un grand patron pour être considéré parmi les riches ? Pas du tout : l’Observatoire des inégalités estime le seuil de richesse à un revenu de 3150 euros nets par mois, soit deux fois le revenu médian français.

Selon l’INSEE, les 10% des ménages français gagnant le mieux leur vie disposent de revenus annuels bruts de près de 48 000 euros. Les 1% des ménages gagnant le mieux leur vie disposent de revenus annuels bruts de plus de 115 000 euros. C’est près de 310 000 euros pour les 0,1% les ménages les plus riches, et près de 970 000 euros pour les 0,01%.

Lecture : en 2018, les 10 % de personnes les plus aisées en revenu initial ont un revenu initial par unité de consommation (UC) supérieur à 47 990 euros par an, tandis que les 10 % de personnes les plus aisées en niveau de vie ont un niveau de vie supérieur à 39 400 euros. Source : INSEE.

Des milliardaires de plus en plus nombreux et de plus en plus riches

Le nombre de milliardaires a été multiplié par 5 en 20 ans (538 en 2001 ; 2775 en 2021).

Malgré une crise mondiale, la planète compte toujours plus de milliardaires et la pandémie ne les empêche pas de continuer à prospérer. Oxfam a révélé en janvier 2021 que les 1 000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois alors qu’il pourrait falloir plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie.

Pour se rendre compte du niveau astronomique et indécent de ces richesses, voici quelques chiffres :

  • Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde aurait pu avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10.000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus.
  • Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de 8 000 euros par jour depuis la prise de la Bastille (14 juillet 1789), il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault.
  • Depuis mars 2020, les milliardaires français ont gagné 170 milliards d’euros, soit deux fois le budget de l’hôpital public.

Néanmoins deux tendances sont très inquiétantes :

  • Depuis 2013, le rythme de la réduction de la pauvreté ralentit, ce qui est inédit.
  • Près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour. Il suffit donc d’une mauvaise récolte ou d’une facture de soins médicaux, ou d’une pandémie, pour que ces personnes retombent dans l’extrême pauvreté. Oxfam utilise les chiffres basés sur un niveau de pauvreté à 5,50 dollars plutôt que le chiffre à 1,90 dollar, car cela revient à minimiser la réalité de la pauvreté en se focalisant uniquement sur les personnes qui vivent dans le dénuement total, ignorant une énorme partie de la population mondiale qui vit en situation de pauvreté.

La France n’est pas épargnée par cette répartition inégale des richesses

La France traverse aussi une crise des inégalités. Entre mars 2020 et avril 2021, les milliardaires français ont vu leur richesse augmenter de près de 40%.

La France compte aujourd’hui 42 milliardaires, c’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008. Leur richesse cumulée s’élève à 510 milliards de dollars, soit 8 fois plus qu’après cette même crise. Plus de la moitié de ces milliardaires ont hérité de leur fortune, et seulement 5 sont des femmes.

Dans le même temps, un million de personnes seraient tombées dans la pauvreté en France en 2020 selon les associations caritatives. La France dépasserait alors les 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (elles étaient 9,3 millions avant la pandémie). L’INSEE ne pourra mesurer ce chiffre qu’en 2022 mais selon plusieurs expert-e-s, il pourrait être bien plus élevé. Ce que l’on sait déjà c’est qu’actuellement 8 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour vivre (soit 1 Français.e sur 8)  alors qu’ils étaient 5,5 millions avant la crise.

La pauvreté est sexiste. Les femmes et les filles constituent la majorité des pauvres à l’échelle mondiale, actuellement plus de 435 millions d’entre elles vivent sous le seuil d’extrême pauvreté. La situation risque de fortement s’aggraver. Selon les projections actuelles d’Onu Femmes, la situation risque de s’empirer dans les 10 prochaines avec une aggravation de l’écart de pauvreté entre les femmes et les hommes.

> Inégalités et pauvreté en France : les voyants au rouge

En France, en 2018 le seuil de pauvreté était de 1 063 € par mois après transferts sociaux (60% du revenu median). Cette situation concernait 14,8 % de la population, soit 9,3 millions de personnes – 400 000 de plus qu’en 2017. Après trois ans de stagnation à 14,1 %, ce taux est reparti à la hausse en 2018.

Un modèle économique défaillant qui creuse les inégalités

Lorsque 1% de la population s’accaparent la moitié des richesses mondiales cela a des conséquences durables sur l’économie, la société et même sur la planète. Oxfam n’est pas contre la richesse mais contre un système économique qui aggrave les inégalités, qui enferme des millions de personnes dans la pauvreté et qui détruit la planète.

Des trappes à pauvreté

Il faut à tout prix sortir du mythe du ruissellement selon lequel l’enrichissement des milliardaires favoriserait celui des populations moins riches. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, alors que les milliardaires n’ont jamais été aussi nombreux et aussi riches, près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour.

Les inégalités extrêmes créent donc des trappes à pauvreté où des millions de personnes restent aujourd’hui enfermées. D’après la Banque mondiale, si nous ne parvenons pas à combler le fossé entre riches et pauvres, nous ne pourrons pas mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 et 200 millions de personnes continueront à cette date à subsister avec 1,90 dollar par jour.

Un enrichissement qui se fait au détriment du climat ?

Les plus riches sont aussi celles et ceux qui polluent le plus. Il y a un lien très fort entre inégalités de richesse et inégalités d’émissions de CO2.

Entre 1990 et 2015, les 10% les plus riches de la population mondiale ont été responsables de 52% des émissions de CO2 cumulées et les 1% les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

La surconsommation d’une minorité aisée alimente la crise climatique qui s’est accélérée entre 1990 et 2015, période durant laquelle les émissions totales cumulées dans l’atmosphère ont doublé.

Les récents voyages dans l’espace des deux milliardaires Richard Branson et Jeff Bezos illustrent à l’extrême ces profondes inégalités et une déconnexion insupportable. En 10 minutes, Jeff Bezos et 3 co-équipiers ont émis 75 tonnes de C02 chacun, soit 20 fois les émissions carbone annuelles d’une personne, si l’on veut respecter l’Accord de Paris. Dans le monde, 1 milliard de personnes n’atteignent pas ces niveaux d’émissions durant leur vie entière.

Cette situation est doublement injuste car les personnes les plus pauvres, qui contribuent le moins au réchauffement climatique, sont pourtant celles qui en sont le plus victimes car elles ont moins de ressources pour s’adapter et sont donc les plus touchées par les conséquences du réchauffement climatiques (inondations, sècheresses, feux, crues, tempêtes, hausse des prix alimentaires, etc.). Sans oublier les générations futures qui hériteront d’un budget carbone épuisé et d’un climat encore plus dévastateur.

Une inégale répartition des richesses entre les femmes et les hommes

Les 1% les plus riches sont dans leur grande majorité des hommes blancs. Dans le même temps ce sont les femmes et les filles qui sont les plus touchées par la pauvreté ou menacées par les impacts d’une crise économique ou d’une catastrophe climatique.

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont les plus universelles et les plus structurantes de nos sociétés. A l’échelle de la planète, les hommes détiennent en moyenne 50 % de richesses en plus que les femmes. C’est le résultat d’un système économique injuste et sexiste qui cantonne les femmes dans des pans de l’économie les plus dévalorisés et les plus précaires : économie informelle, contrats court, temps partiel subi, sur-représentation dans les métiers du soin qui sont très mal rémunérés, discriminations au travail… des millions de femmes se retrouvent enfermées dans la pauvreté, avec peu de perspective d’en sortir.

Quelques chiffres sur la situation en France :

  • Les hommes sont rémunérés en moyenne 28,5 % de plus que les femmes.
  • 76 % des emplois en temps partiel sont occupés par des femmes.
  • Les femmes sont surreprésentées dans le secteur du soin, par exemple, 91% des aides-soignante·s sont des femmes.
  • La part des femmes dans les instances de direction des entreprises du CAC40 est de 18,4%, alors qu’elles représentent 32% des cadres et 48% des effectifs.

Des sociétés qui se fracturent sur le mur des inégalités

Les inégalités nuisent à tous les individus. Elles freinent la lutte contre la pauvreté, sont mauvaises pour la croissance et creusent les fractures sociales. Ces dernières années, une vingtaine de pays ont connu des mouvements de révoltes pour dénoncer l’accaparement des richesses et des pouvoirs et la pauvreté qui en découlent : en Colombie, au Chili, au Liban, en Equateur, au Soudan, en Algérie… En France le mouvement des Gilets Jaunes est une réaction à des décisions politiques qui creusent les inégalités (réforme fiscale, taxe carbone injuste, suppression des APL…). La lutte contre les inégalités est aussi un enjeu démocratique.

Pour l’épidémiologiste Richard Wilkinson, une société inégalitaire est une société malade. Il a démontré une nette corrélation entre le niveau d’inégalité d’une société et ses troubles et dysfonctionnements : le taux d’emprisonnement, la mortalité infantile, les maladies mentales, l’obésité, la consommation de drogue, le nombre d’homicides. Les inégalités n’affectent pas que les pauvres : même la santé des plus aisés est plus fragile dans une société inégalitaire.

Il est possible de sortir de cet accaparement par les 1% les plus riches

Les inégalités ne sont pas une fatalité

L’accaparement des richesses par les 1% les plus riches du monde n’a rien de naturel mais c’est le résultat de choix politiques et économiques. Aujourd’hui, même le Fonds Monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale alertent sur le niveau très préoccupant des inégalités mondiales et appellent les gouvernements à prendre des mesures pour les réduire, comme par exemple taxer davantage les très hauts revenus ou les entreprises qui se sont enrichies pendant la crise du Covid.

Selon Kristina Georgieva, directrice générale du FMI, « l’impact sera profond (…) avec des inégalités croissantes provoquant des bouleversements sociaux et économiques. »

Les solutions portées par Oxfam

Il est non seulement possible mais vital de s’attaquer aux inégalités. Oxfam porte plusieurs demandes auprès des responsables politiques pour changer de modèle économique : la solution se trouve dans un modèle permettant d’assurer les besoins de base (santé, éducation, alimentation, protection sociale) des personnes tout en respectant les limites planétaires.

Le financement de ce modèle passera par une fiscalité plus juste, qui met à contribution les personnes très fortunées, celles qui se sont enrichies pendant la crise, et aussi les grandes entreprises dont les pratiques d’évasion fiscale doivent cesser.

10 % des travailleurs concentrent la moitié des salaires distribués dans le monde

Un rapport de l’Organisation internationale du travail montre les inégalités de rémunération entre les travailleurs. Ainsi, la moitié d’entre eux ne touchent que 6,4 % du total des salaires distribués à travers le monde. Si les inégalités reculent globalement, elles ont tendance à s’accentuer à l’intérieur des pays.

En moyenne, les 10% des travailleurs les mieux payés gagnent 7.445 dollars par mois (6.600 euros)
En moyenne, les 10% des travailleurs les mieux payés gagnent 7.445 dollars par mois (6.600 euros) (Shutterstock)

Par Pierre Demoux

Publié le 5 juil. 2019 à 10:36 Mis à jour le 5 juil. 2019 à 10:37

C’est souvent un sujet sensible entre les employés d’une même entreprise. Cela l’est aussi à l’échelle planétaire. Un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié jeudi éclaire le phénomène des inégalités de salaires mondiales. Et celles-ci sont criantes : 10 % des travailleurs concentrent ainsi près de la moitié (48,9 %) du total des rémunérations distribuées. En moyenne, ceux-ci gagnent 7.445 dollars par mois (6.600 euros).

De l’autre côté du spectre, la moitié des travailleurs ne touchent que 6,4 % du total des revenus mondiaux. Les 650 millions les plus pauvres d’entre eux en empochent même moins de 1 %, « un chiffre quasiment inchangé en treize ans », souligne l’OIT.

OCDE : le niveau de vie des classes moyennes a baissé

« A l’échelle mondiale, le salaire moyen des travailleurs de la moitié inférieure de la distribution des revenus n’est que de 198 dollars par mois et les 10 % les plus pauvres devraient travailler plus de trois siècles pour gagner la même chose que les 10 % les plus riches en un an », pointe Roger Gomis, économiste au département statistiques de l’organisation.

Poids croissant des hauts salaires

Le rapport de l’OIT montre que les inégalités de revenus ont toutefois tendance à reculer depuis 2004, à la faveur notamment de la croissance des classes moyennes dans les pays émergents, Chine et Inde en tête.

Le grand brouillard des inégalités mondiales

Mais à l’échelle de chaque pays, le phénomène a tendance à s’accentuer. En moyenne, la part des hauts salaires dans la distribution des revenus a augmenté entre 2004 et 2017 (les 20 % les mieux payés représentent 53,5 % du total des salaires nationaux). Une progression qui s’est faite au détriment des travailleurs de la classe moyenne et des bas salaires.

Progression contenue en France

L’OIT souligne aussi que la répartition du PIB entre capital et travail évolue en défaveur des revenus des travailleurs : leur part est passée de 53,7 % en 2004 à 51,4 % en 2017 au niveau mondial. En France, à l’inverse, elle a augmenté de 1,9 %.

En France, le manque de mobilité sociale est plus problématique que les inégalités de revenus

Les inégalités salariales se sont cependant accrues sur la période dans l’Hexagone. Le poids des 10 % de travailleurs les mieux rémunérés est ainsi passé de 25,9 % à 26,6 % du total des rémunérations. Cette hausse est toutefois plus modérée que celles constatées en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie et aux Etats-Unis, où la progression a été supérieure à 1 point de pourcentage. De l’autre côté, la part du premier décile – les salariés français les plus pauvres – a reculé de 2,6 % à 2,3 %.

Pierre Demoux

France 2030 : 34 milliards d’euros pour qui et pour quoi ?

Publié le 30 mars 2022

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En octobre dernier, Emmanuel Macron annonçait en grande pompe un nouveau plan d’aides publiques au secteur privé, baptisé France 2030, pour un montant de 34 milliards d’euros. Arbitraire du pouvoir exécutif, pari sur des promesses technologiques, entre-soi avec les industriels… France 2030 porte à son comble les orientations affirmées depuis le début du quinquennat et plus encore dans le contexte de la crise sanitaire. 

À l’heure même où le CAC40 annonce des bénéfices record, à l’image des 15 milliards d’euros engrangés par Total, c’est un nouveau chèque en blanc qui profitera directement ou indirectement aux grandes entreprises. Nouvelle publication dans le cadre de notre initiative Allô Bercy.

* – *

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34 milliards d’euros sans conditions.

À l’image des aides publiques massives débloquées depuis le début de la pandémie, le plan France 2030 n’est assorti d’aucune conditionnalité sociale, environnementale ou fiscale pour les bénéficiaires. Il contient même encore moins de garde-fous que les plans précédents. C’est le signe que les flux d’argent public à destination des grandes entreprises ne sont pas prêts de se tarir, alors même que le CAC40 affiche des records historiques de profits.

Le fait du prince.

Le plan France 2030 a été mis en place dans une grande opacité, sans clarté sur sa gouvernance. Il a été validé dans le cadre d’un amendement de dernière minute à la loi de finances 2022, avec un débat parlementaire minimal. Les quelques informations publiées début février sur son pilotage confirment que les fonds seront gérés dans le cadre d’un entre-soi entre autorités publiques et industriels, sans représentation de la société civile.

Promesses technologiques.

Comme nombre d’aides publiques mises en place suite à la pandémie, mais de manière encore plus radicale, le plan France 2030 privilégie des solutions technologiques contestables et/ou chimériques comme le nucléaire, l’hydrogène, ou l’avion « zéro carbone ». Le secteur numérique devrait bénéficier d’une grande partie des « investissements transversaux » annoncés.

« Usual suspects ».

Le plan France 2030 est présenté comme ciblant surtout les start-ups et les acteurs émergents. En réalité, une bonne partie des destinataires potentiels des soutiens sont soit de grandes entreprises, soit des start-ups liées à ces dernières. Une partie de ces start-ups a déjà bénéficié d’aides publiques dans le cadre de plans d’investissement précédents. Au final, les groupes du CAC40 devraient être encore une fois parmi les grands bénéficiaires – directement ou indirectement – du plan France 2030.

Recyclage d’investissements déjà annoncés. Une partie significative des investissements annoncés dans le plan France 2030 – pour autant que l’on puisse s’y retrouver – semblent recycler des annonces déjà faites (hydrogène, santé, agriculture), notamment dans le cadre du plan de relance.

Je ne souligne que certains éléments de cette petite brochure de 10 pages.

De l’argent public pour l’assistanat aux entreprises sans condition ; soit un nouveau chèque en blanc de 34 milliards d’euros pour les industriels…

Des solutions technologiques contestables et/ou chimériques privilégiées comme le nucléaire, l’hydrogène, ou l’avion « zéro carbone »…

Le plan d’investissement « France 2030 » parachève la volonté gouvernementale d’étendre et de pérenniser les aides publiques aux entreprises. Soit un financement avec nos impôts de ceux (entreprises et actionnaires) qui pratiquent allégrement l’« évasion fiscale » où la fraude fiscale (comme certain·es membres du gouvernements)…

Le recyclage en partie des investissements déjà annoncés auparavant et cette fois sans semblant de règles et de conditionnalités. « Les aides aux entreprises de France 2030 ne sont assorties d’aucune véritable condition d’ordre financier, fiscal, social ou environnemental ». L’utilisation des fonds est laissé à l’entière discrétion des directions d’entreprises. Dans le même temps le gouvernement veut conditionner le versement du RSA (et il n’y a en pas pour 34 milliards !). Pas de contrôle pour l’assistanat public aux entreprises et contrôle renforcé pour les « classes dangereuses »…

La volonté d’associer des grands groupes du CAC40 au comité de sélection. Des procédures non démocratiques ou la démocratie censitaire…

« La radicalisation d’une orientation pro-technologie visible dès le début du quinquennat en matière de numérique, mais qui s’est considérablement renforcée en 2020 durant la crise sanitaire. » La foi inébranlable dans les promesses technologiques brandies par les industriels. Les prêtres – rémunérés par l’Etat – d’une religion du privé, des fantasmes technologiques et de la fumeuse idéologie du ruissellement… La continuité sous des habits illibéraux plutôt que des transformations structurelles pour assurer la transition énergétique et la satisfaction des besoins du plus grand nombre…

Les auteurs et autrices donnent un exemple en matière de santé : « l’accent porte non pas sur le financement des hôpitaux publics, des métiers du soin ou l’accessibilité des médicaments et équipements essentiels, mais sur l’innovation pharmaceutique (avec l’émergence de 20 biomédicaments d’ici 2030) et la santé numérique ».

Il s’agit bien d’une pensée religieuse qui présente l’innovation industrielle future « comme solution magique à tous les problèmes écologiques, économiques et politiques ».

Un plan qui oublie un fois de plus la majorité de la population : les femmes. « Pendant la pandémie, les femmes se sont souvent retrouvées en « première ligne », tant au travail qu’au sein des familles. Sur-représentées dans de nombreux secteurs qui ont permis de faire face à la pandémie (87% d’infirmières ; 91% d’aides-soignantes ; 97% d’aides à domicile et aides ménagères ; 73% d’agentes d’entretien ; 76% de caissières et vendeuses ; 71% d’enseignantes), les femmes ont été les grandes oubliées des plans d’urgence et de relance. Le plan de relance ne comprend aucune mesure sur l’égalité et la mixité (alors qu’il comporte des volets sur la cohésion), et il finance des secteurs économiques principalement masculins (automobile, aéronautique, numérique) »…

Sans oublier ce que l’on nomme pudiquement les conflits d’intérêts.

De l’argent qui ira probablement principalement dans les poches des actionnaires des grands groupes (les entreprises du CAC ont versé plus de 76 milliards de dividendes en deux ans, et ont battu en 2021 le record historique de rachats de ses propres actions, avec 25 milliards d’euros).

« Sous des dehors consensuels, cependant, ces discours cachent une radicalisation de sa politique de soutien inconditionnel au secteur privé. Il ne s’agit en aucun cas d’investir dans les secteurs clés pour notre avenir tels que les métiers du soin et de l’éducation, ou encore les activités qui permettent, au plus près des territoires, de satisfaire les besoins des populations (transports publics, alimentation, etc). Les services publics et les précaires sont à nouveau, comme pour le plan de relance, les grands oubliés de son nouveau plan d’investissement. Les fonds seront distribués via des appels à projets qui risquent de créer des effets d’aubaine ou de bénéficier surtout à des « insiders » rompus à ce type d’exercice. Sous couvert d’« investissement », c’est une nouvelle étape dans la mise à disposition des deniers publics au bénéfice des grandes entreprises. »

Une brochure à diffuser très largement

https://multinationales.org

Didier Epsztajn

« Perdre du temps c’est mourir » : Les principales conclusions du nouveau rapport du GIEC

 Changement climatiqueRéchauffement climatique

Le changement climatique est en passe de transformer la vie sur Terre telle que nous la connaissons, et à moins que le réchauffement de la planète ne soit considérablement ralenti, des milliards de personnes et d’autres espèces vont arriver à un stade où elles ne pourront plus s’adapter à la nouvelle normalité, selon un rapport majeur publié lundi.

Source : CNN, Rachel Ramirez
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le rapport soutenu par les Nations unies, qui s’appuie sur des années de recherches menées par des centaines de scientifiques, révèle que les effets du changement climatique causé par l’homme sont plus importants qu’on ne le pensait. Selon les auteurs du rapport, ces effets se produisent beaucoup plus rapidement et sont plus perturbateurs et plus étendus que ce que les scientifiques avaient prévu il y a 20 ans.

Les auteurs soulignent d’énormes inégalités dans la crise climatique, constatant que ceux qui contribuent le moins au problème sont les plus touchés, et mettent en garde contre des impacts irréversibles si le monde dépasse 1,5 degré Celsius de réchauffement planétaire.

Selon le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le rapport «est un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques», et il a averti que « perdre du temps c’est mourir ».

« Les faits sont indéniables. Cette abdication du leadership est criminelle », a déclaré Antonio Guterres dans un communiqué. « Les coupables sont les plus grands pollueurs du monde, et ils mettent le feu à la seule maison que nous ayons ».

Il a également déclaré que les « événements actuels » montraient que le monde était trop dépendant des combustibles fossiles, les qualifiant « d’impasse », faisant ainsi une claire référence au conflit et à la crise de l’énergie en Ukraine.

Voici les principales conclusions du rapport :

Un réchauffement supérieur à 1,5 degré pourrait avoir des conséquences irréversibles

Récifs coralliens blanchis autour de la Polynésie française en 2019.

Depuis des décennies, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme, le réchauffement doit rester en deçà de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels.

Le rapport publié lundi par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies montre que si cette limite est franchie, certains changements seront irréversibles pendant des centaines – voire des milliers – d’années. Et certains de ces changements pourraient être définitifs, même si la planète se refroidit à nouveau.

Le monde est déjà 1,1 degré Celsius plus chaud qu’avant l’industrialisation, selon l’estimation du GIEC, qui est considérée comme prudente. Nous nous dirigeons maintenant rapidement vers 1,5 degré.

Source: IPCC AR6 Working Group I report
Graphic: John Keefe, CNN

Les émissions de gaz à effet de serre porteront le réchauffement à 1,5 °C

Dans les cinq scénarios envisagés dans le rapport du GIEC, le monde est en passe de se réchauffer d’au moins 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Seul le scénario d’émissions les plus faibles, dans lequel les émissions de dioxyde de carbone diminuent jusqu’à un niveau net nul vers 2050, permettrait éventuellement à la planète de passer sous ce seuil.

Selon le rapport, chaque événement extrême conduit les écosystèmes à se rapprocher plus encore des points dits de basculement au-delà desquels des changements irréversibles peuvent se produire.

Selon le rapport aussi, dans le cas d’un réchauffement de 2 degrés, par exemple, pas moins de 18 % de toutes les espèces terrestres seront exposées à un risque élevé d’extinction. À 4 degrés, 50 % des espèces sont menacées.

« Concernant plusieurs systèmes que nous connaissons, les défis sont déjà nombreux si la hausse est de 1,5 degré », a déclaré Hans-Otto Pörtner, coprésident du rapport et scientifique au Centre Helmholtz de l’Institut Alfred Wegener pour la recherche polaire et marine.

« Il est clair qu’en ce qui concerne les récifs coralliens, nous sommes obligés d’admettre que dans de nombreux endroits, ils ont déjà dépassé les points de basculement. Ils sont sur la pente descendante. »

Un homme à l’oeuvre dans les Alpes suisses sur le glacier du Rhône en octobre 2021, ce dernier est partiellement recouvert de mousse isolante pour l’empêcher de fondre en raison du réchauffement climatique.

Selon les auteurs, les écosystèmes très vulnérables de l’Arctique, des montagnes et des côtes sont les plus menacés par ces changements. La fonte des calottes glaciaires et des glaciers entraînera une élévation accélérée du niveau de la mer, et celle-ci sera irréversible pendant des siècles.

Les forêts, les tourbières et le pergélisol – des endroits qui absorbent et stockent naturellement les gaz à effet de serre – risquent d’être amenés à rejeter ces gaz dans l’atmosphère, provoquant un réchauffement encore plus important.

Nous arrivons au bout de nos capacités d’adaptation

« L’adaptation » cela veut dire trouver des moyens pour vivre en accompagnant le changement — par exemple en érigeant des digues pour contrer l’élévation du niveau de la mer ou en appliquant de nouveaux critères de construction pour que les maisons puissent résister à des conditions météorologiques plus extrêmes.

Les scientifiques notent que certaines des adaptations que nous avons mises en oeuvre ont jusqu’à présent atténué l’impact de la crise climatique, mais celles-ci se révéleront insuffisantes sur le long terme. A partir d’une hausse de 1,5 degré, nos capacités d’adaptation seront encore plus réduites.

Construction d’un mur de protection anti-inondations dans l’est de Manhattan, à New York, le 11 décembre 2021.

Et bien que le monde naturel se soit adapté aux divers changements de climat tout au long de millions d’années, le rythme du réchauffement planétaire causé par l’homme accule au bord du gouffre bon nombre des systèmes les plus fragiles de la planète – comme les forêts tropicales, les récifs coralliens et l’Arctique. Des conditions météorologiques plus extrêmes n’affectent pas seulement les humains, elles provoquent aussi des extinctions massives de plantes et d’animaux.

La croissance démographique et le développement, qui n’ont pas été gérés dans une optique d’adaptation à long terme, mettent également les populations en danger. Pas moins de 3,6 milliards de personnes vivent dans des endroits déjà très vulnérables aux risques climatiques dont une partie ne pourra plus s’adapter lorsque la planète aura atteint le seuil de 1,5 degré.

Une grande partie des ressources mondiales, notamment la finance internationale, est consacrée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que l’on appelle l’atténuation. Lors de la conférence COP26 sur le climat qui s’est tenue à Glasgow, en Écosse, l’année dernière, les pays en développement ont déploré le refus des pays riches de contribuer au financement de leur adaptation.

« Nous avons constaté que la grande majorité du financement climatique va à l’atténuation plutôt qu’à l’adaptation », a déclaré Adelle Thomas, une des autrices du rapport qui est climatologue à l’Université des Bahamas. « Ainsi, bien que le processus d’adaptation soit engagé, il n’y a pas assez de financement et ce n’est pas une priorité de premier ordre, ce qui explique pourquoi il y a un tel retard. »

Près de 3 milliards de personnes seront confrontées à une « pénurie hydrique aiguë. »

Habitants remplissant des récipients d’eau pendant une pénurie à Nairobi, au Kenya, en janvier.

Selon le rapport, près de la moitié de la population mondiale connaît chaque année une grave pénurie d’eau, en partie due à des facteurs liés au climat. L’eau deviendra encore plus rare si les températures mondiales augmentent.

À 2 degrés de réchauffement de la planète – hausse prévue par les scientifiques d’ici le milieu du siècle – près de trois milliards de personnes dans le monde connaîtront une « pénurie hydrique aiguë », selon le rapport. Ce chiffre passe à quatre milliards de personnes si la hausse atteint 4 degrés.

Les pénuries d’eau exerceront une pression énorme sur la production alimentaire et aggraveront les problèmes de sécurité alimentaire déjà très graves dans le monde.

Une crise de l’eau se prépare déjà dans l’ouest des États-Unis. Une sécheresse de plusieurs années a vidé les réservoirs et provoqué des coupures d’eau sans précédent dans la région. Le lac Mead, le plus grand réservoir du pays, est descendu à des niveaux records ces derniers mois, menaçant l’approvisionnement en eau de dizaines de millions de personnes.

Amandiers morts dans un champ après avoir été arrachés par un agriculteur en raison du manque d’eau pour irriguer, à Huron, en Californie, en juillet 2021. Selon les auteurs, la sécheresse a imposé une limite stricte à l’adaptation de la culture des amandiers.

La majeure partie du Moyen-Orient connaît des niveaux élevés de stress hydrique, qui devraient s’aggraver avec le réchauffement de la planète, ce qui soulève la question de savoir combien de temps ces parties de la région continueront d’être habitables. Ces dernières années, de vastes étendues en Afrique ont également souffert d’une sécheresse prolongée.

Le rapport se concentre sur l’interdépendance entre les écosystèmes de la Terre et les humains, et notamment sur la manière dont la crise climatique modifie les ressources en eau.

« Ce que nous voulions vraiment montrer, c’est que les écosystèmes et tous les secteurs de la société humaine et du bien-être humain dépendent fondamentalement de l’eau », a déclaré à CNN Tabea Lissner, scientifique chez Climate Analytics et co-autrice du rapport. « Et ce n’est pas seulement la ressource en eau elle-même qui joue un rôle important dans la sécurité de l’eau, mais aussi la forme et la qualité de celle à laquelle nous pouvons avoir accès, et nous voulons montrer réellement le grand nombre de façons différentes dont le changement climatique affecte réellement les humains et les écosystèmes à travers divers mécanismes. »

Les personnes les plus touchées sont celles qui sont le moins responsables de la situation

Inondations dans la capitale soudanaise de Khartoum, le 7 septembre 2021.

Selon le rapport, les pays qui émettent le moins de gaz à effet de serre, principalement les pays du Sud et les territoires insulaires, sont généralement ceux qui subissent de façon disproportionnée les effets des risques climatiques.

« Nous vivons dans un monde inégalitaire », a déclaré à CNN Eric Chu, co-auteur du rapport et scientifique à Davis, Université de Californie. « Les pertes se répartissent de manière inéquitable entre les communautés, en particulier les communautés qui ont été historiquement écartées de la prise de décision, et maintenant nous voyons que certaines de ces inégalités se manifestent également dans les choix que nous faisons pour nous adapter. »

Camille Parmesan, écologiste à la station d’écologie du CNRS et co-autrice du rapport, a déclaré qu’avec l’aggravation du changement climatique, un nombre croissant d’autochtones perdront les terres, l’eau et la biodiversité dont ils dépendent.

Vue aérienne d’Ejit dans les îles Marshall, qui sont de plus en plus inondées par la montée du niveau de la mer.

« Il est de plus en plus évident que de nombreuses communautés autochtones qui, en fait, dépendent beaucoup plus des systèmes naturels pour leur alimentation et leurs moyens de subsistance, sont non seulement les plus exposées, parce que ces systèmes naturels sont très fortement touchés, mais elles sont aussi les plus vulnérables, parce qu’elles se trouvent souvent dans des zones où la pauvreté est d’un niveau élevé ou l’accès aux soins de santé limité », a déclaré Parmesan.

À mesure que la crise climatique progresse, de plus en plus de gens seront contraints de se déplacer, ce qui accroîtra le stress et la vulnérabilité d’autres régions.

« Lorsque la Terre devient non cultivable, la dépendance des communautés à l’égard de l’agriculture ou de la production alimentaire entraîne non seulement une perte de revenus, mais aussi une perte de sécurité alimentaire », a déclaré Vivek Shandas, professeur d’adaptation climatique et de politique urbaine à l’Université d’État de Portland, qui n’a pas participé au rapport. « Cette capacité à survivre au quotidien est perdue. En tant qu’humains, tout au long de l’histoire, nous nous sommes déplacés de lieux moins habitables vers des lieux plus accessibles et habitables. »

Nous pouvons encore éviter le pire

Des employés de la centrale éolienne de Canakkale du groupe Akfen Renewable Energy, en Turquie, procèdent à une vérification de routine de l’équipement au sommet d’une éolienne en décembre 2021.

Alors que de nombreuses régions du monde en développement sont incapables de s’adapter en raison d’un manque de financement et de capacités, le GIEC désigne l’Amérique du Nord comme une région où la désinformation et la politisation constituent un obstacle.

Cela a conduit à une méconnaissance de l’ampleur du risque et a polarisé la réponse à la crise, ce qui a finalement « retardé la planification et la mise en œuvre pourtant urgentes de l’adaptation », selon les auteurs du rapport.

En Europe, ils notent que le manque de leadership politique et un piètre sens de l’urgence font partie des obstacles à surmonter.

Mais il s’agit d’obstacles qui peuvent être surmontés, et les auteurs affirment qu’il existe encore une fenêtre d’opportunité pour mettre en œuvre des actions significatives – bien qu’elle se referme rapidement.

« Il existe des possibilités d’adaptation entre aujourd’hui et 1,5 [degrés] », en plus des réductions importantes des émissions de combustibles fossiles qui piègent la chaleur, a déclaré Chu. « Mais plus nous allons au-delà des 1,5 degré, plus l’espace d’opportunité devient nettement contraignant et réduit l’efficacité. »

Selon Lissner, le rapport lance « un appel urgent à l’action » pour que les dirigeants mondiaux s’orientent vers un développement résilient au changement climatique : réduire les émissions au plus bas niveau possible tout en investissant dans l’adaptation pour faire face aux changements que nous observons déjà.

Les décideurs doivent également s’efforcer d’aider les communautés et les pays les plus défavorisés, afin que personne ne soit laissé pour compte dans le processus.

« Il est important que cela soit également fait de manière inclusive ou équitable, a déclaré Lissner, en examinant comment les régions les plus vulnérables peuvent réellement être soutenues pour leur adaptation. »

Source : CNN, Rachel Ramirez, 28-02-2022
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Ouvrons les yeux : paix et climat, même combat ! (+ autre texte)

Publié le 12 mars 2022

Lundi 28 février a été publié le deuxième volet du 6ème rapport du GIEC. Le premier nous avait rappelé que la trajectoire actuelle du réchauffement climatique nous amène à plus 1,5°C dès 2030 et possiblement jusqu’à plus de 4°C à la fin de ce siècle. Ce second volet évalue les risques sans précédent pour la biodiversité et les populations humaines que ce réchauffement entraînera. 

Près de la moitié de l’humanité vit dans des territoires très vulnérables au changement climatique : zones côtières, régions menacées par des sécheresses, des pénuries d’eau et des canicules. Il insiste sur les conditions de mise en œuvre d’une politique résiliente qui doit être immédiate, coopérative avec l’ensemble des pays et intégrée, prenant donc en compte l’ensemble des secteurs de la politique et particulièrement les inégalités sociales.  

Ce rapport ne doit plus rester sans effets concrets suffisants ! Cette décennie sera déterminante pour infléchir les trajectoires futures. Compte tenu des impacts irrémédiables du dérèglement climatique et de leur aspect cumulatif, les transformations nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effets de serre et les adaptations aux risques non évitables sont à entreprendre dès maintenant. 

Ouvrons les yeux ! Nous devons sortir du déni climatique !

Mais aujourd’hui, la guerre en Ukraine nous préoccupe au quotidien. Elle nous rappelle la fragilité de l’état de paix auquel la plupart des peuples européens se sont habitués. Face à la violence et à la tragédie humaine sous nos yeux, il pourrait paraître malvenu de se préoccuper des crises climatiques et de l’érosion de la biodiversité. 

Or, les enjeux de climat et de paix sont liés ! 

Et cela à plusieurs titres. Le dérèglement climatique, lui aussi, tue ! Il est déjà, et sera, à la source de nombreux conflits pour l’accès aux ressources. Il rend des régions entières invivables et envoie sur la route des millions de réfugiés à la recherche d’un territoire où pouvoir vivre dignement. 

La guerre met en évidence la fragilité et l’inadaptation de notre modèle de développement face aux crises et en particulier notre dépendance aux produits pétroliers. La flambée des prix du gaz et du pétrole, liée à la crise et à la guerre, pèse déjà sur notre pouvoir d’achat. Tout milite pour l’absolue nécessité de sortir de l’addiction aux énergies fossiles : pour réduire les émissions des gaz à effet de serre, pour se libérer des régimes autoritaires et belligérants et pour maîtriser les coûts ! 

La guerre révèle également la vulnérabilité de notre système agro-productiviste, dépendant des importations et des marchés financiers qui alimentent l’envolée actuelle des cours mondiaux des denrées agricoles (blé, maïs …). Le secteur agricole, notamment l’élevage intensif bovin est de plus un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

Pour garantir un climat vivable et la paix, la prise en compte de ces réalités doit nous amener vers une autre stratégie : celle de la souveraineté énergétique et alimentaire, celle de la sobriété énergétique et de la préservation des espaces naturels, celle de la relocalisation des activités. 

Il est temps de mettre fin aux politiques court-termistes au profit de quelques-uns. Affronter la question climatique doit se faire en lien avec la justice sociale, l’exigence démocratique et les valeurs humanistes. 

Exigeons un embargo sur les produits pétroliers et gaziers russes. C’est une arme économique face à un gouvernement belligérant, c’est un soutien au peuple ukrainien.

Accueillons tous les réfugiés obligés de fuir des systèmes autocratiques, des zones de guerre, ou des zones devenues invivables par le dérèglement climatique.

Exigeons la mise en œuvre d’une vraie politique de transformation de notre modèle économique pour qu’il puisse faire face aux crises à venir, avec notamment : 

  • Un plan massif d’investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments, dans la révolution des mobilités et les énergies renouvelables pour que les surcoûts évidents ne soient pas portés par les seuls consommateurs ;
  • Un plan massif d’investissement dans la transition agricole et la sécurité alimentaire, pour un soutien des agriculteurs et pour une alimentation saine et abordable par tous ;
  • Une politique industrielle de relocalisation des productions des biens de première nécessité ;
  • Une politique de résilience pour adapter nos territoires littoraux et urbains menacés par le dérèglement climatique. 

Nous ne pouvons pas attendre 5 ans de plus ! Nous appelons tous les citoyens à participer à la prochaine marche climat le 12 mars, dans toutes les villes de France ! Unis pour le climat et la paix ! 

La liste complète des signataires de cette tribune (à signer ici) est accessible ici

Premiers signataires :

Nathalie Appéré, Maire de Rennes, Présidente de Rennes Métropole  
Manon Aubry, Députée européenne, présidente du groupe de la gauche au parlement européen, LFI
Gérard Bavant, Co-Secrétaire départemental, Parti de Gauche 
François Béchieau, Secrétaire national, Mouvement des Progressistes
Pascal Boissel, Vice-président de l’Union syndicale de la psychiatrie
Alice Brauns, membre fondateur #Unispourleclimat 
Alain Coulombel, membre du bureau exécutif d’EELV   
Sybille Douvillez, Co-référente nationale, Place Publique Jeunes
Jean-Michel Drevon, Secrétaire général, Institut de recherches FSU
François Dubreuil, membre fondateur #Unispourleclimat  
Olivier Dubuquoy, fondateur ZEA
Olivier Faure, premier secrétaire du PS 
Gérard Filoche, porte-parole Gauche Démocratique et Sociale, 
Pablo Flye, Co-initiateur Jeunes pour le climat – appel à la grève du 25 mars
Fabienne Grébert, Co-Présidente du groupe écologiste CR  AURA   
Anne Hessel, Archipel de l’écologie et des solidarités
Pierre Khalfa, Ancien coprésident Fondation Copernic 
Jean Lafont, co-fondateur PEPS
Pascaline Lécorché, Secrétaire Générale, Place Publique 
Pierre Lehembre, Président Allons Enfants
Benjamin Lucas, coordinateur national Génération·s
Vincent Liégey, Porte-parole Parti pour La Décroissance
Benoit Monange, Directeur, Fondation de l’Écologie Politique
Claire Monod, Porte-parole de Convention pour une république écologique
Aline  Mouquet, Présidente, Nouvelle Donne
Corinne Nassariguin, Secrétaire nationale à la coordination, PS
Roland Nivet, Porte-parole national, Le Mouvement de la Paix
Alain Pagano, Responsable à l’écologie, PCF
Béatrice Pinat, Parlement de l’union Populaire, LFI
Jean François Pellissier, ENSEMBLE !
Raymonde PoncetMonge, Sénatrice EÉLV 
Aurélien Taché, Député, Les Nouveaux Démocrates
Sophie TailléPolian, Sénatrice Génération·s ; 
Patrick Viveret, Archipel Osons les jours heureux

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/110322/ouvrons-les-yeux-paix-et-climat-meme-combat

Pourquoi nous allons connaître une crise monétaire épique (1)

Simone Wapler

La monnaie n’a plus d’ancrage dans le réel, elle repose sur de la dette. Ce qui annonce une crise monétaire.

crise monétaire

Publié le 10 mars 2022

Au mépris d’une histoire monétaire multimillénaire, les autorités (gouvernements et banques centrales) se sont lancées dans une grande expérience planétaire : la monnaie n’a plus d’ancrage dans le réel, elle repose sur de la dette :

  • Aujourd’hui l’argent de votre compte en banque est une dette que votre banque reconnaît avoir à votre égard. Elle vous le rendra… si elle le peut, et si les autorités y consentent (comme les Canadiens, les Libanais ou les Russes peuvent en témoigner).
  • Votre livret A est adossé à de la dette publique française. La République française vous rendra probablement cet argent mais nous parlons de 22 950 euros au maximum qui est le plafond du livret A. Et son pouvoir d’achat en carburants n’est déjà plus le même.
  • Votre assurance-vie est une dette que votre assureur reconnaît avoir à votre égard. Il honorera ses engagements futurs… s’il le peut sans faire faillite.
  • Vos cotisations de retraite complémentaires sont une dette qu’un organisme privé reconnaît avoir à votre égard pour vous les reverser lors de votre retraite, s’il le peut. Et le pouvoir d’achat de ce qu’il vous rendra sera lui aussi érodé.

Certes, vous manipulez – mais de moins en moins fréquemment – des billets. Ils n’ont évidemment aucune valeur intrinsèque. Voyez-les comme un bon d’achat certifié par un banquier central, valable dans une monnaie donnée. Les espèces représentent une très faible proportion de la monnaie en circulation dans les pays développés. Quand la monnaie s’effondre comme le rouble actuellement, ces bons d’achat ne permettent plus d’acquérir grand-chose.

La dette s’est multipliée à un niveau désormais hors de contrôle. Jamais en temps de paix l’endettement public n’avait atteint de tels sommets.

Le Titanic de la dette

La dette mondiale a connu sa plus forte progression en 50 ans

Sur ce graphe, la dette est exprimée en pourcentage des biens et services produits (le PIB)

  • Dette mondiale
  • Dette publique
  • Dette des ménages
  • Dette des entreprises non financières

Source : FMI, chiffres publiés le 15 décembre 2021. Le montant total 2020 est de 226 000 milliards de dollars. Il est estimé en septembre 2021 à 300 000 milliards par l’International Institute of Finance.

Le graphique du FMI mesure la dette en pourcentage du PIB. Rappelons que le PIB est la somme des biens et services produit en un an dans un pays.

En 1970, lorsque le dollar était encore rattaché à l’or, la dette représentait l’équivalent des biens et services produits. La dette du secteur privé (entreprises non financières et ménages) en représentait 75 % et celle du secteur public 25 %. Une production de biens et services de 100 était adossée à 100 de dettes dont les trois-quarts étaient émises par le secteur privé.

Aujourd’hui, tous pays confondus, la dette représente 256 % des biens et services produits en un an. Si on considère que la dette doit être adossée à quelque chose de tangible (les biens et services produits, l’économie réelle), 156 % de 300 000 milliards de dollars de dettes ne sont adossés à rien, à du vent, à des promesses de payer.

La dette du secteur privé a doublé et la dette du secteur public a quadruplé, toujours par rapport à ce qui est produit.

Certains esprits subtils vous diront « ha mais, on ne compare pas un stock (la dette) à un flux (la production), blablabla… ». Ce sont des niais (hypothèse bienveillante) ou des manipulateurs (hypothèse complotiste ou populiste). En pratique, on compare toujours une dette à une capacité de remboursement, à des revenus, à la faculté de produire quelque chose. Avant de vous accorder un prêt, votre banquier s’inquiète de vos revenus.

Voici comment se distribue la dette publique par pays (source Visualcapitalist).

Dette publique par pays, rapportée à la taille de leur économie

La dette publique est importante car elle est devenue l’assise du système financier, l’actif le plus sûr. Les bons du Trésor américain jouent le rôle autrefois dévolu à l’or. Les marchés financiers, la réglementation, votre banquier, votre assureur considèrent qu’une obligation d’État émise par les États-Unis, l’Allemagne, la France… ne comporte aucun risque. Elle sera toujours honorée.

Par : Simone Wapler

L’iceberg de l’inflation va éperonner le Titanic de la dette

Simone Wapler

De semaine en semaine, l’inflation essaime et les banquiers centraux renâclent à prendre les dispositions qui s’imposent.

titanic credits Eric Constantineau

Publié le 11 mars 2022

Dans un précédent article, je vous parlais du Titanic de la dette, plus de 300 000 milliards de dollars. Le Titanic était un paquebot de luxe réputé insubmersible à bord duquel les passagers menaient grand train dans l’insouciance. Le navire n’était-il pas réputé insubmersible ?

Il en est de même pour la dette aujourd’hui. Les dettes souveraines, c’est-à-dire les dettes publiques des pays développés, passent pour être les actifs financiers les plus sûrs au monde depuis la disparition de l’or du système monétaire en 1971. Elles seraient insubmersibles. Dans un contexte de baisse de taux continu, ces dettes (ou crédits) ne coûtent rien ou presque à leurs émetteurs, il leur suffit de contracter une nouvelle dette pour rembourser l’ancienne. Ceci permet à ces pays de maintenir un niveau de vie élevé.

Les États fortement endettés sont donc les plus vulnérables à une hausse des taux d’intérêt. Mais il existe deux autres paramètres à prendre en compte : qui détient la dette publique (la banque centrale, les citoyens nationaux ou des étrangers) et leur balance commerciale.

Imaginons un État dont la dette est intégralement détenue par les citoyens, il peut décider légalement (mais pas légitimement) de ne pas leur payer d’intérêts et même de ne pas les rembourser. Si la dette est rachetée par la banque centrale, elle est payée en monnaie de singe et l’inflation empire.

Si la dette est entre les mains de créanciers étrangers, le défaut devient délicat, d’autant plus si ces mêmes étrangers livrent des biens et services essentiels en grande quantité. Vous l’aurez compris, les cas de l’Allemagne, de la France et de l’Italie ne sont pas les mêmes bien que nous partagions la même monnaie.

Mais les taux monteront-ils ?

L’emballement de la création monétaire

L’inflation – en tant que hausse des prix généralisée – est toujours un phénomène monétaire et non pas économique. Les banquiers centraux ont créé de gigantesques quantités de monnaie (adossée à de la dette) sans rapport avec la quantité de biens et services produits comme nous l’avons vu. Cette création de monnaie dette a timidement commencé en 1971 avec la disparition de l’or du système monétaire international, et s’est accélérée à chaque crise (1973 avec les chocs pétroliers, 2000 avec la bulle internet, 2008 avec le crédit subprime et 2020 avec le covid). L’inflation actuelle n’est pas due à des ruptures d’approvisionnement de la chaine logistique mondiale ou à la guerre russo-ukrainienne. Elle provient d’une création de monnaie (dette) sans contrepartie de richesses produites.

Aujourd’hui, les États-Unis ont émis 30 000 milliards de dollars de dette fédérale. Elle n’était que de 1000 milliards en 1981. Pourtant, en quarante ans, le PIB américain, la taille de l’économie, n’a pas été multiplié par 30 mais par 5.

Non seulement la croissance de cette dette a été six fois supérieure à la croissance de l’économie mais elle s’est accélérée de façon fulgurante. Il a fallu 27 ans et la crise financière de 2008 pour que les 10 000 milliards de dette soient atteints. Neuf ans plus tard, en 2017, les 20 000 milliards sont atteints. Et cinq ans plus tard, en 2022, nous voici à 30 000 milliards. Et il n’a fallu que 46 jours pour passer de 29 000 milliards à 30 000 milliards…

Dans l’Eurozone, nous assistons aussi au même emballement.

L’essaimage de l’inflation

L’inflation se propage toujours de façon progressive d’autant plus lentement que les gens ont confiance dans le régime émetteur de monnaie. Ainsi, l’inflation de la fin de l’Empire romain s’est étalée sur plus de deux siècles (de 64 à 268). L’inflation européenne provoquée par l’importation massive d’or et d’argent en provenance du Nouveau monde s’est étalée sur près d’un siècle (de 1500 à 1600).

Richard Cantillon a théorisé au XVIIIe siècle les effets de la création monétaire sans contrepartie de création de richesse réelle en examinant ce dernier cas. Il montre que l’inflation se diffuse progressivement, démarrant auprès des fournisseurs du roi d’Espagne. L’inflation s’agrandit ensuite en cercles concentriques, à partir d’un petit noyau de personnes. D’abord les riches et les puissants proches de la source d’émission monétaire vers des groupes de plus en plus nombreux et de plus en plus éloignés, nuisant à de plus en plus d’individus. De la cour vers les charpentiers de marine nécessaires pour construire les galions, puis vers les charpentiers ordinaires, les producteurs de bois ou de clous, etc. On nomme « effet Cantillon » ce caractère diffus de transmission de l’inflation.

L’origine actuelle de l’augmentation des inégalités, de la flambée des prix des actifs financiers et de l’immobilier réside dans la création monétaire voulue par les banquiers centraux. Les ultra-riches appartiennent au monde de la finance et au petit cercle des dirigeants des grandes entreprises cotées ayant accès en première ligne au crédit gratuit et infini.

Dès lors, il ne faut pas s’étonner de la réticence des banquiers centraux à augmenter les taux d’intérêt pour contrer ce qu’ils ont provoqué. Évidemment, si vous pensez que l’iceberg de la dette va fondre de lui-même, ou que les banquiers centraux manœuvreront pour nous éviter le naufrage, inutile de lire la suite.

Vrai problème de pouvoir d’achat et faux problème d’excédent d’épargne

L’inflation des actifs (obligations, actions, immobilier) n’est mesurée par aucun indice officiel. L’érosion du pouvoir d’achat mesurée par les indices d’inflation officiels portent sur des produits et services de consommation ; ils ne prennent pas en compte le logement (qui ne se consomme pas) et encore moins les impôts et taxes. La hausse de l’immobilier alimente les marchés du crédit privé et prive les ménages de pouvoir d’achat pour autre chose.

Il n’y a aucun excédent d’épargne, seulement une fausse épargne reposant sur de la dette publique qui ne pourra jamais être honorée faute de contribuables solvables (une espèce en voie de disparition que les banquiers centraux sont incapables de cloner).

Comme je le rappelle dans mon livre, on n’a jamais vu dans l’histoire une génération payer pour la dette de la génération précédente. L’argent a déjà été croqué et ceux qui doivent rembourser intérêt et principal ne veulent pas être réduits en esclavage pour des dépenses dont ils n’ont pas profité.

Même un héritage s’accepte sous bénéfice d’inventaire.

L’heure de vérité par l’inflation

De semaine en semaine, l’inflation essaime et les banquiers centraux renâclent à prendre les dispositions qui s’imposent.

L’inflation atteint 7,5 % aux États-Unis, un niveau jamais vu depuis 1982 et 5,8 % dans l’Eurozone. En gros, à ce rythme, votre épargne est divisée par deux en 12 ans.

Oui, il y a bien des goulets d’étranglements dans la logistique de la mondialisation car le rebond après la mise à l’arrêt des économies pour cause de covid est violent. Oui, il y a bien une flambée de l’énergie due à de mauvaises allocations de capitaux (énergies renouvelables) et aux sanctions contre la Russie.

Mais à cela, s’ajoutent des plans de soutien et des plans de relance (financés par la dette, au cas où vous auriez un doute, cher lecteur). Tout cela, c’est de la monnaie qui finit par influencer les prix de votre vie quotidienne (et plus seulement l’immobilier ou les actions).

Le FMI écrivait fin décembre 2021 :

Un resserrement marqué des conditions financières exercerait une pression accrue sur les États, les ménages et les entreprises les plus endettés. Les perspectives de croissance s’assombriront si le secteur public et le secteur privé sont contraints de se désendetter au même moment.

Autrement dit en langage normal : si les taux d’intérêt montent, il y aura du sang sur les murs.

La boîte à outils des banquiers centraux contre l’inflation est la hausse des taux d’intérêt à court terme. Mais les taux courts entraînent normalement une hausse des taux d’intérêt à long terme ; pour freiner la hausse des taux longs, les banquiers centraux rachètent de la dette souveraine aux organismes bancaires, à charge pour ces derniers de créer de nouveaux crédits avec cet argent frais. Ces crédits devraient être attribués avec des taux plus élevés (si les taux courts ont monté) provoquant des faillites chez les zombies financiers maintenus artificiellement en vie par les taux bas.

Par : Simone Wapler