Discour de Martin Luther King le 28 Août 1963

D’après l’excellente BD de Ho che Anderson : « KING »

2014 TH 8

Présentation de Mahalia Jackson :

« I’ve been buked and I’ve been scorned, yes

Tryin’ to make this journey all alone … »

Présentation de Charlton Heston :

« En opprimant les humbles, nous opprimons notre pays. La parole du père n’a de sens que si le père se montre juste. Nous devons prendre en compte l’histoire de notre pays… »

Présentation de A. Philip Randolph :

« Mes chers compagnons, tout d’abord merci pour la patience dont vous témoignez aujourd’hui, et merci pour offrir à tout le pays une telle image de dignité. Voici la plus grande manifestation de toute l’histoire du peuple noir. Vous l’avez voulu pacifique, vous avez voulu montrer au monde entier combien vous étiez nombreux à y croire. Mais il faut que le monde entier sache que nous sommes loin d’être tous présents. Nous ne sommes que les porte-parole d’une révolution : celle de la liberté du travail, celle de la liberté, tout simplement. Il est presque trois heures, et je sais que beaucoup d’entre vous attendent celui que je vais maintenant annoncer. Je ne vous ferez pas attendre plus longtemps. Mesdames et messieurs… Le leader moral de notre peuple … Martin Luther King : »

 

« Un célèbre américain, qui jette aujourd’hui sur nous son regard bienveillant, a signé il y a un siècle la Déclaration d’Emancipation. Ce texte essentiel, porteur de lumière et d’espérance, sortait de l’esclavage des millions de noirs asservis sous le joug d’une criante injustice.

Mais un siècle plus tard, nous nous devons hélas de constater que l’homme noir est toujours asservi. Ses entraves se nomment aujourd’hui ségrégation, ses chaînes discrimination. Un siècle plus tard, l’homme noir n’a toujours pas accès aux immenses richesses de notre pays.

Un siècle plus tard l’homme noir reste un exilé sur sa terre, un rebut de sa propre société. Alors, si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour mettre en lumière notre condition inhumaine. Si nous sommes venus à Washington, c’est pour réclamer ce qui nous est dû.

Quand les fondateurs de notre République ont écrit ces textes sublimes de la constitution et de la déclaration des droits d’indépendance, ils se sont engagés vis-à-vis de tous ceux qui les soutiendraient.

Ils ont promis que chaque homme jouirait de droits inaliénables : le droit de vivre, de vivre libre, et de vivre heureux. Il est aujourd’hui évident que l’Amérique a manqué à son serment vis-à-vis des citoyens de couleur.

Au lieu d’honorer sa promesse sacrée, l’Amérique a donné à ses citoyens noirs un véritable chèque en bois. Mais nous refusons de croire que la banque de la justice soit en faillite …

Alors nous venons réclamer notre dû, nos richesses : notre droit à la liberté et à la justice.

Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est que nous ne voulons pas attendre.

Il n’est plus temps de calmer les esprits, ni de réfléchir tranquillement aux possibles solutions. Mais il est temps de tenir les promesses de la démocratie. Il est temps de quitter les ténèbres de la ségrégation pour la lumière de la justice entre tous les hommes.

Il est temps d’ouvrir les portes de la chance à tous les enfants de dieu. Temps de tirer notre pays de l’enlisement, de le mener vers les rivages de la fraternité.

Mais dans cette lutte pacifique pour la justice, il me faut mettre en garde mon peuple.

Nous n’obtiendrons pas gain de cause en nous rendant coupables, à notre tour, d’actes injustes. Notre soif de liberté ne doit pas s’étancher de l’amertume ni de la haine.

Nous devons mener notre lutte la tête haute, avec dignité et rigueur. Nous ne pouvons laisser nos aspirations se muer en violence. Nous devons toujours opposer la force morale à la force physique, et placer le débat au plus haut niveau.

La communauté noire aujourd’hui unie et déterminée, ne doit pas à son tour se montrer sectaire. Nous voyons bien que certains de nos frères blancs, par leur présence dans cette assemblée, veulent eux aussi lier leur destinée à la notre.

Certains demandent aux défenseurs des droits civiques : « Jusqu’où irez-vous? ». Mais nous ne pouvons être satisfaits tant que les noirs subissent des brutalités policières. Nous ne pourrons être satisfaits tant que nous ne serons pas libres d’aller et venir, et de prendre une chambre dans n’importe quel hôtel.

Nous ne serons pas satisfaits tant que les noirs n’auront comme choix que de troquer un ghetto contre un autre, tant que le noir du Mississipi ne pourra pas voter, tant que celui de New-York n’aura personne pour le représenter.

Mais je veux vous dire, mes amis, que malgré les embûches sur notre chemin et les frustrations engendrées par notre lutte, j’ai un rêve. Un rêve frère du rêve américain.

Je rêve qu’un matin, cette nation mettra en œuvre le vrai sens de son crédo : « Les hommes naissent égaux. »

Je rêve qu’un jour, les fils d’esclaves et les fils de planteurs des collines de terre rouge de Gèorgie s’assiéront ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’état du Mississipi, aujourd’hui terre d’injustice et d’oppression, deviendra une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre enfants vivront dans un pays où ils seront jugé d’après leur personnalité, plus d’après leur couleur.

Je rêve qu’un jour l’état d’Alabama, dont le gouverneur actuel est un de nos plus farouches adversaires, verra garçons et filles, Noirs et Blancs, se tenir la main et marcher ensemble comme frères et sœurs. J’ai un rêve aujourd’hui.

Je rêve qu’un jour les gouffres soient comblés, montagnes et collines aplanies, rugosités adoucies et chemins tortueux rectifiés, pour qu’enfin la gloire de dieu soit visible partout et pour tous.

Voilà notre espoir, voilà notre foi, et c’est avec cet espoir, avec cette foi que je rentre dans le Sud. Ils nous aideront à transformer des montagnes de désespoir, et les fausses notes de notre nation en une symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier, nous battre ensemble et même être emprisonnés, en sachant qu’un jour nous serons libres.

Un jour viendra où tous les enfants de dieu pourront entonner ensemble : « Mon pays terre de liberté, je te chante. Terre de mes pères, fierté des pèlerins, laisse chanter ta liberté ! » Et cela sera vrai.

Et si l’Amérique est une grande nation, ce moment arrivera. Alors laissons chanter la liberté des collines du New Hampshire ! La liberté des montagnes de New-York ! La liberté des Alleghenies de Pennsylvanie !

Laissons chanter la liberté des Stone Mountains de Georgie ! Des Lookout mountains du Tennessee ! Laissons chanter la liberté !

Quand la liberté chantera dans tous les villages et tous les hameaux, dans toutes les villes et tous les états, alors arrivera le jour ou tous les enfants de dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Goys, Protestants et Catholiques, se prendront par la main pour entonner les paroles de ce vieux chant noir : Enfin libres ! Enfin libres ! »

 

Ou l’on voit le visage de la haine raciale aux niveaux des citoyens, des responsables et des autorités policières :

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