La France de Macron : 167 lobbys n’ont pas déclaré leurs activités en 2019

By Cheikh Dieng -22 novembre 20200104Share on FacebookTweet on Twitter

En France, 167 lobbys ont été épinglés par la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) pour n’avoir pas déclaré leurs activités en 2019

La France est-elle devenue le paradis des Lobbys? En tout cas, depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la tête de ce pays, l’influence des groupes de pression dans les prises de décisions n’a jamais été aussi puissante au point de susciter moultes inquiétudes. Désormais, leur influence est telle que les Lobbys se permettent d’exercer leurs activités sur le sol français sans se soucier des lois fiscales mises en place, de quoi susciter l’inquiétude des autorités.

En effet, d’après le journal Le Monde, 167 entreprises et associations exerçant sur le sol français ont été épinglées par la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) pour non-déclaration de leurs activités de lobbying en 2019. La HATVP parle de 2200 représentants d’intérêts inscrits pourtant sur le registre numérique et qui ont déclaré tardivement leurs activités pour 2019.

“La HATVP menace de recourir à la mise en demeure”

D’après Le Monde, 167 ne sont toujours pas à jours de leurs obligations déclaratives malgré les relances. De quoi susciter la vive colère de la HATVP qui menace “de faire usage de la procédure de mise en demeure prévue par la loi à l’encontre de ceux qui ne régulariseraient pas leur situation”. Parmi eux figurent de grands groupes tels que Vinci, Nokia, l’ONG de protection des océans Bloom ou encore les laboratoires Arkopharma.

Dans un communiqué lu par Lecourrier-du-soir.com et publié par la HATVP, on pouvait lire : “167 représentants d’intérêts inscrits au répertoire ne sont cependant toujours pas à jour de leurs obligations déclaratives : leurs noms sont publiés sur le site internet de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique qui prévoit de faire usage de la procédure de mise en demeure prévue par la loi à l’encontre de ceux qui ne régulariseraient pas leur situation”.

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“L’Etat ne veut pas s’engager dans un bras de fer avec les lobbys”

Dans un communiqué de la HATVP, le registre dont il est question a été expliqué. Il s’agit en effet d’un répertoire (créé dans le cadre de la Loi Sapin de 2016) à l’adresse de répertoire.hatvp.fr. “Ils (les lobbys) doivent fournir les données sur l’identité de leur organisation et sur les sujets sur lesquels portent leurs activités de représentants d’intérêts”, explique le document consulté par notre rédaction. D’après Le Monde, l’inscription sur ce registre est obligatoire pour rencontrer des ministres et leur cabinet, les parlementaires et leurs collaborateurs, certains hauts fonctionnaires et élus.

Les autorités administratives ne décolèrent pas. Cependant face au poids des lobbys, l’Etat ne voudrait surtout s’engager dans un bras de fer qui pourrait lui coûter très cher. Raison pour laquelle, il a décidé de “s’inscrire dans une démarche de pédagogie et d’accompagnement dans un premier temps pour s’assurer de la réussite de la mise en place de ce dispositif”, précise Didier Migaud, président de la HATVP.

“Les lobbys ont une influence redoutable sur Macron”

Il convient de rappeler que les lobbys ont une influence redoutable dans le gouvernement d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, un rapport de 28 pages publié par l’association Les Amis de la Terre (que Lecourrier-du-soir.com s’était procuré) dénonçait en juin dernier une intensification de la pression des lobbys sur le gouvernement en plein confinement.

“La crise du Coronavirus et le confinement ont provoqué un arrêt brutal de l’activité économique. Dans la plupart des secteurs, les salariés se sont retrouvés contraints de rester chez eux durant de nombreuses semaines, cessant toute activité ou travaillant à distance, souvent avec des horaires réduits. Du côté des cabinets de lobbying et des professionnels de l’influence, au contraire, le travail n’a fait que s’intensifier”, dénonçait le rapport.

Bientôt la Giraud taxe sur vos routes nationales (privatisation des nationales)

La privatisation des nationales est en marche ! Un cas dans les Hautes-Alpes, il s’agit d’une rocade dans un département qui n’arrive plus a financer ses routes. Remettant en questions a la fois la privatisation des routes et le choix du tout bagnole , un collectif de gilets jaunes, lutteurs pour le climat appelle a manifester le 17 novembre et symboliquement mettre un péage.

https://blogs.mediapart.fr/jean-ganzhorn/blog/141120/bientot-la-giraud-taxe-sur-vos-routes-nationales-privatisation-des-nationales

Evolutions inattendues du nombre d’élèves en 2020

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On n’a sans doute pas fini avec les surprises en cette année scolaire 2020-2021. Elle a commencé avec des évolutions inattendues du nombre des élèves, comme le montrent deux Notes de la Depp (la division des études du ministère de l’Education nationale). Ces évolutions prennent souvent le contre pied des déclarations ministérielles. Ainsi, alors que JM Blanquer a rendu la scolarisation à 3 ans obligatoire, le taux de scolarité a régressé à cet âge à la rentrée. Alors qu’il assure de sa volonté de mettre en valeur l’apprentissage et l’enseignement professionnel, ils sont davantage fuis. Alors que le ministre affiche sa volonté de davantage contrôler le hors contrat celui-ci progresse.

Des taux de scolarisation en recul en maternelle

Avec l’instruction obligatoire dès 3 ans, on pouvait penser que le taux de scolarisation en maternelle augmenterait. On pouvait aussi penser que le nombre d’enfants scolarisés le ferait aussi puisque près de 30 000 enfants échappaient à l’école maternelle en métropole et sans doute davantage outre-mer. C’est cet idée de scolariser tous les enfants à 3 ans qui a été mise en avant avec la loi Blanquer.

Selon une Note de la Depp on assiste pourtant à une chute de 66 500 élèves à l’école maternelle à la rentrée 2020. Certes la démographie y a sa part avec des générations 2015-2018 moins nombreuses qu’avant. Mais l’évolution démographique n’explique pas la totalité de cette chute.

Pour pouvoir achever les dédoublements en CP et Ce1 de l’éducation prioritaire et amorcer la limitation à 24 élèves en GS, CP et Ce1, le ministère a une nouvelle fois ponctionner le nombre de places offertes en TPS, c’est à dire pour les enfants âgés de 2 ans. Cette année ils sont 11 500 de moins à entrer à l’école. Ce n’est pas seulement parce que leur classe d’âge diminue. Leur taux de scolarisation descend à 9%. Il était de 11% en 2019 et de 35% en 2000.

Pour les 3 ans il y a 18 600 enfants de moins à l’école. Là aussi ce n’est pas du qu’à l’évolution démographique. Le taux de scolarité des 3 ans diminue lui aussi un an après l’adoption de la loi Blanquer. La Depp explique cela par l’épidémie de Covid 19 qui inciterait les parents à scolariser plus tard leur enfant. En tous cas la coupure entre le préscolaire et le scolaire pour l’éducation du jeune enfant, qui est une caractéristique française montrée du doigt par l’OCDE, s’agrandit au lieu de se résorber.

A l’école élémentaire les effectifs sont aussi en baisse de 20 000 élèves , principalement en Ce1 et CM1 du fait de l’évolution démographique.

Si globalement le premier degré perd 87 000 élèves, c’est 1.5% d’élèves en moins dans le public et le privé sous contrat. Par contre le privé hors contrat continue sa progression avec une hausse de 1.4% et plus de 50 000 élèves. On notera aussi la baisse continue des effectifs en zone rurale avec un nombre d’élèves par classe significativement moins élevé qu’en zone urbaine.

La Note de la Depp montre aussi des évolutions pédagogiques notables. Dans les écoles non prioritaires plus de la moitié des classes sont multi-niveaux alors que ce sont seulement 6 à 10% des classes dans l’éducation prioritaire.

Le second degré marqué par la gestion de la crise sanitaire

A cette rentrée 2020 il y a finalement moins d’élèves dans le second degré qu’attendu. On attendait 30 à 40 000 élèves en plus. Finalement ils ne sont que 10 000.

Au collège on compte 16 000 élèves de plus pour des raisons démographiques. Mais on observe un recul de 11 000 élèves en 6ème en lien avec la hausse des redoublements en Cm2. Inversement le taux de redoublement en 3ème a été très bas, peut-être en line avec les perturbations liées au Covid19.

Au lycée on compte finalement 8000 élèves de moins qu’en 2019. En 2de générale et technologique on a 12 000 élèves de plus , le taux de passage de 3ème vers la 2de ayant augmenté de deux points. C’est lié à la baisse du taux de redoublements en 3ème mais aussi à la réforme du lycée.

Cette réforme a brouillé les cartes pour l’orientation en fin de 3ème. Cela se voit par la baisse des orientations vers l’enseignement professionnel en fin de 3ème qu’il s’agisse de la seconde professionnelle ou de l’apprentissage. Les discours ministériels sur le renouveau du professionnel et la progression de l’apprentissage sont démentis par les chiffres.

Il est probable que le brouillage des cartes se lit dans une baisse des orientations vers l’enseignement technologique. Mais la Note Depp agglomère le général et technologique et ne permet pas de les distinguer. Une autre note sur les spécialités choisies ne donne de chiffres que pour la filière générale…

S’il y a 12 000 élèves de plus en 2de il y a par contre 21 000 élèves en moins en terminale. C’est le résultat de la façon dont le bac a été géré en juin 2020. Il y a beaucoup moins de redoublants en terminale. Ce n’est pas pour autant que ces jeunes aient trouvé la place qu’ils souhaitaient dans le supérieur.

Le lycée professionnel voit son effectif augmenter en 2020 de 1400 élèves. Mais ce n’est pas par un attrait renouvelé vanté par le ministre. En fait il y a moins d’élèves cette année en 2de pro et 1ère année de CAP. Ce sont les sorties en cours de formation en première et 2de année de cap qui ont diminué.

Enfin là aussi la Depp note un recul du public dans le 2d degré (-11000) et une hausse du privé (+3000). Il n’y a pas de regain de l’école publique en 2020.

F Jarraud

La note sur le 1er degré

La note sur le 2de degré

La France et l’éducation du jeune enfant selon l’OCDE

Sur le retard en maternellePar fjarraud , le lundi 16 novembre 2020.

Covid-19 : les seigneurs revisitent la basse-cour

Entre les lignes entre les mots

Publié le 10 novembre 2020 

Résumons-nous. En France, après l’instauration le 14 octobre 2020 d’un couvre-feu pour gérer la crise sanitaire, le gouvernement décide, le 30 courant sans consultation du Parlement, le retour à un confinement national, ouvrant cette fois l’accès au travail, à l’école, aux maisons de retraite et aux supermarchés, mais toujours pas aux commerces de proximité, aux lieux culturels, de loisirs ou sportifs (hors professionnels et chasseurs1)… et interdisant tout déplacement d’une région à l’autre. En même temps, des projets de loi sont examinés. Arrêtons-nous sur trois d’entre eux. Le premier, le 4e Plan de loi de finances rectifié (PLFR)2, adopté le 4 novembre par le Conseil des ministres, répond à « l’urgence économique ». Le deuxième, présenté le 22 juillet en Conseil des ministres, adopté par l’Assemblée nationale le 23 septembre, en partie amendé par le Sénat le 28 octobre, concerne l’enseignement supérieur et la recherche3 et le troisième, présenté à l’Assemblée nationale le 20 octobre, puis examiné le 4 novembre, porte sur la « sécurité globale »4.

Le 4e PLFR prévoit le déblocage d’une enveloppe de 20 milliards d’euros essentiellement prélevée dans les caisses de l’aide publique au développement, de la santé, de l’éducation, de la justice, de l’enseignement supérieur – la ligne budgétaire de la Défense est inchangée.

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) envisage des « contrats de mission » en lieu et place du statut de fonctionnaire, des postes de professeurs assistants temporaires, la suppression de la qualification CNU, bref un arsenal de mesures visant l’économicisation du secteur. Ce choix est accompagné d’une chasse aux sorcières dont l’État doit, selon le ministre de l’Éducation fort inspiré par les thèses de l’extrême-droite, se méfier pour cause de « complicité » avec les entrepreneurs terroristes (islamistes) et de distance avec les « valeurs de la République » (l’« islamogauchisme »).

La loi « sécurité globale » préconise la dérégulation de l’utilisation des caméras mobiles portées par les forces de l’ordre, la surveillance par drone, l’interdiction de diffuser l’image de policiers… Cette approche d’une « sécurité sans contact » à la Chinoise a pour triple logique d’augmenter les profits des entreprises d’armement, de restreindre les libertés et de banaliser le renforcement de l’État policier.

Cette avalanche de mesures gouvernementales et de votes de lois rappelle étrangement la féodalité. Au XIIIe siècle, les seigneurs construisaient des châteaux forts à double enceinte, la haute et la basse-cour. Cette deuxième zone « protégeait » leurs « sujets » et leurs animaux des guerres, en échange d’une interdiction de sortie, du paiement du « cens » et des « banalités » (des impôts ouvrant à des « services publics ») et de la « corvée seigneuriale », un travail non rémunéré visant l’enrichissement de la propriété. La domination souverain/serfs était instituée et peu contestée sous peine d’enfermement, d’expulsion ou de mise à mort. Cette forme de gouvernement, autrement appelée « oligarchie », pour laquelle une classe dominante resserrée bénéficie de privilèges étendus – dont celui de rendre la justice – et décide du sort des populations, s’est illustrée à de nombreuses reprises et en divers lieux au cours de l’Histoire. Ne devrions-nous pas rappeler que cette gestion du pouvoir, pour le moins inégale, très éloignée de l’idée de bien commun, est clientéliste, instable, peu démocratique ?

Aujourd’hui, sur le territoire français, seules les personnes qui travaillent ou qui accompagnent les enfants et les personnes âgées (très majoritairement des femmes) ont le droit de circuler à l’intérieur de la basse-cour nationale. Seuls les seigneurs, motivés par une conquête exclusive du pouvoir (débarrassé de ses idéologues extrêmes) décident, parfois sans l’aval de la haute-cour et jamais avec l’avis de la basse-cour et des exclus (chômeurs, retraités, SDFs, handicapés, malades chroniques, détenus, immigrés, réfugiés, clandestins, femmes au foyer), des mesures de « protection » sanitaire ou sécuritaire des populations, de leurs droits à penser et des moyens financiers pour y parvenir.

L’Histoire nous apprend que des révoltes ou révolutions ont fait tomber ces systèmes politiques féodaux. Aussi les serfs d’aujourd’hui et leurs forces de contestation (contre les lois notamment) vont-ils réussir à déconstruire les dominations croisées (race, classe, genre) et édifier des alternatives collectives aux crises sanitaire et guerrière ? Vont-ils convaincre de l’iniquité des théories sur les guerres de religion et opposer une analyse historicisée et contextualisée des relations entre Occident et autres pays du monde (périphérie) ? Vont-ils inquiéter les poujadistes et complotistes, contreproductifs voire transportés par les mêmes jeux de soumission ? Vont-ils informer des stratégies d’enrichissement financier des instigateurs de ces politiques ? Seuls les occupants de seconde zone et du no man’s land peuvent répondre.

Joelle Palmieri

Villeneuve-la-Comptal : premiers coups de pelleteuse au Chemin de la Tour ce lundi

  • La circulation perturbée en raison de ces travaux importants demande de la patience.La circulation perturbée en raison de ces travaux importants demande de la patience.

Travaux routiersUrbanisme – AménagementAudeVilleneuve-la-ComptalPublié le 09/11/2020 à 05:09 , mis à jour à 10:16

Chantiers itinérants sur les liaisons routières entre Castelnaudary, Villeneuve-la-Comptal et Salles-sur-l’Hers, mais aussi entre les « cinq coins » et l’intersection de la route du Mas-Saintes-Puelles, sur la D33: les entreprises spécialisées, dont Colas, enfouissent la conduite électrique qui véhicule la production électrique depuis le complexe agro-énergie projeté par Global EcoPower (GEP) au domaine du Brezil, à Payra-sur-l’Hers. Cet ensemble compte de multiples entrées : solaire, cogénération, agroalimentaire et éolien. La perturbation routière va durer encore quelques semaines.PUBLICITÉ

Ce lundi 9 novembre, commencent les travaux du chemin de la Tour jusqu’au rond-point de la route de Limoux. Les travaux seront entrepris par l’entreprise Jean Lefèvre, qui procédera au curage des fossés, à la réfection du fond de forme décapage, entre autres. La circulation sera interdite aux véhicules le temps des travaux sur le chemin de la Tour et sur la traverse du Cammas Haut, qui relie le chemin de la Tour à la route de Fendeille, rond-point de l’autoroute. Pour des raisons technique liées à la pétrochimie, le chemin de la Tour ne recevra la couche finale d’enrobé qu’au début du printemps 2021.

Le présidentialisme, ses courtisans et son crétinisme

30 AOÛT 2018 PAR EDWY PLENEL

Au lendemain d’une démission de Nicolas Hulot qui souligne le fossé entre sa présidence et la société, Emmanuel Macron s’est distingué par une décision et par une déclaration qui le creusent encore plus : la nomination d’un ami proche, l’écrivain Philippe Besson, au consulat de Los Angeles ; la critique de son propre peuple qualifié de « Gaulois réfractaire au changement ».

Décidément, le nouveau monde macronien se révèle un bien vieux monde : un ancien régime monarchique. S’il n’en a pas les caractéristiques héréditaires, il n’en épouse pas moins les privilèges de caste et les morgues de classe, le pouvoir égocentrique et la société de cour. Chaque nouvel épisode de la chronique présidentielle le confirme, dévoilant, au-delà des choix économiques et sociaux dont le parti pris néolibéral était prévisible, une pratique politique à mille lieues de la « révolution démocratique profonde » promise aux premières pages d’un livre de campagne électorale carrément intitulé Révolution (XO Éditions, 2016).

Aveuglés par le poids de l’histoire, nous n’avons pas compris dans l’instant qu’il fallait entendre le mot à son sens premier, venu de l’astronomie, que définit ainsi le Littré « Retour d’un astre au point d’où il était parti. » Le point de départ d’Emmanuel Macron est un retour en arrière. Il n’entend évidemment pas faire la révolution mais empêcher qu’elle se produise. Mâtiné d’une lecture sommaire de la critique des totalitarismes, faisant de la Révolution française leur ancêtre générique, son credo est un regret : la France se porterait mieux si elle n’avait pas coupé la tête de son roi et si elle avait fait confiance à la gestion des compétents qui entendaient réformer la monarchie plutôt qu’à l’invention aussi brouillonne que dangereuse de son peuple.

Pourtant, paru peu avant Révolution, un autre livre avait vendu la mèche dont l’auteur, Jean-Pierre Jouyet, n’est autre que le mentor initial d’Emmanuel Macron, son protecteur à l’inspection des finances et son promoteur à l’Élysée, puis au gouvernement sous la présidence de François Hollande. Écrit par le secrétaire général d’une présidence élue en 2012 sous l’étiquette socialiste, Ils ont fait la Révolution sans le savoir (Albin Michel, 2016), dont le bandeau publicitaire sonnait comme un programme (« Le libertinage contre la Terreur »), est une ode sans nuances à l’Ancien Régime, ses élégants et ses libertines, ses traditions et ses richesses, ses courtisans et ses intrigants…

Son refrain est de méfiance pour la société, son bouillonnement imprévisible, ses contre-pouvoirs incontrôlables, son peuple conservateur, ses emballements destructeurs. Tout le livre dit l’angoisse d’un représentant de cette noblesse d’État aujourd’hui alliée à l’aristocratie d’argent face à la possibilité que son monde de confort et de certitude s’effondre. Pour ne prendre qu’un exemple digne d’un sottisier, on y trouve cette caricature aussi ignare qu’anachronique du travail de Mediapart, dont les enquêtes sont assimilées aux vindictes du Père Duchesne sous la Révolution : « Le culte trotskiste est prêt à tout – ou presque – pour atteindre son but : détruire l’organisation sociale de l’intérieur. »

Or la seule information que l’on trouve dans Un personnage de roman (Julliard, 2017), le livre énamouré de Philippe Besson sur la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron qu’il a accompagnée avec enthousiasme, est précisément son penchant pour l’Ancien Régime. Chroniquant l’annonce de sa candidature par le futur président de la République, le 16 novembre 2016, il écrit : « J’apprendrai qu’après son annonce, il a demandé à passer au pied de la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France. Je m’interroge sur ce geste, accompli dans la solitude, loin des caméras : en s’approchant de la tombe des Capétiens, est-il venu s’inscrire dans une histoire ? Chercher une onction ? » En mars 2017, toujours à propos de l’Ancien Régime et de son évocation par Emmanuel Macron, l’écrivain souligne : « Il l’aime décidément cette référence. »

Sous l’Ancien Régime, la révérence appelle la récompense, au mépris de la compétence. Voici donc Philippe Besson, récitant louangeur du macronisme triomphant, nommé consul général de France à Los Angeles. Certes ce poste prestigieux avait déjà fait l’objet de manœuvres clientélistes quand Nicolas Sarkozy y avait nommé son protégé David Martinon après son échec à la mairie de Neuilly-sur-Seine. Mais au moins les apparences administratives étaient-elles sauves puisque le poste restait réservé à un diplomate de carrière, l’énarque Martinon ayant le Quai d’Orsay comme port d’attache. Cette fois, aucun autre critère que l’amitié du président (et de son épouse), tout comme ce fut le cas, il y a un an, pour le publiciste Bruno Roger-Petit, nommé porte-parole de la présidence, poste créé sur mesure.

La nomination de Philippe Besson a été permise par l’un de ces coups de force estivaux qu’autorise notre présidentialisme monarchique, imposant le fait du prince à l’État de droit. Au conseil des ministres du 3 août dernier, un décret a été promulgué étendant le champ discrétionnaire de nomination du gouvernement – en pratique, celui du président – à vingt-deux postes de consul général qui, jusqu’ici, étaient laissés à la gestion interne de son personnel par le ministère des affaires étrangères. Selon les départs de leurs actuels occupants, vingt et un postes prestigieux attendent donc d’autres courtisans, de Barcelone à Hong Kong, de Bombay à Saint-Pétersbourg, de São Paulo à Shanghai, etc.

Ce faisant, le macronisme s’inscrit dans le sillage du mitterrandisme qui, le premier, avait immensément étendu le pouvoir de nomination du président de la République. Là encore, c’était au cœur de l’été, avec même cette similitude que le pouvoir d’alors comme celui d’aujourd’hui était aux prises avec un fait divers en forme d’explosif politique, l’affaire Greenpeace, il est vrai autrement plus dramatique que l’affaire Benalla. Après un décret du 24 juillet 1985 fixant les emplois supérieurs dont la nomination est laissée à la décision du gouvernement, un décret du 6 août 1985 listait pas moins de cent quarante-huit emplois de directions d’établissements, d’entreprises et de sociétés publics dont les titulaires sont nommés en conseil des ministres. Le précédent décret en vigueur, datant de 1967, sous la présidence du général de Gaulle, n’en énumérait que cinquante-trois.

Une petite armée d’obligés et d’affidés

Le présidentialisme français est donc une courtisanerie instituée : une fois élu, le chef de l’État a cinq années – c’était sept jusqu’en 2002 – pour se constituer une petite armée d’obligés et d’affidés, dans tous les secteurs de la vie publique. Au premier ministre, ministres, conseillers d’État, ambassadeurs, conseillers maîtres à la Cour des comptes, préfets, représentants de l’État dans les collectivités d’outre-mer, officiers généraux, recteurs, directeurs d’administrations centrales, membres du Conseil constitutionnel, etc., s’ajoutent désormais cent soixante-dix postes laissés à l’arbitrage présidentiel. C’est évidemment une arme de manœuvre et de contrôle qui renforce la citadelle élyséenne : François Mitterrand avait agrandi ce champ de nomination en vue des élections législatives de 1986 qu’il perdra, contraint à une cohabitation avec la droite avant d’être réélu en 1988.

Aucun de ses successeurs n’a remis en cause cette extension du pouvoir présidentiel, ce coup de force permanent où la volonté d’un seul se prévaut du pouvoir de tous. Reste que nous assistons, notamment depuis Nicolas Sarkozy, à une version de plus en plus abâtardie de ce présidentialisme, comme si une génération d’aventuriers avait pris le relais d’une cohorte de professionnels. Après tout, Romain Gary, le prestigieux prédécesseur de Philippe Besson au consulat de Los Angeles, n’était pas seulement un immense écrivain mais surtout un grand résistant, figure de la France libre et Compagnon de la Libération. De même, François Mitterrand avait-il l’habileté, sinon l’élégance, de nommer à de tels postes certains de ses contempteurs les plus farouches, par exemple Gilles Martinet à l’ambassade de Rome en 1981.

Hier, la tentation de privatiser l’État, bien réelle, se heurtait à de hautes figures du service public, ancrées dans une tradition de service de l’intérêt général. Aujourd’hui, ces digues semblent bien fragiles, sinon inexistantes : les auditions parlementaires de l’affaire Benalla n’ont-elles pas dévoilé la servilité active de nombre de hauts fonctionnaires envers l’Élysée, servilité qui aurait perduré sans états d’âme si la vidéo des violences du 1er mai n’avait pas été révélée et décryptée ? Le bon plaisir règne donc en maître, sans frein ni pudeur, à l’image de cette engeance dévolue aux frasques des people qu’incarne auprès du couple Macron la communicante Michèle Marchand, embauchée pour verrouiller leur image (déjà évoquée dans cet article sur l’affaire Benalla).

Peut-être faudra-t-il un jour refaire l’histoire de la Cinquième République à l’aune d’un seul critère : comment ce système de pouvoir personnel, profondément archaïque dans un monde complexe et face à des sociétés informées, abêtit ceux qui en bénéficient. Meilleur procureur de ce « coup d’État permanent », François Mitterrand fut lui-même vaincu par ces institutions, prenant la pose du monarque de droit divin sur la fin de ces quatorze années de présidence. Tous ses successeurs ont paru plus intelligents en campagne électorale, se déclarant lucides sur les pièges du présidentialisme, avant de succomber à son mirage, cédant à l’excitation et à l’aveuglement de l’hyper-présidence ou sombrant dans l’isolement et la solitude de l’Élysée. Aucun n’a su relever le défi de cette radicalité démocratique qu’appelle la sourde crise politique française.

Emmanuel Macron est le dernier en date de ces intelligents que le présidentialisme rend bêtes. Sa sortie au Danemark sur « le Gaulois réfractaire au changement » opposé à un « peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies » en est la toute dernière illustration. Le trait d’humour aujourd’hui invoqué n’empêche pas que c’est une double ânerie, doublée d’une mauvaise manière. Bêtise historique comme se sont empressés de le rappeler les historiens spécialistes des Gaulois. Stupidité intellectuelle, tant essentialiser un peuple, le réduire à une réalité intangible, c’est raisonner comme les racistes qui ne voient qu’une masse uniforme, homogène et invariable là où il y a des individus divers, mouvants et différents. Inélégance enfin vis-à-vis du peuple qu’Emmanuel Macron est supposé représenter et dont il parle comme s’il en était lui-même extérieur et, surtout, supérieur.

Au siècle précédent, dans le bouillonnement intellectuel qui accompagna la critique d’une social-démocratie convertie à l’ordre établi et d’un communisme stalinien discréditant par ses crimes l’émancipation, le marxisme critique prisait une formule désuète : le « crétinisme parlementaire ». Venue sous la plume de Karl Marx en 1879 dans un échange polémique, en compagnie de Friedrich Engels, avec des figures de la social-démocratie allemande, elle voulait caractériser un personnel politique enfermé dans sa bulle institutionnelle qui en devient ignorant du cours du monde et indifférent au mouvement de la société, croyant au seul pouvoir de ses discours sans faire attention aux réalités sociales. « Ils sont atteints de crétinisme parlementaire au point de se figurer au-dessus de toute critique et de condamner la critique comme un crime de lèse-majesté », écrivait ainsi Marx comme le rappelle ici Maximilien Rubel, l’un de ses lecteurs les plus libertaires. 

Le crétinisme présidentiel est la pathologie d’un pouvoir personnel démesurément puissant et solitaire. Enfermés dans leur citadelle, nos présidents prennent le risque d’échapper au sens commun, de perdre pied et raison, à force de complaisance coupable pour un système institutionnel qui, tout en les renforçant, dévitalise notre démocratie. « Tout ce qu’on fait est inédit. Ça peut se déliter à une vitesse folle, j’en ai conscience », confiait Emmanuel Macron à Philippe Besson en septembre 2016. L’alerte vaut pour maintenant, à cette différence près que tout se délite parce que l’inédit promis n’est pas au rendez-vous, supplanté par la perpétuation de la plus vieille des politiques.

Présidentielle 2022: quatre leçons de l’élection américaine

8 NOVEMBRE 2020 PAR FRANÇOIS BONNET

L’élection sur le fil de Joe Biden s’accompagne de lourdes défaites pour les démocrates. La puissance presque inentamée de Donald Trump vient rappeler que l’extrême droite populiste ne peut être battue que par des projets politiques alternatifs plaçant au cœur les citoyens et par des actions de terrain déterminées.

Le trumpisme n’est pas soluble dans l’eau tiède. C’est la principale leçon de cette élection américaine. Bien sûr, Joe Biden est élu 46président des États-Unis. Mais cette victoire sur le fil, au terme d’un scrutin pourtant marqué par une participation sans précédent depuis l’année 1900, s’accompagne de nombreuses défaites pour le parti démocrate.

Non seulement la « vague bleue » escomptée par les démocrates n’a pas eu lieu mais ils devraient perdre une dizaine de sièges à la Chambre des représentants. Ils ne parviennent pas non plus à emporter le Sénat. Et ils multiplient les contre-performances dans les scrutins locaux qui se tenaient également le 3 novembre, échouant à conquérir les parlements de plusieurs États (lire ici).Le président Donald Trump à la Maison Blanche, le 30 octobre 2020. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFPLe président Donald Trump à la Maison Blanche, le 30 octobre 2020. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

« Nous avons perdu plusieurs batailles mais nous avons gagné la guerre », a voulu se consoler jeudi Nancy Pelosi, leader des démocrates à la Chambre des représentants, lors d’une discussion animée avec ses collègues (lire ici et ici). Elle n’a pas précisé pour combien de temps. Car cette guerre va sans aucun doute se poursuivre, tant le trumpisme apparaît solidement installé.

Donald Trump gagne près de sept millions de voix par rapport à 2016. Il progresse dans tous les segments de population (à l’exception des « hommes blancs »). « Les femmes blanches ont voté davantage pour Trump en 2020 qu’en 2016, malgré le sexisme, pour ne pas dire plus, du personnage », expliquait jeudi l’historienne et spécialiste Sylvie Laurent sur le plateau de notre émission « À l’air libre ». Les Afro-Américains également, tout comme les Hispano-Américains.

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Enfin, Donald Trump fait carton plein dans les rangs de son parti. Il vient démentir ces responsables démocrates convaincus qu’une partie de l’électorat républicain se détournerait d’un personnage aussi peu ragoûtant… Et que c’était justement pour cette raison, pour les attirer, qu’il fallait mener une campagne résolument centriste, à voix basse, en en disant le moins possible.

Joe Biden n’a fait que jouer d’un contraste : il n’était pas Trump. Lui était « décent » et « professionnel » ; lui promettait de « reconstruire » une « Amérique abîmée » ; lui s’engageait « à restaurer l’âme de ce pays ». Son projet se résumait en une proposition : le retour à la normale.

Cette stratégie de campagne lui a donné in extremis le nécessaire – la Maison Blanche – mais pas le suffisant. En ne maîtrisant ni le Congrès, évidemment pas la Cour suprême, ni de nombreux pouvoirs locaux, Biden apparaît déjà comme paralysé. Il ne sera qu’un président de transition, sans doute empêché de conduire un agenda de transformation, comme ce fut le cas pour Barack Obama lors de son deuxième mandat (2012-2016).

Les sondages « sortie des urnes » réalisés le 3 novembre (plus fiables que ceux réalisés avant le vote, lire ici et ici) et les premières analyses des scrutins posent d’innombrables questions sur les faiblesses et les échecs de la stratégie des démocrates. Le débat a déjà commencé dans leurs rangs.

Beaucoup de ces questions ont un écho évident en Europe et particulièrement en France. Parce que l’élection présidentielle s’y tiendra dans moins de 18 mois. Et parce qu’une extrême droite puissante y est installée de longue date, d’ores et déjà en position d’accéder au second tour, comme l’avait fait Marine Le Pen en 2017.

Si on laisse de côté les fortes spécificités du système américain, quatre questions comparables se posent. Avec cette difficulté toute particulière en France : le paysage politique est atomisé en de multiples forces, quand l’électeur américain n’a le choix qu’entre deux grands partis.

  • 1 – L’économie et l’explosion des inégalités

La situation économique a été le premier déterminant du vote des électeurs américains (35 % contre 11 % pour la sécurité ou 20 % pour le racisme). Or ceux qui plaçaient cette question en tête de liste ont voté à 82 % pour Trump (contre 17 % pour Biden).

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Paradoxalement, l’impact social et économique de la pandémie de coronavirus, avec 20 millions de chômeurs de plus en quelques mois, a d’abord servi le président sortant, qui n’a cessé de nier la dangerosité du « virus chinois ». Trump était par ailleurs crédité de très bons résultats avant la crise sanitaire, résultats bien souvent dus à son prédécesseur.

Alors que les États-Unis sont déchirés par les inégalités et que la politique de Trump a essentiellement consisté en des baisses d’impôts massives pour les entreprises et les plus riches, c’est pourtant lui qui l’emporte sur ce sujet majeur. Les démocrates ont pour l’essentiel négligé cette question sociale et économique.

Des engagements sur la taxation des plus riches avaient certes été pris, sans que cela dessine un projet global de relance, de redistribution et de luttes contre les inégalités. Dans le même temps, Biden n’a cessé d’hésiter sur l’exploitation des pétrole et gaz de schiste, ne sachant pas véritablement quoi répondre quand Trump glorifiait ce secteur pourvoyeur d’emplois.

Une illustration de cette impasse peut être trouvée en Floride. Trump l’a facilement emporté dans cet État. Dans le même temps, les électeurs décidaient par un référendum local l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure.

De fait, les démocrates ont abandonné ce terrain du social et de l’économie au candidat républicain. Voilà une leçon utile pour les gauches françaises, au moment où Emmanuel Macron veut installer un agenda identitaire et sécuritaire reprenant les mots de l’extrême droite. Et où le Rassemblement national se présente depuis 2017 comme le parti de la protection économique des Français. La question sociale, tout particulièrement pendant et après la crise sanitaire que nous vivons, est déterminante.

  • 2 – La crise démocratique et institutionnelle

En 2016, Donald Trump était élu comme le candidat antisystème (vieux slogan du FN/RN), celui qui allait mettre au pas Washington, ses lobbys, « l’État profond ». Ses dénonciations incessantes de « complots » en tout genre, sa contestation du résultat de l’élection présidentielle de 2020, ses accusations de « fraudes massives » s’appuient sur l’épuisement d’un système institutionnel, épuisement doublé d’une crise de la représentation, comme en France.

Trump s’est appuyé sur ses 88,4 millions d’abonnés sur Twitter (plus que les 70 millions de votes obtenus le 3 novembre) pour parler quotidiennement, en direct et sans filtre à l’Amérique. Comme l’a souligné notre chroniqueur Harrison Stetler« la crise que traverse les États-Unis depuis une trentaine d’années trouve ses racines bien au-delà du système partisan. Les violences qui débordent dans la rue sont aussi le signe d’un système politique, voire d’un ordre constitutionnel qui n’arrivent pas à canaliser ou à donner forme à l’opinion populaire ».

Il en est de même en France. Bien avant le mouvement des « gilets jaunes » et la demande, parmi d’autres, d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), la Ve République et son « crétinisme présidentiel » avaient placé notre démocratie en crise.

Ne citons que trois exemples. Le droit de vote des étrangers aux élections locales ? Près de 40 ans de débat et aucune avancée (sauf pour les citoyens de l’UE). Une introduction même limitée de la proportionnelle dans le scrutin législatif ? Une promesse récurrente jamais tenue. La Convention citoyenne pour le climat et donc une participation directe des citoyens dans l’élaboration d’une politique ? Aussitôt faite, aussitôt oubliée par le pouvoir.

Or cette question démocratique est devenue centrale. C’est bien la Ve République qu’il faut renverser pour reconstruire la délibération démocratique. Aucun parti, à l’exception de La France insoumise, qui propose « une assemblée constituante », n’a choisi d’en faire une priorité.

  • 3 – Les droits des minorités pour l’émancipation de tous

Ce sera le cœur de la bataille au sein du parti démocrate. Les « liberals », c’est-à-dire cette gauche Bernie Sanders pour résumer, auraient effarouché l’électorat traditionnel démocrate par leurs combats pour les minorités. Les mouvements pour les droits civiques, contre les répressions policières, contre les suprémacistes blancs, contre le racisme, en défense des sans-papiers, des LGBT, Black Lives Matter et tant d’autres auraient installé un agenda politique de gauche radicale, voire « socialiste », qui aurait paralysé Joe Biden et handicapé sa campagne.

Le parallèle avec la France est saisissant au moment où Emmanuel Macron veut faire de la « lutte contre le séparatisme » la marque de la fin de son quinquennat. Relayée par le Printemps républicain et certains responsables de gauche, cette hystérie dénonciatrice du « communautarisme », nouvel ennemi intérieur, est très exactement l’agenda que l’extrême droite veut imposer au pays, dans une guerre de tous contre tous.

Pour empêcher ces régressions xénophobes et identitaires, tout projet émancipateur commence par la défense des minorités et la conquête de nouveaux droits. L’histoire de la gauche et de ses succès, en France, a été marquée par de tels engagements, et il en est de même aux États-Unis.Cori Bush à son QG de campagne, en juin 2019. © Mathieu MagnaudeixCori Bush à son QG de campagne, en juin 2019. © Mathieu MagnaudeixDans le débat naissant au sein du camp démocrate, les quatre députées de l’aile gauche du parti ont été aisément réélues. Alexandria Ocasio-Cortez (lire ici son fil Twitter), Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rachida Tlaib font valoir que ce sont justement ces combats contre le racisme et pour de nouveaux droits, mais aussi pour le Green New Deal, qui ont attiré de nouveaux électeurs et suscité de nouvelles mobilisations.

La victoire de Cori Bush (notre entretien ici), première femme noire de l’État du Missouri à être élue à la Chambre des représentants, renforce leurs positions. Et sans ces nouveaux combats menés par une nouvelle génération de militants et d’activistes, il est probable que Joe Biden n’aurait pas pu l’emporter dans certains États.

  • 4 – Mouvements citoyens et actions de terrain

Car cette nouvelle gauche américaine a su, depuis des années, développer de nouveaux modes d’action et des liens inédits avec les associations et les innombrables mouvements citoyens locaux. Dans la foulée des campagnes de Bernie Sanders, les « community organizers » ont ratissé le terrain. Logement, pauvreté, violence, discrimination, santé, environnement… : des luttes très concrètes, parfois quartier par quartier, ont permis de « réengager » les citoyens dans la politique.

« Il faut vraiment regarder les communautés qui ont livré ces victoires miraculeuses en Arizona, en Géorgie, dans le Minnesota, le Michigan, etc. Elles font rarement l’objet d’un investissement politique traditionnel ou d’une stratégie électorale, et sont souvent sacrifiées dans les négociations politiques », note dans un tweet Alexandria Ocasio-Cortez pour expliquer comment ces luttes locales ont assuré la victoire de Biden.https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1324662151437574144&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.mediapart.fr%2Fjournal%2Ffrance%2F081120%2Fpresidentielle-2022-quatre-lecons-de-l-election-americaine%3Fonglet%3Dfull&siteScreenName=Mediapart&theme=light&widgetsVersion=ed20a2b%3A1601588405575&width=550px© Alexandria Ocasio-Cortez

Là encore, les partis français ont de quoi apprendre. Les effectifs squelettiques des partis de gauche ou d’EELV, leur éloignement, méfiance ou désintérêt pour des luttes sociales du quotidien constituent un handicap majeur.

« Joe Biden et les démocrates ont fermement refusé d’opposer un projet politique alternatif convaincant à la politique réactionnaire de droite de Donald Trump. Trump semble avoir perdu, mais sans créer cette alternative, le trumpisme pourrait revenir en force dans quatre ans », écrit Barry Eidlin, dans la revue de gauche Jacobin (lire également le parti pris du philosophe Ben Burgis publié par Jacobin et repris ce dimanche par Mediapart).

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Face au Rassemblement national de Marine Le Pen, le défi est le même. Proposer un autre imaginaire politique que celui de l’exclusion et de l’identité ; construire un projet global incluant enfin les citoyens et les dynamiques sociales. Est-il déjà trop tard ? sans doute.

Depuis trois ans, mouvements sociaux et soulèvements populaires n’ont pas cessé en France. Or tous ont été observés avec méfiance ou distance par la plupart des forces politiques dites progressistes, écologistes ou de gauche. Elles n’ont rien su faire ou construire à partir de ces dynamiques parfois inattendues et très souvent novatrices venues de la société. Les vieilles stratégies, les insurmontables divisions, les a priori idéologiques, les querelles d’ego, chacun étant convaincu d’être l’homme providentiel – figure justement perdante –, rendent impossible la construction d’un tel projet. Au bout de ce chemin est l’extrême droite. Donald Trump, même perdant, vient nous le confirmer. À moins que ?

Secrétaire général(e), Mairie de Villeneuve-la-Comptal

Mairie de Villeneuve-la-Comptal

Type de contratTitulaire ou contractuel

Cadre emploiAttaché territorial

Domaine d’activitéAffaires générales

MétierSecrétaire de mairie

FilièreAdministrative

Descriptif du poste

Mission(s) Principale(s) :

– Assister et conseiller les élus
– Élaborer les documents administratifs et budgétaires
– Gérer les affaires générales et les équipements municipaux

Relations Fonctionnelles :

– Relations avec le public
– Echanges permanents d’informations avec le maire et le conseil municipal
– Relations avec l’ensemble des services en situation hiérarchique
– Coopération avec d’autres collectivités (intercommunalité)
– Contacts, échanges d’informations, voire développement de partenariats avec les institutions ou entreprises privées et les associations

– Horaires réguliers, avec amplitude variable en fonction des obligations liées à la fonction : disponibilité par rapport aux élus, conseils municipaux et commissions.

Missions

– Contrôle de la légalité des actes administratifs et juridiques de la collectivité
– Alerte sur les risques juridiques
– Vérification de la cohérence et du respect du cadre réglementaire des dossiers administratifs
– Suivi et mise en oeuvre des décisions du conseil municipal
– Rédaction des comptes rendu de séances et des délibérations (suivi en Préfecture)
– Préparation, rédaction et suivi des documents budgétaires et comptables (suivi en lien avec la trésorerie)
– Élaboration des dossiers de mandatement, des dépenses et recettes, des demandes et justifications de subventions et des déclarations financières
– Élaboration, gestion et suivi des dossiers financiers et opérations d’investissement des projets
– Rédaction, gestion et suivi des marchés publics
– Gestion et suivi des régies municipales
– Préparation des payes et suivi des carrières des agents communaux
– Management opérationnel des services
– Veille de la qualité des services rendus à la population
– Préparation des réunions de commissions thématiques en lien avec les projets communaux
– Rédaction des documents administratifs
– Participation aux réunions diverses
– Rédaction des arrêtés du maire
– Gestion des équipements municipaux (location et des cimetières)

Informations complémentaires

Ce recrutement est soumis à la procédure de recrutement prévue au Décret 2019-1414 du 19 décembre 2019 relatif à la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents de la fonction publique ouverts aux agents contractuels.

Seuls les dossiers complets de candidature comprenant : une lettre de motivation + CV + dernier bulletin de paie seront étudiés. Ils seront adressés par courrier ou par mail, sous la référence : « RECRUT.VILLENEUVELACOMPTAL » à : Pôle Recrutement – Emploi – Mobilité, CDG DE L’AUDE – Maison des collectivités 85 avenue Claude Bernard – CS 60050 – 11890 CARCASSONNE ou par mail : emploi.recrutement@cdg11.fr

Les informations recueillies vous concernant font l’objet d’un traitement destiné au Centre de Gestion de l’Aude. Les données sont conservées pour la durée de l’engagement ou pour une durée d’un an et seront ensuite archivées selon les règles d’archivages en vigueur.

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Dans une société juste, il n’y a pas de place pour le porno

Publié le 20 octobre 2020 

Le libéralisme sexuel est cette idéologie qui exonère les exploiteurs de toute responsabilité à l’égard des personnes qu’ils violentent et exploitent sexuellement. C’est une idéologie qui est particulièrement véhiculée par l’industrie du porno, n’en déplaise à quelques adeptes libertariens qui voient dans ce secteur un apprentissage à la sexualité, un travail, ou un empowerment.

Pour répondre à ces fantasmes ou au mythe d’une pornographie sans impacts sociaux nocifs, le livre de Gail Dines, Pornland – comment le porno a envahi nos vies, est crucial.

L’ouvrage comprend un avant-propos de Cécilia Lépine – blogueuse de Racine Rouge –, une préface de Robert Jensen – universitaire et activiste proféministe – et une postface de Tom Farr – spécialiste des droits humains. Dines pour sa part est une sociologue féministe radicale américaine. Elle a travaillé de nombreuses années sur l’industrie du porno : consultation des films et des sites, échanges avec des producteurs, intégration des études sur le sujet, dialogues avec des consommateurs, des délinquants sexuels ou des étudiant-es.

Son livre permet de découvrir les nombreuses facettes de cette industrie : son histoire, sa mécanique de développement, avec la synergie des différents protagonistes, son pouvoir et son poids économiques, sa misogynie, son sadisme, ses excroissances au sein de la culture populaire (mode, épilation, …).

« Dans un monde peuplé de femmes réduites à l’état de salopes quasi robotisées et d’hommes à l’état de robots-baiseurs, le sexe ne peut qu’être dénué de toute intimité. »

L’autrice nous fait faire une plongée dans la réalité – sordide – des pratiques sexuelles de l’industrie et dans les attentes des consommateurs. Elle explique également leurs propres fuites en avant vers des actes de plus en plus violents, à travers une « désensibilisation » progressive et addictive. Elle décrypte les procédés manipulatoires des producteurs. Elle parle de « l’obsolescence programmée » des femmes traitées en objet sexuel, de « l’humanisation » des poupées sexuelles, et évidemment des scènes produites pour que d’autres puissent majoritairement éjaculer. Elle décrit les violences et les humiliations subies par des personnes réelles. Elle décode ce que l’industrie véhicule : l’assujettissement des femmes, le racisme, la culture du viol, celle du « choix » individuel ou du « plan cul ». Son dernier chapitre est consacré à ce qu’Alicen Grey a appelé la « culture pédophile » : la pornographisation de caractéristiques enfantines.

Après un tel réquisitoire, difficile d’être pris aux pièges des mensonges des pornographes. L’industrie du porno n’est pas la libération sexuelle qu’on essaye de nous vendre. L’industrie du porno s’attache plutôt à « étioler notre imagination (…) en fournissant des images dont le contenu est répétitif et abrutissant ».

Pour faire comprendre l’horreur pornographique, Dines utilise aussi parfois des analogies pour le moins percutantes : « Imaginez ce qu’il se passerait si d’innombrables émissions et sitcoms présentant les noirs ou les juifs d’une manière raciste ou antisémite inondaient nos chaines de télévision, dans lesquelles ils se feraient tirer les cheveux, gifler et étouffer avec divers objets insérés dans la bouche par des hommes blancs. Cela provoquerait sans doute un tollé. (…) En recouvrant sa violence d’un vernis sexuel, la pornographie la rend invisible, et les arguments de ceux d’entre nous qui protestent contre la violence sont ainsi qualifiés d’anti-sexe, et non d’anti-violence. »

Son analyse à large spectre – qui incorpore aussi une critique du capitalisme et du racisme – se veut un outil pour comprendre et lutter contre cette industrie ; une industrie faites d’images frénétiquement consommées très majoritairement par les hommes, y compris « progressistes », plus ou moins secrètement, plus ou moins honteux devant leur écran.

Marc Dorcel ou Jacquie et Michel (qui lui annonçait 15 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2016) ne sont certes pas les références de l’autrice, mais on ne manquera pas d’extrapoler son analyse au contexte français. Rappelons d’ailleurs que ce dernier site-enseigne fait face à une enquête pour viol et proxénétisme : la pornographie a à voir avec la prostitution, c’est une forme de prostitution filmée. Même la thèse de Mathieu Trachman, sur le supposé Travail pornographique – enquête sur la production de fantasmes, témoigne des liens entre système prostitutionnel et pornographie, mais cette thèse manquait d’une assise féministe conséquente pour traiter les violences quand même décrites. Pornland y remédie très largement. Et au-delà de l’importante documentation sur les coulisses de cette industrie, l’intérêt de l’ouvrage est bien sur son analyse féministe opposée au libéralisme patriarcal ambiant. Le projet social est tout autre : « Une sexualité fondée sur l’égalité exige en fin de compte que la société repose aussi sur l’égalité. (…) [Dans] une société juste, il n’y a pas de place pour le porno. »

*Trigger warning: prendre conscience et lutter contre les réalités d’un monde violent est souvent violent.

Gail Dines : Pornland – comment le porno a envahi nos vies

éditions Libre, 2020, traduction : Nicolas Casaux, 384 pages, 20€.

Yeun L-Y