Audit citoyen de la dette publique, Résumé du rapport :

59% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs

Tout se passe comme si la réduction des déficits et des dettes publiques était aujourd’hui l’objectif prioritaire de la politique économique menée en France comme dans la plupart des pays européens. La baisse des salaires des fonctionnaires, ou le pacte dit « de responsabilité » qui prévoit 50 milliards supplémentaires de réduction des dépenses publiques, sont justifiés au nom de cet impératif.

Le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente: une croissance excessive des dépenses publiques.

Mais ce discours ne résiste pas à l’examen des faits. Dans ce rapport nous montrons que l’augmentation de la dette de l’État – qui représente l’essentiel, soit 79%, de la dette publique – ne peut s’expliquer par l’augmentation des dépenses puisque leur part dans le PIB a chuté de 2 points en trente ans.

Si la dette a augmenté c’est d’abord parce que tout au long de ces années l’État s’est systématiquement privé de recettes en exonérant les ménages aisés et les grandes entreprises : du fait de la multiplication des cadeaux fiscaux et des niches, la part des recettes de l’État dans le PIB a chuté de 5 points en 30 ans.

Si l’État, au lieu de se dépouiller lui-même, avait maintenu constante la part de ses recettes dans le PIB, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 24 points de PIB (soit 488 milliards €) à son niveau actuel.

C’est ensuite parce que les taux d’intérêt ont souvent atteint des niveaux excessifs, notamment dans les années 1990 avec les politiques de « franc fort » pour préparer l’entrée dans l’euro, engendrant un « effet boule de neige » qui pèse encore très lourdement sur la dette actuelle.

Si l’État, au lieu de se financer depuis 30 ans sur les marchés financiers, avait recouru à des emprunts directement auprès des ménages ou des banques à un taux d’intérêt réel de 2 %, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 29 points de PIB (soit 589 milliards €) à son niveau actuel.

L’impact combiné de l’effet boule de neige et des cadeaux fiscaux sur la dette publique est majeur : 53% du PIB (soit 1077 milliards €). Si l’État n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, le ratio dette publique sur PIB aurait été en 2012 de 43% au lieu de 90 % comme le montre le graphique ci-contre.

Au total, 59% de l’actuelle dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêts excessifs.

Voir le graphique en bas
La hausse de la dette publique provient pour l’essentiel
des cadeaux fiscaux et des hauts taux d’intérêt

Source : Insee, comptabilité nationale ; calculs CAC

Le rapport d’audit propose aussi une évaluation des impacts des paradis fiscaux ainsi que de la crise financière de 2008 dans l’envolée de la dette publique.

Au total, il apparaît clairement que la dette publique a été provoquée par des politiques économiques largement favorables aux intérêts des créanciers et des riches, alors que les sacrifices demandés aujourd’hui pour la réduire pèsent pour l’essentiel sur les salariés, les retraités et les usagers des services publics. Cela pose la question de sa légitimité.

Le rapport se conclut par une série de propositions destinées à alléger le fardeau de la dette (près de 50 milliards d’euros d’intérêts par an et plus de 100 milliards de remboursements) pour rompre avec le cercle vicieux des politiques d’austérité et financer les investissements publics dont l’urgence sociale et écologique n’est plus à démontrer.

La réalisation d’un audit de la dette publique effectué par les citoyens ou sous contrôle citoyen, devrait permettre d’ouvrir enfin un véritable débat démocratique sur la dette publique. Ce débat devrait amener à déterminer quelle partie de cette dette est jugée par les citoyens comme illégitime. Les premières évaluations ici proposées par le groupe de travail du Collectif pour un audit citoyen se veulent une contribution à ce débat.

Ont participé à l’élaboration du rapport :

  • Michel Husson (Conseil scientifique d’Attac, coordination),
  • Pascal Franchet (CADTM),
  • Robert Joumard (Attac),
  • Evelyne Ngo (Solidaires Finances Publiques),
  • Henri Sterdyniak (Économistes Atterrés),
  • Patrick Saurin (Sud BPCE)

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Recours pour excès de pouvoir contre la privatisation de l’aéroport de Toulouse

|  Par Laurent Mauduit

Des citoyens et élus de gauche ont introduit un recours pour excès de pouvoir contre la privatisation de l’aéroport de Toulouse. Le Conseil d’État l’examine lundi. Dans son mémoire en défense, que révèle Mediapart, le ministère des finances justifie l’implantation dans un paradis fiscal des investisseurs chinois qui, bien que minoritaires, vont disposer des pleins pouvoirs au sein de la société.

Emmanuel Macron imaginait sans doute que la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, ne nécessitant pas le vote d’une loi à la différence des privatisations futures des aéroports de Nice et de Lyon, serait une simple formalité. Erreur ! L’affaire fait de plus en plus de vagues. Après de très violentes polémiques à l’Assemblée nationale, le ministre de l’économie va devoir affronter une nouvelle épreuve, judiciaire celle-là, puisque le Conseil d’État examinera lundi un recours en référé pour excès de pouvoir.

Il faut dire que l’histoire de cette privatisation a commencé par un grave faux pas du ministre, pris en flagrant délit de mensonge. Annonçant début décembre au journal La Dépêche que l’aéroport de Toulouse-Blagnac allait être vendu au groupe chinois Symbiose, composé du Shandong Hi Speed Group et Friedmann Pacific Investment Group (FPIG), allié au groupe canadien SNC Lavalin, Emmanuel Macron avait fait ces commentaires : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital. On ne vend pas l’aéroport, on ne vend pas les pistes ni les bâtiments qui restent propriété de l’État. […] Nous avons cédé cette participation pour un montant de 308 millions d’euros », avait dit le ministre de l’économie.

« Celles et ceux que j’ai pu entendre, qui s’indignent de cette cession minoritaire de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse, ont pour profession d’une part d’invectiver le gouvernement et d’autre part d’inquiéter les Français », avait-il aussi déclaré dans la foulée, en marge du congrès de l’Union nationale des professions libérales.

Or, Mediapart a révélé le 7 décembre, en publiant les fac-similés du pacte d’actionnaires conclu à l’occasion de cette privatisation, qu’Emmanuel Macron avait menti (lire Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge). En effet, ce pacte ne lie pas l’État à la Région, au département et à la ville de Toulouse, pour former une majorité de 50,1 % au sein du capital de la société ; mais il lie l’État au groupe chinois Symbiose. Ce pacte d’actionnaires précise de plus que les trois membres du directoire de la société seront désormais désignés par l’investisseur chinois. Au terme d’une clause stupéfiante, l’État a même accepté d’abdiquer tous ses pouvoirs : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’acquéreur dans son offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette offre », précise la clause 2.2.2.

Le mensonge du ministre lui a donc valu d’abord d’être très vivement interpellé à l’Assemblée nationale, dès le 9 décembre. C’est l’écologiste Noël Mamère qui a mené la charge en brandissant les clauses de ce contrat que Mediapart avait mises en ligne, en reprochant au ministre de l’économie d’avoir travesti la vérité.

Dans une réponse pour le moins maladroite, Emmanuel Macron – qui a toujours refusé de parler à Mediapart (lire notre « boîte noire ») – a été contraint de confirmer la plupart de nos informations. Il a admis que le groupe chinois était domicilié dans un paradis fiscal ; et il n’a pas nié que son allié canadien, SNC Lavalin, venait d’être radié pour dix ans par la Banque mondiale pour des faits graves de corruption.

Somme toute, sa seule défense, en recul, a été de faire valoir que le pacte d’actionnaires garantissait aux collectivités locales une… minorité de blocage au sein du capital de la société Aéroport de Toulouse. Ce qui n’a évidemment plus rien à voir : au début le ministre voulait faire croire à l’opinion que les actionnaires publics restaient majoritaires ; et le voilà contraint d’avouer que ces actionnaires publics ne disposent plus que d’une… minorité de blocage !

Ce mensonge public du ministre a ainsi donné des armes aux détracteurs de ce projet de privatisation. Et dans la région de Toulouse, ils sont très nombreux. Sous la coordination d’un avocat, Christophe Lèguevaques, un collectif d’élus et de citoyens de tous les courants de la gauche (PS, Front de gauche, Europe Écologie-Les Verts…) et de toutes les collectivités concernées (Région, département et ville de Toulouse) s’est donc formé pour faire échec à cette privatisation. Ce collectif comprend également l’Union syndicale Solidaires de Haute-Garonne, la FSU du même département et deux associations de riverains, le collectif contre les nuisances aériennes, et le collectif Francazal. Nos abonnés connaissent Christophe Lèguevaques, puisqu’il dispose de son propre site Internet (il est ici) mais il tient aussi depuis longtemps son blog sur Mediapart (il est là).

Le mémoire en défense de l’Agence des participations de l’Etat

Ce collectif a donc pris la décision de déposer un recours pour excès de pouvoir qui sera examiné lundi matin par le Conseil d’État. Voici ce texte :

Toulouse: recours pour excès de pouvoir by Laurent MAUDUIT

Dans leur recours pour excès de pouvoir, les requérants observent que le cahier des charges établi pour cette privatisation a été bafoué. Ce cahier des charges édicte en effet que la qualité de chef de file d’un consortium en lice pour la privatisation ne peut être modifié au cours de la procédure. Or, il semble que ce fut le cas. Dans un premier temps, le chef de file aurait pu être le canadien SNC Lavalin, mais quand sa lourde condamnation par la Banque mondiale a commencé à être connue et à faire scandale, il semble que les investisseurs chinois aient subrepticement hérité de cette qualité de chef de file.

Les requérants relèvent également l’omission de toute consultation relative aux bruits et aux nuisances, en violation des obligations légales édictées par la Charte de l’environnement, de même que l’omission de toutes études d’impact. Ils font aussi valoir que « plusieurs membres du consortium Symbiose sont situés dans des paradis fiscaux, ce qui rend impossible le respect des obligations sociales et fiscales ».

Les requérants évoquent aussi le pacte d’actionnaires secret révélé par Mediapart en faisant ces constats : « La procédure ne respecte pas le principe de transparence puisque, même après le choix du repreneur, l’État refuse de communiquer le pacte d’actionnaires avec l’acquéreur rendant ainsi impossible tout contrôle. En effet, il existe un doute que le pacte d’actionnaires négocié avec le consortium Symbiose soit différent de celui proposé aux autres candidats. » Pour eux, « chacun de ces faits constitue un manquement à un principe général communautaire ou un principe général du droit français des appels d’offres ».

En prévision de l’examen, lundi, de ce recours par le Conseil d’État, l’Agence des participations de l’État (APE), qui est la direction du ministère des finances en charge des entreprises publiques ou des actifs détenus par l’État, a donc, elle-même, présenté un mémoire en défense. Le voici :

Toulouse : le memoire en defense de Bercy by Laurent MAUDUIT

Dans ce mémoire, assez laconique, plusieurs constats sautent aux yeux. D’abord, l’APE admet, à sa façon, que la procédure n’a pas été totalement transparente et qu’il s’est bien passé quelque chose dans la répartition des rôles entre les canadiens de SNC Lavalin et les chinois de Symbiose. La version de l’APE est que Symbiose a d’abord déposé une offre en faisant savoir que « SNC Lavalin pourrait y participer à un niveau très minoritaire (10 %) » ; et puis finalement Symbiose aurait déposé « une offre ferme sans participation de SNC Lavalin, qui apportera seulement une assistance technique au consortium ».

Si tel est vraiment le cas, pourquoi cela n’a-t-il pas été connu aux moments opportuns ? Pourquoi faut-il un recours pour que l’APE admette que l’alliance sino-canadienne a changé en cours de route ? Cette franchise tardive apporte assurément de l’eau aux moulins des requérants, qui pointent l’opacité de la procédure.

Pour le reste, le mémoire en défense de Bercy s’en tient à des arguments surtout de forme et non de fond, estimant par exemple qu’aucun requérant ne démontre son intérêt à agir ou que l’urgence alléguée par les requérants fait défaut.

L’APE écarte également d’un revers de main le débat sur l’honorabilité de SNC Lavalin au motif qu’il n’est pas (ou plus !) membre du consortium Symbiose. Sous-entendu : le groupe a peut-être été sanctionné gravement par la Banque mondiale, mais puisque finalement il va jouer les seconds rôles… il n’est plus opportun de s’en offusquer. Et dans le cas de la domiciliation de Symbiose dans un paradis fiscal, on retiendra que cela ne choque pas vraiment le ministère des finances : « Sauf à démontrer une infraction, la résidence fiscale n’est pas un critère de recevabilité (moyen infondé) ; au demeurant, le véhicule d’acquisition qui serait mis en place par le consortium Symbiose serait localisé en France et soumis à la fiscalité française », lit-on dans le mémoire.

En somme, un groupe localisé aux îles Vierges britanniques ou aux îles Caïmans, pour y profiter de la totale opacité qu’autorisent ces paradis fiscaux, n’en est pas moins le bienvenu en France, pour peu qu’il se donne la peine de créer une coquille financière ad hoc. Assurément, ce précepte édicté par le ministère des finances sera étudié de près par le monde des affaires, en espérant qu’il puisse faire jurisprudence. Vivent les paradis fiscaux, à la condition qu’ils se cachent derrière d’honorables cache-sexes ! Puisque c’est le ministère des finances qui, très officiellement, l’affirme, il faut bien en prendre note.

En réplique aux arguments de l’APE, Me Christophe Lèguevaques a adressé au Conseil d’État le mémoire complémentaire que l’on peut consulter ici sur son blog sur Mediapart ou alors ci-dessous :

Toulouse: la réplique du collectif citoyen by Laurent MAUDUIT

Quel que soit le contenu de l’ordonnance que prendra le Conseil d’État, soit dès lundi, soit dans les jours suivants, la controverse autour de la privatisation de l’aéroport de Toulouse est donc loin d’être close. Car qu’il y ait eu ou non, en droit, excès de pouvoir, il est en tout cas assuré qu’Emmanuel Macron a géré ce dossier comme s’il était non pas un ministre de la République mais toujours l’associé gérant d’une grande banque d’affaires, avec deux seuls soucis, celui du culte du secret et de l’opacité ; et la meilleure bonne fortune possible pour les heureux actionnaires. Alors que les principes d’une véritable démocratie reposent sur le respect des citoyens, le souci de la vérité et celui de la transparence…

Comment jouissent les femmes

 

LE MONDE | 17.12.2014 à 15h43 • Mis à jour le 17.12.2014 à 17h24 | Par Gaëlle Dupont

D’abord, on sourit. En amont de la confidentielle « Journée mondiale de l’orgasme » du 21 décembre – dont le mot d’ordre reste obscur –, l’IFOP publie mercredi 17 décembre une enquête intitulée « Les Françaises et l’orgasme ». Fini de rire dès l’introduction : le sujet est très sérieux. « Les freins et les sources du plaisir féminin sont peu abordés dans les grandes enquêtes sur la sexualité alors même qu’ils constituent une des questions fondamentales de la sexologie contemporaine », explique à juste titre le respectable institut de sondage.

De grandes questions se posent en effet : l’orgasme féminin est-il vaginal ou clitoridien, le point G existe-t-il et, si oui, où ? L’enquête, financée par le site de « webcams gratuites sexe live » CAM4.fr, et réalisée auprès de 1 006 Françaises représentatives de la population féminine de plus de 18 ans par questionnaires auto administrés sur ordinateur du 25 au 27 novembre, fournit un certain nombre de réponses.

Deux tiers des femmes disent avoir déjà simulé

Enseignement majeur de l’étude : les femmes jouissent moins que les hommes. Une femme sur trois (33 %) dit n’avoir pas eu d’orgasme au cours de son dernier rapport sexuel, soit une proportion cinq fois plus grande que leur partenaire (6 %). Au total, seules 60 % des femmes en couple ont « souvent » un orgasme avec leur partenaire actuel, 27 % « parfois » ou « assez rarement » (8 %) et 5 % jamais. Certaines catégories de femmes disent avoir plus de difficultés à jouir que d’autres : les jeunes de moins de 25 ans, les cadres et professions intellectuelles supérieures, les personnes en surpoids ou obèses.

Au total, seules 6 % des femmes disent avoir un orgasme tous les jours ou presque, 37 % au moins une fois par semaine, 31 % au moins une fois par mois, 7 % moins d’une fois par mois – ces chiffres sont corrélés avec la fréquence de l’activité sexuelle. Résultat : près des deux tiers des femmes interrogées disent avoir déjà simulé l’orgasme au cours de leur vie. La satisfaction sexuelle rejaillit pourtant sur toute la vie de couple : le degré de satisfaction des femmes quant à leur vie sentimentale est étroitement lié à la fréquence de leurs orgasmes, selon l’enquête.

Après le constat, les causes : la sexualité reste trop « phallocentrée ». « Les techniques de coït les plus pratiquées ne sont pas toujours celles les plus à même de procurer du plaisir à la gent féminine », explicite l’IFOP. Ainsi, la pénétration vaginale, qui est de loin l’acte sexuel le plus pratiqué (83 % des femmes la pratiquent souvent), ne permet d’atteindre l’orgasme facilement que pour 28 % des femmes, contre 38 % dans le cadre d’une pénétration vaginale accompagnée d’une stimulation clitoridienne et 30 % grâce à un cunnilingus.


La stimulation clitoridienne la plus efficace

L’IFOP entend donc livrer ainsi les clés du plaisir féminin : c’est la double stimulation (vaginale et clitoridienne) qui permet au plus grand nombre de Françaises de jouir « très facilement » – mais sa prévalence est deux fois moins importante que la pénétration vaginale seule. L’institut appelle à « relativiser l’opposition classique et désormais désuète entre orgasme vaginal et clitoridien », tout en précisant que les pratiques les plus efficaces pour atteindre l’orgasme impliquent toutes une stimulation du clitoris.

Enfin, l’institut passe en revue les positions les plus adéquates. En numéro 1, le « missionnaire » reste une valeur sûre. Mais les positions où la femme est active, longtemps réprouvées par la morale, sont efficaces, en particulier « l’Andromaque » (où la femme est au-dessus de l’homme) et le « gaufrier » (la femme est allongée sur l’homme). La « levrette », en revanche, bien que très pratiquée, n’arrive qu’au quatrième rang en termes d’efficacité derrière les précédentes. « Cet écart entre sa prévalence et son efficacité tend à renforcer l’idée selon laquelle elle répondrait plus à des fantasmes masculins que féminins », relève l’IFOP. Lacune de cette enquête : elle n’aborde pas le rôle, pourtant réputé essentiel, des préliminaires.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/12/17/comment-jouissent-les-femmes-selon-l-ifop_4542157_3224.html#E6Fdsjeoalm3BHMp.99

Cinq intellectuels se penchent sur l’après capitalisme

23 décembre 2014 | Par Joseph Confavreux

« Il est plus facile d’envisager la fin du monde que celle du capitalisme », aime affirmer le philosophe Slavoj Žižek. C’est pourtant à cette dernière question que se sont confrontés cinq intellectuels d’envergure dans un livre original dans sa forme et son propos, intitulé Le capitalisme a-t-il un avenir ? »

Alors que fleurissent les images et les imaginaires de la fin du monde, cinq chercheurs issus du champ intellectuel anglo-saxon – Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Michael Mann, Craig Calhoun et Georgi Derluguian – ont décidé d’interroger plutôt la fin du capitalisme. Sa possibilité ou sa plausibilité, mais aussi les tours et détours que cette sortie du capitalisme pourrait emprunter.

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L’originalité du livre tient à son sujet – penser sérieusement et concrètement un monde post-capitaliste – mais aussi à la démarche des auteurs. Contrairement à l’habitude de nombreux livres collectifs, celui-ci ne se contente pas de juxtaposer des propos personnels sur un même thème, mais esquisse une véritable confrontation mutuelle, en forme de « construction contrapuntique », avec une introduction et une conclusion signées à dix mains.

Les auteurs y partagent « la conviction que quelque chose d’énorme se profile à l’horizon » : une crise structurelle « bien plus importante que la grande récession de 2008, laquelle risque de passer rétrospectivement pour le simple prologue d’une période de troubles et de transformations bien plus profonds ». À partir de là, l’argument central du livre est qu’il y a « pour les systèmes historiques diverses façons – plus ou moins destructrices – de dépérir tout en se transformant en quelque chose d’autre », et qu’il est donc urgent de comprendre comment pourrait se dérouler la fin du capitalisme, qui a, selon la majorité d’entre eux, déjà commencé.

Les cinq chercheurs affirment vouloir se défaire de tout jugement moral et estiment qu’il n’est pas question « de condamner ou de défendre le capitalisme », même s’ils ne viennent pas du bord le plus libéral du champ intellectuel. En tant que « pratiquants de la sociologie historique », ils savent que le sort des sociétés humaines « ne dépend pas de la quantité de biens ou de maux sociaux qu’elles engendrent ». Pour eux, « la question n’est donc pas de savoir si le capitalisme est meilleur ou pire que toutes les autres sociétés ayant existé jusqu’à nos jours. La question est de savoir s’il a encore un avenir ».
Immanuel Wallerstein

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Chacun tente alors de répondre à la question qui donne son titre au livre. Pour Immanuel Wallerstein, historien et économiste émérite à l’université de Yale, le « capitalisme est un système, et tous les systèmes ont une durée de vie, ils ne sont pas éternels ». Le théoricien des « systèmes-monde » défend l’idée que le système capitaliste « traverse actuellement la phase terminale de sa crise structurelle ».

Sa recherche persistante de l’accumulation sans fin de capital et sa volonté de pénaliser les acteurs cherchant à fonctionner sur la base d’autres valeurs ou d’autres objectifs constituent, pour Wallerstein, des impasses.

Pour lui, « le système-monde moderne dans lequel nous vivons ne peut plus se perpétuer parce qu’il s’est trop écarté de l’équilibre et ne permet plus aux capitalistes d’accumuler indéfiniment du capital. Par ailleurs, les classes subalternes ne croient plus qu’elles sont du bon côté de l’histoire et que l’avenir leur appartient. Nous vivons donc une crise structurelle qui se caractérise par une lutte autour des alternatives systémiques ».

Randall Collins, qui enseigne la sociologie à l’Université de Pennsylvanie, fait l’hypothèse que la fin du capitalisme pourrait être provoquée par la disparition de sa base politique et sociale au sein de la classe moyenne. Il met en effet l’accent sur les conséquences d’un chômage structurel de masse qui guette les classes moyennes sous l’impact du remplacement du travail humain par des machines avec l’essor des nouvelles technologies, notamment dans les domaines de l’information et de la communication.

Pour lui, aucune des soupapes de sécurité qui avaient permis au capitalisme de surmonter, aux XIXe et XXe siècles, la mécanisation du travail manuel, n’existe aujourd’hui, en particulier la compensation de cette mécanisation par la croissance d’emplois exigeant une formation supérieure. À partir de là, il estime que c’est cette « évolution structurelle à long terme qui mènera très probablement le capitalisme à sa perte d’ici trente à cinquante ans ».
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Pour Craig Calhoun,

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directeur de la London Scool of Economics, un capitalisme réformé pourrait être sauvé, parce que ce mot ne désigne pas seulement une économie de marché, mais aussi une économie politique.

Selon lui, il est également nécessaire de re-contextualiser les discours catastrophistes qui ne font « que refléter l’opinion qui prévaut dans les vieux pays du centre du système-monde capitaliste, inquiets de perdre les bénéfices liés à leur position privilégiée. Si vous considérez les choses depuis nombre de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, c’est une autre histoire ».

Constat auquel il faut ajouter la non-pertinence de l’idée que le capitalisme pourrait s’effondrer comme a pu le faire le communisme soviétique. Pour lui, cette idée « impliquerait une transition soudaine de l’existence à la non-existence, en quelques années seulement », qui était envisageable dans le cadre du système étatique de l’URSS mais pas dans le système beaucoup plus complexe qu’est le capitalisme mondialisé.

Une des voies d’évolution du capitalisme qu’envisage Calhoun serait que la mondialisation ne soit pas irréversible et que des systèmes moins étroitement connectés voient le jour pour faire face à la fois aux menaces externes et aux risques internes qui perturbent le fonctionnement du capitalisme aujourd’hui.

« L’avenir du capitalisme risquerait d’être ennuyeux »

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Michael Mann, sociologue à l’Université de Californie (UCLA), juge quant à lui quasiment impossible de prévoir l’avenir du capitalisme, car les sociétés ne sont pas des systèmes mais « un enchevêtrement de multiples réseaux d’interaction dont les quatre plus importants sont les rapports de pouvoir idéologiques, les rapports de pouvoir économiques, les rapports de pouvoir militaires et les rapports de pouvoir politiques ».

Une complexité accentuée par le fait que les régions du monde sont très différemment affectées par les évolutions à l’œuvre. « La crise capitaliste est aujourd’hui très profonde en Grèce, elle l’est beaucoup moins dans la Turquie voisine, et presque pas en Chine. Il est également possible que ces différences engendrent des trajectoires de développement historiquement distinctes à l’échelle planétaire. »

Mann estime, en divergeant de l’analyse de Randall Collins, que « le chômage de masse ne sonne pas nécessairement le glas du capitalisme », notamment pour des raisons démographiques qui exigeront encore plus de travail envers les personnes et des rééquilibrages migratoires profonds.

Il envisage ainsi un scénario où « toute l’humanité pourrait vivre dans une économie presque stationnaire, comme le font déjà les Japonais depuis vingt ans. En fin de compte, plutôt que catastrophique, l’avenir du capitalisme risquerait d’être simplement un peu ennuyeux ». À moins qu’un effondrement écologique ne précipite les choses…

Enfin, Georgi Derluguian, qui enseigne les sciences sociales à la New York University d’Abu Dhabi, repose la question commune aux cinq auteurs à l’aune de l’effondrement du système soviétique. Il juge en particulier que la société qui remplacera le capitalisme ne ressemblera pas au modèle communiste, et que l’urgence est aujourd’hui en priorité « d’analyser les divers programmes politiques et économiques, ainsi que les coalitions et les compromis possibles afin de minimiser les incertitudes de la transition en cas de crise majeure ».

Au-delà de leurs divergences sur les rythmes et les modalités de métamorphoses profondes qu’ils jugent inévitables, les cinq chercheurs « s’accordent à penser qu’il est fort peu probable que les développements de la crise mondiale débouchent sur des révolutions semblables à celles du passé ». Pour eux, « le capitalisme n’est pas un espace physique, tel un palais royal ou un quartier financier qui pourrait être investi par une foule révolutionnaire ou devenir la cible de manifestations idéalistes ».

Il s’agit donc plutôt de rouvrir le domaine de l’imaginaire, puisque « les grandes avancées ne deviennent possibles que lorsque la réflexion et le débat sur la gamme des options alternatives conquièrent une audience suffisamment large ». De ce point de vue, les chercheurs ont un rôle à jouer dans cette réouverture de l’avenir, au moment où les sciences sociales contemporaines font souvent « délibérément abstraction des possibilités structurelles de changement historique ».

En effet, pour eux, « les mécanismes habituels qui garantissent le statu quo sont en panne » et « face à l’impasse dans laquelle se trouve l’économie politique du capitalisme, nous sommes à un carrefour historique où des options largement considérées comme utopiques pourront devenir techniquement réalisables dans le cadre d’un nouveau type d’économie politique ».

Prévoir la fin, la sortie ou la transformation radicale du capitalisme financier et mondialisé ne veut pas nécessairement dire mettre fin aux rapports marchands et au travail salarié qui ont existé avant le capitalisme et devraient lui survivre. Pour les auteurs, « le capitalisme est simplement une configuration historique spécifique des rapports marchands et des structures étatiques au sein de laquelle l’obtention d’un gain économique privé par tous les moyens, ou presque, est un objectif primordial de la mesure de tout succès. L’émergence d’une organisation différente et plus satisfaisante du marché et de la société humaine n’est nullement exclue ».

Sur les contours de cette « organisation différente », les auteurs font montre d’avis aussi partagés que prudents, même si tous récusent le principe d’un retour au communisme et paraissent s’accorder à juger la forme étatique obsolète. « Qu’est-ce qui nous fait croire que les États ou bien des alliances interétatiques se montreront à la hauteur de la tâche d’organiser des milliards de personnes au service d’initiatives altruistes telles que la reforestaration, le développement de nouvelles technologies, l’éducation des enfants, les soins aux personnes âgées, et, en général, la lutte pour un mode de vie soutenable ? » interrogent-ils.

Jugeant que « la grande œuvre historique du XXIe siècle devrait être l’internationalisation des coûts de reproduction sociale et environnementale à une échelle véritablement planétaire », les cinq chercheurs se méfient toutefois d’une posture de prophète ou de Cassandre. « Il s’agit là de pronostics structurels qui ne sont pas sans parenté avec ce qu’on appelle les « tests de résistance » dans le domaine de l’ingénierie civile », affirment-ils pour décrire leur démarche.

En dépit de leur prudence rhétorique, le résultat n’échappe pas complètement aux doutes qui pèsent sur les exercices de prédiction, surtout si on se représente le caractère disruptif de l’avenir qui ne permet pas de simplement projeter le monde de demain comme la continuité, même intensifiée, de celui d’aujourd’hui. Mais deux des auteurs du livre, Collins et Wallerstein, qui ne voient pas d’issue possible pour le capitalisme, avaient toutefois déjà prédit la fin du communisme soviétique dans les années 1970…

Noël : Mediapart vous offre une conférence à 100 000 dollars de Sarkozy

Publié par Médiapart :

http://www.mediapart.fr/journal/france/201214/noel-mediapart-vous-offre-une-conference-100-000-dollars-de-sarkozy

 

Nicolas Sarkozy et Chang Dae-whan au World Knowledge Forum de Séoul (Corée du Sud), le 14 octobre.
Nicolas Sarkozy et Chang Dae-whan au World Knowledge Forum de Séoul (Corée du Sud), le 14 octobre. © Twitter/@MichleDeslangle


Mais que peut bien raconter Nicolas Sarkozy de si décisif et de si spirituel pour être aussi grassement rémunéré ? Que dit-il au reste du monde, lui qui ne dit pas grand-chose aux Français ? Les équipes du président de l’UMP font tout pour garder le contenu de ses conférences secret. Les verbatims sont rares, les enregistrements encore plus. La magie de Noël étant ce qu’elle est, Mediapart s’en est pourtant procuré un. Et en propose l’écoute et la lecture au long cours (à partir de la page 2) sans être obligé de débourser des milliers d’euros.

Cet enregistrement a été réalisé le 14 octobre, en pleine campagne pour la présidence de l’UMP, à l’occasion du World Knowledge Forum, une conférence internationale qui accueille chaque année, à Séoul (Corée du Sud), la crème du monde politique et économique. C’est là que Dominique Strauss-Kahn avait fait son retour médiatique il y a deux ans. Parmi les invités de la cuvée 2014 : Nicolas Sarkozy, donc, mais aussi l’économiste français Thomas Piketty et l’ex-président de la BCE, Jean-Claude Trichet. « Pour ce forum de Séoul, les prestations se chiffreraient jusqu’à 100 000 dollars selon les invités », explique Libération.

Pendant une petite heure, on y entend l’ex-chef de l’État répondre (en français) aux questions (posées en coréen) de Chang Dae-whan, un homme d’affaires sud-coréen, un temps pressenti pour devenir premier ministre. Censé exposer ses idées pour « revigorer l’économie mondiale » – le thème de la conférence –, Nicolas Sarkozy livre en réalité une prestation décousue, qui oscille entre inconsistance et grand n’importe quoi. Le tout, devant ce que Libération a décrit comme « un parterre de près de 900 invités du monde des affaires et de la politique triés sur le volet ».

Qu’apprend-on dans cet enregistrement ? Rien, sinon que le patron de l’UMP a une vision pour le moins brouillonne des enjeux internationaux en général, et de ceux du continent asiatique en particulier. Certains passages de sa prestation confinent à la gêne absolue, comme lorsqu’il digresse sur la liberté des femmes, en prenant l’exemple de la sienne, ou encore lorsqu’il lâche, toute honte bue : « Quand l’Europe regarde l’Asie, les Européens disent : “C’est tous les mêmes.” » Son interlocuteur, Chang Dae-whan, semble avoir bien du mal à cacher son embarras, entre rires étouffés et « OK… » évocateurs.

Nicolas Sarkozy prodigue donc ses conseils. Voici la Corée du Sud presque sommée d’organiser l’Asie en prenant l’initiative de créer une organisation régionale. « Imaginer une structure régionale, c’est ce qu’il y a de plus important. Et vous, les Coréens, vous êtes mieux placés que les autres pour l’imaginer », assure-t-il. Oubli de l’ancien président : la Corée du Sud est déjà membre de la puissante Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et les structures de ce type pullulent dans la région (pour ne citer que l’Apta et l’Apec).

Ignorant des structures de coordination en Asie, Nicolas Sarkozy l’est tout autant de celles existant en Amérique latine, et le voici soudain asséner que « le Mercosur, ça ne suffit pas ». Effectivement, ça ne suffit pas et une demi-douzaine d’organisations régionales existent aujourd’hui, la dernière née étant, en 2010, la Communauté des États de l’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC). Sarkozy aurait pu utilement parcourir cette brochure de l’Agence française du développement sur les dynamiques et enjeux de développement en Amérique latine : elle est ici.

Plus fort encore ! L’ex-chef de l’État affirme avoir créé le G20, pour mieux bousculer les conservatismes du monde. C’est ce qu’il explique à ses auditeurs fortunés : « Quand j’ai créé le G20, M. Ban Ki-moon m’a demandé : “Pourquoi crées-tu une organisation concurrente aux Nations unies ?” » Problème : le G20 a été créé dès 1999, à l’initiative non pas de Sarkozy – qui n’était alors que maire de Neuilly et député – mais du ministre canadien de l’économie de l’époque, Paul Martin.

S’en prenant directement à un autre invité du forum, Thomas Piketty, et moquant sa proposition de taxer les hauts revenus à 80 %, Nicolas Sarkozy joue les grands guignols en dénigrant ces « intellectuels », « très importants, selon lui, pour comprendre après ce qu’il s’est passé avant ». « Quand vous êtes chef de l’État et qu’il y a une crise, faut prendre des décisions, faut être rapide, dit-il. Bon, peut-être que parfois quand on est trop intelligent, c’est un problème. » Le reste de son propos n’est qu’une resucée du verbiage déjà entendu à Monaco, lors d’une précédente conférence dont Nice-Matin avait révélé la teneur. Il est vrai que les hommes d’affaires sud-coréens ne lisent pas, a priori, Nice-Matin.