Extraits de Lectures « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon 2001 3 septembre 2010, 13:43

« Les derniers jours de la guerre furent le prélude de l’enfer. La ville avait vécu les combats de loin. Comme une blessure endormie. Il y avait eu des mois de tergiversations et d’affrontements, de bombardements et de faim. Toute la gamme des assassinats, des luttes et des conspirations avait corrompu l’âme de la ville, mais, même ainsi, beaucoup voulaient croire que la guerre continuait à se dérouler ailleurs, que la tempête passerait au large. L’attente rendit l’inévitable encore plus atroce, si c’est possible. »

« Quand le mal se réveilla, il fut sans pitié. Rien n’alimente l’oubli comme une guerre, Daniel. Nous nous taisons tous, en essayant de nous convaincre que ce que nous avons vu, ce que nous avons fait, ce que nous avons appris de nous-mêmes et des autres est une illusion, un cauchemar passager. Les guerres sont sans mémoire, et nul n’a le courage de les dénoncer, jusqu’au jour où il ne reste plus de voix pour dire la vérité, jusqu’au moment où l’on s’aperçoit qu’elles sont de retour, avec un autre visage et sous un autre nom, pour dévorer ceux qu’elles avaient laissés derrière elles. »

Propos dis par Julian à Daniel en 1954 environ au sujet de la chute de Barcelone (26 Janvier 1939) et de fin de la guerre d’Espagne.

« Je me demande où vous casez tout ça, Fermin » (dit Daniel en parlant de l’appetit de son ami Fermin)

« Dans ma famille, on a toujours eu le métabolisme rapide. Ma sœur Jesusa, qu’elle repose en paix, était capable d’engloutir pour son goûter une omelette de six œufs au boudin et à l’ail doux, et de se conduire ensuite au dîner comme un cosaque. On l’appelait « pâté de Foie » parce qu’elle avait l’haleine fétide, Elle était comme moi, vous savez ? Même figure et même corps secs, en plus maigre. Un docteur de Câceres a dit un jour à ma mère que les Romero de Torres étaient le chaînon manquant entre l’homme et le requin-marteau, parce que notre organisme est constitué à quatre vingt- dix pour cent de cartilage, concentré majoritairement dans le nez et le pavillon auditif. Au village, on nous confondait souvent, Jesusa et moi, parce que la pauvre n’a jamais réussi à avoir de la poitrine et a commencé à se raser avant moi. Elle est morte de phtisie à vingt- deux ans, vierge jusqu’à sa dernière heure et amoureuse en secret d’un faux jeton de curé qui, quand il la croisait dans la rue, lui disait toujours : « Bonjour, Fermin, te voilà devenu un vrai petit homme » Ironies de la vie. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954

« Le moyen le plus efficace de rendre les pauvres inoffensifs est de leur apprendre à vouloir imiter les riches. C’est là le poison qui permet au capitalisme d’aveugler les … »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954.

« C’est comme la marée, disait-il, effondré Je parle de la barbarie. Elle s’en va et on se croit sauvé, mais elle revient toujours, oui, toujours… Et elle vous submerge. Je constate cela sans arrêt au lycée. Grand Dieu ! Des singes, oui, voilà ce que j’ai dans mes cours. Darwin était un rêveur, je vous assure. Ni évolution, ni extinction. Pour un qui raisonne, je dois me taper neuf orangs-outangs. »

Déclaration de M Anacleto. professeur de son état. A Barcelone en 1954

« J’en sais plus que vous sur les femmes et sur le monde. Comme nous l’enseigne Freud, la femme désire l’opposé de ce qu’elle pense ou déclare, ce qui, à bien y regarder, n’est pas si terrible, car l’homme, comme nous l’enseigne monsieur de La Palice, obéit, au contraire, aux injonctions de son appareil génital ou digestif' »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954

« Le bureau du professeur Velázquez se situait au deuxième étage de la Faculté des Lettres, au fond d’une galerie au carrelage noir et blanc, éclairée par des baies vitrées poussiéreuses donnant sur le côté sud de la cour. Je trouvai le professeur à la porte d’une salle, faisant semblant d’écouter une étudiante aux formes spectaculaires moulées dans un tailleur grenat qui lui enserrait la taille et laissait dépasser une paire de mollets hellènes dans des bas de fine soie. Le professeur Velázquez avait une réputation de don Juan, et beaucoup prétendaient que l’éducation sentimentale d’une jeune fille à la page ne pouvait être complète sans un de ces week-ends légendaires passés dans un hôtel discret de la promenade de Sitges, à réciter des alexandrins en tête à tête avec l’éminent enseignant. Mu par mon instinct du commerce, je me gardai bien de rompre leur entretien, et décidai de tuer le temps en me livrant à une radiographie de l’heureuse élue. Je ne sais si ma balade primesautière m’avait excité, ou si le fait d’avoir dix-huit ans et de passer plus de temps en compagnie des muses surprises dans de vieux volumes qu’en celle de jeunes filles en chair et en os qui semblaient toujours à des années-lumière du fantôme de Clara Barcelô, toujours est-il qu’à force de lire chaque pli de l’anatomie de cette étudiante que je voyais seulement de dos mais que j’imaginais en trois dimensions et en perspective cavalière, je me mis à saliver comme devant un baba au rhum. »

Propos tenus par Daniel Sempere , fils de libraire à Barcelone en 1954.

« La télévision est l’Antéchrist, mon cher Daniel, et je vous dis, moi, qu’il suffira de trois ou quatre générations pour que les gens ne sachent même plus lâcher un pet pour leur compte et que l’être humain retourne à la caverne, à la barbarie médiévale et à l’état d’imbécilité que la limace avait déjà dépassé au Pléistocène. Ce monde ne mourra pas d’une bombe atomique, comme le disent les journaux, il mourra de rire, de banalité, en transformant tout en farce et, de plus, en mauvaise farce. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954. Fermin est cultivé et ardent défenseur des librairies et des livres.

« L’homme, en bon simien, est un animal social, et ce qui prime en lui c’est le copinisme, le népotisme, le piston et le commérage comme mesure intrinsèque du comportement éthique, argumentait-il. C’est purement biologique. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954. Un peu raccourci mais bien visé.

« Si vous voulez le fond de ma pensée, le cinéma, ce n’est que des fariboles. Pour moi, il s’agit seulement d’un moyen d’abrutir la plèbe, pire encore que le foot-ball ou les taureaux. Le cinématographe a été inventé pour amuser les masses analphabètes, et cinquante ans aprés sa naissance il n’a pas beaucoup évolué. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des Torres amoureux de la culture écrite à Barcelone en 1954.

« Les gens sont vraiment méchants. »

« Méchants, non, rectifia Fermin. Imbéciles, ce qui n’est pas la même chose. La méchanceté suppose une détérioration morale, une intention et une certaine réflexion. L’imbécile, ou la brute, ne s’attarde pas à réfléchir ou à raisonner. Il agit par instinct, comme un bœuf de labour convaincu qu’il fait le bien, qu’il a toujours raison, et fier d’emmerder, sauf votre respect tout ce qu’il voit différer de lui que ce soit par la couleur, la croyance, la langue, la nationalité ou, comme dans le cas de M. Federico, la manière de se distraire. En fait, le monde aurait besoin de plus de gens vraiment méchants et de moins de simples crétins. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des Torres à Barcelone en 1954. Sa remarque est inspirée par la société espagnole sous le gouvernement Franco. Cette distinction entre le méchant et le crétin m’intéresse.

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« Comment s’en sortir ». Jean-François Kahn – éditions Plon – 12 novembre 2013, 15:45

1. Ça ne peut plus continuer comme ça p7

« Quinze, seize ans déjà… et quatre ans de plus ? Sans projets, sans perspectives, sans direction sans finalité. Le mou obstiné après le fou calculateur, face-à-face de deux oxymores. » P7

« Rompre avec la débilité binaire qui veut qu’il n’y ait de choix qu’entre l’austérité et la relance, alors que c’est la nécessité absolue de la relance qui exige l’extrême rigueur, et qu’une rigueur implacable mais juste constitue le fer de lance d’une puissante relance. On réduit des dépenses, parce que c’est la seule façon de permettre des dépenses. L’Etat se dégraisse, parce que L’Etat doit se muscler pour investir. L’Etat s’allège, parce que son action doit se durcir. Ce n’est ni la croissance contre L’austérité ni L’austérité contre la croissance, logique archéo-libérale s’il en est, c’est L’austérité assumée qui permet d’introduire le plus de tigres possible dans le moteur de la croissance.
Condition : tout le monde participe, et pas seulement financièrement, à proportion – faut-il souligner de deux traits rouges ce « à proportion » ? – de ce que la société lui a apporté, lui apporte ou de ce qu’il en soutire. » P14

2. On ne s’en sortira pas si … p21

« Sait-on que la productivité du travail par habitant est de presque un tiers supérieure en France à celle de L’Allemagne et des Etats-Unis ? Que le PIB par heure de travail est de 20 % supérieur chez nous comparé à celui de la Grande-Bretagne (et de 32% par rapport à L’ItaIie) ? Qu’on produit autant que la Grande-Bretagne avec plus de 2 millions de salariés de moins ? Ce qui, d’ailleurs, n’a pas que des aspects positifs et implique qu’on repense radicalement le type de croissance susceptible de générer le plus d’emplois. » P28

« On ne s’en sortira pas tant qu’on s’abandonnera, sans butoir, à une loi du marché en matière foncière et immobilière qui fait que se loger ampute en France le pouvoir d’achat d’un tiers de plus qu’en Allemagne ; et que les sommes de plus en plus faramineuses, qu’on consacre à se loger, on les retire à la consommation, donc à la production, donc à l’entreprise.
On ne s’en sortira pas tant qu’une sensibilité « petite-bourgeoise », médiatiquement dominante, tendra à promouvoir le sociétal en alternative à la dilution du social, alors que le combat pour l’emploi, l’emploi, l’emploi et l’éradication de la précarité devrait constituer une absolue priorité. » P49

« Surtout, on ne s’en sortira pas tant qu’un esprit partisan, niveau zéro de l’intelligence citoyenne, crétinisation de la conscience politique, identification de la vie démocratique à un choc militaire, conduira à refuser hargneusement, même le meilleur, ceux-là mêmes qui ont acclamé, tout aussi mécaniquement, même le pire.
Et cependant, c’est certain, on s’en sortira. » P50

La France est enlisée dans des luttes partisanes et des attitudes d’appareils qui non seulement l’empêchent de progresser mais aussi la font sombrer dans des abîmes (guerres). Seuls quelques hommes (Mendès France, De gaulle) ou quelques circonstances (la nuit du 4 Août 1789) ont permis de dépasser durablement cet état de fait. Parce que la France met au centre de ses préoccupations des mauvais choix les choses vont mal. Il faut remettre au centre de nos préoccupations les vraies questions.

5. La révolution qui s’impose p72

« Or, c’est à un quintuple problème de centralité que nous sommes urgemment confrontés aujourd’hui’ Au plan institutionnel : nécessité de recentrer un Parlement réellement représentatif aux dépens d’un pouvoir présidentiel hypertrophié, mais épuisé. Au plan sociétal : nécessité de recentrer le citoyen au détriment du double pouvoir de la technocratie et de la finance. Au plan économique : nécessité de placer l’humain, dans toutes ses dimensions, au centre, en précipitant le décentrage et de l’Etat et de l’argent. Au plan social : nécessité de recentrer le collectif que l’individualisme d’un côté et les corporatismes de l’autre ont peu à peu repoussé dans les marges. Au plan national : nécessité de recentrer le solidarisme en contrepoids au communautarisme. » P74

« Mais aucun [ des parties politiques français ] ne propose de se libérer, fût-ce progressivement, du système et du modèle qui font que le pays en est arrivé là. De rompre les amarres pour aller de l’avant. Et pourtant… faites l’expérience : sondez, interrogez autour de vous. Qui, aujourd’hui, se réclame franchement, ouvertement, pour ne pas dire effrontément, du modèle de société qu’a, peu à peu, enfanté la logique néolibérale et du modèle institutionnel qui, en France, en constitue désormais l’enveloppe protectrice ? Qui ? » p76

 » Ce système institutionnel, absurde, étouffant, pervers, le seul en Europe démocratique de ce type, nul ne conteste qu’il contribue à projeter le monde politique hors du monde réel, mais nul n’ose avouer que… c’est précisément parce qu’il permet à la « bulle » politique de se déconnecter d’un peuple réel et non fantasmé qu’on s’y accroche comme à une assurance tous risques.
Synthétisons : à l’exception de ceux de nos oligarques dont Ia médiocrité s’afficherait si les choses changeaient réellement ; à l’exception du « mou » et de ses affidés, aucune personne de bon sens ne peut estimer – et, au demeurant, ne le prétend – que nous pourrons nous en sortir dans le strict cadre d’un modèle dont la logique interne nous condamne à ne pouvoir combattre le déclin que par la régression.
Aucune personne de bon sens ne peut croire que nous parviendrons à enclencher le processus de sortie salvatrice d’un modèle devenu fou en restant prisonniers d’une bipolarisation institutionnelle factice qui fait de deux minorités, non pas agissantes, mais soumises à la pesanteur des choses, Ies gestionnaires, en alternance, de nos renoncements et de nos démissions. » P80

« Concevoir et réaliser, aujourd’hui, un autre modèle, comme on le fit hier, comme on le fit toujours, comme on le fit pour survivre, comme les diplodocus ne le firent pas à temps, comme l’homme de Neandertal ne le fit pas à temps, comme l’Empire romain ne Ie fit à temps, comme l’Union soviétique ne le fit pas à temps ? Ce n’est pas une hypothèse, ce n’est pas un rêve, ce n’est pas une vague virtualité ni même une simple option : cet objectif correspond à une telle absolue nécessité que les oracles anciens auraient dit que cela participe désormais de l’ordre de la fatalité.
Cette issue est inéluctable.
[ ]
Les efforts conjugués des tenants de l’ordre bipolaire établi, paniqués à l’idée que les forces vives puissent échapper à leurs tenailles, n’empêcheront pas qu’on s’en sortira. » P82

6. On ne change rien à un modèle qui ne marche pas ? p84

« Comment peut-on rabâcher que Ia seule façon de lutter contre le chômage est de rendre le marché du travail toujours plus flexible, alors que c’est très exactement ce qui a été fait depuis vingt ans et que le chômage n’a cessé d’augmenter au même rythme que la précarité ? Sait-on que, lorsque, comme en octobre 2012, on comptabilisait 42 000 chômeurs de plus, cela signifiait, en réalité, qu’au cours de ce même mois 537 000 personnes étaient entrées à Pôle emploi et 495 000 en étaient sorties ? Que, sur les 495 000 qui en étaient sorties, 47 % seulement avaient réellement repris un travail ? Et que, sur ces 47 %, les CDI, et même les CDD de plus de six mois, ne représentaient que 46% ? Au cours du deuxième trimestre 2012, hors interim, les embauches de plus d’un mois ont concerné 1 724 000 personnes et les CDD de moins d’un mois 3 461 000 individus. L’intérim, qui pour beaucoup équivaut à un travail à mi-temps, occupe en moyenne 605 000 actifs ! Vous exigez la flexibilité ? De quoi
vous plaignez-vous, vous l’avez obtenue !
Ici, une question toute bête : quand on a appliqué les méthodes dites « socialistes » et que les résultats
se sont avérés désastreux, on en a déduit très logiquement que les méthodes socialistes n’étaient pas adéquates. Qu’elles étaient même pernicieuses. Et on a applaudi ceux qui décidèrent de jeter le modèle pardessus bord. Pourquoi, alors, quand on a appliqué les méthodes dites « néolibérales » et que les résultats se sont révélés absolument désastreux, n’en a-t-on tiré aucune conséquence ? Pourquoi ?  » p86

« Réfléchissons seulement à ce constat qui en dit long : il y a quarante ans, on donnait en exemple, jus-
tement pour souligner l’échec du système socialiste, les pays tels les Etats-Unis, la Suède ou les Pays-
Bas qui, en matière d’acquis sociaux, de niveaux de salaires, d’emplois stables, s’étaient projetés à l’avant-garde et avaient permis de la sorte de battre les régimes dit « socialistes » sur leur propre terrain. Eh bien, jugez vous-mêmes de ce « cul par-dessus tête » : aujourd’hui, ne sont plus donnés en exemple, par les tenants de la nouvelle idéologie dominante, que les pays qui sont parvenus le plus vigoureusement à baisser les salaires, à revenir sur les acquis sociaux et à précariser l’emploi. Ce qui nous renvoie à cette question centrale : pourquoi s’accroche-t-on, comme s’interrogeait légitimement Valéry Giscard d’Estaing à propos du socialisme, à un système qui, à l’évidence, « ne marche pas » ? Pourquoi (l’exemple de la Grèce en est la plus caricaturale et consternante illustration) est-on même prêt aux pires excentricités pour le sauver ? » p89

« En même temps, pendant les quinze ans qui ont précédé Ia crise de 2008, dans les pays de l’OCDE, le poids des salaires est passé de 67 % à 57 % du PIB. » P91

« Il faut pousser loin l’autoaveuglement pour ne pas percevoir qu’entre, d’une part, le recul de la part des salaires dans la création de la richesse et, d’autre part l’augmentation des dépenses de réparations sociales (et, en conséquence, le creusement des déficits et l’explosion de la dette) il y a un rapport direct. L’Etat s’est endetté de plus en plus. On lui en fait légitimement procès. Mais les entreprises et les particuliers se sont endettés tout autant (en dix ans, la dette privée dars la zone euro est passée de 75% à l45 % du PIB) et en vérité ce sont ces endettements cumulés qui ont soutenu des économies qui, sans cela se seraient effondrées. » P91

« Si tout le long de ces dernières années, les profits des grandes entreprises et les plus-values purement Financières, ainsi que les plus hautes rémunérations, ont augmenté fabuleusement plus vite que la moyenne des salaires (et surtout, compte tenu du chômage, que la masse salariale), cela signifie clairement qu’une redistribution s’est faite, mais à l’envers, au profit du haut et au détriment du bas. Ira-t-on, comme Patrick Artus de Natixis, jusqu’à calculer que « chaque année les entreprises ont pris l’équivalent de 10 % du PIB dans la poche de leurs salariés, en plus de ce qu’elles avaient récolté les années précédentes » ? » p92

« Ce qu’il faut bien comprendre, fût-ce paradoxal, c’est que la logique néolibérale n’a tenu, n’a fonctionné en France que grâce au rôle de plus en plus considérable, de plus en plus pesant, de plus en plus interventionniste, de plus en plus contraignant de l’état en tant que réparateur social. D’où, à mesure que ces dépenses enflaient, une tendance à devenir plus préventif, et donc plus inquisitorial. De même que le néosocialisme devint antisocialiste, de même le néolibéralisme devenait antilibéral.
Sans cette socialisation perverse, passive, onéreuse, la société (et l’économie) aurait-elle pu supporter 5 millions de chômeurs et des millions de précaires ? N’étions-nous pas entrés dans une logique où deux points de bénéfice en plus impliquaient ou cachaient deux points de dépense sociale en plus et deux points de dette supplémentaire pour financer ces dépenses ? L' »assistanat », comme ils disent, devint le seul facteur de rééquilibre. D’autant que les investissements des grandes entreprises, stables sur dix ans, n’ont absolument pas suivi la progression des taux de profit ou, dit autrement, que ce sont les marchés financiers spéculatifs qui ont dévoré une grande partie de ce qui aurait dû alimenter l’investissement, l’innovation et la recherche. Chiffre éloquent : selon un rapport de l’INSEE qui date de 2009, en quinze ans, les dividendes versés aux actionnaires seraient passés de 40 milliards à 196 milliards, soit cinq fois plus. La solution consiste-t-elle, comme semble le penser un pouvoir sans projet transformateur, engagé qu’il est dans une entreprise de sauvetage et de perpétuation du modèle existant (ce dont ses bénéficiaires devraient logiquement le remercier), à rafistoler et à repeindre la façade ? » p93

« En résumé, la logique néolibérale n’échappa à l’explosion que par l' »assistanat » généralisé qui valait réparation de ses dégâts. La conséquence en fut l’explosion des dépenses sociales, donc le creusement des déficits, donc l’endettement. D’où le recours à une austérité qui se retourne contre la logique néolibérale. » P95

7. En finir avec les modèles. p97

« Faute de nous inviter à cette enthousiasmante épopée collective que constituerait le combat pour la refondation d’un nouveau modèle de développement, que nous propose notre minorité gouvernante ? De ressusciter des recettes qui firent naguère leurs preuves, mais sont devenues tout à fait obsolètes.
D’où cette grande nouvelle, qui enchanta début 2013, toutes les chapelles de notre cléricature d’establishment : la France avait enfin pris le grand tournant social-démocrate ! Donc, le summum de la « modernité » serait représenté par une idéologie du XIX° siècle qui, au prix d’une succession de renoncements, s’est imposée au milieu du XX° siècle et a fort déplorablement commencé le XXI°
Sans doute, de tous les héritages dont s’est nourri et se nourrit encore notre monde contemporain, celui que nous a légué la social-démocratie est-il – et de loin – celui qui a mis le plus de progrès de civilisation à son actif et le moins de sang à son passif. » P98

JFK site « le monarchisme éclairé » et « l’orléanisme » qui furent progressistes avant de dériver. Il place la sociale démocratie devant son devoir d’autoanalyse :

« Esquissons un rapide bilan. Et cela après cinq ans d’une crise majeure du néocapitalisme qui aurait dû booster tout ce qui représentait une alternative – néocapitalisme auquel, il est vrai, la social-démocratie, dans le sillage de Tony Blair, avait fini par s’identifier.
Résumons donc : quasi-disparition de la social-démocratie grecque écrasée sous le poids de ses mensonges et de ses démissions; recul historique de la social-démocratie finlandaise déshabillée par un parti national xénophobe ; écrasement de la social-démocratie espagnole dont nos socialistes hexagonaux se firent longtemps un talisman ; affaissement de la social-démocratie portugaise plombée par une double dégringolade; échec sévère de la social-démocratie australienne ; marginalisation de la social-démocratie hongroise, hier au pouvoir, et qui ne parvient même pas à s’imposer en alternative à un gouvernement ultraréactionnaire ; quasi-disparition de la social-démocratie polonaise après son passage aux affaires; échec de la social-démocratie tchèque qui semblait faire corps avec ce pays et qui vient de tomber à 16 % (c’est une autre gauche qui a raflé la mise) ; nouvelle défaite de la social-démocratie suédoise qui fut un temps hégémonique ; spectaculaire affaiblissement de la social-démocratie allemande rabotée par les Verts et l’extrême gauche ; quasi-effacement de la social-démocratie japonaise qui a entraîné tout le centre gauche dans sa chute vertigineuse; décrépitude de la social-démocratie israélienne qui laisse le terrain libre devant Netanyahou et l’extrême droite; déliquescence de la social-démocratie vénézuélienne sur les ruines de laquelle Châvez avait construit son avènement (c’est d’ailleurs elle, pas Châvez, qui fit tirer sur le peuple) ; faillite de la social-démocratie péruvienne, longtemps dominante, et qui a laissé place à un néonationalisme populiste; fiasco de la social-démocratie chilienne qui, même en alliance avec les centristes, a dû s’effacer devant des conservateurs néopinochistes tant sa politique sociale lui avait aliéné son électorat traditionnel; en ltalie, confrontée à une droite déshonorée et dirigée par un fou pervers, la social-démocratie est tout juste parvenue à atteindre le quart des suffrages et s’est fait déshabiller par un clown contestataire.
C’est contre le candidat social-démocrate brésilien que Lula a été élu et que lui a succédé Dilma Rousseff. C’est contre la social-démocratie argentine, chassée par un peuple en colère, que Cristina
Kirchner et les péronistes l’ont emporté.
Pourquoi la social-démocratie n’a-t-elle pas réussi à s’implanter en Russie ? Pourquoi s’est-elle évaporée en Géorgie ou en Arménie où elle fut, naguère, solidement implantée ? Pourquoi, dans les pays musulmans, a-t-elle été balayée par, l’option islamiste, sans nourrir pour autant la résistance laïque ? Pourquoi est-elle en train de s’évaporer au Maroc qui fut son principal point d’appui dans le monde arabe ? Comment et pourquoi, en Autriche, aux Pays-Bas, en Serbie, et même au Danemark, un ethnico-populisme a-t-il pu si facilement lui disputer l’électorat populaire ? Pourquoi est-elle absente du Sud-Est asiatique et n’inspire-t-elle aucune des oppositions chinoises ? Comment a-t-elle pu, ultime avatar, accueillir en son sein, après Walid Joumblatt, l’Ivoirien Gbagbo, le Tunisien Ben Ali et l’Egiptien Moubarak ? Pourquoi est-ce au Chili, sous son règne, que les inégalités se sont le pluscreusées, alors que c’est au Venezuela, sous Châvez, qu’elles ont été le plus réduites ?
Tournant social-démocrate ? Finissons-en avec ces fariboles paresseuses. II n’y a pas de vieux modèle à imiter ou à ressusciter, qu’il soit archéo-libéral, archéo-socialiste ou archéo-social-démocrate, mais des nouveaux modèles à penser et à construire. Le seul tournant qui vaille est celui qui ouvre des perspectives nouvelles, pas celui qui consiste à réchauffer de vieilles mixtures dans de vieux pots. Tout est à réaliser, rien n’est à rabâcher.

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Penser, initier, construire un nouveau modèle : qu’est-ce à dire ? Non pas sortir un immaculé lapin d’un chapeau ; transformer la citrouille du vieux monde en carrosse d’une société parfaite. Il n’y a pas de société parfaite. Il n’y a pas de fin de l’Histoire. Tout est processus. Mouvement vers. Or, ce que, au mieux, on nous propose – je dis bien « au mieux » (car on n’en est pas là !) -, c’est la sage et juste gestion d’un état de fait. Alors que, ce à quoi il conviendrait de tendre, c’est à la construction d’une nouvelle entreprise à partir d’un état de fait. » P101

« L’évolution n’implique jamais la rupture ». JFK ne « répudie aucun héritage » qu’il soit social démocrate, communiste, libéral, chrétien social, socialiste ou autres.

«  »Aller vers » un nouveau modèle, répétons-le, signifie, dans tous les domaines, de l’urbanisme à l’activité industrielle, du commerce aux institutions, de la finance à la technologie, rebâtir; remodeler, recomposer l’édifice autour de la centralité de l’humain. Et cela en utilisant tous les moteurs déjà disponibles et toutes les innovations architecturales déjà expérimentées. » P 104

Résumé : On a souvent commis l’erreur de vouloir adopter un modèle venu d’ailleurs (modèle américain en URSS par B Elstine, modèle soviétique, modèle Allemand, …) sans comprendre qu’un modèle ne peut venir que de notre propre volonté de changement. Sans comprendre qu’un modèle est le reflet d’une situation ponctuel, non une finalité, qu’il est transitoire, inscrit dans un mouvement. A plusieurs reprises nous nous sommes émancipés de régimes totalitaires et féodaux vers des régimes universellement reconnus comme des « progrès de civilisation »

« On ne voit pas pourquoi, après nous être livrés corps et âme à un système qui a centralisé l’argent – l’argent également au centre de tout, au-dessus de tout, résumant tout -, on ne parviendrait pas à s’en extirper également pour passer, de nouveau, à un niveau supérieur de civilisation. » P107

8. Replacer l’humain au centre, rien de plus concret p108

« Centraliser l’humain, cela signifie d’abord – on ne saurait être plus concret – évaluer toute initiative et opération de nature économique ou financière en fonction.de leur nature et de leur finalité favorables ou défavorables à la réalisation individuelle et collective des acteurs de ces opérations et des clients de ces initiatives. Investir pour entreprendre et non spécule pour amasser. Financer ce dont on peut valoriser, dans l’intérêt de la communauté, le produit, plutôt que valoriser, dans son seul intérêt, des produits purement financiers. Ce n’est pas concret ? » p110

« Une petite incidence concrète.
Les patrons du CAC 40 qui ont gagné chacun, en moyenne, 4,2 millions d’euros en 2011 ont vu leurs revenus augmenter de 4 %, malgré une baisse des bénéfices des sociétés concernées, alors que le pouvoir d’achat moyen de la plupart des Français a eu tendance à stagner. 4%, cela équivaut à un gain de 160 000 euros (en un an), soit quelque 14 000 euros par mois. Donc, le seul chouïa de rab touché par ces veinards, en temps de crise, représente environ 6 fois plus que ce que gagne la majorité des Français.
Si 14 grands patrons ont gagné, tout compris, 240 fois le smic, Carlos Ghosr, le patron de Renault et de Nissan a amassé, lui, en un an, également tout compris, 660 fois plus que le salaire minimum. Près de 4 fois plus que ce que gagne le patron de Toyota. Pour toucher autant, un salarié ordinaire aurait dû commencer à travailler sous le règne de Charles VI. Au début de la guerre de Cent Ans. Et, pour égaler le pactole engrangé par Maurice Iévy, le patron de Publicis, il aurait fallu que le même salarié commence à trimer sous les Mérovingiens. Si le revenu annuel de Cados Ghosn s’élève à 660 fois le smic, cela signifie que cette somme aurait permis de payer, pendant un an, 660 smicards. Disons 350 en tenant compte des charges. Calcul absurde, évidemment car il faut bien que M. Ghosn vive et se fasse rémunérer ses immenses talents. Mais imaginons qu’il se contente de 5 millions d’euros, ce qui lui permettrait encore d’acheter quatre superbes villas chaque année et d’y organiser des dîners au cours desquels on servirait le caviar à la louche. Il resterait alors, de quoi rémunérer 330 smicards ou, disons, charges comprises, quelques 180 salariés bénéficiant d’un salaire médian M. Ghosn ne consommera pas beaucoup plus qu’il ne le fait. il y a des limites même à l’offre de diamants à son épouse. En revanche, les 180 salariés qui, au chômage coûtent à la collectivité qui les « assiste » deviendraient des consommateurs, contribueraient à vitaminer le commerce et, au lieu de toucher des minima sociaux, paieraient des impôts et des charges. Autrement dit- et c’est très concret -, Ie problème n’est même pas que de trop mirifiques revenus soient socialement et moralement choquants, mais qu’ils constituent des aberrations économiques dont les entreprises elles-mêmes sont les victimes. Peut-on être plus concret ?
Notons que, dans un sondage, 49% des Suisses contre 38% se déclaraient favorables à ce que les écarts de rémunérations ne dépassent pas un rapport de un à douze… Ils sont fous ! » p112

« L’alternative [à la centralité de l’argent], c’est l’argent à sa plaie, qui incite et propulse; l’état à sa place, qui corrige et impulse; mais c’est, surtout, la valorisation multiforme du facteur humain que la conscience publique impose à l’argent et à l’état. Comment, à cet égard, peut-on, obsessionnellement, ressasser la nécessité « d’abaisser le coût du travail », comme si le travail n’était pas une richesse avant d’être un coût, une valeur avant d’être un poids ou un handicap ? Folie que d’avoir ciblé les baisses de charges sur les bas salaires alors qu’il aurait fallu, au contraire, en faire un instrument de revalorisation du travail, donc du travailleur, par le salaire. » P115

« Des convergences pour provoquer un sursaut, un saut ? Hélas, on a préféré le repli partisan qui verrouille, le cadenas plutôt que le tremplin, l’enfermement plutôt que la sortie. Ne pas faire, mais « entre soi », plutôt que faire « avec ».
Quelques relevés de constats auraient pourtant pu faire quasiment consensus.
* Non, la décroissance n’est pas la solution comme le prouvent les effets sociaux des récessions.
* Oui, il nous faut retrouver une dynamique de ; forte croissance… Mais cette croissance-là devra se développer sur une tout autre base et être assise sur une autre rationalité que celles qui se sont fracassées contre le mur de leurs propres contradictions en 1929, comme en 2008, pour pratiquement les mêmes raisons.
* Cette nouvelle croissance ne suffira pas par elle-même, gains de productivité aidant (et aussi persistance des flux migratoires), à restaurer le plein emploi. Il convient donc d’imaginer toutes les formes permettant d’aligner des offres sur des besoins (sociaux, psychologiques, culturels, éducatifs, de perfectionnement ou d’accompagnement, de protection ou de service) insatisfaits : cette activité de pure main-d’oeuvre dût-elle moins doper Ia croissance que l’accompagner et, humainement, l’enrichir. Imaginer et développer un tiers secteur en quelque sorte.
* Si on ne touche pas au système, même des dépenses publiques massives destinées à booster l’activité économique ne suffiront pas à doper fortement une croissance pourvoyeuse d’emplois. Pourquoi ? Parce que l’essentiel des richesses nouvelles se dirigeront vers les marchés financiers à effet de levier. C’est précisément ce qui s’est passé après la crise de 2008 et en 2011, quand les sommes considérables, et même faramineuses, jetées sur les marchés par les Etats pour sauver Ie secteur privé, loin de relancer fortement l’activité – qui aurait dû exploser -, ont favorisé Ie gonflement de toutes les bulles spéculatives. Pour s’en sortir, il faudra donc – je souligne – rendre toute activité radicalement moins intéressante – à tout point vue – que l’activité productive ou dispensatrice services. En d’autres termes : défavoriser l’argent qui s’autoengraisse au profit de celui qui enfante

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Comment s’en sortir ?
Certainement pas en interdisant, de facto, à des français de plus en plus nombreux, qu’on les rejette dans le chômage ou la précarité, le désespoir ou le dégoût, le repli désabusé sur soi ou la rage destructrice, de participer activement au développement de leur propre pays. » P118

9. Les méfaits du binarisme p119

Résumé : Binarisme ou l’attitude qui consiste à avoir un avis binaire (Vrai faux). Très répendue dans le monde politique, cette attitude amène à camper sur des positions de refus sans négociation possible. Des attitudes incohérentes, quand un camp choisit une position, l’autre camp choisit systématiquement la position opposée. Pour pouvoir s’opposer on n’hésite pas à se contredire.

« L’incessante et quasi automatique déclinaison d’oppositions binaires qui ne fonctionnent que dans des cerveaux déstructurés – je veux dire : en mal de structuration -, mais jamais dans la réalité. Comme si un système institutionnel binaire générait non seulement une confrontation politique binaire, mais également un mode de penser binaire. Foin des envolées polyphoniques qui se déploient sous les voûtes des cathédrales. Tonalité contre tonalité et chacun dans sa chapelle. Les nefs, elles, restent vides. Donc, finis les banquets républicains d’antan. Ça ne sera pas fromage et dessert, mais fromage ou dessert. Austérité ou relance. Liberté ou sécurité. Recroquevillement ou émigration libre. Egalité ou efficacité. Compétitivité ou pouvoir d’achat. C’est-à-dire, en fin de compte, sécheresse ou inondation, glaciation ou canicule. Caricatural ? Nullement. Par exemple : faut-il donner la priorité à une politique de croissance ou privilégier la réduction des déficits publics et l’allègement du poids de la dette ? Comme si cette contradiction était indépassable : le choix de la relance impliquant nécessairement l’acceptation d’une faillite financière et le choix de la réduction des déficits, la fatalité d’une récession généralisée pourvoyeuse d’un chômage aggravé. Navrant. Et absurde ! Pour une raison simple, qui n’exige même pas, pour la comprendre, qu’on ait fait des études : une récession, impliquant un alourdissement des coûts sociaux par suite de la montée du chômage et des moindres recettes fiscales, débouche mécaniquement sur un creusement des déficits et un gonflement de la dette. Mais une aggravation des déficits et un alourdissement de la dette renchérissent considérablement le coût de nos emprunts dont les seules charges plombent inéluctablement la croissance… qu’on cherchait à relancer.
Il n’y a donc pas, en période de crise économico-financière, d’alternative entre ceci et cela : rigueur ou relance; réduction des dépenses ou dopage de la croissance. Il y a, en fait, complémentarité : c’est parce qu’il devient nécessaire de relancer fortement la croissance qu’il convient d’accentuer la rigueur. » P123

10. Réduire les dépenses. P131

Résumé : Il faut, bien sûr, réduire les dépenses pour arriver à réduire la dette de l’état. Certaines dettes sont salutaires et favorise un investissement générateur de développement dont les effets positifs se répartissent sur la consommation et l’emploi. Un autre endettement, systématique, excessif, ne génère que de la spéculation financière, et entraine le pays à la faillite.

« Bien sûr que l’Etat doit réduire ses actuelles dépenses et même drastiquement certaines d’entre elles. Il n’y a que chez les amis de Besancenot que l’on peut faire semblant de croire qu’avec une Carte bleue il est possible de retirer indéfiniment de l’argent du distributeur, même si on a un compte lourdement dans le rouge. » P131

« D’autant que l’intégration dans l’Europe, et tout particulièrement dans la zone euro, ne permet plus de dissoudre le déficit dans l’inflation (c’est justement ce que permirent les assignats), ni d’en alléger le poids grâce à la dévaluation de la monnaie.
Ce [l’augmentation de la dette] qui condamne tout pouvoir politique à consacrer une fraction de plus en plus considérable du revenu national, non à l’intérêt collectif des populations, mais au remboursement des intérêts d’emprunt.
« Aucune importance », feint de trancher un Jean-Luc Mélenchon autiste pour qui s’atteler au dégonflement de cette dette relèverait d’une politique purement « comptable », donc « droitière ». » P132

« Le véritable dilemme est ailleurs, il porte sur les, véritables responsables du creusement des déficits : l’état par masochisme ou ceux qui se défaussent sur lui ?
Est-ce l’assistanat, sous toutes ses formes, qui met à mal les finances publiques, ou la collectivité nationale tout entière qui paie, au prix fort, une propension de plus en plus lourde à conforter une logique néolibérale destructrice en lui sauvant la mise par l’assistanat ? Réponse évidente : quand une grande entreprise obtient de faire financer par l’état, donc par les contribuables, une politique systématique de mise en préretraite, est-ce l’Etat qui est dépensier ou l’entreprise qui fait des économies sur son dos ? Chaque plan de « préservation de l’emploi », c’est-à-dire de licenciements collectifs, coûte à terme à l’état : il lui coûte même doublement, en moindres recettes fiscales et en supplément de dépenses sociales dès lors que le niveau du chômage ne cesse de faire des bonds. Mais il permet éventuellement à l’entreprise de reconstituer ses marges. Il s’agit donc bien d’une transformation de déficits privés en dépenses publiques, donc de prises en charge de pertes d’entreprises par les contribuables. » P134.

« Il faut pousser bien loin le déni pour s’interdire d’admettre que Ie néolibéralisme, marqué par la montée des sous-emplois jetables, a eu pour conséquence l’explosion des dépenses sociales correctrices ou réparatrices et, donc, le creusement des déficits. En France, Ia dépense publique représentait 52% du PIB en 2007, elle a grimpé à 57 % à l’issue de cinq ans de sarkozysme (contre 52% en Suède). Moins l’Etat détermine ou oriente, plus l’Etat répare et soigne. Ce n’est pas en soi l' »assistanat », sous toutes ses formes, qui fait exploser les dépenses sociales, c’est le chômage, la précarisation, l’exclusion et le creusement des inégalités qui exacerbent le recours à l’assistanat. » P135

« Quand l’extrême gauche préconise toujours plus d’impôts frappant les classes moyennes, se rend-elle compte que cette pression sur la consommation plus porteuse saperait – et sape – les conditions de la croissance au détriment de l’emploi ? Mais, les pontes du Medef exigent toujours plus de baisse de charges, sont-ils conscients que cela revient, pour compenser, à justifier toujours plus d’impôts frappant-les classes moyennes ? » p138

Mme Parisot a raison de souligner que toute détérioration des finances publiques, en nécessitant le recours à toujours plus de taxation et d’impôts, pèse sur les marges des entreprises (ainsi que sur la consommation) et entrave la croissance économique. Mais elle s’aveugle en refusant de voir que les choix faits par certaines entreprises pour rétablir leurs marges – délocalisation, financiarisation, minimisation fiscale et dégraissage – ont tout autant, sinon plus, d’incidences directes sur les dépenses
publiques, ce qui concourt à l’alourdissement de la pression fiscale. » P140

Je crains quand même que la Parisot, dans sa tête, voit d’un bon œil que les ressources de l’état soient transférées aux entreprises ainsi que son rôle de percepteur de l’impôt (voir actuellement le coup fourré de l’écotaxe) de telle façon que ce soit les entreprises qui gèrent le social. On imagine les ravages.

11. Qu’est-on prêt à sacrifier à la patrie ? p143

Résumé : Tour d’horizon des attitudes non « patriotiques ». Serges Dassault, A Zacharias, (avec une mention spéciale pour la stupidité d’A Minc). Les parachutes dorés, les retraites chapeau, les bonus … Les préfectures inutiles, les agences, missions et autres associations sans activité mais largement financées. Déploiements policiers surdimensionnés, plans banlieue inadaptés et non appliqués… « On imagine ce que serait le rapport d’une cour des comptes du privé d’en haut », la dilapidation des fonds privés est tout à fait assimilable à celle des fonds publiques et aussi grave de conséquences sociales. Entre la délinquance fiscale et financière et la gabegie publique,

« La seule différence, c’est que, dans un cas, celui de la délinquance fiscale et financière, les sommes en question sont himalayesques comparées aux vosgiennes gabegies publiques et, surtout, que de l’argent qui fuit et se cache, le pays ne reçoit pas la moindre goutte alors que les sommes gaspillées, évaporées ou même malhonnêtement distillées finissent par retomber sous forme de pluie dans les recoins de notre territoire. L’autre différence, c’est que, des petits magouilleurs sur fonds d’Etat, on ne fait pas des héros. » P148

12. Relancer la machine, toutes les machines p151

« Il y a en fait trois raisons qui nous font obligation de nous attaquer résolument à l’inflation des dépenses publiques. Nous venons de développer la première (faire rentrer en France les fonds de la délinquance financière et fiscale). La deuxième relève du plus élémentaire sens national. L’obésité de notre dette est d’autant plus monstrueuse que – contrairement à celle du Japon, par exemple, pourtant plus énorme encore – elle dépend, non de l’épargne nationale, mais à près de 70% des créanciers extérieurs qui ont souscrit à nos emprunts. Ce qui signifie qu’il n’y a plus d’autre politique économique possible – ou, plus exactement, possible sans provoquer un ouragan dévastateur – que celle qui satisfait, rassure ou calme les marchés financiers, c’est-à-dire nos créanciers (effectifs ou potentiels), et cela tant que, nos déficits budgétaires persistant, il y a obligation à emprunter encore et encore. Contradiction quasi schizophrénique : la gauche radicale exige que la France s’arrache à la pression des marchés financiers de façon à pouvoir résister à leurs diktats – et elle a raison -, mais elle rejette le seul moyen qui permettrait d’y parvenir : à savoir se mettre en situation de ne plus dépendre de nos prêteurs… c’est-à-dire des marchés financiers. » P152

Le moyen de se libérer de la finance serait de lever un emprunt pour rembourser les dettes vis-à-vis de l’étranger. La troisième raison qui incite à réduire les dépenses publiques est que sans indépendance vis-à-vis de la finance l’état ne peut pas jouer « son rôle d’arbitre, impulseur, propulseur, sauveur; »

« Oui, il convient de relancer, de rebooster la machine toutes les machines pour – priorité absolue ! – refouler le chômage, casser sa dynamique d’autoréalisation, l’isoler, et, dans le sillage de cette victoire, éradiquer ces forces supplétives que constituent ta précarité, la misère, la relégation, la désespérance. » P156

« Ce sont quelque 100 milliards d’euros qu’il faudrait très rapidement enfourner dans la chaudière : c’est-à-dire dans un coup de boule au pouvoir d’achat, dans le réveil de tout ce qui est paralysé, dans la résurrection de tout ce qui meurt, dans l’innovation qui démultiplie et dans Ia recherche qui la prépare, dans la réfection des infrastructures qui conditionnent les investissements, dans une réindustrialisation sans laquelle s’élargira encore l’abyssal gouffre de notre balance commerciale. Ce qui signifie que, compte tenu de la nécessité de se libérer du poids de la dette, ce sont plus de 160 milliards qu’il faudrait arracher, telles des plaques de roches gelées, à l’Himalaya des dépenses néolithiques. » P157

13. En finir avec les faux dilemmes p 161

Le public n’est pas forcement opposable au privé.
« Pourquoi l’Etat serait-il sommé de se ruiner en réparant, alors qu’on lui interdirait de se renflouer en créant ? Pourquoi son rôle devrait-il se limiter à gérer, à ses frais, c’est-à-dire aux nôtres, les dégâts du néocapitalisme, sans qu’on lui permette de contribuer à une régénération productive (et morale) du capitalisme ? Pourquoi devrait-il accumuler, au détriment de l’intérêt public, les moins-values destinées à favoriser et à optimiser, au profit des intérêts privés, des accumulations de plus-values ? Pourquoi, au contraire, pour dépenser moins en amont, ne s’associerait-il pas, ponctuellement, à la récolte des profits en aval ? Pourquoi tous les coûts de réfection lui seraient-ils réservés, mais jamais les, dividendes si ce n’est sous forme d’impôts, ce qui a ses limites ? D’autant que les coûts d’entretien dépassent largement les recettes fiscales et que cela s’appelle précisément un déficit ! A quoi correspondent les déficits des comptes sociaux si ce n’est aux coûts des interventions sociales permettant aux entreprises, sur fonds d’Etat, de « dégraisser » pour maintenir leur « ligne » ? Plus elles sont sveltes, plus la dette grossit.
Nouvelle débilité du binarisme : qui ne comprend qu’opposer dogmatiquement le public au privé. » p163

« Alors les limites sont peu à peu franchies [par le système fiscal]. Il ne S’agit plus seulement de corriger des inégalités indécentes par le rabotage des plus grosses rémunérations et fortunes, mais (puisque les moins bien lotis sont épargnés – près de 50% de la population – et puisque les plus riches ont les moyens d’organiser leur fuite ou dissimulation) de pressurer les classes moyennes.
Alors que le socialisme impose à chacun de gagner peu, le « social-démocratisme » permet de gagner ce qu’on peut ou ce qu’on veut, à condition que l’Etat, qui dépense de plus en plus, puisse reprendre de quoi se financer, donc également de plus en plus. Autrement dit, on ratiboise à la sortie ce qui est permis à l’entrée. Frustration assurée. Car l’impôt s’ajoute aux taxes et aux charges. » P167

« D’où une interrogation : ne vaudrait-il pas mieux imposer raisonnablement mais effectivement, sans aucune échappatoire possible, que de multiplier les surimpositions compensatrices tout en laissant les gros poissons sortir du filet ou s’arranger pour ne pas y entrer ?  » p168

Il aurait fallu aller vers l’impôt direct, progressif et unique. Le fait que les impôts indirects sont moins injustes que les impôts directs relève d’un préjugé de gauche devenu obsolète. On peu taxer plus fortement les produits dont le prix n’est pas dissuasif et moins fortement les produits qui vont ainsi se vendre davantage.

14. Ni ceci ni cela : pour un dépassement synthétique p172

Pour réduire le déficit public il y a deux modes d’action : Augmenter les impôts ou baisser les dépenses. Les impôts ont atteints un niveau record qui ne permet pas de les augmenter encore sans prendre de gros risques. Reste la diminution des dépenses qui est la question centrale. Il faut que cette diminution permette de rembourser la dette et de faire des investissements productifs. JFK propose de rediriger l’argent des gaspillages vers des investissements productifs.
« Droite pathétique que celle qui scande la nécessité de s’attaquer à la hache aux dépenses publiques, tout en hurlant aussitôt qu’on évoque la souhaitable réduction de dépenses dont sa clientèle se partage les retombées; qui, sur l’air des lampions, exige des réformes, mais stigmatise la moindre réforme. » P175

« Conçoit-on le trésor caché que l’on ferait remonter à la surface si, parallèlement à la compression de certaines dépenses publiques et à l’éradication progressive des gâchis bureaucratico-administratifs, on parvenait à recycler, dans l’intérêt de la communauté nationale, tous les pactoles improductifs qui se calfeutrent au seul service de Ia folie cumulative de quelques-uns qui, en outre, sont souvent les pires ? » p176

« Elaborer un système qui contraindrait les plus fortunés à entretenir leur fortune, voire à l’arrondir, en investissant dans l’intérêt de la collectivité dont ils sont membres. Et rendrait radicalement non rentable le choix de la rétraction spéculative, égoïste, égotiste et antinationale. » P177

 » Plus de 80 milliards d’euros camouflés dans des paradis fiscaux sont le produit de vols paralégaux. Or, cela représente plus que ce que le gouvernement Hollande va tondre sur le dos de Français qui, eux, font profiter de leurs économies le Maine-et-Loire ou la Seine-Saint-Denis plutôt que les Caraïbes britanniques. » P178

« Pourquoi ne pas envisager le lancement d’un emprunt purement national (dont Ie produit serait destiné pour une partie à des investissements infrastructurels et à effets de levier, et une autre à un remboursement anticipé de la dette, ce qui permettrait de la renationaliser), emprunt dont la souscription serait obligatoire au delà d’un certain patrimoine, à un taux légèrement inférieur à celui du marché (celui par exemple de la Caisse d’Epargne) et facultative, à taux de rendement légèrement supérieur, pour le reste de la population ? » p178

« En même temps, il conviendrait évidemment de réaliser, enfin, la réforme fiscale devant laquelle on ne cesse de reculer et qui, répétons-le, tendrait à instaurer un impôt direct unique – et donc intégrant les actuels CSG et autres -, ce qui aurait pour effet de le rendre réellement universel puisque tout le monde le paierait. Il exclurait, au nom du retour au principe de 1789, toutes formes de statuts particuliers, exemptions, niches et autres arrangements à la tête du contribuable, frapperait du même taux de progressivité toutes les formes de revenus cumulés, mais avec possibilité de lissage par étalement pour les fortes plus-values réalisées d’un seul coup et un abattement pour les retraités pensionnés à moins de 3 000 euros par mois. Ce qui permettrait, encore une fois, étant donné l’élargissement de l’assiette, de remonter sensiblement les plafonds des tranches dans l’intérêt en particulier des classes moyennes qui s’en trouveraient mécaniquement très sensiblement moins ponctionnées, et de supprimer l’impôt sur la fortune que remplacerait, au-delà de 5 millions d’euros, une remontée de la progressivité de la fiscalité sur les successions (tout en défiscalisant totalement les successions de moins de I million d’euros). Ce qui permettrait de favoriser, par exemple, les transmissions de propriétés agricoles ou de petites entreprises, mais permettrait aussi de freiner la constitution de concentrations oligarchiques. une lutte implacable contre la fraude, l’exil fiscal ou le refuge dans les paradis fiscaux devraient se doubler d’une baisse de La pression fiscale globale (les prélèvements obligatoires atteindront 46,3% en 2013), tout particulièrement des impôts directs qui pèsent sur les classes moyennes : un tel choc provoquerait un regain d’activité qui, dans le climat actuel, générerait plus de recettes que la décélération fiscale ne coûterait. » P180

JFK cite des thèmes ou les réactions sont systématiquement conformes à l’orthodoxie en vigueur. : les centres éducatifs fermés, la sécurisation, l’immigration, contrat de génération, rythmes scolaires, …
L’action politique se heurte à la bipolarité citée plus haut qui empêche de se diriger dans la bonne voie.

« Consternante, on l’a montré, l’opposition entre politique de rigueur et politique de relance. Vous préférez être pauvre ou malade ? Vivre à l’hôpital ou mourir guéri ? La faillite financière ou la faillite sociale ? L’explosion des déficits ou celle des chômeurs ? Une récession gargantuesque ou une dette pantagruéIique ? Ou bien, pour parvenir à l’équilibre des finances publiques, vous provoquez la récession et surdopez le chômage, ou bien, pour soutenir la croissance et stopper la destruction d’emplois, vous creusez les déficits et mettez le pays en panne sèche.
A rendre fou !
Ce qui prouve l’idiotie crasse de ce dilemme, c’est que la plupart des pays qui se l’ont fait imposer, la Grèce, le Portugal, l’Espagne et aujourd’hui la France, finissent par perdre sur les trois tableaux, récession chômage et déficits. » P 186

« Ce binarisme est tellement évidemment mortifère qu’aucun individu responsable n’oserait s’en réclamer si la droite idéologique, confite dans l’orthodoxie néolibérale, si les économistes qui portent sa traîne (certains se réclamant de la social-démocratie) et si la majorité des commentateurs médiatiques infusés par la pensée dominante n’exerçaient une véritable teneur intellectuelle en faveur de la première option [politique de rigueur].
Si les organisations syndicales et professionnelles, relayées politiquement par la gauche de la gauche, ne feignaient, par principe, d’exiger qu’on choisisse la seconde [politique de relance]. » P187

« Relance par l’offre ou par la demande ?
Comment peut-on continuer à s’enfermer dans de telles séquelles dérisoires de bipolarité obsolète sans être disqualifié ? Et comment les économistes d’establishment, qui trustent l’expression médiatique, peuvent-ils, si complaisamment se prêter à cet exercice dérisoire ? Farce ?  » p190

15. Compétitivité et cout du travail p 191

La réponse néolibérale à la question de la compétitivité des entreprises est ramenée par une simplification abusive à la réduction des charges et en définitive à l’une d’entre elles : la réduction du coût du travail.

 » Le comble étant représenté par ces pontes du Medef qui exigent, tel le fils Gattaz, 60 milliards de baisse de charges en ne pouvant ignorer qu’elles seraient automatiquement compensées par des hausses d’impôts ou de taxes. On n’atteint pas seulement ici le comble de l’idiotie, mais aussi celui de l’hytrlocrisie. Car de deux choses l’une : si on ne cesse de baisser les charges tout en prétendant maintenir un certain niveau de protection sociale, cela signifie on l’a dit, que l’Etat, grâce à l’impôt, doit prendre le relais et l’on découvre alors un patronat institutionnel (le Medef précisément) qui préconise l’étatisation et la fiscalisation généralisées. Ou bien on compense les fortes baisses de charges, voire leur suppression comme on le préconise même ici et là, par une baisse concomitante de la protection sociale, et alors (mis à part l’aspect humain) c’est toute l’économie qui s’effondre, au plus grand détriment des entreprises, dans la mesure où les divers versements allocataires qui portent cette protection contribuent très largement à soutenir la consommation et, par voie de conséquence, la production. » P192

« Ia question se pose : ceux qui, volontairement, s’enferment dans la cage bétonnée d’un binarisme qu’arme un manichéisme d’acier croient-ils ce qu’ils disent ? Pensent-ils ce qu’ils récitent ou ont-ils fini par être drogués à cette hallucination-là ? Mélenchon estime-t-il réellement que la dette de Ia France est un pur artifice dont il n’y a pas à tenir compte ? Jean-François Copé est-il réellement inconscient que les recettes qu’il préconise pour surmonter la crise sont celles qui ont toujours provoqué les pires catastrophes ? » p194

« Mettons les points sur les « i » puisqu’une formidable entreprise d’intoxication, relayée par les tenants de la « pensée d’establishment », nous a conduits à choisir, hélas, la mauvaise voie. Il y a au départ, au moins deux évidences. Ia première : la France a vu se creuser le déficit de son commerce extérieur, alors que l’Allemagne parvenait, elle, à arrondir son excédent. Moins 75 milliards d’euros d’un côté, plus 150 milliards de l’autre. L’Allemagne vend de plus en plus. Donc de mieux en mieux Nous vendons de moins en moins. Donc de moins en moins bien Seconde évidence: Ia part des exportations françaises dans le commerce mondial en général (passant de 7,1% à 3,9 %), et européen en particulier (de 13% à 9%), n’a cessé de reculer ces onze dernières armées. On ne saurait imputer cette régression à un taux jugé trop élevé, de l’euro, puisque l’Allemagne dispose de la même monnaie que nous. Donc nous sommes confrontés, à l’évidence, à un problème de compétitivité. Autrement dit nous avons de plus en plus de mal à vendre nos productions sur un marché mondialisé, alors que d’autres restent performants en la matière. Quelle en est la raison ?
Nous connaissons la réponse officielle : le fameux « coût du travail », salaire plus charges. Et cela notons-le, bien que de continuelles réductions de charges sur les bas salaires aient accompagné le déclin de notre productivité. Depuis quinze ans, on a encouragé les emplois à bas salaires, la précarisation s’est généralisée et on a perdu des parts de marché : ça ne nous a pas fait réfléchir ? Savez-vous qu’en matière de coût du travail l’Allemagne n’est qu’au huitième rang en Europe et que ce coût a augmenté de 2,8% en 2012 contre 2,1% en moyenne dans le reste de l’Europe ? » p198

« Au demeurant, nos grands patrons du CAC 40, qui ont pétitionné pour exiger 30 milliards d’allègement de charges, pourraient s’interroger sur leurs propres responsabilités : trop faible représentation des petites et moyennes entreprises dans le panel des sociétés dont l’Etat accompagne la politique exportatrice (quand le président de la République voyage, il n’emmène dans son avion que des patrons du CAC 40); insuffisance des investissements dars la recherche et l’innovation; tendance à s’accrocher trop longtemps à des productions obsolètes au lieu de préparer à temps les mutations nécessaires; priorité donnée, par beaucoup, aux opérations financières au détriment du développement de la production; restriction des investissements au profit des dividendes; manque trop souvent de fiabilité et de solidité des produits. A quoi on ajoutera des faiblesses dans le service après-vente et la légèreté de l’implantation dans les pays émergents (un petit tour et puis s’en vont !). p200

« Rappelons quelques vérités dérangeantes :
* Si le coût du travail résumait la question de la productivité, la Grèce et Chypre devraient nous tailler des croupières, l’Irlande devrait flamber de mille feux. L’Espagne, où une heure de travail coûte 22 euros en moyenne contre 33 euros en France, devrait connaître une situation économique mirifique; et la Bulgarie avec 4 euros le coût d’une heure de travail devrait être le leader européen ! A l’inverse, le Luxembourg et Ia Suisse devraient vivre les affres d’une totale déliquescence, comme la Suède et le Danemark où le coût du travail est le plus élevé d’Europe : sont-ce les pays où cela va le plus mal ? Quant au Bangladesh, pays où le coût du travail est minimum, on se demande pourquoi il ne casse pas la baraque.
* Outre que dans certains secteurs industriels de pointe, y compris l’automobile, le coût du travail en Allemagne et en France est en gros comparable (en Allemagne le travail dans l’industrie manufacturière coûte 36,24 euros de l’heure contre 36,84 euros en France), le coût d’un ingénieur ou d’un technicien haut de gamme est plus élevé en Allemagne et même aux Etats-Unis qu’en France. Cela, apparemment, n’a pas handicapé les exportations allemandes. Sans compter que les voitures haut de gamme allemandes, championnes à l’exportation, sont plus chères que les voitures françaises; de même que les machines-outils fabriquées outre-Rhin, malgré leurs prix records, dominent le marché
* Depuis dix ans, les grandes entreprises françaises ont considérablement diminué leurs effectifs, donc leur masse salariale, donc leur coût du travail. Or, pendant le même laps de temps, la compétitivité s’est dégradée. » P202

« Le « binarisme » est le cancer de ce pays et de ce temps. Le trompe-l’oeil derrière lequel se dissimulent les deux mâchoires de l’idéologie dominante. L’assurance tous risques des conservatismes rivaux. S’en libérer, en briser le carcan, c’est cela seul, aujourd’hui, qui serait révolutionnaire. Mais, sans cette révolution, sans cette émancipation-,li qui passe par une transgression des clivages institutionnalisés, sans des confluences qui permettront aux flots d’emporter les digues, on ne parviendra pas à s’en sortir. » P204

16. Changer radicalement notre système institutionnel p205

Le parlement n’est plus représentatif des français. Au parlement il n’y a plus d’orateurs ni de grandes personnalités.

« Comment admettre plus clairement que ce qui devrait constituer la caisse de résonance des différentes sensibilités du pays résonne creux ? Une Assemblée nationale sans Mélenchon, sans Marine Le Pen, sans Ségolène Royal, sans Juppé, sans François Bayrrou, sans Martine Aubry sans Chevènement (qui est sénateur), sans ce Peltier qui est censé représenter la tendance numéro un de l’UMP, c’est comme un restaurant périgourdin qui ne servirait ni confit, ni foie gras, ni cassoulet, ni omelette aux truffes, ni cèpes. On s’était habitué, hélas, à ce que les scientifiques, les écrivains, les philosophes, les artistes, les créateurs, les chefs d’entreprise, les syndicalistes ouvriers – les ouvriers en général d’ailleurs – ne figurassent point au Parlement. Or, voilà que les représentants les plus emblématiques des grands courants politiques et idéologiques qui traversent le pays n’y figurent plus non plus. » P206

« Christian Jacob, principal orateur de la droite, dans le même rôle, en quelque sorte, que Jaurès, Clemenceau ou Barrès, c’est comme si un souffleur de mirliton était nommé soliste de l’Orchestre national de France. » P207

« La représentativité d’une telle assemblée ? Quelques chiffres en font litière. Les électeurs âgés de 20 à 30 ans représentent 12% de la population française, mais les moins de 30 ans ne sont que 0,4% à l’Assemblée. 68% des députés ont plus de 50 ans, alors que cette classe d’âge ne représente que 36% de la population. 22% d’ouvriers en France, 0,4% à l’Assemblée. 30% d’employés, mais 2,2% seulement à l’Assemblée. En revanche, 80% des députés cadres supérieurs contre 18% dans la population. Douze députés seulement représentant des minorités visibles. 26,5% de femmes, contre 51,6% dans le pays. Reflet inverse – ou presque. » P208

« Qu’appelle-t-on une démocratie parlementaire ? Un système politique qui permet, grâce à des élections libres, à diverses sensibilités politico-idéologiques qui cohabitent dans le même pays de concourir, dès lors qu’elles sont représentatives, à l’élaboration de la loi commune et à relayer au Parlement les grands débats qui mobilisent les citoyens. C’est pourquoi l’existence d’un Soviet suprême ou des Cortes ne faisait pas de l’Union soviétique ou de l’Espagne franquiste des démocraties parlementaires. Mais que penser du système institutionnel d’un pays dans lequel on peut s’assurer une majorité parlementaire absolue – et même obtenir jusqu’à 70% des sièges – avec 28% des suffrages ? Qui permet qu’on soit totalement exclu de l’Assemblée nationale si on a rassemblé 19% ou 10% des suffrages?
Pourquoi avoir stigmatisé le système Poutine qui se caractérise par l’équation :56% des suffrages égalent 85% des sièges, si on admet cette autre équation :28% des suffrages égalent 60% des sièges ? Dans quel pays démocratique un parti qui, à l’occasion de l’élection présidentielle, serait arrivé en deuxième position et aurait disputé la finale pourrait ne disposer d’aucun élu à l’Assemblée nationale ?
On nous dit – ce n’est pas une réflexion, c’est une réaction préenregistrée et quasi automatisée : « La
proportionnelle [fut-ce une dose de proportionnelle], c’est-à-dire la recherche d’un rapport juste entre Ie pays dans sa diversité et sa représentation parlementaire, déboucherait immanquablement sur l’instabilité et l’ingouvernabilité. »
Donc, mieux vaut un Soviet suprême, stable ?
Extraordinaire manifestation de la haine de soi, car pourquoi l’Espagne, le Portugal, la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche, la Pologne, la Slovénie, la Tchéquie (et même l’Allemagne où le scrutin est mixte), pourquoi la quasi-totalité des pays européens, et même des pays démocratiques (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada Chili, etc.), sont-ils dotés de scrutins de type proportionnel sans que leur stabilité gouvernementale en souffre le moins du monde ?
L’affirmation selon laquelle le scrutin majoritaire à deux tours (qui n’existe pratiquement nulle part ailleurs en Europe) serait, en France et en France seule, la condition sine qua non d’un gouvernement stable revient à se faire de son propre pays une image absolument épouvantable. » P210

« Pourquoi a-t-on institué ce baroque scrutin majoritaire à deux tours ? A l’origine, pour empêcher la gauche, profondément divisée, de parvenir au pouvoir. Or, cela eut l’effet exactement contraire. » P210

« Réfléchissons : puisque nous sommes quasiment les seuls à relever, depuis des décennies, de ce système institutionnel, le « binarisme » du scrutin étant renforcé par l’élection au suffrage universel d’un président de la République doté de l’essentiel des pouvoirs (tant qu’il dispose d’une majorité absolue à sa botte) et puisqu’il paraît que ce système institutionnel est exemplaire, les processus politico-démocratiques devraient fonctionner infiniment mieux chez nous qu’ailleurs. Nous devrions être un modèle, un phare ! Jamais la légitimité des pouvoirs en place ne devrait être contestée. Les grands débats devraient revêtir une sérénité parfaite. Le respect mutuel devrait permettre la qualité et la densité des échanges.
Est-ce le cas ? Qui oserait le prétendre ? La France est aujourdhui, le seul pays démocratique où les médias ne rendent même plus compte des débats parlementaires tant ils savent que les citoyens s’en désintéressent souverainement. Et le spectacle des travées vides, parceque le scrutin majoritaire, en transformant les députés en assistantes sociales et en hyper-conseillers généraux, encourage l’absentéisme, cette désertion massive, n’est pas fait pour rendre son lustre à une assemblée au sein de laquelle devrait battre le cœur de la nation qui devrait résonner des bruits et des fureurs, des passions et des joies, en quoi le pays reconnaît l’expression de ses colères et de ses espérances.
Or, ce n’est pas le Parlement qui relaie les cris et les attentes de la rue, ce sont les cris de la rue qui se substituent au Parlement. Cette rue qui a, tout à la fois, fait reculer un gouvernement de gauche à propos de l’école libre et un gouvernement de droite au sujet de la révision de la loi Falloux. Dans les deux cas, le Parlement fut hors jeu. C’est la rue, pas le parlement, qui a imposé la censure de la loi Devaquet sur l’école, du projet balladurien du « smic-jeunes », du contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin.
Dans la plupart des cas, il n’y eut même pas de débat parlementaire. » P212

« Deux cas de figure : Sarkozy tombe à 25% d’opinions favorables. Mais qu’importe, puisque 60% des députés lui sont officiellement acquis. Donc, le rejet du bas ne remonte pas en haut, fut-ce même de façon édulcorée. Le Parlement comme une bulle. Aucune espèce d’expression légale pour l’antisarkozysme de droite ou de centre droit. Ce qui rend fatal le score du Front national.
Deuxième cas : Hollande est lâché par les communistes et les mélenchonistes, les écologistes et une fraction de la gauche du ps. Les électeurs lepénistes ou « souverainistes » du premier tour, ainsi que les centristes qui avaient voté pour lui au second, l’ont évidemment lâché. Ce qui représente plus de 20% de l’électorat. L’exécutif est donc très largement minoritaire. Bien en dessous des 30% ! Va-t-il chercher à recomposer une minorité prête à accompagner une expérience réformiste de type social-libéral? Impossible. Le système le permet d’autant moins que les forces qui pourraient, comme partout ailleurs, favoriser cette redéfinition de la majorité pour la rendre adéquate à la politique suivie, soit n’ont plus de représentants au Parlement, soit ne peuvent se libérer du camp auquel elles sont apparentées. Ce qui signifie que le pays est condamné à être géré, pendant près de cinq ans, par un gouvernement minoritaire à l’assise si étroite qu’il ne pourra quasiment plus prendre d’initiative et risquera de chavirer à chaque coup de vent.
Répétons-le : le système institutionnel actuel eût rendu impossible le type de coalition qui permit d’initier, en 1944, ce qu’on appela les Trente Glorieuses, celle grâce à laquelle Pierre Mendès France parvint à nous sortir du bourbier indochinois; ou les convergences qui permirent au général de Gaulle de nous extirper du précipice algérien.
Les institutions de la V° République, taillées spécialement par et pour le général de Gaulle, surmonarchisées par Giscard, Mitterrand et Sarkozy, sont devenues des boulets, qui entravent le développement de notre pays en l’enlisant dans une succession de guerres civiles froides et en creusant le fossé, devenu faille, qui sépare les gouvernants des gouvernés. » P215

JFK parle de rééquilibrer le rapport Président / premier ministre au profit du second. Il parle de la représentativité du sénat, de sa composition d’antiques notables déconnectés. Interdiction stricte du cumul des mandats et de la réélection plus de trois fois successives. Reconnaître le vote blanc comme un vote exprimé. Inscription automatique sur les listes électorales (pas de non inscrits). Décourager l’abstention par une prise en compte d’une note de civisme.

« Cette refonte de notre système institutionnel passe également par une plus forte responsabilisation régionale, une réelle décentralisation des affectations financières qui permettrait à l’Etat de remplir totalement son rôle d’arbitre veillant, avant tout, aux péréquations destinées à corriger les inégalités territoriales dans le respect des principes d’égalité républicaine. Ce qui induit la suppression des préfets, cet héritage de l’Empire, et leur remplacement par un représentant des pouvoirs publics au sein de l’exécutif régional. Elle implique, enfin, que les conseils généraux, cet échelon de trop, comme presque tout le monde en convient, laissent place à des entités purement administratives sous le contrôle des élus du département au sein des conseils régionaux. » P217

« Imaginons demain ce schéma : 10% des citoyens sans droit de vote ; 15% non inscrits sur les listes électorales ; 40% des inscrits s’abstenant, dont une majorité de jeunes et de suburbains ; 3% de votes blancs ou nuls non pris en compte. Nous allons ainsi vers la constitution de majorités représentant quelque 25% des citoyens ou moins, mais trustant plus de 60% des sièges. P218

En 2017, que se passera-t-il ? L’UMP, avec moins de 18% des inscrits et moins de 15% de soutien des citoyens, non-inscrits et non-électeurs compris (le PS ne représentant plus, lui, que 10% des inscrits et 8% des citoyens), peut fort bien obtenir 70% des sièges à l’Assemblée nationale grâce à l’apport massif des électeurs lepénistes dont ils seraient en partie otages. Implosion assurée. Avec des éclats projetés dans tous les sens, la gauche molle essorée ne parvenant même plus à fédérer les mécontentements.
Combien de temps croit-on que les électeurs se contenteront de ne pouvoir s’exprimer que par rejet ? Combien de temps se satisferont-ils de devoir supporter des pseudo-alternances qu’ils n’auront choisies que par défaut ? Il faut absolument leur ouvrir le champ des choix possibles, ou alors ils finiront par casser la baraque. » P219

« Pourquoi les Français devraient-ils être sommés, une fois pour toutes, de s’abandonner à des formations politiques dont les échecs ont rythmé le déroulement d’une époque révolue; dont, en outre,
Ies logiciels sont, à l’évidence, de moins en moins adaptés à un monde qui n’est plus celui qui les a vus naître, prospérer et se consumer ? Notre pays aurait-il avancé s’il était resté scotché aux clivages opposant les Armagnacs aux Bourguignons, les légitimistes aux orléanistes, les cléricaux aux anticléricaux, les monarchistes éclairés aux monarchistes absolutistes, les royalistes aux républicains; si un corset de fer institutionnel avait empêché que des forces nouvelles n’émergent, qui toutes initièrent, accompagnèrent, accélérèrent un processus d’émancipation économique, démocratique et social ? p220

La France ne s’en sortira pas si elle ne réinvente pas son modèle de démocratie républicaine.
Une défaite militaire préluda à l’instauration de la III° République. Une insurrection armée permit l’avènement de la IV°, initiatrice des Trente Glorieuses. Un putsch militaire nous fit basculer dans la V°.
Un sursaut patriotique, une révolution des consciences suffiraient pour que le .passage salvateur à une VI° République permette qu’on s’en sorte.
Pour qu’une vaste convergence d’exigences républicaines fasse explorer – enfin exploser ! – un système asphyxiant et pervers qui neutralise toutes les initiatives et plombe tous les envols possibles. Pour que nous construisions, ensemble, sur un autre modèle, un autre monde que celui qui coule. » p220

Cumiès 1900, domaine de La Mans

CUMIES (84 habitants). Canton de Salles-sur l’Hers, Arrondissement de Castelnaudary (Aude).

Altitude : 240 mètres.

MOYENS DE TRANSPORT : Station du Tramway à vapeur de l’Aude, ligne de Castelnaudary à Belpech, gare de Cumiès-et-Payra à 3 kil.

DISTANCES de Salles sur l’Hers, 6 kil.. – de Castelnaudary, 11kil.

FÉTE LOCALE : A 14 Septembre.

Cumies1

Gourvielle est composée de diverses exploitations rurales disséminées sur son territoire, a pour centre l’ancien Château seigneurial et l’Église, bâtis sur un mamelon. Quelques bâtiments ruraux, dépendant du domaine de La Mans, et une habitation particulière se trouvent à proximité du Château.

Cumies2CUMIÉS est situé au milieu de la vallée de la Ganguise, dans le massif de la Piège, en Lauragais. La route, de la gare à Cumiès, traverse des bois de chênes; elle est bordée de hauts peupliers à l’arrivée. Cumiès n’est pas un village proprement dit. On y compte : Le hameau de Saury ; les domaines de : Milhas, où se trouve une ancienne église ruinée (Mr Brunel). – La Tuilerie (Mr Bataille) – Les Broutx (Mr Bels) – Missare. – Cayrol. – La Mans (Mr Carrère).
Produits : Blé, fourrages, céréales, bois de chauffage.
Les enfants vont à l’école à Molleville; c’est le curé de ce village qui dessert l’église de Cumiès.
Le Château, d’origine ancienne, a été restauré et transformé au commencement du XIXe siècle. est entouré d’un grand parc, avec terrasse, garni de bosquets et de beaux arbres : pins, tilleuls, frênes, etc… Le Donjon flanque l’angle Nord-Ouest. L’entrée est précédée d’une cour fermée par un mur élevé, sur lequel on remarque, du côté de l’église, d’anciennes ouvertures à plein cintre murées. Sur le linteau des portes, à l’intérieur de la cour, sont sculptés deux lions. Sur une porte on lit la date 1827, sur l’autre Berquier. C’est le nom de l’auteur de ces sculptures; il était tailleur de pierre à Montauriol. On voit sur deux maisons de ce virage des motifs semblables.
L’Église, de style gothique, est l’ancienne chapelle du Château avec lequel elle communique par une porte ogivale visible dans la cour. Chaire en bois sculptée d’intéressants motifs gothiques encadrant un blason gravé d’une croix, surmontée de trois fleurs de lys. Un cep de vigne entoure le blason.
Sur une maison près l’Église on lit la date 1758. Une autre maison, au Sud, est datée de 1789.

Vers la fin de l’impunité pour les entreprises transnationales ?

12 juillet 2014, 10:09

jeudi 26 juin 2014, par Brid Brennan, Gonzalo Berrón, Maxime Combes
Mot-clé > Multinationales Campagne > TAFTA – le Grand Marché transatlantique

Le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies (CDH) examine actuellement un projet de résolution déposé par l’Équateur et l’Afrique du Sud afin d’élaborer de nouvelles normes internationales contraignantes sur les sociétés transnationales et les droits humains. Cette initiative, soutenue par 85 États, pourrait contribuer à mettre fin à l’impunité dont bénéficient les entreprises transnationales pour les violations de droits humains commises et garantir l’accès à la justice pour les victimes de leurs activités.

Pour mieux comprendre ces enjeux et voir comment des organisations du monde entier sont engagées dans une campagne internationale visant à démanteler le pouvoir des transnationales, voici une interview de Brid Brennan et Gonzalo Berron du Transnational Institute (TNI), acteurs majeurs de cette campagne soutenue par Attac France. Propos recueillis par Maxime Combes d’Attac France.

Vous affirmez qu’il y a « une occasion historique d’engager la négociation d’un traité contraignant qui porte sur les entreprises transnationales » dans le cadre du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (CDH). Pouvez-vous expliquer ?

Depuis des décennies, les populations à travers le monde qui subissent des violations systématiques et persistantes des droits de l’homme et les conséquences des crimes économiques et écologiques liés aux activités des entreprises, sans avoir accès à la justice, appellent à des règles contraignantes portant sur les opérations des entreprises transnationales. Le long silence entourant la nécessité d’avoir des dispositions contraignantes encadrant l’activité des transnationales a été brisé en septembre 2013, lorsque 85 Etats menés par l’Équateur ont introduit une résolution à l’agenda du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (CDH). Cette résolution répond à un manque flagrant dans les mécanismes et institutions existants en faveur des droits humains, qui n’ont pas de mandat pour imposer des règles contraignantes sur les opérations des transnationales et qui ont donc constamment échoué à garantir l’accès à la justice pour les populations affectées. Cette exigence de règles contraignantes a été systématiquement mise en avant par la société civile et cette proposition est aujourd’hui soutenue par plus de 500 mouvements et réseaux à travers le monde. Puisque c’est aujourd’hui combinée à la résolution endossée par 85 gouvernements, nous pensons que nous pouvons appeler ce moment une « occasion historique ». Le CDH devrait se pencher sur la question lors de sa 26e session avant la fin de juin.

Des décennies de politiques néolibérales internationales ont renforcé les pouvoirs des transnationales sur nos économies, sur la nature et sur nos vies. Pouvez-vous nous expliquer comment ce pouvoir des entreprises s’est étendu de façon exponentielle et opère en toute impunité ?

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à un processus de concentration accélérée du capital – à travers les « fusions et acquisitions » des entreprises notamment – ce qui a conduit à la consolidation du modèle néolibéral, processus renforcé par la fin de la guerre froide qui avait fonctionné comme un obstacle à la l’expansion du grand capital.

Cette tendance d’accroissement du capital s’est intensifiée et poursuivie de manière agressive à travers de multiples accords de libre-échange (ALE) et accords d’investissement (TBI), dès 1989 avec l’ALE Canada-États-Unis. Les termes de ces accords sont fixés par les transnationales qui exigent la libéralisation des marchés, l’accès aux matières premières et la privatisation des services publics, comme nous pouvons le voir à travers les négociations du grand marché transatlantique (TAFTA) entre les Etats-Unis et l’Union européenne, ou par le projet d’accord transpacifique (TPP) impliquant les États-Unis et des pays asiatiques et les pays d’Amérique latine donnant sur le Pacifique.

Ces accords commerciaux et d’investissement ainsi que les politiques de l’OMC et celles d’autres institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) ont institué des cadres juridiques qui accordent des protections unilatérales aux activités des transnationales (y compris le droit de poursuivre les gouvernements pour la perte réelle ou supposée de profit ou le droit à exiger des changements dans la législation environnementale) mais qui ne leur imposent aucune obligation. En termes d’impacts sur les populations affectées, ces protections juridiques unilatérales instituent ce que nous appelons une « architecture de l’impunité ». En ce sens, les gouvernements se sont rendus complices et n’ont pas défendu l’intérêt public ou les intérêts de leurs citoyens. Les transnationales ont donc continué à commettre des violations systématiques des droits de l’homme et des droits du travail, et à dévaster l’environnement.

En outre, de nouvelles technologies et une financiarisation croissante du capitalisme ont donné aux transnationales des possibilités sans précédent d’expansion partout sur la planète, et dans tous les aspects de nos vies. Les crises multiples et reliées, comme les crises économique et écologique, mais surtout la crise financière de 2008, montrent les limites de ce modèle capitaliste, ainsi que la façon dont les multinationales profitent des périodes de turbulence. Le processus de concentration du capital s’est intensifié à travers la crise, impliquant une distribution profondément asymétrique de la richesse où les individus et les entreprises riches sont devenus beaucoup plus riches et les pauvres sont devenus plus pauvres, dans toutes les régions du monde.

Devenues économiquement et politiquement plus fortes, les grandes entreprises transnationales ont de plus en plus la possibilité d’opérer en toute impunité dans les pays pauvres et les pays en développement du Sud global, mais aussi, plus récemment, dans les pays du Nord. Par leurs activités, elles continuent de violer l’ensemble du spectre des droits de l’homme. Elles le font d’une manière directe : les droits des travailleurs sont violés dans les entreprises tous les jours, mais seuls les incidents majeurs font la une des journaux – comme le cas de Rana Plaza au Bangladesh (où 1100 travailleurs sont morts) ou de Marikana en Afrique du Sud (où 31 mineurs ont été abattus). Les transnationales violent également le simple droit à disposer de moyens de subsistance comme dans le cas de l’accaparement généralisé des terres ou à travers la pollution systématique et soutenue des compagnies pétrolières comme Shell et Total au Nigeria ou Chevron en Equateur. Ces violations des droits humains ne sont pas seulement systémiques, elles sont menées en toute impunité. Trente ans après l’une des plus grandes catastrophes industrielles mondiales – Union Carbide / Dow Chemical à Bhopal, en Inde – la justice n’a toujours pas été rendue pour les familles de ceux qui sont morts alors que la génération suivante souffre également des effets de la pollution de l’environnement.

Profitant de leurs « droits des investisseurs » acquis dans les ALE, les accords internationaux d’investissement et les accords de l’OMC, les transnationales sont en mesure de se soustraire à leur propre responsabilité ainsi que de dicter les prix et les profits tirés de leurs activités. Leurs profits ont grimpé en flèche, continuant de bénéficier des droits de propriété intellectuelle (ADPIC) qui sont par exemple des obstacles à l’accès aux médicaments génériques. Les multinationales profitent également de la privatisation croissante des systèmes publics d’éducation et de santé, et de la marchandisation et de la commercialisation de l’accès à l’eau et à d’autres services publics.

Ces profondes transformations de nos sociétés ne marquent pas seulement la mise en place d’un modèle économique favorable au business. Elles ont également donné lieu à une nouvelle configuration du pouvoir politique et du rôle de l’État. Il y a une compréhension populaire croissante du phénomène de main-mise des intérêts du secteur privé sur la prise de décision politique. Les organisations de lobbying pro-business sont en mesure d’usurper la fonction des gouvernements élus dans les institutions nationales et internationales afin de les faire plier à leur avantage.

Dans le cas des pays pauvres ou des pays en développement, l’asymétrie de pouvoir est immense et les systèmes de droit interne ont été sapés et rendus incapables de défendre les populations des violations et crimes des entreprises. Dans de nombreux cas, les lois ont été adaptées pour favoriser les opérations des transnationales ou pour protéger les « droits des investisseurs » aux dépends des droits fondamentaux des personnes. Les décisions prises par les tribunaux et les juridictions nationales sont écartées, non exécutées ou carrément rejetées par les transnationales comme dans le cas de Chevron et de l’Equateur, où la société basée en Californie a refusé de se soumettre à une décision de justice équatorienne exigeant qu’elle verse 9,5 milliards de dollars de dommages.

Néanmoins, alors que le pouvoir des entreprises connaît une croissance exponentielle et a été en mesure de consolider ses privilèges dans des cadres juridiques qui sont eux de toute évidence contraignants, la nouvelle conjoncture que constituent ce large spectre de gouvernements du Sud, combiné aux campagnes fortes des populations affectées et des mouvements sociaux confrontés au pouvoir du secteur privé, ont permis de développer un fort soutien au fait de disposer des règles contraignantes sur les transnationales.

En outre, les batailles citoyennes contre des entreprises, sur l’eau par exemple, ont continué à se propager à partir de villes du Sud comme Cochabamba et Manille, pour aboutir à des luttes croissantes et efficaces contre la privatisation de l’eau en Europe. Il s’agit notamment des luttes à Thessalonique, du référendum sur l’eau en Italie ou encore de l’initiative citoyenne européenne (ICE), où la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP) a initié la campagne qui a recueilli 1 884 790 signatures disant « Non à la privatisation de l’eau » en Europe.

Comment un tel traité dans le cadre du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU peut-il limiter les pouvoirs des transnationales qu’elles ont obtenus de l’OMC, des ALE et les accords d’investissement ? Comment cela pourrait-il fonctionner ? Ce traité serait-il plus efficace que les mesures de responsabilité sociale des entreprises et que les nombreuses chartes qui ont été développées à l’échelle mondiale ?

Le processus qui pourrait être ouvert en Juin à Genève est un processus visant à négocier un Traité pour des obligations contraignantes portant sur les transnationales, incluant la mise en place d’un organisme mandaté pour appliquer les sanctions et donner un accès à la justice aux populations affectées.

A ce stade, ce qui est demandé au Conseil des Droits de l’Homme est d’instituer un groupe de travail intergouvernemental doté d’un mandat à durée indéterminée pour lancer le processus visant à établir un traité contraignant. C’est encore un processus très nouveau et ouvert. C’est pourquoi nous disons que ce n’est qu’une première étape dans notre lutte pour maîtriser le pouvoir politique et économique des transnationales. C’est une lutte qui prendra des années, surtout si elle vise à inclure l’intégralité des droits de l’homme, ce qui sera fortement contesté, notamment par les lobbies du secteur privé lui-même.

Mais un tel traité contraignant, avec un instrument visant à le faire appliquer, va assurément diminuer la capacité des transnationales de pouvoir violer les droits humains en toute impunité. Cet instrument permettrait aux populations et personnes affectées d’accéder à la justice, alors qu’elles sont actuellement privées d’un accès à un processus juridique équitable aux niveaux national et international.

Les dispositifs internationaux dont nous disposons jusqu’à présent (les principes directeurs des Nations Unies, les recommandations de l’OCDE, la déclaration MNE de l’OIT, le Global compact, etc) sont tous non contraignants. Ils font partie du domaine de la « soft law » et ils sont donc incapables de rendre justice. En fait, ces dispositifs servent de poudre aux yeux puisqu’il n’y a pas de vérification indépendante de leur mise en œuvre. De plus, la documentation accumulée sur le terrain par les populations affectées démontre que les violations des droits humains, des droits du travail et des normes environnementales par les transnationales s’intensifient, ce qui montre l’inefficacité de ces chartes volontaires.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est principalement promue comme un exercice de publicité par les transnationales et c’est une méthode visant à brandir auprès du public une image plus sympathique, et c’est finalement moins onéreux que de la publicité traditionnelle.

Ce n’est pas la première fois que nous essayons d’introduire des réglementations contraignantes portant sur les entreprises transnationales. Pourquoi cela devrait-il fonctionner cette fois-ci ? Quel genre de mobilisation citoyenne espérez-vous pour atteindre un tel objectif, puisqu’une discussion internationale de ce type pourrait être considérée comme très éloignée de ce qui se passe sur le terrain ?

Même s’il y a eu plusieurs tentatives tout au long des années 1970 et 1990 au sein de l’ONU pour élaborer un cadre contraignant, de type « hard law », portant sur les entreprises transnationales, c’est la première fois que 85 gouvernements se sont mis d’accord sur une demande conjointe visant à ouvrir un processus vers un traité contraignant sur les transnationales. Il est évident que les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme ne diminuent pas les violations des droits de l’homme. Nous pouvons à juste titre nous interroger sur ce qu’il s’est passé au Rana Plaza, un bâtiment qui abritait de nombreuses grandes marques de vêtements, mais où les travailleurs n’avaient même pas le droit de refuser de travailler dans un bâtiment dangereux.

De notre point de vue et tiré de l’expérience de plusieurs années de travail de documentation et de mobilisation de solidarité avec les populations affectées, la demande pour une action internationale est très forte sur le terrain. En outre, l’expérience et la capacité de lier le global aux luttes locales ou d’élaborer des stratégies communes dans le cadre de la lutte contre une entreprise en particulier, se renforcent. Par exemple, durant l’audience du tribunal permanent des peuples préparée pour Genève, des représentants de populations locales de cinq pays témoigneront ensemble sur la transnationale Glencore et ses activités aux Philippines, au Pérou, en Colombie, en Zambie, en RDC. Certaines de ces communautés viennent des Etats membres du Conseil des Droits de l’Homme. Cela ouvre assurément un nouvel élan au débat lorsque les populations affectées s’expriment elles-mêmes à la fois dans l’arène nationale et dans l’arène internationale et s’expriment avec constance pour mettre fin à l’impunité de ces entreprises.

Jusqu’à présent, la communauté internationale n’a pas réussi à s’attaquer au pouvoir des entreprises, malgré une prise de conscience publique croissante des abus inacceptables engendrés par le pouvoir politique et économique exercé par ces grands acteurs économiques. La destruction des moyens de subsistance et de l’environnement causés par le modèle extractiviste de production des combustibles fossiles, des minéraux et d’autres ressources naturelles le démontre chaque jour. En outre, le déclenchement de la crise financière et économique de 2008 a mis en évidence un gouffre béant entre les grandes banques et les grandes entreprises d’un côté et les citoyens de l’autre – ce que le mouvement Occupy appelle les 1 % et les 99 %.

Même en tenant compte de toutes les difficultés et des défis pour les mouvements de mobiliser en Europe et aux États-Unis, nous voyons cette période comme pouvant générer une opportunité politique importante pour renforcer les luttes sociales et développer de nouveaux liens à l’échelle mondiale qui renforcent nos résistances aux pouvoirs des entreprises.

Avec différentes organisations nationales et internationales, des mouvements sociaux, des syndicats, des groupes de base et différents réseaux, vous avez lancé « une campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des entreprises et mettre fin à leur impunité ». Dans cette campagne, vous faites la promotion d’un traité international des peuples. Pour quoi faire ? Serait-ce la préfiguration du traité dans le cadre du Conseil des Droits de l’Homme ?

Oui, en juin 2012, lors du forum Rio +20, la Campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des transnationales (Campagne ci-après) a été lancée. Cette initiative s’est traduite par une année complète de consultation mondiale des populations affectées, des mouvements et des réseaux faisant campagne et recherchant la justice face aux violations des droits de l’homme et la criminalité des entreprises.

De nombreuses organisations qui se sont impliqués dans cette campagne ont travaillé dans le cadre du Tribunal Permanent des Peuples pendant la période 2006-2010 et ont largement documenté les crimes économiques et écologiques des entreprises et les violations généralisées des droits de l’homme, quels que soient les grands domaines d’activités des entreprises transnationales : les services publics, l’eau, la nourriture, la terre et l’agriculture, l’énergie, les mines, l’environnement et les communs, le monde du travail et de la finance.

Il apparaît clairement que ces violations se déroulent dans le cadre d’une architecture de l’impunité et de légitimation fournie par le régime de commerce international et d’investissement qui n’a jamais autant augmenté les droits des investisseurs tout en s’opposant aux droits des citoyens et en sanctionnant des gouvernements qui défendent la politique publique et l’intérêt public. En outre, alors que les populations affectées n’ont pas de recours ou d’accès à la justice, les entreprises peuvent poursuivre les gouvernements pour d’énormes sommes d’argent devant des tribunaux tels que le Centre international pour le règlement des différends internationaux (CIRDI) par l’intermédiaire de l’utilisation du mécanisme de règlement des différends investisseur-État (ISDS), ou défendre leurs intérêts par le biais mécanisme de règlement des différends de l’OMC.

Le développement du Traité des peuple est un élément clef de la stratégie de la Campagne que nous avons lancée, fournissant à la fois le processus politique pour établir une stratégie sur la façon de démanteler le pouvoir des entreprises et mettre fin à leur impunité ainsi que l’espace pour articuler et rendre visibles les solutions alternatives. Les propositions juridiques qu’il comporte pourraient dans certains cas contribuer au travail pour un traité contraignant dans le cadre du Conseil des Droits de l’Homme. Tandis que le travail sur les alternatives vise à enraciner une nouvelle vision du monde à travers l’action transformatrice que constituent les affrontements avec le secteur privé. Nous pensons que les populations sont les protagonistes des changements fondamentaux qui vont au-delà de l’instrument juridique que constitue un traité contraignant portant sur les entreprises transnationales.

C’est pourquoi l’appel à l’action internationale de la Campagne encourage la construction d’un puissant mouvement de solidarité et d’action contre les transnationales, la fin de leur impunité et la construction d’un monde libéré du pouvoir et de main-mise du secteur privé.

Le Traité des Peuples en cours d’élaboration par la Campagne est une stratégie et un processus importants pour construire un large consensus sur l’urgence et la nécessité d’obtenir des obligations contraignantes portant sur les transnationales et un mécanisme international pour les faire respecter.

En France, il est habituel de penser que les entreprises transnationales françaises ne sont pas les pires de la planète et seraient plutôt de bons exemples. En réponse, certaines organisations de la société civile ont récemment lancé de nouvelles campagnes contre les transnationales françaises comme BNP-Paribas, Société Générale, Areva, Total, etc. Qu’attendez-vous de ces organisations et des citoyens français en vue de contribuer à la mise en place de réglementations contraignantes et plus fortes sur les transnationales ?

Des décennies de néolibéralisme et de propagande pro-business ont abouti au sens commun qui fait des transnationales « nationales » les fleurons de la prospérité pour les États d’origine, ainsi que pour les États et les populations où ces entreprises opèrent. Les coûts économiques, sociaux et environnementaux de l’extractivisme ont par exemple été bien cachés du public des Etats d’origine des transnationales.

Cependant, les cinq dernières années de crise économique, financière et systémique démontre de façon cumulative que cette ère du capitalisme dominé par les intérêts du business est en crise profonde. Il y a un changement de conjoncture, avec de plus en plus de soutien populaire pour une transition juste et un changement de système. Avec un rôle dynamique et participatif des mouvements sociaux et des organisations de la société civile qui font avancer des alternatives à l’hégémonie du business, à la fois dans la théorie et dans la pratique, à partir de ce qui se passe sur le terrain.

Ces nouvelles campagnes lancées en France sont également une indication forte que les citoyens regardent de façon critique derrière l’image brillante de fleurons qui est attribuée aux entreprises nationales, et qui se rendent compte que le modèle de développement dominé par le secteur privé est insoutenable.

Nous attendons que ces campagnes mettent au grand jour les violations des droits de l’homme et la destruction de l’environnement provoquées par ce modèle et les transnationales. En outre, les initiatives que vous évoquez peuvent contester le gouvernement français quant à son rôle et sa responsabilité en tant que membre de l’Union européenne et du Conseil des droits de l’homme. Il est important d’exhorter le gouvernement français à voter lors de la session de Juin du Conseil des droits de l’homme en faveur d’un processus intergouvernemental visant un traité juridiquement contraignant sur les entreprises transnationales.

Nous attendons également des organisations françaises qu’elles participent à la semaine de mobilisation à Genève (23-27 Juin) et délivrent un message fort au gouvernement français et à sa mission permanente à Genève. Au-delà de Genève, nous avons hâte de nous joindre aux mouvements et organisations françaises pour contester la main-mise du secteur privé sur les négociations climat à la COP21 qui se dérouleront en France en décembre 2015. En fait, le forum des peuples face à la COP21 fournira une situation appropriée pour entreprendre une vaste consultation publique sur le traité international des peuples.

Le 19 juin 2014.

Propos recueillis, et traduction réalisée, par Maxime Combes, membre d’Attac France.
Interview originale (en anglais) : Now is the time to call for a Binding Treaty

Brid Brennan, irlandaise, est une des coordinatrices du Transnational Institute (TNI), travaillant plus particulièrement le commerce international et le rôle des multinationales. Elle a également co-fondé le Centre de solidarité européenne avec les Philippines et Respect, un réseau européen anti-raciste pour les travailleurs domestiques migrants.

Gonzalo Berrón, argentin, est un chercheur associé du Transnational Institute (TNI), spécialiste des politiques commerciales, et ayant été très actif dans les mouvements latino-américains sur cette question. Il a été coordinateur du secrétariat l’Alliance sociale hémisphérique.