Le fabuleux voyage de la banane « magic »

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Imaginons une multinationale de la banane : Magic. Du Guatemala au Royaume-Uni, elle contrôle l’ensemble du secteur de la banane. Dans sa filiale guatémaltèque, Magic achète ses bananes une misère au petit producteur, mais pratique aussi la fraude fiscale. Elle (sur-) facture l’achat des caisses pour stocker les bananes 1 000 e pièce, ce qui gonfle ses charges d’exploitation, et elle (sous-) facture la vente des bananes à seulement 100 e la tonne, réduisant ainsi son bénéfice à néant. Résultat : la filiale de production est déficitaire et non imposable.

En fait, les bananes vendues à un prix dérisoire, l’ont été à une filiale soeur et elles vont faire l’objet d’une série d’autres transactions au sein du groupe avant leur vente finale ! En effet, pour chaque service habituellement nécessaire au commerce, Magic a établi une filiale spécialisée, enregistrée dans le paradis fiscal le plus avantageux. En Irlande les royalties pour la marque, aux Bermudes la facture pour la distribution, au Luxembourg le service financier, etc.

La plupart de ces sociétés sont fictives – de simples boîtes aux lettres – et tout est réalisé au siège de Magic. Mais en démembrant ainsi la valeur dans sa comptabilité, le groupe peut localiser artificiellement ses profits dans les paradis fiscaux. Finalement, la filiale commerciale britannique achètera la banane quasiment au prix de vente au consommateur et, avec ses profits dérisoires, ne sera pas non plus imposable.

« L’essentiel de la dette grecque est illégitime »,

Estime Eric Toussaint  Mis à jour le lundi 8 juin 2015 à 9h40

Les discussions entre la Grèce et ses créanciers sont à nouveau dans une impasse. Eric Toussaint, économiste et président du Comité de l’annulation de la dette du Tiers monde commente avec un regard différent cette situation qui ne laisse pas d’inquiéter: il est à la tête d’une commission d’audit sur la dette grecque.

Eric Toussaint a été chargé par le parlement grec de réaliser un audit sur la dette. Il est donc en contact étroit avec les dirigeants de Syriza. Et si le Premier ministre, Alexis Tsipras parle aujourd’hui de « pourrissement » dans le cadre des négociations entre la Grèce et ses créanciers, si le ministre des Finances parle, lui, de « propositions à la limite de l’absurde« , on peut se demander jusqu’où vont mener ces nouvelles tensions. « Du point de vue du FMI et des institutions européennes, on ne peut pas parler de propositions, mais d’imposition« , tient à commenter Eric Toussaint. « C’est à dire que depuis quatre mois, et les élections du 25 janvier qui marquent le début des négociations, le gouvernement grec a fait d’importantes concessions ». Parfois, trop, estime même Eric Toussaint. Qui ajoute: « Les créanciers avancent des exigences qui n’étaient pas jusque là sur la table des négociations. Et cela ne ressemble pas seulement à de la dramatisation mais franchement à de la provocation ».

« Hausse de la TVA, coupe dans les salaires des fonctionnaires et dans les pensions. Pourquoi cela pose problème? Surtout parce que cela va à l’encontre de droits fondamentaux. Les salaires ont été baissés de 25%, et pour les jeunes de moins de 25 ans de 32%. Le retraites ont déjà été réduites de plus de 40%. 50% des retraités vivent avec une retraite qui les situe en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de TVA sur la plupart des produits est de 23%. On est dans une situation de restrictions terribles du pouvoir d’achat des Grecs, une chute de 25% de la production depuis 5 ans« …

« Il faut d’ailleurs remettre en cause cette dette. Une série d’économistes, qui n’ont rien de radical, proposent une réduction de la dette grecque« .

« Le travail que je coordonne, cette commission d’audit créée par le Parlement grec, va présenter ses travaux le 18 juin. Et nous allons démontrer à l’opinion publique et aux créanciers que l’accumulation de la dette, telle qu’elle a eu lieu depuis 5 ans, est un montage qui est très largement illégal et en tous les cas illégitime« .

Écoutez l’interview complète de l’économiste Éric Toussaint

Interview de Bertrand Henne

RTBF