Code du travail: quatre idées reçues qui ont la vie dure

Par Sabine Germain, publié le 22/09/2015 à 10:23 , mis à jour à 16:33 dans l’Express

"Aucune étude ne démontre que le problème du chômage résulte du code du travail", rappelle Eric Heyer, économiste à l'OFCE.

« Aucune étude ne démontre que le problème du chômage résulte du code du travail », rappelle Eric Heyer, économiste à l’OFCE.

afp.com/Jacques Demarthon

A force d’être martelée, l’idée s’est imposée dans le débat public: notre code du travail, trop lourd et trop complexe, serait un frein à l’emploi. On fait le point.

Les rapports se suivent et se ressemblent. Institut Montaigne,Jacques Barthélémy et Gilbert Cette pour Terra Nova, ouvrage deRobert Badinder et Antoine Lyon-Caen et plus récemment le rapportCombrexelle… Qu’elles soient ancrées à droite, ou plus à gauche, toutes ces contributions s’accordent sur un point : la plupart des maux de notre économie résultent du code du travail. Est-ce pour autant vrai ? Pas si sûr.

Idée reçue n°1. Le chômage ne baisse pas parce que le droit du travail est trop complexe

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« La situation de chômage massif continue » et « l’évolution du PIB par habitant, qui régresse vis-à-vis de celui de nombreux pays développés », c’est la faute au code du travail !, démontrent, chiffres et graphiques à l’appui, Jacques Barthélémy et Gilbert Cette en introduction de leur rapport.

Pierre Gattaz va plus loin. L’an passé, il n’a pas hésité à mettre les deux courbes en parallèle : « Code du travail, 1 000 pages en 1990, 1 million de chômeurs ; 2 000 pages en 2000, 2 millions de chômeurs ; 3 000 pages en 2010, 3 millions de chômeurs. » Le président du Medef s’arrange un peu avec les chiffres : il y avait déjà 2 millions de chômeurs en 1990 et le code du travail ne pèse aujourd’hui que 1 600 pages. C’est l’édition publiée par Dalloz, avec les jurisprudences commentées, qui compte 3 200 pages.

Pourtant, « aucune étude ne démontre que le problème du chômage résulte du code du travail », rappelle Eric Heyer, économiste à l’OFCE. « Avec un peu de chance, on peut aussi trouver des similitudes entre la courbe du chômage et le réchauffement climatique ou le budget du PSG », ironise Michaël Hayat, avocat associé du cabinet SDA et conseiller à la section « activités diverses » du conseil de prud’hommes de Paris. Mais il ne faut pas confondre corrélation et causalité. Au strict plan juridique, c’est une grave erreur de jugement, qui pourrait conduire bien des innocents en prison. »
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 Idée reçue n°2. Le droit du travail est plus simple dans les autres pays européens

 

C’est l’argument longuement développé par le juriste Jacques Barthélémy et l’économiste Gilbert Cette pour montrer que notre droit du travail trop lourd et trop complexe est la cause de tous nos maux. Ils s’appuient notamment sur une étude de l’OCDE montrant que le taux d’emploi est inversement proportionnel à l’intensité de la protection de l’emploi par des normes réglementaires, citant régulièrement les exemples italiens et allemands.

« La réforme italienne du droit du travail est très largement inspirée de notre législation, s’étonne Michaël Hayat. Quand on compare des systèmes juridiques, il faut les prendre dans leur globalité. Car si l’on superpose le droit fédéral, les réglementations régionales et les textes conventionnels, le droit du travail allemand n’est pas plus simple que le nôtre. »

Idée reçue n°3. Si un employeur hésite à recruter, c’est parce qu’il a peur de ne pas pouvoir licencier

 

Des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) trop chers et trop souvent retoqués par la direction générale du travail, des licenciements individuels systématiquement contestés par les salariés, des prud’hommes dont les décisions sont presque toujours défavorables aux employeurs : voilà pourquoi les dirigeants de PME hésitent tant à recruter.

Lire aussi: Prud’hommes: l’angoisse des patrons est-elle fondée?

Quelques petits patrons continuent effectivement à raisonner ainsi. Ils ignorent sans doute qu’il est aujourd’hui plus simple et moins risqué juridiquement de rompre un CDI qu’un CDD. Mais dans l’immense majorité des cas, la décision d’embaucher repose avant tout sur le niveau d’activités de l’entreprise et ses perspectives à moyen terme. « Quand un employeur décide de recruter, c’est d’abord parce que son carnet de commandes le lui permet », confirme Guillaume Aymonier-Ameline, directeur général France du groupe de transports et logistique Waberer’s. Le reste n’est que littérature.

Quant à la proposition formulée par Jacques Barthélémy « de remplacer les conseillers prud’homaux par des échevins, c’est-à-dire des magistrats de carrière dont les décisions seraient moins souvent frappées d’appel », elle fait sourire Michaël Hayat : « Sait-on que les décisions rendues par les juges départiteurs (1) sont aussi souvent contestées que les décisions rendues par les conseillers prud’homaux. » En 2013, plus de 62 % des jugements ont fait l’objet d’un appel : qu’elles aient été rendues par des conseillers prud’homaux ou des juges départiteurs, ces décisions ont été confirmées dans 55 % des cas.

Idée reçue n°4. Il est impossible de déroger au code du travail

 

« Notre code du travail est devenu un ensemble trop complexe (…), trop rigide, trop uniforme », a expliqué Manuel Valls lors de la remise du rapport Combrexelle, le 9 septembre. Il faudra peut-être expliquer le sens profond du mot « rigide » aux 800 salariés de Smart à Hambach, en Moselle, qui, deux jours après ces déclarations, ont accepté à 56 % de revenir progressivement à 39 heures payées 37 pour assurer la pérennité du site (1).

Il existe en effet de nombreuses possibilités de déroger au code du travail. La loi Fillon de 2004 a ouvert la porte : elle prévoit qu’un accord d’entreprise ou d’établissement peut déroger dans un sens moins favorable aux accords de branche et au code du travail, dès lors qu’il ne touche pas aux quatre fondamentaux que sont les minimas salariaux, les classifications, le financement de la formation professionnelle et la prévoyance. La loi portant rénovation de la démocratie sociale de 2008 a enfoncé le clou : en matière d’aménagement du temps de travail, elle fait primer l’accord d’entreprise sur l’accord de branche.

« L’idée que le code du travail régit tout est fausse », a admis Jean-Denis Combrexelle en présentant son rapport, le 9 septembre. Il est bien placé pour le savoir : directeur général du travail jusqu’en 2014, il a recensé durant la seule année 2014 pas moins de 951 accords de branche et 36 500 accords d’entreprise.

>> Lire aussi: Code du travail et rapport Combrexelle: les cinq changements qui se profilent

(1) Des magistrats de carrière.

(2) Dans le cadre du référendum sur le « Pacte 2020 » qui prévoit d’augmenter la durée hebdomadaire du travail des opérateurs à 39 h dès l’an prochain, avec une rémunération calculée sur 37 h. Quant aux cadres, ils devraient abandonner la moitié de leurs 20 jours de RTT. En 2020, les équipes repasseraient aux 35 heures.

 + Plus d’actualité sur : Réforme du code du travail
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L’inégalité est incompatible avec une démocratie inclusive

Publié le

asunedecouv« Nous faisons donc le choix de centrer le regard sur les inégalités dans la répartition des richesses (comprenant les flux de revenus et les stocks de patrimoine) et ce, pour deux raisons principales. D’un coté, ces inégalités dévoilent un paradoxe éthiquement injustifiable et inacceptable. De l’autre, elles jouent un rôle non négligeable dans la production des autres inégalités sociales ».

Dans son éditorial, Julie Godin souligne, entre autres, la multi-dimensionnalité des inégalités sociales, les rapports entre les différentes inégalités. Il y a bien un système d’inégalités qui ne peuvent être réduites à des facteurs personnels ou individuels.

Les richesses augmentent et sont de plus en plus accaparées par une minorité, « En 2014, les 1% les plus riches détenaient 48 % des richesses mondiales ». La matrice de ces évolutions est à rechercher dans l’organisation du capitalisme néolibéral. Et la doctrine néolibérale justifie ces inégalités au nom de « la revendication de liberté, l’égalité des chances et la théorie du « ruissellement des richesse ». »

L’auteur parle de « Une élite consciente de ses intérêts » et ajoute « mais inconsciente de ses délits ». Je ne suis pas certain que le terme « inconsciente » soit le plus approprié. Cette élite a certes « une forte capacité à « s’arranger » avec les normes », mais comme tout groupe dominant elle « consent » bien à ses arrangements, à ses délits, à sa domination, lorsqu’elle ne la revendique pas ouvertement…

Julie Godin souligne le rôle du « système dette » et termine sur « une redistribution des richesses et du pouvoir ».

Dans la première partie, les auteur-e-s analysent les liens entre le capitalisme et les inégalités, les justifications historiques construites par des économistes, les liens entre « développementalisme » et reproduction des inégalités, les conséquences des plans d’ajustement structurel, l’architecture antiétatique de l’impunité, la domination croissante des grandes entreprises transnationales, le rôle des traités de commerce et d’investissement…

D’autres soulignent le caractère systémique ou structurel des inégalités, « elles interagissent de diverses manières et se renforcent mutuellement ». Très discutable me semble la séparation entre inégalités « verticales » (liées au genre, à l’identité ethnique, etc.) et « horizontales » (liées à l’économique, à la classe, à la caste).

Les auteur-e-s parlent de « démocratisation intégrale », « la démocratie et l’égalité sont des concepts étroitement corrélés », de représentation et de participation inclusives des populations, de souveraineté, de droits humains, de mode vie soutenable, de politiques spécifiques de lutte contre les inégalités (inégalités économiques, promotion de l’égalité de genre et des droits sexuels et reproductifs, droits des minorités, des migrant-e-s, inégalités politiques, , inégalités environnementales, etc.).

J’ai notamment été intéressé par les développements sur les « responsabilités communes mais différenciées » et le traitement politique des inégalités, les systèmes de protection universels…

Je regrette une fois de plus la survalorisation des « classes moyennes » non définies, imposition persistante, mais non interrogée, de catégories sociologiques et non fondée sur la place dans les rapports sociaux capitalistes.

Dans la seconde partie, sont analysées les politiques fiscales, « en tant que levier de réduction des inégalités », leurs effets et leurs limites en Amérique du Sud ; le modèle de développent du Gajarat en Inde ; les inégalités foncières en Afrique des grands lacs, en particulier pour les « femmes paysannes » et les « peuples des forêts », les ancrages dans les règles ou institutions coutumières et les « reformulations » néolibérales.

J’indique juste l’adéquate critique de l’homogénéisation des groupes opprimés, mais je reste dubitatif sur l’emploi de « subalternes » comme « catégorie sociale ».

Sommaire

Editorial : Julie Godin : L’aggravation des inégalités de richesses, entre domination et contestation

Capitalisme et lutte contre les inégalités

  • Thierry Amougou : Capitalisme, reproduction inégalitaire et transition développementaliste

  • Nick Buxton : « La classe de Davos » face aux inégalités économiques mondiales

  • Ibon International : Condition du « développement durable post-2015 », la lutte contre les inégalités

  • Groupe de réflexion de la société civile sur les perspectives du développement global : « Goals for the Rich » : pour un agenda post-2015 qui s’attaque aux inégalités

  • Francine Mestrum : L’inégalité : un problème politique, plus grave que la pauvreté

En Asie, Afrique et Amérique latine

  • Isabel López Azcúnaga, Juan Pablo Jiménez : Diminution des inégalités en Amérique latine ? le rôle des politiques fiscales

  • Rohini Hensman : Inde : le modèle de développement du Gujarat à l’épreuve des inégalités

  • Aymar Nyenyezi Bisoka, Emery Mushagalusa Mudinga : Afrique des Grands Lacs : peuples des forêts, femmes paysannes et inégalités foncières

Alternatives Sud : L’aggravation des inégalités

Centre Tricontinental et Editions Syllepse,

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_641-l-aggravation-des-inegalites.html

2015, 192 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

Au sujet des élections régionales 2015

Article Médiapart 17 Septembre 2015 :

« La clarification politique n’a jamais été aussi avancée »

Article le Figaro 7/12/2015. Résultats élections régionales. A force de prendre les électeurs pour des imbeciles

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/12/06/31001-20151206ARTFIG00153-raz-de-maree-fn-a-force-de-prendre-les-electeurs-pour-des-imbeciles.php

Jean-Luc Mélenchon : « La clarification politique n’a jamais été aussi avancée »

|  PAR STÉPHANE ALLIÈS

L’eurodéputé appelle à l’union avec les communistes aux régionales en Île-de-France, ainsi que dans les régions où le Parti de gauche est déjà allié aux écologistes. « On est en train d’atteindre notre but et on réussit à donner l’impression d’être complètement divisés », déplore-t-il. Il se prononce également pour la création de groupes parlementaires communs, en espérant qu’ils soient rejoints par des socialistes.

a façon, Jean-Luc Mélenchon met les mains dans le cambouis de l’unité de la gauche de gauche. Alors que la préparation des élections régionales laisse entrevoir de fortes crispations entre le PCF et le reste du Front de gauche (Parti de gauche et Ensemble!), en Île-de-France et dans les régions où une alliance avec les écologistes d’EELV laisse de côté les communistes (en Auvergne-Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA), le fondateur du Parti de gauche (PG) appelle à« colmater les brèches » et à « arrêter de tergiverser ». Aux yeux de l’ancien candidat à la présidentielle, « pour dépasser certains blocages, il faut parfois accepter de manger son chapeau ». Dans un entretien à Mediapart, Mélenchon demande que soient mises en œuvre des « missions de conciliation », sorte de « cabine de pilotage nationale », pour lever les divergences locales.

L’eurodéputé estime que « les difficultés liées à la récupération par le parti des têtes de listes » peuvent se « transcender » par un « sigle commun déposé au ministère de l’intérieur ». Et il propose que le Front de gauche se range derrière Pierre Laurent en région parisienne, en échange d’un rapprochement des communistes avec les listes EELV-PG existant ailleurs. « L’union de l’opposition de gauche, ce ne peut être l’union de bouts de l’opposition de gauche », dit-il. Enfin, Mélenchon plaide également pour la création de groupes parlementaires communs réunissant les élus du PCF, les proches de Cécile Duflot à EELV et espère voir s’y joindre des socialistes qui tireraient « les leçons de ce qui se passe en Angleterre » avec l’élection de Jeremy Corbyn.

Jean-Luc Mélenchon à la tribune du congrès du PG de VillejuifJean-Luc Mélenchon à la tribune du congrès du PG de Villejuif © PG

À la sortie de la fête de l’Humanité et à la veille des régionales, la situation est paradoxale pour vous. Communistes et écologistes sont autonomes du PS partout au premier tour, mais il n’y a pourtant pour l’heure qu’une seule région où vous êtes alliés tous ensemble. Et en l’état, il pourrait y avoir plus de régions où le Front de gauche est divisé qu’uni…

La droite et l’extrême droite semblent parties pour remporter une victoire écrasante. C’est ce qu’il faut empêcher en ouvrant un autre chemin. Où en sommes-nous ? D’abord soulignons que la clarification politique à laquelle on a travaillé depuis 2012 n’a jamais été aussi avancée : tout le Front de gauche est dans l’opposition de gauche, les Verts sont sortis du gouvernement, le PS n’a plus d’allié hormis le PRG, puisque même le MRC est aujourd’hui plus proche de nous que des socialistes. Sur le terrain il y a aussi pas mal d’endroits où nous sommes en passe de réussir l’union de tout le Front de gauche et des écologistes sur un nouveau sigle de rassemblement. Le point négatif, c’est qu’il n’y a pas de cabine de pilotage nationale. Je ne participe pas aux négociations ni à aucune composition de liste. Mais je suis un observateur vigilant et je me sens garant du désir d’union de l’autre gauche qui s’exprime partout. Mon rôle est moral, rien de plus, mais c’est important dans le moment historique que nous vivons.

Sur le terrain, les difficultés s’additionnent. Outre celles qui viennent de l’ambiance confuse du Front de gauche, s’ajoute que les statuts de tous les partis font que les décisions se prennent localement. Une aberration fédéraliste, qui nous met dans une faiblesse lamentable avant une élection qui a plus que jamais une signification nationale. Partout, les militants du PG ont travaillé à l’union avec les écologistes avec la meilleure volonté du monde. Tellement bien, qu’ils sont parvenus à des listes d’union dans la moitié des régions, alors qu’au départ EELV avait choisi l’autonomie. Je les félicite. Pour y parvenir, mes amis ont mis partout de côté toute ambition de tête de liste. Cela, alors même que l’image des Verts est considérablement dégradée. J’ai dû réagir et un peu élever la voix pour dire que ce n’était pas acceptable. Une annexion ! EELV a joué de la bonne foi et de l’esprit unitaire de ses partenaires. Je crois que les électeurs non plus n’ont pas envie d’être récupérés par un parti. La situation s’est débloquée lors des universités d’été d’EELV, et une première réunion inter-régionale a eu lieu. J’en suis content. Mais nous ne sommes pas quittes. Il faut encore donner aux communistes leur juste place.

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, sur le stand du PG à la fête de l'Huma (avec Danielle Simonnet et Eric Coquerel)Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, sur le stand du PG à la fête de l’Huma (avec Danielle Simonnet et Eric Coquerel) © S.A

Ensuite, puisque les 13 nouvelles régions ne correspondent à aucune structure de nos organisations, cela a complexifié d’autant les rythmes de négociation. Et cela explique que dans certains endroits les communistes sont en dehors de plusieurs rassemblements. Je ne l’accepte pas. C’est une question de fond. L’union de l’opposition de gauche, ce doit être une addition pas des soustractions. Je n’accepte pas qu’on veuille marginaliser les communistes.

En disant cela, je ne suis pas un bisounours du Front de gauche : j’ai en mémoire les offenses présentes, passées et même futures des dirigeants communistes à mon endroit. Mais les jalousies dont je fais l’objet, et les problèmes d’égo qui m’entourent ne me détournent pas du but historique : construire la relève de gauche à la faillite du PS, face à l’extrême droite. Je demande donc qu’on se remette autour d’une table pour trouver une issue, en particulier dans les deux régions stratégiques où la défaite du PS est assurée d’avance et où il faut avoir une parole politique forte et de gauche pour incarner la relève : la grande région Nord et PACA.

Désormais le temps presse, il faut colmater les brèches et arrêter de tergiverser. Pour cela, il faut rétablir un cadre national de prise de décision. Tout le monde a des grandes paroles sur la nécessité de l’union et personne ne fait rien. On ne peut pas laisser les choses en l’état. S’il le faut, je suis prêt à mener sur place, avec d’autres dirigeants communistes et écologistes nationaux, une mission de bons offices pour qu’on trouve les convergences nécessaires. Mais avec ou sans moi, toute mission de conciliation me conviendra.

Vous n’avez pas peur qu’en tentant d’imposer des décisions d’appareils nationaux, on entrave des dynamiques locales et citoyennes ?

C’est toute la difficulté de la situation. Épargnons-nous les méfiances envers des appareils nationaux. Des appareils, il en existe aussi localement et ils ne sont pas plus tendres. Il s’agit souvent de reconduire beaucoup de sortants. Mais il est vrai qu’il existe des dynamiques locales, avec des assemblées citoyennes qui préparent le futur de la gauche. J’y suis très attaché. Je propose de leur donner le plus de pouvoir possible, sans pour autant jeter à la poubelle nos partis qui sont indispensables à l’action.

Il persiste des problèmes ? Et alors ? Trouvons les solutions ! Il suffit de le vouloir. Pour dépasser certains blocages, il faut parfois accepter de manger son chapeau. Ne rien faire serait une faute de notre part. Il faut qu’il y ait des missions de conciliations qui se mettent en place. J’insiste pour qu’on le fasse en priorité dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Tout de même, face au FN, à la droite et aux socialistes en déroute, le devoir commande ! Il faut à tout prix trouver les moyens de proposer une alternative crédible !

Ces moyens existent, on peut régler une par une toutes les difficultés. Les difficultés liées à la récupération par le parti des têtes de listes ? Elles se transcendent par un sigle commun déposé au ministère de l’intérieur. À partir de là, on peut présenter des binômes ou des trinômes en tête de liste, l’essentiel étant que le résultat ne soit approprié par personne. Sinon les électeurs ne se déplaceront pas. Ils ne veulent pas être récupérés !

Ensuite, pour arbitrer les divergences, il est clair que nous n’y arriverons pas du sommet. Donc il faut des assemblées représentatives régionales, de nos partis et des citoyens, qui s’engagent à nos côtés. J’en ai parlé en janvier dernier, on m’a dit que c’était une usine à gaz. Nous l’avons expérimenté au Mouvement pour la 6e république (M6R) et cela a fonctionné. On est au XXIe siècle et il faut s’y adapter… les réseaux sociaux le permettent.

Concrètement, ça fonctionnerait comment ?

Les gens signent un texte, une volonté d’engagement ou de soutien, ils peuvent le faire en ligne, puis ils élisent des représentants, on peut aussi en tirer au sort une partie. Et on fixe une représentation pour les partis. Je ne dis pas que c’est la seule formule possible, mais c’est possible et c’est jouable dans le délai qu’il nous reste. On ne peut plus traîner, sinon on donne une image répulsive à notre peuple qui est déjà dans un état d’insurrection froide contre les politiques et les institutions du pays, qui risque de se traduire par un niveau d’abstention extrêmement élevé.

« Si on met ses utopies en avant comme condition de l’union, c’est le règne du sectarisme »

En Île-de-France, la situation est particulièrement ubuesque. Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV, refuse votre proposition de se ranger derrière elle, et le Front de gauche ne parvient pas à se mettre d’accord entre trois de ses dirigeants nationaux (Pierre Laurent – PCF ; Éric Coquerel – PG et Clémentine Autain – Ensemble !). C’est “l’autre gauche” la plus bête du monde ?

Vous n’avez pas tort. Maintenant, l’art de la politique c’est aussi de partir des réalités qui parfois s’imposent à vous. On aurait pu rêver autre chose. Que Pierre Laurent reste sur son analyse initiale de ne pas se présenter pour cause de non-cumul des mandats. Que lui qui dénonce sans cesse les « castings présidentiels » ne se crispe pas sur sa tête de liste, alors qu’on pourrait se mettre d’accord sur une personnalité de la société civile, on n’en manque pas en région parisienne. Qu’Emmanuelle Cosse ne nous éconduise pas aussi grossièrement. Et qu’elle ne préfère pas un groupuscule de centre-droit, Cap 21, à l’alliance avec le Front de gauche, au nom de l’unité de son parti qui explose chaque jour un peu plus. Mais c’est comme ça. À deux mois du scrutin il faut assumer la difficulté et débloquer ce qui peut l’être.

Pour autant, je ne me résigne pas. Je suis sûr que si Emmanuelle Cosse acceptait l’unité avec le Front de gauche, Pierre Laurent en serait le premier partisan. Mais il y a peu de chance qu’elle abandonne l’arrogance de sa posture. Elle a multiplié les obstacles : introduire comme préalable l’adhésion à l’idée d’une France fédérale et au droit de faire des lois régionales est une provocation. D’ailleurs, rien de tout cela n’est possible avec les élections régionales.

Donc, j’ai bien compris que Pierre Laurent fait de sa présence comme tête de liste « virtuelle » une question identitaire. Mes amis doivent entendre cela, même si je sais que ce n’est pas facile à admettre. De leur côté, les communistes doivent comprendre que si un effort est fait en Île-de-France pour apaiser les esprits, il faut qu’ils en fassent eux aussi ailleurs. Certes le PCF est très décentralisé, mais il a aussi une orientation nationale. Pierre Laurent a déjà été tête de liste en Île-de-France. N’exagérons pas le problème. Il l’a dit : il ne siégera que s’il est élu président de région. Si tel est le cas, qui s’en plaindrait ?

Jean-Luc Mélenchon et Cécile DuflotJean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot © Reuters

L’union de l’opposition de gauche, ce ne peut être l’union de bouts de l’opposition de gauche. Il faut à tout prix parvenir à se présenter tous ensemble, avec les communistes, là où nous sommes déjà en alliances avec les écologistes. Il faut faire des additions partout ! Je recommande au PG de ne pas mettre de préalable sur les têtes de liste si cela doit conduire à la division. Inscrivons notre lutte pour l’éthique et la répartition des tâches dans la durée, n’en faisons pas un ultimatum destructeur. Soyons unitaires pour deux : les électeurs nous en seront reconnaissants.

Je suis consterné par cette situation : on est en train d’atteindre notre but, nous avons isolé le PS et prouvé qu’on pouvait se rassembler et on réussit à donner l’impression d’être complètement divisés. Les alliances à la carte, sous couleur de baratin localiste, vont nous tuer plus sûrement que n’importe quelle querelle doctrinale ! Et que les choses soient claires, ces élections n’ont rien à voir avec la présidentielle. Je demande juste que tout le monde se confronte à la réalité pour les régionales, et qu’on arrête de se braquer pour des histoires de têtes de liste ! Tout ça est dérisoire…

Sur le plan national, comment jugez-vous la proposition de création d’un nouveau groupe parlementaire émanant de quatre députés, Sergio Coronado (EELV), Philippe Noguès (ex-PS), Isabelle Attard (ex-Nouvelle Donne) et Jacqueline Fraysse (apparentée PCF) ?

C’est une autre occasion unique d’accélérer le cours de l’histoire. J’ai découvert cette tribune avec enthousiasme. À mon tour, j’appelle à la création d’un groupe commun dans les deux assemblées. À la veille de l’examen du budget, un nombre significatif de députés pourrait nous rejoindre. Ce nouveau groupe pourrait devenir un pôle de référence d’où pourrait partir une multitude d’initiatives.

Là, Cécile Duflot doit faire un effort et m’écouter même si elle ne m’aime pas. Son groupe écologiste a explosé. Je l’adjure de faire preuve de sang-froid et de responsabilité. Elle est en mesure de débloquer la situation si elle fait le pas que les quatre proposent. Un nouveau groupe peut être la locomotive d’une nouvelle gauche dans le pays.

Il ne faudrait pas que l’initiative échoue pour des histoires de présidence de groupe. Comme pour les régionales, on peut imaginer des binômes, une présidence tournante. Et même si ce devait être André Chassaigne le président de ce nouveau groupe, et qu’on trouverait les communistes bien gourmands de le demander, il faudrait l’accepter si c’était la seule condition pour que cet événement politique se produise. Car ce serait nettement mieux que d’avoir deux petits groupes à la limite de la survie. Au reste, Chassaigne a tenu bon depuis 2012 et ses états de services dans l’opposition de gauche sont plus constants que des opposants plus récents. Si j’étais député dans ce nouveau groupe, je voterai pour lui.

Il y a des divergences ? Oui, c’est vrai. Mais il y en avait aussi entre les écologistes et les socialistes, et ça ne les empêchait pas de voter ensemble !

N’y a-t-il pas un risque à toujours minimiser ces divergences entre forces politiques à la gauche du PS ? Sur la laïcité, le fédéralisme ou le jacobinisme, l’énergie, la géopolitique, etc. Et si ce qui vous sépare était finalement aussi important que ce qui vous réunit ? Cela pourrait expliquer aussi pourquoi le rassemblement est si compliqué ?

Qu’on n’invente pas des prétextes artificiels à mesure qu’on avance ! Il y a des débats qui surgissent à la dernière minute, pour provoquer volontairement des désaccords. Quand Emmanuelle Cosse pose comme condition de reconnaître le fédéralisme en France et le droit de faire des lois locales, c’est juste une provocation gratuite. Si on met ses utopies en avant comme condition de l’union, c’est le règne du sectarisme.

Pour les sujets de divergences qui sont dans l’actualité immédiate, on a trouvé une solution crédible, elle s’appelle la démocratie. Au Front de gauche, on a réglé notre désaccord sur le nucléaire en parlant de “sortie des énergies carbonées et mise en œuvre d’un référendum sur la sortie du nucléaire”. S’il y a un problème entre nous sur le fédéralisme, la réponse se trouve dans les débats que l’on aurait au sein de l’assemblée constituante pour une VIe république. Pareil sur la candidature de Paris aux Jeux olympiques. On n’est pas tous d’accord, le PG et les Verts sont contre, le PCF pour, et alors ? C’est inimaginable de consulter la population francilienne sur le sujet ? On l’a fait aux États-Unis ! Le proposer serait autrement plus dynamique qu’un compromis pourri ou un blocage absurde !

« Retricoter à toute vitesse un réseau européen »

Cet éventuel nouveau groupe parlementaire pourrait-il accueillir des députés PS en rupture de ban ?

Je n’ose placer la barre trop haut par habitude de la déception, mais si un ou deux changeaient déjà de camp et rejoignaient un tel groupe commun, cela permettrait d’ouvrir la brèche et d’enlever à Valls sa majorité parlementaire. Il n’y a pas des opportunités comme celle-là tous les matins. Des gens comme Benoît Hamon ou Pouria Amirshahi devraient tirer les leçons de ce qui se passe en Angleterre. La victoire de Jeremy Corbyn à la direction du parti travailliste montre que la social-démocratie peut commencer un nouveau cycle.

C’est d’Angleterre qu’est parti le blairisme qui a pourri le mouvement socialiste international et contaminé tous les partis sociaux-démocrates européens, du SPD allemand au Pasok grec, en passant par le PSOE espagnol et le Parti démocrate italien. La victoire de Corbyn est un encouragement. En Italie, un congrès d’unification des gauches socialistes, écologistes et communistes est prévu pour novembre. Il n’y a pas que la déprime liée à la crise grecque, il y a aussi des signaux positifs de changement. Et je m’adresse aux députés socialistes pour leur dire qu’ils peuvent être à leur tour des déclencheurs. Ils sont jeunes, ils ont le pouvoir d’écrire l’histoire au lieu de se limiter à gérer leur carrière.

À la fête de l’Huma, vous avez lancé votre sommet “pour un plan B en Europe” avec Yanis Varoufakis, alors que les communistes ont martelé leur soutien à Syriza et à Tsipras…

Que les choses soient claires, je ne suis pas devenu anti-Tsipras ! Ça n’a pas de sens. Je ne sais plus comment dire : je sais très bien que la partie n’est pas terminée, et que le moment de la renégociation de la dette grecque va arriver. Et je sais très bien qu’un gouvernement Syriza réélu, ce n’est pas pareil que la droite gagnante. Je crois d’ailleurs qu’il va gagner et j’espère aussi que les dissidents d’Unité populaire [la scission de l’aile gauche de Syriza emmenée par Zoe Constantopoulou – ndlr] auront une représentation parlementaire. L’union se reconstruira le moment venu pour affronter l’Europe qui va piétiner la Grèce. Je ne donne pas de leçon aux autres, mais j’en tire pour nous. Je parle du point de vue de celui qui ne veut pas être assimilé à ceux qui sont capables de signer un accord de super austérité, après avoir organisé un référendum contre. Je suis fidèle au programme, pas aux personnes. C’est la raison pour laquelle j’ai applaudi le partenariat conclu entre le PG et Unité populaire, qui reste fidèle au programme anti-austérité. Mais ça ne veut pas dire que nous faisons la campagne d’Unité populaire aux élections grecques. Quel sens concret cela aurait ?

Je voudrais qu’on évite les simplifications qui ne tiennent pas compte du caractère tragique de ce qui se passe en Europe. Tout l’est de l’Europe est rempli de fascistes et nous sommes à l’état de traces dans tous ces pays. Aujourd’hui, nous nous appuyons encore sur quelques positions en Grèce, en Espagne, en France, un peu en Allemagne, en Slovénie et, désormais, nous connaissons un changement à l’intérieur du camp travailliste anglais. Or il nous faut retricoter à toute vitesse un réseau européen, exactement comme l’ont fait les camarades d’Amérique latine à la fin du siècle dernier.

Notre initiative du “Plan B” se révèle incroyablement attractive. Honnêtement, je ne m’attendais pas à un impact pareil. La presse européenne a couvert l’événement, la retransmission du meeting sur internet a été fortement suivie, y compris à l’étranger. La tribune que nous avons publiée sert de texte fondateur, et plusieurs partis ou courants politiques se montrent intéressés. Donc on commence à recueillir les signatures individuelles d’élus ou de personnalités, et on va faire en sorte que la première réunion, qui aura lieu avant la fin de l’année à Paris ou à Bruxelles, regroupe plutôt des intellectuels, des économistes et des responsables de mouvements sociaux.

Il y a urgence, car on est dans un moment étrange de l’histoire où on a le sentiment que les décideurs européens ne sont pas vraiment maîtres de ce qu’ils font et, on le voit avec Schäuble, se laissent entraîner dans des surenchères folles. S’ajoute désormais l’affaire des migrants, qui est un “booster” inouï pour l’extrême droite.

Sur la question des migrants, comment faire autrement dans l’urgence ?

Ma position était de dire qu’il n’y a pas d’alternative à l’accueil. Ce n’est même pas idéologique : on ne peut rien faire d’autre tout simplement. Enfin, on pourrait sans doute faire autrement que de les mettre dans des camps. Les quotas n’ont pas de sens. Soit le traité de Schengen existe, soit il est aboli sans qu’on ne nous ait prévenus. Mais ceux qui ont traversé toutes ces épreuves ne se laisseront pas enfermer dans un train qui les conduirait vers une autre zone de misère. Ils veulent avoir eux aussi la liberté de circuler, et il est illégal de les en empêcher.

Mais l’essentiel est de remédier aux causes de cet afflux migratoire. Donc en finir avec les politiques économiques qui ruinent le sud sahélien et avec les logiques de guerre aveugle que François Hollande semble vouloir continuer. Qu’est-ce que de nouveaux bombardements vont régler ? La solution se trouve dans l’organisation au plus vite d’une conférence internationale où on discute avec ceux qui ont concrètement les doigts dans Daech. Parce que Daech ne tombe pas du ciel. C’est l’enfant des financements qataris, saoudiens, turcs… Et le bénéficiaire des ventes d’armes et d’achat de pétrole de contrebande par des pays occidentaux.

Par ailleurs, il faut cesser d’être aveugle devant l’histoire. Pour l’instant, la plus grosse vague de migration actuelle, elle part d’Europe. Un million de personnes ont quitté l’Espagne depuis 2010. 500 000 ont quitté la Grèce, sur 13 millions ! Face à ces chiffres, le nombre de migrants syriens accueillis est dérisoire.

Quand Hollande parle de l’accueil de 60 000 personnes, il ment. Il ne s’agit que de ceux qui ont déposé un dossier de demande d’asile. Et 12 000 l’ont eue. Quand il parle de 24 000 réfugiés accueillis en deux ans, il dit en fait qu’on continue exactement comme avant. Et face à l’Allemagne qui en vient à décider unilatéralement de fermer ses frontières, notre président est comme d’habitude. Ailleurs. Dans le coltard. Alors que l’attitude irresponsable du ministre allemand Thomas de Maizière exalte l’Europe allemande.

On ne parvient plus à gérer sereinement l’urgence. L’histoire nous a rattrapés. Le mouvement migratoire de réfugiés est l’enfant direct de la première du Golfe et de la fin des accords ACP, que l’Europe a remplacé par le libre-échange généralisé. Il y a bien sûr eu des étapes, mais à chaque fois on les a gérées dans l’immédiateté et la panique, sans plan d’ensemble. Au bout d’un moment plus personne ne contrôle rien.

« Tout est maintenant dans la bienséance, dans le politiquement correct »

Vous parlez d’« Europe allemande ». On peut entendre nombre de critiques que vous portez sur le fond. Mais pourquoi choisir cette forme-là ? Pourquoi jouer sur la fibre nationaliste anti-allemande, alors que vous savez qu’elle existe en France ?

Les trois guerres entre nos deux pays n’ont pas été déclenchées par les peuples français et allemands mais par les capitalistes des deux côtés du Rhin. La gauche française a manifesté jusqu’au bout pour empêcher la guerre de 1914. Et c’est la victoire électorale du nazisme sur la gauche allemande qui a été le point de départ de celle de 1939. Ceux qui me soupçonnent de jouer avec le feu sous-entendent en réalité que ce sont les peuples qui seraient responsables. Quel abominable contresens ! On n’a jamais parlé comme ça à gauche. Les résistants aux trois invasions allemandes n’étaient pas des nationalistes mais des patriotes.

La forme pamphlétaire de mon dernier livre (Le Hareng de Bismarck, Plon, mai 2015) pousse à la rugosité, car c’est elle qui fait réfléchir. Ceux qui me reprochent d’être germanophobe ne reconnaissent pas que je critique uniquement le modèle économique allemand. C’est ça le fond du sujet ! Les critiques que l’on me fait sur la forme cache une volonté de ne pas discuter du fond.

Et puis il y a aussi une méconnaissance crasse de l’histoire politique chez mes contempteurs, et un niveau politique appauvri par certains qui n’ont même pas la pudeur de se renseigner. Quand Cécile Duflot, après m’avoir comparé à Déroulède, ce qui reste une offense dont j’ai du mal à me remettre, s’offusque que je déclare :« Périsse l’Allemagne plutôt qu’une poularde à la peau craquante », c’est une référence à Robespierre disant :« Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! » Mais j’accepte le reproche que désormais il ne faille plus faire de références historiques, puisque personne ne les comprendrait.

Tout est maintenant dans la bienséance, dans le politiquement correct. On doit raconter sa vie, ça, ce serait intéressant. Mais on ne devrait plus entrer dans un débat de manière piquante. Quelles sont les mauvaises braises sur lesquelles je souffle ? Ce livre aurait été un succès car il n’aurait été acheté que par des gens voulant en découdre avec l’Allemagne ? J’en ai vendu 35 000. Ce serait n’importe qui d’autre que moi, on en aurait parlé comme d’un best-seller et on se serait interrogé sur ce qu’il est dit dedans et le débat que je pose. Mais on préfère parler de Jean-Vincent Placé qui a vendu 300 exemplaires.

Heureusement, l’épisode grec a été un accélérateur du débat sur l’attitude de l’Allemagne, et des intellectuels bon teint comme Jürgen Habermas se pose aujourd’hui les mêmes questions que moi. Quand j’ai publié mon livre, le modèle allemand était archi-dominant. Il ne l’est plus aujourd’hui et j’ai réussi à déclencher un débat, dont je n’ai pas le seul mérite. Qu’on me juge sur le contenu de ce que je dis, pas sur les apparences.

Ne payez-vous pas cette stratégie du « parler cru et dru », du « bruit et la fureur », que vous revendiquez ? Ce « sillon tribunitien » que vous entendez continuer à creuser ne s’avère-t-il pas contre-productif ?

Je suis indifférent à cette critique car elle essentialise ma stratégie. C’est une longue tradition que de bestialiser l’homme ou la femme de gauche. J’ai posé une stratégie, qui est aussi vieille que la gauche elle-même : la conflictualité crée de la conscience et par la rupture de l’ordre établi on prend conscience de la possibilité d’un monde nouveau. Naturellement, cette stratégie a toujours indisposé les secteurs de la société les moins préparés à comprendre les rapports de force.

Aujourd’hui, l’idéologie dominante fait des ravages terribles : chaque journal télévisé est un tract en faveur de madame Le Pen. On nous reproche de ne pas être devenu majoritaire, mais comment le pourrait-on face à cette déferlante de l’ordre établi ? Quand celui-ci vacille en faveur des plus puissants, la classe moyenne entre en ébullition et se polarise entre le “chacun pour soi” et le “tous ensemble”. C’est l’avenir dessiné par avance de la société française actuelle, et c’est dans cette perspective que je m’inscris. À chaque période correspond une forme du discours. De la faillite des illusions n’allait pas naître l’aspiration révolutionnaire mais le dégoût, la résignation, la peur. Le produit de tout cela est une abstention massive. Je suis un réveille-matin. Ma bataille est culturelle : la conscience est l’enjeu de la lutte de classes.

Je ne varie pas dans cette analyse et le principal reproche que je fais à Hollande, en fait, n’est pas de ne pas « être assez à gauche », mais d’avoir volatilisé le champ sémantique de la gauche. Le moment cardinal de son quinquennat n’est pas la trahison de toutes ses promesses, mais ce jour où il théorise le « socialisme de l’offre ». C’est un renversement complet de la perspective historique de la gauche, puisqu’on ne parle désormais plus de la demande, et celle-ci n’est donc plus légitime. Il a délégitimé l’aspiration populaire et relégitimé par la gauche l’obsession mercantile productiviste. Cela a conduit à voir le niveau de la gauche dans les urnes autour de 33 % à peine. La déferlante du “chacun pour soi” l’emporte avec son aide. Mais la partie n’est pas jouée.

Je connais le refrain : quand je lance un débat ou une proposition, ce n’est jamais le bon moment, jamais le bon thème et surtout jamais la bonne personne. Pourtant, tous ceux que j’ai lancés sont entrés dans l’actualité. Quand je me fais traiter de “raciste” par Cohn-Bendit, ça ne choque personne. Quand je le traite de “dégénéré”, ce que je n’aurais pas dû faire, tout le monde me tombe dessus. Je suis astreint à une bienséance que personne ne pratique pour lui-même. Cela me blesse, car nombre de ces imputations contredisent l’engagement de toute une vie de militantisme. J’ai dû m’habituer à supporter cette gauche acrimonieuse, traditionnelle dans les périodes de reflux, qui surligne les attaques que la droite porte déjà sans trêve. Elle ne m’a jamais accordé autre chose que des reproches. Je ne suis pas dupe, je fais la part de la jalousie. Et je sais bien qui et pourquoi je gêne. Je fais pour le mieux. Mais ce n’est pas moi le sujet de la période. La question n’est pas celle du succès assuré ou non. C’est de savoir si nous avons des raisons de nous battre. Et alors, on doit se souvenir qu’on est sûr de perdre les combats qu’on ne mène pas.

Le saviez-vous ? 14 pays africains contraints par la France à payer l’impôt colonial pour les “avantages” de l’esclavage et de la colonisation

Par Mawuna Remarque Koutonin , Mondialisation.ca, 20 février 2014, siliconafrica.com

Foccart & Houphouet-Boigny

Photo : Foccart & Houphouet-Boigny, les pères fondateurs de la françafrique

Le saviez-vous? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !

Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française.

Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé: les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnée.

Le but de cet acte scandaleux était bien évidemment, d’envoyer un message clair à tous les autres colonies sur les conséquences du rejet de la France.

Le fait est que peu à peu, la peur s’empara des Élites Africaines, et après ces événements aucun autre pays ne trouva jamais le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était “Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage”.

Pour les pays nouvellement indépendant il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’ Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français :

Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française.

Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40 % du budget du pays en 1963.

Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA ( franc des colonies françaises d’Afrique ), et créa la monnaie du pays.

Le 13 Janvier 1963, trois jours après , qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission.

Le rêve de Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises.

Le 30 Juin 1962, Modiba Keita, le premier président de la République du Mali , décida également de se retirer du système monétaire FCFA ( imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants ).

En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays.

Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’ un coup d’état menée par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré.

De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus :

  • Au 1er Janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.

  • Le 3 Janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta,  aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance

  • Le 26 Octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.

En fait , au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61 % des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.

Nombre de Coups en Afrique par pays

Ex colonies françaises

Autres pays africains

Pays

Nombre de coup d’état

Pays

Nombre de coup d’état

Togo

1

Egypte

1

Tunisia

1

Libye

1

Cote d’Ivoire

1

Equatorial Guinea

1

Madagascar

1

Guinea Bissau

2

Rwanda

1

Liberia

2

Algeria

2

Nigeria

3

Congo – RDC

2

Ethiopia

3

Mali

2

Ouganda

4

Guinea Conakry

2

Soudan

5

sous-TOTAL 1

13

Congo

3

Tchad

3

Burundi

4

Central Africa

4

Niger

4

Mauritania

4

Burkina Faso

5

Comores

5

sous-TOTAL 2

32

TOTAL (1 + 2)

45

TOTAL

22

 

Comme ces chiffres le démontrent, la France est tout à fait désespérée, mais active à conserver une forte emprise sur ses colonies peu importe comment, peu importe le prix.

En Mars 2008, l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré:

«Sans l’Afrique, la France va glisser vers le bas dans le rang de troisième puissance [ du monde ] “

Le prédécesseur de Jacques Chirac François Mitterrand déjà prophétisé en 1957 que : «Sans l’Afrique, la France n’aura pas d’ histoire au 21e siècle”

En ce moment même où j’écris cet article , 14 pays africains sont obligés par la France , à travers le pacte colonial , de mettre 85% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant , en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France . Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état . Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Nous accusons souvent les dirigeants africains de corruption et de servir les intérêts des nations occidentales, mais il y a une explication claire de ce comportement . Ils se comportent ainsi parce qu’ils ont peur d’être tués ou d’être la victime d’un coup d’état. Ils veulent s’allier à une nation puissante pour se sauvegarder en cas d’agression ou de difficultés. Mais, contrairement à une protection amicale, la protection de l’Ouest est souvent offert en échange du renoncement à servir leur propre peuple ou les intérêts des nations.

Les dirigeants africains travailleraient dans l’intérêt de leur peuple s’ils n’étaient pas constamment harcelés et intimidés par les pays coloniaux.

En 1958 , effrayé des conséquences de son choix d’indépendance face à la France , Léopold Sédar Senghor a déclaré: « Le choix du peuple sénégalais, c’est l’indépendance, ils veulent qu’elle ait lieu seulement dans l’amitié avec la France , pas en litige. “

Dès lors la France a accepté qu’une « indépendance sur le papier” pour ses colonies , mais a signé en parallèle des ” accords de coopération “, précisant la nature de leurs relations avec la France, en particulier les attaches envers la monnaie ( le Franc ), le système éducatif français, les ententes militaires et les préférences commerciales.

Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

1 . La dette coloniale pour les avantages de la France colonisation

Les pays nouvellement «indépendants» doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation.

Je dois encore trouver les détails sur les montants, l’évaluation des avantages coloniaux et les conditions de paiement imposées aux pays africains, mais nous y travaillons ( nous aider avec des informations ).

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale.

La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée- Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo -Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon.

La politique monétaire régissant un tel regroupement diversifié de pays est simple car il est, géré par le Trésor français , sans en référer aux autorités fiscales centrales comme l’UEMOA ou de la CEMAC. Selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65 % de ses réserves de change dans un « compte d’opérations » tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20 % pour couvrir les passifs financiers.

Les banques centrales CFA imposent aussi un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre à l’équivalent de 20 % des recettes publiques de ce pays sur l’année précédente. Même si la BEAC et la BCEAO ont une facilité de découvert auprès du Trésor français, les traites sur les facilités de découvert sont sous réserve du consentement du Trésor français. Le dernier mot est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En bref , plus de 80% des réserves de change de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français . Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement.

Les gains de l’investissement de ces fonds du Trésor français sont censés être ajouté à la réserve de change, mais il n’y a pas de comptabilité transmise aux banques ou aux pays, ni les détails de ces modifications. « Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains. ” écrit le Dr Gary K. Busch

Il est estimé que la France gère près de 500 milliards d’argent africain dans sa trésorerie, et ne fait rien pour mettre un peu de lumière sur ce côté sombre de l’ancien empire.

La finalité reste : Les pays africains n’ont pas accès à cet argent.

La France leur permet d’accéder à seulement 15 % de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argents détenu au Trésor français.

Pour rendre les choses plus tragiques , la France impose un plafond sur le montant de l’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve . Le plafond est fixé à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter plus de 20% de leur propre argent, la France a un droit de veto.

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics , les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marché étrangers sont considérés. Le fait que les pays africains pourraient obtenir une meilleure offres financière ailleurs n’est pas prit en compte.

En conséquence, dans la plupart des ex- colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

En fin de compte, comme je l’ai écrit dans un précédent article, les Africains vivent maintenant sur un continent possédé par les Européens !

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises.

La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourris des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés au pacte colonial. La France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement géré par les Français.

Les bases militaires françaises en Afrique

Lorsque le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a tenté de mettre fin à l’exploitation française du pays, la France a organisé un coup d’état. Durant le long processus pour chasser Gbagbo du pouvoir, les tanks français, les hélicoptères de combat et les forces spéciales sont intervenues directement dans le conflit, ont tiré sur des civils et tué beaucoup d’entre eux.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, la France estime que la communauté d’affaires française a perdu alors plusieurs millions de dollars lors de la ruée pour quitter Abidjan en 2006 (où l’armée française a massacré 65 civils non armés et blessé 1200 autres.)

Après la réussite du coup d’état par la France, et le transfère de pouvoir à Alassane Ouattara, la France a demandé au gouvernement Ouattara de verser une indemnité à la communauté d’affaires française pour les pertes pendant la guerre civile.

Du fait, le gouvernement Ouattara leur a payé le double de ce qu’ils ont dit qu’ils avaient perdu en quittant.

7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Oui , monsieur. Vous Devez parler français, la langue de Molière ! La langue française et une organisation de la diffusion de la culture a été créé. Appelé «Francophonie» qui regroupe avec plusieurs branches et organisations affiliées toutes contrôlées par le ministre français des Affaires étrangères.

Comme démontré dans cet article, si le français est la seule langue que vous parlez, vous auriez accès à moins de 4% de la connaissance de l’humanité et des idées. C’est très limitant.

8 . Obligation d’utiliser la l’argent de la France coloniale le FCFA

C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Lors de l’introduction de la monnaie euro en Europe, d’autres pays européens ont découvert le système d’exploitation français . Beaucoup, en particulier les pays nordiques, ont été consternés et ont suggéré à la France se débarrasser du système, mais sans succès.

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Sans le rapport, pas d’argent. Quoi qu’il en soit le secrétaire des banques centrales des ex- colonies, et le secrétaire de la réunion bi-annuelle des ministres des Finances des ex- colonies est effectué par la France banque centrale / du Trésor.

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays , sauf autorisation par la France

Les Pays africains en général sont ceux avec le moins d’alliance militaires inter-etat. La plupart des pays ne disposent que d’alliances militaires avec leurs ex- colonisateurs ! ( drôle, mais vous ne pouvez pas faire mieux! ).

Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France les gardent bien de le faire.

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Leur contribution est souvent ignorée ou minimisée, mais quand vous pensez que cela a pris seulement 6 semaines pour l’Allemagne pour vaincre la France en 1940, la France sait que les Africains pourraient être utiles pour conserver la « Grandeur de la France ” à l’avenir.

Il y a quelque chose de quasiment psychopathe dans la relation de la France avec l’Afrique.

Tout d’abord, la France est gravement accro au pillage et à l’exploitation de l’Afrique depuis l’époque de l’esclavage. Ensuite, il y a ce manque complet de la créativité et de l’imagination de l’élite française à penser au-delà du passé et de la tradition.

Enfin, la France dispose de 2 institutions qui sont complètement gelés dans le passé , habitées par des paranoïaques et psychopathes ” les hauts fonctionnaires ” qui répandent la crainte l’apocalypse si la France devait être amenée à changer, et dont la référence idéologique vient toujours du romantisme du 19ème siècle. Ils sont : le ministre de la Finances et du Budget de la France et le ministre des affaires étrangères de la France.

Ces deux institutions ne sont pas seulement une menace pour l’Afrique, mais pour les Français eux-mêmes.

C’est à nous que revient de libérer l’Afrique, sans demander la permission, parce que je ne peux toujours pas comprendre par exemple comment 450 soldats français en Côte d’Ivoire pourraient contrôler une population de 20 millions de personnes?

La première réaction des personnes lorsqu’ils apprennent l’existence de l’impôt colonial français est souvent une question: « Jusqu’à quand “

A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 ( près d’un siècle et demi ) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens.

Les pays africains paient la taxe coloniale depuis les 50 dernières années, donc je pense un siècle de paiement pourrait être de trop.

Mawuna  Remarque Koutonin

Article original : http://www.siliconafrica.com/france-colonial-tax/

Traduit par l’équipe communication du Collectif Map

 https://www.facebook.com/dossou.gaglozoun

 

Chaos : les maîtres de l’Empire occidental en pleine débandade

Paru dans Politis Par Le YétiSuivre sur twitter15 septembre 2015
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Ils ne savent plus où donner de la tête. Devant le chaos grandissant, les maîtres du vieil Empire occidental sont tout bonnement en train de perdre pied.

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Réfugiés : François Hollande décide… de bombarder la Syrie !

En temps normal, leurs deux seules préoccupations sont 1/ de faire le job, le temps de leur mandat, pour le système qui les engraisse ; et 2/ de tenter d’assurer autant que faire se peut leur réélection ou leur reclassement. Mais voilà que la machine se dérègle et que plus rien ne marche comme ils l’espéraient.

Comme des insectes affolés

  • David Cameron, sonné par la montée en puissance des indépendantistes écossais (ceux-là préparent un second référendum sur l’indépendance de leur pays) et l’arrivée impromptue du trublion Jeremy Corbyn à la tête du parti frère travailliste (c’est dire si la « reprise » britannique est fructueuse !), tente de donner le change par une virée approximative au Liban.

    « Certains pensent que Dave voulait plutôt être vu au Liban que d’y voir des réfugiés » (Robert Fisk).

  • Angela Merkel, après avoir généreusement ouvert ses bras de Walkyrie aux réfugiés déshérités, se voit contrainte, devant le flot, de dresser — Raus, Schengen ! — des contrôles à ses frontières, comme ses voisins autrichiens ou hongrois ou slovaques ou tchèques ou polonais…
  • François Hollande, ne sachant plus à quels saints du monde d’avant se vouer, décrète à tout hasard l’impérieuse nécessité de frappes françaises en Syrie, c’est-à-dire exactement l’action imbécile qui amplifiera à la folie les déferlements migratoires.
  • Barack Obama, étoile finissante ne sachant plus trop bien comment se distinguer, vient royalement de demander à son équipe « d’accepter au moins 10 000 réfugiéslors de la prochaine année fiscale ». À titre de comparaison, l’Union européenne tente d’en contenir le nombre à 160 000 et l’Allemagne évoque déjà ouvertement la barre du million.
  • Enfin, les dirigeants européens, lors de leur réunion déjà bien tardive du lundi 14 septembre, ont bien évidemment décidé de ne rien décider du tout, surtout pas des quotas de répartition des nouveaux arrivants, et de reporter le traitement commun du problème posé par les migrations au 8 et 9 octobre prochain…

« Lundi soir, l’Europe s’est une nouvelle fois couverte de honte » (Sigmar Gabriel, vice-chancelier allemand).

Le chaos déferle désormais au cœur de l’Empire

Le chaos migratoire n’est bien sûr qu’un nouvel avatar de toute une série de fiascos généralisés :

  • fiasco géopolitique : en voulant éliminer pour de sombres prétextes les trois dirigeants qui s’opposaient à leurs sombres desseins au Moyen-orient (mais qui préservaient, même à leur manière un peu rude, l’équilibre de la région), les maîtres de l’Empire ont fait le lit de l’État islamique, qu’aucun de leurs bombardements ne parvient à endiguer ;
  • fiasco politique : si les trois dirigeants détrônés n’étaient guère avenants, que dire des tristes baudruches censées représentées ce qui reste de cette démocratie qu’ils sont en train de saccager ?

« Je pense qu’il ne reste plus rien de la démocratie » (Jean-Pierre Chevènement, France culture, 14 septembre).

  • fiascos économiques, humanitaires et climatiques pour terminer, et qui ne sont pas pour rien, eux non plus, dans le déclenchement des vagues migratoires, tant aux périphéries de l’Empire qu’en son sein (combien de migrants grecs, ukrainiens,californiens contraints de quitter leur terre natale pour fuir l’enfer ? ).

Le fait nouveau apporté par la vague migratoire en cours est qu’avant d’être un ferment dans l’édification du monde d’après, elle est en train de propager au cœur même de l’Empire le chaos que ce dernier a semé chez eux. Car plus rien, plus aucune armée, plus aucune frontière de barbelés, plus aucun camp de « rétention » (évitons pudiquement les appellations de « détention » ou de « concentration ») et surtout plus aucun de nos lamentables maîtres d’Empire ne sauraient l’arrêter.

Espagne : de l’indignation à l’organisation

par Jeanne Moisand , le 20 mars

Le mouvement espagnol Podemos émane-t-il vraiment des Indignés ? Construit en tension sur deux modèles de démocratie (participative et plébiscitaire), Podemos dépend de la confluence d’une multitude de mouvements participatifs locaux et de leurs succès électoraux au cours des mois qui viennent.

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 Focalisées sur le personnage de Pablo Iglesias, les analyses du mouvement espagnol Podemos dénoncent souvent son « populisme » [1]. La success story de Podemos tient indubitablement aux capacités médiatiques de son leader, qui revendique de fait un populisme positif imprégné de références sud-américaines. Mais ce succès doit aussi être replacé dans son propre contexte : celui de l’intense mobilisation sociale qui a suivi le mouvement des Indignés en Espagne. Cristallisée autour de « marées sociales », cette mobilisation s’est ensuite institutionnalisée sous la forme d’une multitude de processus participatifs à des échelles diverses : celle des quartiers où ont continué à se réunir les assemblées indignées et où sont apparues de nouvelles formes d’activisme local ; celle des municipalités et celle des régions où s’élaborent des listes participatives pour les prochaines élections, basées sur des assemblées locales intégrées pour certaines – mais pas toutes – à Podemos ; et enfin, l’échelle étatique. Cette effervescence politique ne peut être résumée au succès individuel de Pablo Iglesias, et ce dernier pourra plus difficilement maintenir sa position dans les sondages (au coude à coude avec le PP et le PSOE) en cas de recul des mobilisations sur le terrain : les élections municipales et la plupart des régionales auront lieu entre fin mars et mai prochain (en septembre pour les élections très sensibles du parlement catalan) et seront autant de tests avant les législatives de décembre.

Cet essai a pour objectif d’analyser le moment politique actuel en Espagne en s’interrogeant sur le lien entre Podemos et les autres processus politiques participatifs qui se sont constitués dans le sillage des Indignés. Comprendre la nature de ce lien implique de revenir sur le développement de ces mobilisations entre 2011 et 2015, et de s’interroger sur la permanence et la transformation de leurs acteurs, de leur langage et de leur répertoire d’action à chaque étape. J’analyserai pour cela le surgissement des « marées sociales » (des mouvements de défense des droits sociaux qui ont pris leur essor après les Indignés) puis le développement de la PAH (une association regroupant les victimes des expulsions de logement). On verra ensuite comment l’activisme de quartier, régénéré par ces mouvements et par les assemblées indignées, s’est lancé à la conquête des institutions municipales en formant des candidatures « de confluence ». Le détour par le cas catalan permettra de comprendre quels problèmes pose l’articulation des différents mouvements participatifs à l’échelle étatique. Seront enfin abordées les tensions internes à l’organisation de Podemos, moins vite résolues qu’on ne le pense, entre démocratie plébiscitaire et participative.

Des Indignés aux « marées » sociales

Les Indignés ont fini par quitter les places qu’ils avaient occupées en mai 2011, mais leur discours et leurs pratiques ont continué à être portés par leurs assemblées de quartier et par plusieurs « marées » sociales. La politique de Mariano Rajoy a conforté la critique indignée des partis gouvernementaux : se conformant aux consignes de la Troïka, ce dernier a drastiquement réduit les dépenses publiques (de 13 milliards d’euros pour la santé et l’éducation depuis 2011) en s’appuyant sur la réforme expresse de l’article 135 de la constitution (réputée intouchable sur toute autre question) à laquelle avait procédé Zapatero en 2011 [2]. Cette cure d’austérité n’a pas eu d’effet positif sur l’emploi (tout au contraire, puisque le taux de chômage est passé de 21,52% à 23,67% entre 2011 et 2014, même s’il a légèrement diminué entre 2013 et 2014). Les annonces actuelles d’un début de reprise font difficilement oublier la pauvreté massive qui touche près d’un quart de la population selon différentes ONG [3]. 51,8% des actifs de moins de 25 ans sont au chômage [4] : les jeunes espagnols ont repris les routes de l’émigration de leurs grands-parents et doivent accepter des mini-jobs mal payés en Allemagne ou en Amérique latine [5]. Alors que tous les indicateurs sociaux tournaient au rouge, les scandales de corruption n’ont pas cessé de faire les unes de la presse, la crise de régime se traduisant par des fuites d’information en cascade. Ces scandales ont atteint la famille royale, les plus hauts postes des principaux partis, mais aussi l’administration régionale de base dont le quotidien a été fait pendant des années de concessions véreuses de marchés publics. 1700 instructions pour corruption étaient en cours en 2014, tandis qu’une étude évaluait le coût social de ces pratiques à 40 milliards d’euros [6].

Dans un tel contexte, les slogans des Indignés ont gagné en actualité : obtenir une démocratie réelle (« Democracia real ya ») en dénonçant les apories du système représentatif (« No nos représentan ») et les mécanismes qui ont provoqué la crise (« Esto no es nuestra crisis »). Différentes « marées citoyennes » ont relayé ces demandes en les appliquant à des luttes sectorielles bien précises. Défendant la santé publique, le système éducatif ou les personnes expulsées de leur logement, elles ont fini par confluer en mars 2014 en une impressionnante manifestation d’un million de personnes à Madrid [7], lors de laquelle chacun de ces mouvements d’anonymes défilait sous sa couleur : blanc pour la santé, vert ou jaune selon les régions pour l’éducation et pour le logement, bleu pour la défense de l’eau comme ressource publique, violet pour les « émigrés forcés », etc. Les Yayoflautas (les « papis joueurs de flûte ») portaient quant à eux comme d’habitude leur gilet jaune fluorescent. Menacés par la baisse de leur retraite, ces militants du troisième âge précarisé ont retourné le cliché lancé par Esperanza Aguirre, la Présidente conservatrice de la Communauté de Madrid, selon lequel les Indignés se réduisaient à quelques jeunes excités « perroflautas » (punks à chien) [8]. Témoignant au contraire par leur présence de la dimension « inter-âges » des marées sociales, les yayoflautas ont réactivé pour beaucoup d’entre eux les souvenirs des luttes anti-franquistes tout en reprenant à leur compte l’humour du 15M [9]. Ils ont utilisé conjointement d’anciens répertoires d’action (grève ou manifestation) et des pratiques nouvelles de happening politique rodées par les mouvements altermondialistes [10].

Le scratch est devenu en peu de temps l’une des pratiques les plus caractéristiques des marées sociales. Il consiste à dénoncer visuellement les personnes ou les entités jugées responsables d’une atteinte au bien commun en collant par exemple des étiquettes ou une affiche accusatrices sur un édifice. Importé d’Argentine, il y avait été inventé pendant les années 1990 pour dénoncer les personnes liées à la dictature et non jugées, et s’y était étendu pendant la crise des années 2000 [11]. Il a servi en Espagne à dénoncer les entités publiques à l’origine des choix d’austérité, ou les banques sauvées par des aides publiques qui continuent à expulser des familles de leur logement.

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L’exemple le plus emblématique de l’ample soutien social obtenu par ces mouvements est probablement celui de la « marée blanche » de Madrid. Des milliers de médecins, infirmières et personnels de toutes catégories s’y sont mobilisés contre le programme de privatisation des hôpitaux régionaux. Soutenus y compris par des électeurs potentiels du PP, ils ont récolté 1,47 millions de signatures en faveur de leur modèle de santé publique [12], poussant le gouvernement régional à retirer une grande partie de son projet. Forts de leurs connaissances spécialisées, les professionnels du secteur ont démontré non seulement l’absence de bénéfice du plan de privatisation pour les citoyens, mais même la perte sèche qu’il représentait en termes de qualité sanitaire et de finances publiques. À l’inverse, la marée blanche a exposé au grand jour l’incompétence du personnel politique en charge de la santé publique, notamment celle de la ministre Ana Mato qui a dû démissionner après son imputation dans l’énorme trame de corruption Gürtel [13]. Mais les marées sociales ne sont pas restées cantonnées aux catégories lettrées et à la défense des services publics.

Droit au logement et municipalisme

Les atteintes au droit du travail, centrales dans les réformes menées par le PP depuis 2011, ont elles aussi été au cœur des revendications, même si la mise en retrait des syndicats majoritaires n’a pas toujours facilité la tâche. Certains mouvements de protestation contre des fermetures d’usine ont pris une allure spectaculaire, comme la grève des « 300 spartiates » d’une usine coca-cola qui campent depuis un an sur le site pour empêcher sa fermeture [14]. C’est cependant sur le terrain du logement et des expulsions, plus que sur celui du travail, que les marées sociales sont parvenues à mobiliser le plus.

Crise du logement et expulsions en EspagneDes centaines de milliers d’individus et de familles ont été expulsés de leur logement en Espagne depuis 2008 [15]. Avant la crise, alors que l’État encourageait activement l’achat par les particuliers de leur résidence principale, des prêts irresponsables furent consentis par les banques : ils exposaient les emprunteurs à des taux variables très risqués et à des clauses abusives (les personnes expulsées devant continuer à payer leur dette). Après l’explosion de la bulle immobilière, une aide publique fut débloquée pour sauver les banques espagnoles de la faillite : leur dette privée fut alors convertie en dette publique, portant l’endettement de l’État à près de 100% du PIB malgré les coupes budgétaires drastiques. L’effort ainsi imposé aux contribuables pour sauver les banques ne fut compensé par aucune contrepartie pour protéger leurs usagers. Les expulsions ont donc augmenté au même rythme que le chômage et la pauvreté, sans discrimination aucune des groupes expulsés (les enfants et les personnes âgées, souvent garantes des prêts pour ces dernières, sont également concernés), de la saison, ou d’aucune autre considération humanitaire. Lorsqu’elles parviennent à s’exprimer publiquement, les victimes de ces expulsions évoquent à la fois leur honte et leur sensation de mort sociale. Des centaines de suicides liés à ces situations ont été enregistrés chaque année depuis le début de la crise [16].

C’est dans ce contexte dramatique que s’est constituée la « Plateforme des Affectés par les Hypothèques ». Née en Catalogne, la PAH a essaimé sur tout le territoire espagnol (on compte aujourd’hui 200 PAH locales) [17]. Elle joue depuis lors tous les rôles que l’aide sociale déficiente n’assume pas, accueillant les personnes menacées d’expulsion et leur fournissant une aide juridique. Elle les implique surtout dans la contestation collective – faite de blocages d’expulsion et de scratchs –, et les fait passer du statut de victime à celui d’activiste. La PAH a aussi contribué à réactiver l’activisme de quartier, ce qu’on appelle en Espagne le « mouvement vecinal (des habitants/quartiers) ». À la fin du franquisme, ce dernier s’était structuré autour d’associations locales (asociaciones de vecinos) pour revendiquer logements et services urbains, mais s’était peu à peu démobilisé après la Transition [18]. La PAH s’est aussi inspirée d’expériences plus récentes, comme celle de l’association « V de Vivienda » (V de victoire-logement) qui dénonçait les risques de bulle immobilière dans les années 2000. C’est dans les rangs de cette association que s’est formée Ada Colau, la fondatrice de la PAH devenue la figure la plus connue des marées sociales. Grâce au soutien massif de la société espagnole (évalué à 80% d’opinions favorables envers la PAH en 2013, alors que seuls 11% des Espagnols avaient confiance dans leur gouvernement [19]), elle a pu regrouper 1,4 million de signatures en faveur d’une Initiative Législative Populaire (ILP) qui proposait trois réformes : un moratoire sur le paiement des hypothèques, la donation des logements à l’organisme prêteur contre l’extinction de la dette (« dación en pago »), le relogement en habitat social. Suite à cette action, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé le 14 mars 2013 que la loi espagnole relative aux prêts hypothécaires était contraire au droit de l’Union [20]. Une nouvelle loi hypothécaire votée par le PP en mai 2013 tenait à peine compte des demandes formulées par la ILP. Le 17 juillet 2014, la Cour a jugé qu’elle continuait à violer les droits humains fondamentaux [21], ce qui n’a pas empêché le nombre d’expulsions d’augmenter depuis lors [22].

Face à cette résistance des pouvoirs publics, le besoin de traduire politiquement l’action des marées sociales est devenu plus urgent. Refusant d’intégrer un parti ou un syndicat classique comme on l’y invitait, Ada Colau a lancé en juin 2014 le mouvement « Guanyem Barcelona » (Gagnons Barcelone), une « plateforme de confluence » fondée en vue des élections municipales de mai 2015, se fixant pour objectif de convertir les institutions locales à la démocratie participative. Cette « confluence », un mot récurrent dans le vocabulaire politique espagnol actuel, désigne la rupture des clivages partisans anciens par le rassemblement de citoyens souhaitant participer davantage à la vie politique, d’activistes locaux et de partis politiques critiques. De nombreux secteurs ont apporté leur soutien à l’initiative (récemment renommée Barcelona en comú à cause d’un problème juridique sur le nom guanyem), parmi lesquels on retrouve des activistes des marées sociales et de la PAH, des associations de quartier ainsi que certains partis politiques (comme Podemos, les verts d’ICV ou le « Processus constituant » dont je parlerai par la suite). Le mouvement s’est organisé en commissions par quartier et par thème, selon un schéma fidèle à la tradition des Indignés.

Guanyem a rapidement fait des émules dans le reste de l’Espagne, avec la création de listes comme Guanyem Valencia, Ganemos Madrid (Gagnons Madrid) ou Ganemos Jérez, et ainsi d’une infinité d’autres villes. Ces nouvelles candidatures « de confluence » n’ont pas été sans poser problème : la gauche institutionnelle a cherché à s’y recomposer sans toujours respecter l’esprit et les pratiques de ce municipalisme d’assemblées ouvertes, ce qui a provoqué de nombreuses tensions (par exemple dans la région de Murcie ou à Malaga) [23]. Malgré ces difficultés, l’espoir éveillé par ce nouveau municipalisme est au moins aussi important que celui suscité par Podemos : alors que les élections du 24 mai 2015 s’approchent, certains partisans du radicalisme municipal rappellent que le changement de régime en 1931 fut provoqué par la victoire des républicains aux municipales.

Souverainisme, nationalisme et populisme

L’appel d’Ada Colau à la confluence des mouvements citoyens a revêtu une dimension particulière en Catalogne, où la question de l’indépendance oriente les revendications souverainistes vers des objectifs a priori différents. L’affirmation de la souveraineté catalane contient en fait deux revendications différentes : celle du « droit à décider » (c’est-à-dire le droit des Catalans à définir leur lien à l’État et à l’exprimer à travers un référendum) et celle du droit à accéder à une république catalane indépendante. Alors que 80% des Catalans aspirent à s’exprimer sur l’indépendance, ils seraient autour de 50% à dire oui si ce référendum avait lieu. Le plus large consensus concerne donc le « droit à décider » [24]. Les coupes imposées en 2010 par le Tribunal constitutionnel espagnol à l’Estatut, un texte négocié pendant des années avec le gouvernement Zapatero et adopté à la majorité absolue par les députés catalans, n’y sont pas étrangères. Cette sentence, émanant d’une institution peu autonome par rapport aux partis au pouvoir à Madrid, a été dénoncée par de larges secteurs de la société catalane comme une attaque à leurs droits démocratiques fondamentaux.

Liée à la crise, l’affirmation actuelle de la souveraineté catalane revêt aussi une dimension économique dont les nuances varient infiniment d’un secteur à un autre. Pour les secteurs du catalanisme actuellement au pouvoir (les conservateurs de CiU et le parti historique de l’indépendantisme, ERC), la Catalogne aurait été entraînée dans la crise économique par une Espagne à la dérive, par son modèle fiscal centraliste et par son capitalisme archaïque, digne des caciques corrompus au pouvoir à Madrid (même si la corruption de CiU, et notamment du patriarche Jordi Pujol, s’avère en fait à la hauteur de celle des partis espagnols). Face à cela, il faudrait (selon CiU [25]) renforcer l’autonomie fiscale de la Catalogne, voire (selon ERC) accéder à l’indépendance pour libérer l’esprit d’entreprise national des entraves de l’État espagnol et sortir de la crise. À cette interprétation libérale et dominante de la souveraineté économique catalane s’oppose une vision minoritaire beaucoup plus critique du modèle économique actuel. Elle est défendue au parlement catalan par la CUP (Candidatura Unitaria Popular), un jeune parti anticapitaliste et indépendantiste à l’origine des premières consultations sur l’indépendance dans les municipalités catalanes et fondé sur un modèle d’activisme local.

On retrouve ces oppositions entre les deux mouvements catalanistes basés sur des processus participatifs : l’ « Assemblée Nationale Catalane », forte de 40 000 membres et d’autant de sympathisants (80 000 au total selon son site), et le « Processus Constituant » qui revendique 47 000 adhérents. Le premier mouvement, structuré autour d’assemblées territoriales et sectorielles, reprend l’interprétation libérale de la souveraineté économique catalane. Refusant toute politisation, il ne contredit pas l’agenda politique des partis au pouvoir. Le « processus constituant » paraît en revanche beaucoup plus proche des Indignés. Lancé en avril 2013, il défend une conception très large du « droit à décider », le faisant porter sur tout ce qui a trait à l’organisation politique, économique et sociale. L’économiste Arcadi Oliveres, l’un de ses co-fondateurs formé dans les mouvements catholiques antifranquistes, critique très sévèrement les formes fiscales du nationalisme catalan : les fortes inégalités sociales en Catalogne tiendraient selon lui avant tout au modèle mis en place par les élites catalanes depuis la Transition et non à la relation avec l’Espagne. Il est épaulé par la sœur Teresa Forcades, docteure en théologie et en médecine, religieuse bénédictine du monastère de Montserrat devenue populaire en postant sur youtube une vidéo dans laquelle elle dénonçait les lobbys pharmaceutiques à l’œuvre lors de la campagne de vaccination contre la grippe A. Depuis, elle expose régulièrement sa « critique éthique du capitalisme » ou sa « théologie féministe » sur les plateaux de télévision [26]. Le « processus constituant » catalan s’appuie sur la convocation d’assemblées locales et sur l’activisme de quartier, tout en appelant à la confluence des gauches contre les coupes budgétaires tant à échelle catalane qu’espagnole. Si des divergences profondes existent entre ce type de souverainisme catalan et celui du catalanisme conservateur, une autre division s’affirme actuellement entre les aspirations du Procès constituent et celles d’un parti comme la CUP, qui refuse quant à lui de « confluer » avec Barcelona en comú (la liste participative municipale) et avec Podemos au nom de leur supposé « espagnolisme ».

La « confluence » entre les mouvements participatifs d’échelle locale, régionale et étatique constitue un défi important pour le mouvement Podemos. Prenant acte de la centralité du problème catalan, Pablo Iglesias s’est déclaré favorable au référendum sur l’indépendance catalane (une première pour un parti susceptible de gouverner en Espagne) tout en avouant préférer le « non » à titre individuel. Les sondages attestent pour le moment de la popularité de Podemosen Catalogne : on lui attribue entre 20 et 22% des intentions de vote des électeurs catalans aux élections législatives espagnoles (ce qui le place comme première force politique catalane à cet échelon) et 14% pour les élections au parlement catalan [27]. La stratégie discursive de Pablo Iglesias et de ses proches risque cependant de conforter les accusations d’« espagnolisme » de la CUP et d’approfondir le clivage de la gauche catalane autour de la question nationale. L’équipe dirigeante de Podemos assume en effet tout un vocabulaire patriote et populiste en empruntant ses références à l’œuvre du philosophe argentin Ernest Laclau [28]. Le populisme consiste selon eux à rompre les clivages traditionnels droite-gauche pour générer un nouvel espace de référence politique, et pour déjouer ainsi la position à laquelle les partis de gouvernement assignent Podemos : celle d’une gauche anti-système dangereuse, vouée à ressusciter les divisions de la guerre civile et à rompre les consensus économiques européens. La ressource symbolique majeure pour parvenir à ces déplacements consiste à désigner un ennemi commun (« la caste », dans laquelle confluent élites politiques et élites économiques) et à doter « le peuple », voire « la patrie », d’un nouveau contenu social. Le mot « patrie », jusque-là tabou pour les gauches espagnoles, est ainsi devenu depuis quelques mois omniprésent dans le langage d’Iglesias. Il pense le détourner de sa signification traditionnelle en le liant à la défense des droits sociaux, et en affichant en même temps son soutien au référendum catalan ou à une nationalité ouverte aux étrangers vivant en Espagne. Ces références, efficaces pour convaincre à la fois certains anciens électeurs du PP (le parti populaire au pouvoir) et du PSOE (parti socialiste), donnent cependant de nouveaux motifs à ceux qui, issus des Indignés ou des gauches périphériques, dénoncent non seulement l’ « espagnolisme » mais aussi l’autoritarisme des leaders de Podemos.

Podemos entre démocratie participative et plébiscitaire

Le vocabulaire patriote était omniprésent dans le discours d’Iglesias le 31 janvier dernier à Madrid, lors d’une grande manifestation de soutien à Podemosà laquelle 200 000 personnes auraient participé. Organisée juste après la victoire de Syriza aux élections grecques, cette manifestation avait principalement pour objectif de conforter l’image médiatique d’une rupture politique en marche dans plusieurs pays du Sud de l’Europe. De nombreux représentants des marées sociales et des nouvelles candidatures municipalistes étaient invités et présents, comme Ada Colau (de la PAH et de Barcelona en comú), afin d’incarner leur « confluence » avec Podemos. Pourquoi, malgré les références populistes et la stratégie charismatique d’Iglesias, ces mouvements soutiennent-ils cette confluence ?

Né en janvier 2014, le mouvement Podemos s’est abreuvé selon le philosophe Juan Domingo Sánchez Estop à trois sources différentes : les Indignés, le parti politique Izquierda Anticapitalista (IA) proche du NPA français mais marqué par son passage par les Indignés, et la Tuerka – une chaîne de télévision privée animée par des universitaires de la Complutense de Madrid (dont est issu Pablo Iglesias) – [29]. La filiation indignée se repère au fonctionnement par assemblées locales (les « cercles Podemos »), peuplées d’anciens participants aux assemblées indignées et aux marées sociales. Sur décision de l’équipe dirigeante cependant, la participation réelle à ces cercles a été rendue équivalente, en termes de votes, à celle des « amis » virtuels de Podemos sur internet (352 800 à ce jour). Cette décision a court-circuité le pouvoir des cercles locaux et permis au modèle plébiscitaire d’organisation de Podemos, présenté par Iglesias aux élections internes de novembre 2014, de l’emporter contre une motion beaucoup plus démocratique menée par Pablo Echenique. Fort de ce succès, Pablo Iglesias a pu réviser le programme présenté aux Européennes et isoler les militants d’IA en interdisant la double appartenance militante (ce en quoi Podemos s’oppose au fonctionnement de Syriza comme coalition de partis). À rebours de la méfiance des assemblées envers les experts, il a alors confié le programme économique du mouvement aux économistes Juan Torres et Vicenç Navarro, qui ont présenté un projet de mesures néo-keynésiennes [30]. Bien préparé aux affrontements des plateaux télévisés par ses émissions sur la chaîne La Tuerka, Iglesias a enfin parié sur ses succès médiatiques pour continuer à gagner des points dans les sondages.

Ce modèle de démocratie plébiscitaire reste cependant en lutte dans l’organisation de Podemos avec le modèle plus participatif, dont les défenseurs sont loin d’avoir abandonné le navire. Les primaires du parti pour les prochaines élections régionales (convoquées entre fin mars et septembre 2015) l’ont manifesté récemment, avec la victoire de nombreux partisans de la motion démocratique défaite en novembre : Pablo Echenique, le leader de cette motion, a été élu secrétaire général de Podemos en Aragon avec 75% des voix ; Teresa Rodríguez, militante d’IA et autre tête visible de ce Podemos mis en minorité en novembre, a accédé au même poste pour l’Andalousie, une région décisive car il s’agit du bastion du PSOE ; en Navarre, Laura Pérez Ruano a elle aussi été élue sur une liste soutenue par Echenique ; à Madrid, le candidat soutenu par Iglesias a certes gagné, mais avec le score très serré de 49,8% des voix contre 44,4% pour son adversaire, dont tout une partie de la liste accède au « conseil citoyen » de la région. Parmi ces nouveaux « conseillers » de Podemos-Madrid, on compte des gens comme Carmen San José, une médecin très investie dans la marée blanche qui atteste par sa présence des continuités entre les mobilisations sociales des dernières années et le parti en cours de constitution [31]. Les victoires des tendances les plus fidèles à l’esprit initial des Indignés ont eu lieu lors de votes assez techniques : ces primaires régionales impliquaient soit de voter pour une liste en bloc, soit de débloquer la liste (comme c’est arrivé dans les votes madrilènes) et de choisir soi-même ses candidats entre plusieurs dizaines d’anonymes porteurs de projets précis pour leur région. En novembre dernier, le vote qui avait permis à la motion d’Iglesias de l’emporter haut la main était beaucoup plus simple : les électeurs devaient choisir entre deux motions opposées en bloc dont l’une était menée par Iglesias. L’alternance entre voie plébiscitaire et voie participative pourrait se mettre durablement en place dans les élections internes à Podemos, selon le type de consultation plus ou moins technique à laquelle sont appelés les adhérents au mouvement.

Une proche de Pablo Iglesias a récemment différencié un « Podemos qui gagne » d’un « Podemos qui proteste », une opposition très critiquée par ceux des adhérents au mouvement qui entendent continuer à protester tout en gagnant [32]. Comme l’ont manifesté les dernières élections internes àPodemos, ces derniers ne se réduisent pas à une minorité passive servant de caution « indignée » à Iglesias. Pour comprendre l’originalité de ce mouvement, il paraît nécessaire de prendre acte de cette tension persistante entre plusieurs pratiques et langages politiques : ceux d’une équipe dirigeante occupée par sa stratégie médiatique, et ceux des cercles locaux de démocratie participative dont le langage emprunte peu au lexique patriote et aux formes plébiscitaires. S’il faut reconnaître aux premiers leur contribution à l’ouverture inédite d’une fenêtre de possibles dans la politique espagnole et européenne, les seconds promettent semble-t-il une transformation plus profonde de la vie politique. Chevilles ouvrières des candidatures Podemos aux prochaines régionales, les activistes locaux sont aussi à l’initiative d’une multitude de listes participatives pour les municipales de mai 2015, hors de ce mouvement pour la plupart mais héritées comme lui des assemblées de quartier indignées et des marées sociales. L’originalité du panorama politique actuel en Espagne repose sur cette mobilisation continue et multiforme de démocrates radicaux, qui comme leurs ancêtres de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle défendent avant tout le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Dans le cas de Podemoscomme dans celui de Syriza, la critique du système économique européen paraît fondamentale. Par ses pratiques cependant, le mouvement espagnol met plus profondément en cause un modèle de citoyenneté de très basse intensité participative, qui génère partout en Europe des frustrations politiques profondes.

par Jeanne Moisand , le 20 mars