Elections régionales : la liste de Gérard Onesta fait campagne dans le lauragais avec les déçus du Parti socialiste

Menée par l’écologiste Gérard Onesta et rassemblant divers partis de gauche, la liste Nouveau monde a lancé sa campagne dans le Lauragais, en présence d’anciens cadres socialistes.

28/10/2015 à 18:31 par Paul Halbedel

Plusieurs des candidats de la liste Nouveau Monde, en lice pour les élections régionales en Midi-Pyrénées – Languedoc-Roussillon, à l’occasion de ce lancement de campagne dans le Lauragais. (Crédit photo : Paul Halbedel)

A un mois et demi des élections régionales, la liste Nouveau monde, emmenée par Gérard Onesta, a officiellement lancé sa campagne dans le Lauragais. Un coup d’envoi donné mercredi 28 octobre, à l’occasion d’une conférence de presse qui a réuni des candidats issus des différentes forces politiques associées au sein de ce rassemblement.

Trois des quatre premiers de liste dans l’Aude étaient notamment présents : le Narbonnais Patric Roux (Parti occitan) qui conduira cette liste départementale, Manon Le Bretton (Parti de gauche) qui réside à Mireval-Lauragais et Stéphane Linou (EELV), conseiller municipal d’opposition à Castelnaudary et ancien conseiller général.

Un proche de Pierre Izard sur la liste haut-garonnaise

Lors de ce rendez-vous avec la presse, étaient également présents deux anciens membres des instances nationales du Parti socialiste, aujourd’hui représentants de la Nouvelle gauche socialiste : l’ancien député européen Liêm Hoang-Ngoc qui a quitté le PS il y a quelques mois pour fonder ce nouveau parti et Julien Jusforgues, ancien cadre du PS de Haute-Garonne et qui a été durant de très longues années le directeur de cabinet de Pierre Izard au Conseil général. Tous deux seront candidats sur la liste Nouveau monde, le premier dans le Gers et le second en Haute-Garonne.

« Nous avons créé la Nouvelle gauche socialiste pour représenter les socialistes qui ont été déçus après le congrès de Poitiers. Nous voulons proposer autre chose à nos concitoyens et aux électeurs socialistes qui ne comprennent pas les choix faits actuellement par le PS et l’exécutif. Ces orientations nous les contestons et si nous sommes là aujourd’hui, c’est pour dire que les vrais socialistes ne sont pas sur la liste de Delga ou de Saurel. Ils sont sur la liste de Gérard Onesta pour préparer la gauche de demain », a indiqué Liêm Hoang-Ngoc.

Un constat que partage pleinement Julien Jusforgues qui assure la coordination de la Nouvelle gauche socialiste en Haute-Garonne : « Aujourd’hui, de nombreux adhérents quittent le PS ou cessent toute activité militante. Certains ne restent que pour des raisons clientélistes. Nous sommes pour autant persuadés qu’il existe des militants et élus socialistes qui sont sincères mais totalement désorientés par la politique néolibérale qui est menée par ce Gouvernement. Nous avons essayé de faire bouger les lignes de l’intérieur pour finalement arriver à un constat d’échec. Et pour éviter les bouderies, l’abstentionnisme et le repli sur soi, nous avons décidé de créer ce parti qui puisse être fidèle aux valeurs socialistes et redonner du sens à l’engagement des militants socialistes.»

Priorité aux producteurs locaux et plan protéines végétales

Les différents candidats présents ont aussi abordé la plateforme programmatique qu’ils défendront lors de cette campagne et qu’ils comptent appliquer en cas d’élection de Gérard Onesta à la tête de la future grande région Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon.

Stéphane Linou a tout d’abord plaidé pour une « articulation des solutions à apporter en matière de protection du climat, de développement économique, d’emploi et de formation professionnelle ». L’ancien conseiller général a aussi appelé à «une nouvelle façon de produire et consommer», indiquant que la Région s’engagerait sur la mise en place d’un plan protéines végétales qui permettra d’accompagner certaines exploitations dans le développement de la culture de légumineuses. Il a également annoncé qu’une priorité serait donnée aux producteurs locaux dans l’ensemble des appels d’offres passés par la collectivité.

Un soutien aux emplois “utiles, durables et non délocalisables”

Manon Le Bretton a quant à elle évoqué « le taux de chômage catastrophique» relevé actuellement dans la région, se prononçant pour une évolution du modèle de développement économique : «Il existe à Castelnaudary des structures très discrètes comme la Société coopérative d’intérêt collectif Pays’en bio. C’est ce genre de modèles issus de l’économie sociale et solidaire que nous souhaitons promouvoir et développer à l’échelle de la région, avec des instances décisionnelles démocratiques qui donnent la priorité aux producteurs locaux et leur assurent des débouchés. Ce sont des emplois non délocalisables et dont le bilan carbone est bien meilleur que celui de la plateforme de la Socamil qui va s’installer à Castelnaudary dans une zone d’activités fortement soutenue par l’actuelle région.»

Patric Roux a lui aussi rappelé l’obligation pour la puissance publique « d’intervenir au profit de l’emploi utile, durable et non délocalisable, plutôt qu’en subventionnant des entreprises». Il a par ailleurs affirmé que la liste Nouveau monde était à l’heure actuelle « la seule à entrer en campagne et à aller au devant des électeurs avec un programme et des propositions politiques concrètes ». Avant de prévenir : « Et nous serons les seuls à véritablement appliquer notre programme !».

Paul Halbedel
Publicités

L’économiste James Galbraith raconte les coulisses du plan B grec

20 octobre par Martine Orange

De février à juillet, l’économiste s’est rendu à Athènes pour travailler aux côtés du gouvernement. Il raconte les débats autour d’une éventuelle sortie de l’euro. « On s’est exagéré les difficultés. Pour la prochaine fois, on saura comment faire », dit-il.

Deux mots lui viennent spontanément pour résumer la situation actuelle de la Grèce après le nouveau plan d’austérité. Deux mots dont l’économiste américain James Galbraith assume la violence pour expliquer, ce vendredi 16 octobre, à l’institut Veblen, devant ses collègues français, l’ampleur du désastre grec : colonisation et liquidation. « C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Une perte d’indépendance totale et une liquidation de l’État grec. La Grèce est un pays qui n’est plus indépendant. Le gouvernement a perdu toute marge de manœuvre. Il lui est interdit d’introduire la moindre loi sans l’accord préalable de ses créanciers », dit l’économiste américain.

Alors que le Parlement grec vient d’adopter la première salve des réformes imposées dans le cadre du nouveau plan européen de juillet, James Galbraith explique l’envers du décor. « Ces 48 projets de loi prioritaires sont dictés à Bruxelles et traduits ensuite en grec », dit-il. « Ce ne sont pas des réformes pour améliorer les conditions économiques de la Grèce. Ce sont des réformes construites par les lobbies », poursuit-il.

À l’entendre, chacun d’entre eux veut sa part. Les dates de fraîcheur du lait ont été repoussées de 3 à 7 jours pour que les entreprises hollandaises puissent exporter leur lait. Les grands groupes pharmaceutiques se sont arrangés pour être avantagés face à l’industrie locale, en invoquant une concurrence en fait « manipulée au travers des paradis fiscaux et des prix de transfert ». Les privatisations sont conçues pour « créer des monopoles privés pour les entreprises étrangères » sur les biens les plus intéressants, à l’image de l’aéroport d’Athènes, détenu par le groupe allemand de BTP Hochtief.

Le constat dressé par James Galbraith est d’autant plus dur qu’il a travaillé pendant six mois pour éviter d’en arriver là, pour tenter de trouver d’autres voies. De février à juillet, l’économiste américain a délaissé ses cours à l’université d’Austin (Texas) pour venir à Athènes aux côtés de « son ami » Yanis Varoufakis, alors ministre des finances. Ensemble, les deux économistes, qui sont très proches, ont essayé de concevoir d’autres schémas, d’imaginer des solutions de compromis, d’étudier, dans le plus grand secret, un plan B de sortie de l’euro, au cas où.

Mais finalement, rien ne s’est produit comme prévu. N’y avait-il pas beaucoup de naïveté de leur part à sous-estimer le rapport de force européen ? « Depuis le début, on ne se faisait aucune illusion. On savait que si on n’obtenait pas un résultat à court terme, la situation serait de plus en plus difficile. L’État grec n’avait plus que 3,5 milliards de réserves », raconte-t-il. Très vite, dit-il, il leur est apparu qu’il n’y avait rien à attendre des ministres des finances, des réunions de l’Eurogroupe. « Ce sont des petites gens, conservateurs », dit-il. Il s’en faudrait de peu pour que James Galbraith prononce le mot de minables, tant il a été déçu de voir l’incompétence économique de ces responsables, pris, à l’entendre, entre leurs élections (Espagne, Portugal, Irlande) et l ’idéologie (Slovaquie, Lituanie, Finlande).

« Que pouvait-on faire pour améliorer la situation de la Grèce ? Cela ne les intéressait pas. C’étaient des discussions dans le vide. Il fallait changer de niveau. Se concentrer sur la chancelière allemande Angela Merkel et obtenir une décision politique avec l’appui des États-Unis. Obama a bien appelé Angela Merkel. Mais la décision politique espérée n’est pas venue », dit-il.

Mais pourquoi, ont insisté plusieurs économistes français lors de la discussion, ne pas avoir pris dès l’arrivée au pouvoir la décision d’instaurer un contrôle des capitaux, afin de créer un rapport de force, de rendre possible un plan B, si nécessaire ? « Il y avait une raison politique pour ne pas le faire. Alexis Tsipras considérait que ce premier pas était irréversible vers la sortie de l’euro. Et puis, on craignait la réaction populaire. On avait tort. La population était prête, comme on l’a constaté au moment de la fermeture des banques et de l’instauration du contrôle des capitaux fin juin. Les Grecs avaient pris leurs précautions », relève-t-il.

Chargé de travailler avec quatre ou cinq personnes à l’élaboration d’un plan B, James Galbraith raconte combien cela a été complexe. Il leur fallait se réunir dans le plus grand secret, sans aucune aide de l’appareil de l’État, de la Banque centrale de Grèce, afin que rien ne fuite à l’extérieur. « On ne pouvait pas en discuter publiquement. Les risques de déstabilisation étaient trop grands. » Très vite, ils se sont trouvés retrouvés à évaluer seuls des problèmes très matériels. En cas de sortie de l’euro, la Grèce aurait-elle assez de pétrole ? Y avait-il suffisamment d’insuline dans les hôpitaux ? Comment faire avec les retraités qui retirent l’intégralité de leur pension dès les premiers jours du mois ?

La question monétaire, des moyens pour assurer la liquidité de l’économie étaient au centre de leurs préoccupations. Car sans Banque centrale autonome, sans réserves, sans monnaie indépendante, tout tourne au casse-tête. « S’il y avait une possibilité de sortie de l’euro faite de façon collaborative, si les pays avaient le droit de prendre une dérogation, avec le soutien de la Banque centrale européenne, cela pourrait marcher », explique-t-il.

En mai, raconte l’économiste, ils ont discuté la possibilité de faire une démarche auprès du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, afin d’étudier les modalités d’une transition monétaire. « Mais Alexis Tsipras a dit non. Il craignait que cela ne s’ébruite. Dans son entourage, ils étaient de toute façon persuadés dès le début que c’était impossible », raconte-t-il.

« On s’est exagéré les difficultés de la sortie de l’euro. Je crois maintenant qu’on aurait pu maintenir un système de paiement sans changer les codes. Avec le contrôle des capitaux, c’est déjà fait. Pour la prochaine fois, on sait maintenant comment faire », dit James Galbraith.

Car il y aura une prochaine fois, James Galbraith en est persuadé, que ce soit en Irlande, au Portugal, en Grèce ou ailleurs. « J’étais très attaché au projet européen. Je le suis beaucoup moins maintenant. Un système qui n’admet pas la discussion, qui est catégoriquement opposé à tout gouvernement de gauche, qui est catégoriquement engagé dans la déstabilisation, ce n’est pas possible. Que signifie une Europe qui a pour programme de couper les retraites des plus vulnérables, de réduire la syndicalisation à zéro, de libéraliser le marché du travail jusqu’à l’informalisation ? » dit-il. Avant de prédire : « La prochaine fois qu’un gouvernement de gauche est élu, il viendra d’emblée avec un plan B dans la poche. »

Revenant sur le référendum de juillet, James Galbraith confirme que Syriza s’attendait à perdre. « Ils pensaient que le oui l’emporterait et même ils l’espéraient », dit-il. Le non l’a gagné, suivi la semaine d’après par une « capitulation », selon ses termes, et un nouveau plan d’austérité. Pour James Galbraith, l’échec de ce nouveau plan est déjà inscrit. Même si l’augmentation des taxes permet pendant quelques mois d’augmenter les recettes de l’État, les mesures exigées vont conduire selon lui à une nouvelle diminution de l’activité, à une nouvelle récession.

« Alexis Tsipras a fait tout pour retenir le pouvoir », constate-t-il. « Il dispose d’un Parlement stable. Il a pu choisir ses candidats. Il a écarté son opposition de gauche et il a un partenaire qui ne demande rien. Il peut rester pendant quatre ans. » « Mais le gouvernement va-t-il pouvoir obtenir le résultat demandé par les créanciers ? Certes, le Parlement va accepter tout ce qui est exigé. Mais les magistrats, la police, la population vont-ils faire ce qu’on leur demande ? » s’interroge James Galbraith. « Pour le peuple grec, ce contrat est illégitime. Il lui a été imposé par coercition. Cela m’étonnerait qu’il n’y ait pas de résistance passive, voire active de la population. La rue est toujours là. »


Source : Mediapart

Perturbateurs endocriniens : comment les lobbys ont gagné

Par Eric Favereau 7 octobre 2015 à 19:26 Libération
Les perturbateurs vont se nicher dans les cosmétiques, détergents, plastiques et autres films alimentaires, jouets et certains médicaments.
Les perturbateurs vont se nicher dans les cosmétiques, détergents, plastiques et autres films alimentaires, jouets et certains médicaments. Photo Christophe Maout pour «Libération».

Menace majeure pour la santé, et notamment la fertilité, les agents hormonaux sont l’objet d’une âpre bataille à Bruxelles. Un livre décrit les méthodes des industriels qui ont obtenu de la Commission européenne qu’elle impose l’inaction.

Les données sont connues, brutales : la qualité du sperme s’est effondrée de moitié en cinquante ans, ou encore le nombre de diabètes a doublé en vingt ans dans les pays riches, et certains cancers explosent. Les causes ? Variées sûrement. Il n’empêche, pour la communauté scientifique, il ne fait guère de doute que ces perturbateurs endocriniens (PE) jouent un rôle essentiel.

Et voilà que face à cette catastrophe annoncée, il ne se passe rien. Un livre, Intoxication , écrit par Stéphane Horel, sort ce jeudi. Et revient sur un épisode récent (entre 2010 et fin 2013) et largement occulté, qui explique en grande partie l’immobilisme actuel : la guerre qui a eu lieu au sein des directions de la Commission européenne et qui a abouti à un enterrement du dossier. Ou plus exactement, dans le jargon, à lancer une «étude d’impact» qui a permis de repousser les échéances. Une histoire qui révèle les terribles batailles d’influence autour de la santé à Bruxelles. Stéphane Horel est unique. Les lobbys, c’est son domaine. Journaliste de formation, elle ne se lasse pas de farfouiller, dénicher et accumuler des milliers de pages autour de cesdits perturbateurs endocriniens. «Je passe des heures, des jours et des nuits à tout lire pour essayer de comprendre en direct ce qui se passe, et comment travaillent en direct les lobbys de toutes sortes»,explique-t-elle.

Cancers, diabète, infertilité…

Point de départ donc, les PE, ces petites bêtes qui sont partout, dans la plupart des produits que fabriquent l’industrie pétrochimique. Elles sont là, elles grignotent notre système hormonal au point d’avoir des conséquences physiologiques, non seulement sur nous mais aussi sur les générations à venir. L’expression «perturbateur endocrinien» a été créée en 1991 par Theo Colborn pour désigner tout agent chimique qui agit sur le système hormonal, et peut, de ce fait, être la cause d’anomalies physiologiques et de reproduction. Depuis près de cinquante ans, les effets des perturbateurs endocriniens sont recherchés puis observés : agissant à très petites doses, ils ont des effets sur la santé en altérant des fonctions telles que la croissance, le développement, le comportement et l’humeur, la production, le sommeil, la circulation sanguine, la fonction sexuelle et reproductrice. Le constat le plus spectaculaire ayant été la baisse de fertilité dû à la mauvaise qualité du sperme et la mise en cause des PE dans ce phénomène. En ce début octobre, dans la revue Endocrine Reviews (la plus ancienne revue et importante société savante spécialisée travaillant à la recherche sur les hormones et la pratique clinique de l’endocrinologie), un travail de synthèse a été réalisé, dont les conclusions sont sans appel : «L’accroissement des données examinées enlève tout doute sur le fait que les perturbateurs endocriniens contribuent à l’augmentation de la prévalence de maladies chroniques liées à l’obésité, le diabète sucré, la reproduction, la thyroïde, les cancers, les problèmes neuroendocriniens et affectant les fonctions neurologiques du développement.» Les chercheurs précisent même que «les cinq dernières années représentent un bond en avant dans notre compréhension des modes d’actions des PE sur la santé et la maladie du système endocrinien».

Pertubateurs endocriniens dans l'alimentaire. Le 7 octobre 2015. COMMANDE N°2015-1235

«L’industrie sur le pied de guerre»

L’heure est grave. Mais on dirait que l’on a encore tout le temps. Un peu comme pour le tabac où il s’est passé trente ans entre les études montrant le lien direct avec les cancers du poumon, et la prise en compte du danger par les autorités. Cela avait, pourtant, pas si mal commencé. En 2006, la Commission a entamé sa révision de la réglementation des pesticides. Et elle a décidé d’y inclure les PE. Problème : comment les distinguer, comment les définir ? Le Parlement s’y penche, et demande à la Commission de présenter une définition scientifique des PE avant la fin 2013. Des questions d’importance, car on sort du champ classique des pesticides pour s’ouvrir à des objets qui peuplent notre vie quotidienne, comme le plastique, les cosmétiques, les médicaments, les détergents, les jouets, tous ces produits pouvant contenir des PE. On comprend, dès lors, la vigilance de l’industrie qui s’inquiète de tout regard un brin réglementariste.

Au même moment, en 2006, les instances européennes adoptent Reach, un vaste programme dont le but est de protéger la santé et l’environnement en mettant un peu d’ordre dans le grand bazar chimique qu’est devenu le monde contemporain. «Les PE font-ils partie des substances préoccupantes ?» s’interroge alors Reach. La question, là encore, reste en suspens, mais Reach demande à la commission de trancher, avec la même date limite : juin 2013.

L’industrie pétrochimique sent le danger. «Elle se met, alors, sur le pied de guerre, écrit Stéphane Horel, l’industrie aurait souhaité que les politiques européennes se désintéressent du dossier. Elle a perdu cette première bataille, mais elle va se mobiliser pour faire en sorte que la définition des PE soit aussi limitée que possible, parce qu’elle veut continuer à mettre ses produits sur le marché sans que n’intervienne le moindre régulateur.»

Commence donc une bataille d’influence. Homérique mais discrète, elle aura pour cadre les couloirs de la Commission européenne, à Bruxelles. Et c’est cet affrontement que nous décrit, dans son livre enquête, Stéphane Horel, et en particulier les derniers épisodes en 2012 et 2013. Un affrontement larvé, torve, terriblement féroce entre deux grandes directions de la Commission européenne, celle sur la santé et celle sur l’environnement. La direction environnement a toujours eu une réputation de village gaulois, qui sait résister au lobbying de l’industrie. Alors que la direction santé est perçue comme le courrier du capitalisme libéral. Toutes les deux ayant un point commun : elles se retrouvent sous la coupe d’un commissaire européen de faible poids politique.

Pertubateurs endocriniens dans les jouets. Le 7 octobre 2015. COMMANDE N°2015-1235

Pendant des mois et des mois, les deux directions vont s’invectiver en secret autour de la question d’une étude d’impact que pousse habilement l’industrie pétrochimique. Une étude d’impact, quoi de mieux, en effet, pour enterrer une décision ? Cela dure un an au minimum, on analyse comme son nom l’indique l’impact social et économique d’une interdiction de certaines substances sur l’état de santé… des entreprises concernées. Pour Stéphane Horel, c’est cocasse : «Vous avez un produit très dangereux, et plutôt que de l’interdire, vous vous posez la question de l’impact économique de son retrait. Prenez l’exemple du Mediator. C’est dangereux, mais c’est comme si on allait d’abord analyser les conséquences pour Servier de son retrait plutôt que de l’interdire».

Stéphane Horel détaille toutes les étapes de ces deux années. Elle décrit la stratégie des industriels pour tenter de glisser dans les recommandations la nécessité de cette étude d’impact, multipliant colloques, et autres actions. Tout y passe, les méthodes de lobbying étant larges, que ce soit par le biais de financement d’études scientifiques, mais aussi par un travail plus sournois pour légitimer certaines recherches et décrédibiliser des travaux universitaires indépendants, tout en minimisant les preuves biologiques, en mettant toujours en avant l’incertitude scientifique.

Des données scientifiques ignorées

C’est un travail de mille-pattes dans mille directions. «Le but des industriels est de techniciser à outrance le débat, pour arriver à le rendre incompréhensible, et surtout à le rendre indéchiffrable aux yeux des citoyens», analyse Stéphane Horel. «Or, argumente Lisette Van Vliet, une responsable emblématique d’ONG dans ce domaine, il ne s’agit pas d’un obscur débat toxicologique, je pense qu’il s’agit de l’équivalent du changement climatique en matière des produits chimiques dangereux et de santé environnementale.» Elle ajoute :«Comme pour le changement climatique, les données scientifiques sont là, elles sont pourtant ignorées par les décideurs publics, comme si le doute devait systématiquement profiter aux intérêts de firmes commercialisant tel spray ou tel détergent de baignoire plutôt qu’à la santé des personnes.» Des actes directs de corruption ? Non, en tout cas, son enquête n’en révèle pas. «Le lobbying au quotidien, c’est beaucoup plus retors. Ce sont des centaines de mails pour changer un paragraphe.» C’est avancer, virgule par virgule, dans l’élaboration d’un argumentaire. Les médias ? «Pendant ces années de lobbying, ils ont joué un rôle très limité, constate Stéphane Horel, et puis en France, dès qu’il s’agit d’un sujet européen, les journaux ont peur d’ennuyer.»

Juin 2013, la date couperet. Le lobby des industries a gagné, comme le raconte Stéphane Horel. La Commission européenne a tranché. Et a demandé une étude d’impact. Ceux qui s’alarmaient sur l’intérêt d’un tel travail ont eu raison : deux ans plus tard, rien n’a bougé. On en est toujours là. Et on attend toujours.

«Intoxication» de Stéphane Horel, éd. La Découverte, 306 pp, 19€.

(Photos Christophe Maout)

Les perturbateurs sont partout

Parabènes, phtalates, bisphénol A, dioxines… Ces substances chimiques sont soupçonnées, même à des doses infinitésimales, de perturber ou d’interférer sur notre système hormonal. Dans les faits, on les retrouve un peu partout, tant au travers des objets que nous utilisons quotidiennement, que par le biais de l’environnement.

Véritable bazar chimique, ces perturbateurs endocriniens sont ainsi présents dans des produits aussi banals que des packagings de l’alimentation, des bouteilles en plastique, des lingettes pour bébés… et même dans les produits cosmétiques (crèmes, parfums, vernis, etc.).

Aujourd’hui, peu de marques ont banni tous les perturbateurs endocriniens de leurs ingrédients. C’était un des constats tiré de l’enquête d’UFC-Que choisir en 2014, portant sur les produits d’hygiène et de beauté. Et depuis, faute de réglementation, cela n’a pas évolué.

Eric Favereau

Les structures ne peuvent expliquer les événements que si elles les contiennent déjà comme des possibles

Publié le

d

Comment les peuples se constituent autour de leurs souvenirs :

9782021098105Dans sa présentation « Itinéraire : des Indiens aux Marranes », Nathan Wachtel parle de son itinéraire, des études andines, des études marranes, d’anthropologie historique, de renversement de perspectives, des « vaincus », d’histoire… Comment l’hier est travaillé/pensé au présent ? « Le folklore actuel conserve en effet le souvenir du traumatisme de la Conquête, tout en imprimant aux faits historiques des déformations qui s’insèrent elles-mêmes dans un système d’oppositions et de transformations, y compris sous la forme imaginaire d’une revanche et d’une supériorité indienne (résistance victorieuse aux envahisseurs, châtiment de Pizarro, etc.) » L’auteur parle des logiques propres, des significations, des surimpositions, des transformations ou des permutations dans les processus de transmission ou de construction/réappropriation de l’histoire.

Il souligne les apports de la méthode de l’étude régressive, « commençant par le présent pour remonter dans le temps », recommande l’association de l’histoire et de l’ethnologie, parle d’unification du champ conceptuel…

Une invitation à (re)penser les histoires indiennes dans leur complexité, les constructions mémorielles dans leur diversité, prendre pleinement en compte les visions des vaincu-e-s.

L’auteur parle aussi des « mémoires juives », du déracinement, des migrations, des exils, des adaptations aux pays d’accueil, d’exils au second degré, de « l’exil dans l’exil », des études marranes…

Partir du point de vue des vaincu-e-s, sans ignorer l’histoire écrite par les dominants, faire des allers et retours entre les deux perspectives, aller vers une « histoire totale ». L’auteur parle aussi d’empathie, sans « effusion débordante, manifestation exubérante des sentiments », d’assumer la dimension subjective de ses travaux, de retour réflexif sur les conditions de production des études… Souvenirs et commémoration, exercice de la raison, examen de l’enchainement complexe des événements, contingences et régularités…

De ce livre érudit, mais de lecture abordable, je ne traite que certains points.

Nathan Wachtel souligne, entre autres, le caractère « éminemment composite des sociétés méso-et sud-américaines ». il parle des métissages, des processus d’acculturation, des syncrétismes, des mémoires collectives, des rapports entre identité et altérité, des sociétés créoles… J’ai notamment été intéressé par les différents phénomènes – leur non linéarité – d’acculturation. « L’acculturation ne se réduit pas, en effet, à un cheminement unique, au simple passage de la culture indigène à la culture occidentale ; il existe un processus inverse, par lequel la culture indigène intègre les éléments européens sans perdre ses caractères originaux ». Les cultures ne sont jamais homogènes, fermées sur elles-mêmes, mais des constructions historiques ouvertes et perméables, traversée de contradictions. L’invention des traditions et leur sur-valorisation est une forme d’assignation essentialiste, déniant souvent l’historicité des phénomènes sociaux.

L’auteur souligne la diversité des sociétés « indigènes », leur hétérogénéité, avant et après la colonisation. Il insiste sur les processus, les différentes temporalités, sur les différentes formes de domination…

En regrettant le silence sur les travaux de féministes, je souligne le chapitre « Anthropologie historique », la défense des dimensions historiques et de vécus, de l’« histoire régressive », des mémoires refoulées « celle des groupes pourchassés, celle des minorités religieuses, celle des milieux dominés qui n’avait pas accès à l’écrit», de la convergence épistémologique entre histoire et anthropologie.

Une partie de l’ouvrage est consacrée aux « Etudes andines ».Nathan Wachtel revient sur les visions des vaincu-e-s, l’intégration de la conquête espagnol dans le folklore indigène, les décalages et les significations nouvelles dans les reconstructions. L’auteur interroge les comment « la Conquête revit dans le folklore indigène », les traductions parfois divergentes. Il détaille particulièrement trois thèmes : « la description des Espagnols par les Indiens », « la non-compréhension entre les adversaires », « la portée cosmique de la mort d’Atahuallpa ». Sur les phénomènes d’acculturation, il compare les « récits » de l’Inca Garcilaso de la Vega et de Felipe Guaman Poma de Ayala, en insistant sur les représentations de l’espace et du temps, leur refus partagé de la situation coloniale.

Dans la dernière partie, Nathan Wachtel parle de « Mémoires juives et marranes », des modalités de transmission, des livres du souvenir, du deuil impossible, des théologies marranes… Je regrette le manque d’interrogation sur l’historicité de la notion de peuple.

Contre les histoires écrites par les vainqueurs, les raccourcis essentialistes, une volonté de comprendre la complexité des perceptions, des memoires et des histoires.

De l’auteur :

La visions des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole (1530-1570)

Le retour des ancêtres. Les Indiens urus de Bolivie, XXe-XVIesiècle. Essai d’histoire régressive

La logique des bûchers : Modernité de l’inquisition

Mémoires marranes : on-ne-mangeait-pas-de-porc-ni-de-lapin-ni-de-crustaces/

La foi du souvenir, Labyrinthes marranes

Nathan Wachtel : Des archives de terrains

Essais d’anthropologie historique

Hautes Etudes – EHESS – Gallimard – Seuil, Paris 2014, 532 pages, 29 euros

Didier Epsztajn

Macron, la collection

Paru dans « Regards.fr » le 2 Octobre 2015

Le ministre de l’Économie étant une véritable machine à débiter des provocations plus ou moins volontaires, il devenait urgent de les compiler pour les historiens du futur. Best of, à date.

SCIENCES POLITIQUES

« Il y aura des moments difficiles avec l’histoire de la gauche parce que cela supposera de revenir sur des certitudes passées, qui sont, à mes yeux, des étoiles mortes. » (Mediapart, octobre 2013)

« Ce « socialisme de l’offre » suppose de revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l’entreprise est le lieu de la lutte des classes. »(Mediapart, octobre 2013)

« On ne peut plus présenter la gauche comme l’extension infinie des droits. » (Mediapart, octobre 2013)

« Le travail du dimanche c’est plus de liberté et la liberté c’est une valeur de gauche. » (RTL, 11/12/2014)

« Le FN est un Syriza à la française, c’est le repli sur soi. » (La Provence, 06/07/2015)

« Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. »(Le Point, 08/07/2015)

« On va progressivement entrer dans une zone – on y est déjà d’ailleurs – où la justification d’avoir un emploi à vie garanti sur des missions qui ne le justifient plus sera de moins en moins défendable. » (19/09)

« Si on ne s’émancipe pas par le travail, je ne sais pas par quoi on s’émancipe. » (27/09/2015)

PHILOSOPHIE

« Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. » (Les Échos, 07/01/2015)

« Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. » (BFMTV, 18/01/2015)

« Je suis libre et volontaire, je n’ai pas de plan de carrière. » (BFMTV, 18/02/2015)

« On ne commence jamais un match de football en pensant que l’on va perdre. » (BBC, 16/03/2015)

« Les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires. » (24/09/2015)

« ÊTRE DE GAUCHE »

« Quand on est de gauche, on est contre l’expulsion des étrangers et pour le pouvoir d’achat des Français. Les yeux fermés, j’aurais pu dire la même chose il y a 5, 10 ou 15 ans – ce n’est pas un truc moderne et il n’y a pas d’approche d’ensemble. » (Mediapart, octobre 2013)

« Être de gauche aujourd’hui, c’est donner à chaque moment de la vie la possibilité d’avancer, de réussir. » (Twitter, 18/02/2015)

« Je dis qu’il faut que notre jeunesse ait envie de réussir. Être de gauche c’est combattre la rente et permettre à chacun d’aller plus haut. » (BFMTV, 18/01/2015)

« Être de gauche aujourd’hui, c’est partir du réel, et tout faire pour mettre nos concitoyens en capacité de travailler. » (JDD, 22/02/2015)

« Le travail c’est une valeur de la gauche, pas le conservatisme. » (JDD, 22/02/2015)

« Pour moi être de gauche c’est rendre l’homme capable. » (France 2, 12/03/2015)

« Les Français se moquent de savoir si je suis socialiste de gauche, de droite ou social-libéral. » (iTélé, 26/06/2015)

« J’assume qu’il y ait un libéralisme. Le libéralisme est une valeur de gauche. » (Le Monde, 27/09/2015)

HUMOUR

« Il y a dans cette société [Gad] une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. » (Europe 1, 17/09/2014)

« Il y a beaucoup de Français et de Français qui aimeraient travailler le dimanche pour précisément pouvoir se payer le cinéma. » (RTL, 11/12/2014)

« Un groupe de travail planchera pour rendre la pénibilité supportable pour les entreprises. » (Radio Classique, 02/12/2014)

« Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs. » (Université d’été du Medef, 79/08/2015)