La troisième crise financière a commencé… dans l’indifférence générale.

Publié le

Le 24 août 2015, la Bourse de Shanghai chute brutalement. Un processus de crise financière mondiale se déclenche. L’onde de choc atteint les Bourses de tous les pays développés. Comme à l’habitude depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, les banques centrales sont les seules à réagir. Elles augmentent la création monétaire pour alimenter les marchés financiers en liquidités permettant la poursuite de la spéculation à la hausse. Dans un premier temps les marchés financiers se redressent et la peur disparaît. Pourtant, cette riposte ne se situe qu’au niveau de la manifestation de la crise et n’agit pas sur ses causes. La crise s’est donc poursuivie obligeant « Les Échos » à faire sa une, le jeudi 21 janvier 2016 sur « Le krach rampant », les Bourses de New York, Paris, Tokyo, Londres ayant dévissé de plus de 3%, une baisse énorme.

Quelles sont les causes de cette nouvelle secousse ?

Il faut d’abord comprendre le contexte. Le capitalisme connaît, depuis août 2007, une crise qui s’attaque aux fondements même du régime d’accumulation mis en place dans les années 1980, ce régime d’accumulation à dominante financière qui se traduit par le courtermisme et par la domination des critères du capitalisme financier à commencer par la nécessité d’augmenter le profit à court terme. A la clé, l’atonie des investissements faute d’horizon à moyen terme, la baisse du coût du travail comme unique variable d’ajustement et la tendance à la surproduction. La nécessité, pour le capitalisme, de se révolutionner en détruisant le mode ancien pour ouvrir les possibilités d’un régime d’accumulation nouveau. Le monde bascule… et la politique devrait prendre en charge les orientations vers un monde différent. Il faudrait, pour ce faire, que les gouvernements et les grandes institutions internationales rompent avec l’idéologie libérale…

Fort logiquement, depuis la récession, profonde, de 2008-2009, le monde capitaliste n’a pas renoué avec la croissance. Pour bien faire comprendre son incapacité à intégrer cette vision du basculement du monde, le mensuel économique « L’Expansion » de décembre-janvier 2016 a titré son dossier : « La re crise ». C’est aussi une prise de conscience des changements en cours de la conjoncture…

Désormais les pays émergents ne servent plus de roue de secours. Ils sont, à leur tour, touchés par la récession ou une baisse prononcée de leur croissance. Situation qui a obligé le FMI à revoir ses prévisions de la croissance mondiale à la baisse.

La surproduction sévit se traduisant par la déflation qui mine l’ensemble des économies développées et le commerce mondial. Les prix de toutes les matières premières, à commencer par le pétrole, sont orientés à la baisse. Une baisse massive pour le cours du pétrole atteignant péniblement 30 dollars le baril alors qu’il cotait plus de 110 dollars en 2014. L’affaiblissement de la rente pétrolière touche tous les pays exportateurs de pétrole, de l’Arabie Saoudite à l’Algérie en passant par le Venezuela, le Mexique et le Brésil. Sans oublier la Fédération de Russie. La récession revient et le rouble amorce une dangereuse dépréciation.

Même les États-Unis sont touchés. Ils veulent commercialiser leur pétrole et leur gaz de schiste produits au détriment de leur environnement. Les producteurs ne sont pas compétitifs et enregistrent des faillites. Comme à chaque fois que la surproduction se manifeste, l’exacerbation de la concurrence en découle avec son cortège de suppressions d’emplois et de baisse du coût du travail. Conséquences qui, à leur tour, baisse plus encore le marché final et approfondit la surproduction et la venue de la récession.

La baisse du prix du baril de pétrole devrait se poursuivre. La hausse de la production est inscrite dans cette concurrence effrénée et dans la nécessité pour les pays les plus endettés de vendre leur production de pétrole pour faire rentrer des devises cependant que la demande devrait moins progresser par la mise en œuvre de politique orientées vers les énergies renouvelables.

La déflation a aussi des raisons internes à chaque pays développés. La tendance à la surproduction y est sensible. En France, la hausse de l’indice des prix à la consommation a augmenté, en novembre, de 0,1% et les prix à la production – sortie d’usine – sont orientés à la baisse. La situation est semblable dans l’ensemble des pays de la zone euro.

Là est la raison principale de la politique monétaire mise en place par les banques centrales – dont la BCE mais aussi la Banque de Chine – de baisse des taux d’intérêt (taux directeur comme taux d’escompte) et de création massive de monnaie. Elles ont bien compris qu’il fallait alimenter les marchés financiers en liquidités nouvelles pour éviter le retour des krachs et des faillites des opérateurs financiers dont les banques. Les taux d’intérêt sont proches de zéro et on parle même d’arriver à des taux négatifs…

Cette politique monétaire a eu pour effet de faire monter les cours, en 2014-2015, alors que la croissance mondiale était faible, y compris aux Etats-Unis. Ce décalage ne pouvait durer. La validation de la création monétaire se trouve dans la création de richesses nouvelles. Plus encore, la faiblesse de cette croissance devait aussi se répercuter sur les profits des entreprises. C’est le cas en ce début d’année 2016. Les cours des Bourses devraient continuer leur descente.

En résumé, croissance mondiale faible, chute des cours du pétrole et de l’ensemble des matières premières, limite de la réponse des Banques centrales forment les ingrédients de cette troisième crise financière depuis août 2007. Dans cet environnement, les politiques d’austérité viennent aggraver ces tendances à la surproduction généralisée.

Le cas particulier de la Chine

Si tous les regards sont tournés vers la Chine c’est d’abord parce qu’elle est devenue la deuxième économie mondiale. Sa croissance, pour 2015, s’affiche à moins de 7%. C’est la première fois depuis 25 ans qu’elle est aussi faible. Elle joue un rôle dans l’accentuation de la surproduction dans les matières premières. Son recul participe de la baisse importante du marché mondial.

Le gouvernement chinois, face à la grande récession de 2008-2009 qui touche prioritairement les États-Unis et se traduit par une chute des exportations, s’est trouvé dans l’obligation de transformer leur régime d’accumulation. Jusqu’en 2009, il reposait sur la baisse du coût du travail pour gagner des parts de marché à l’extérieur tout en mettant une politique d’ouverture réglementée pour les investissements étrangers qui venaient chercher l’eldorado – aujourd’hui Inde et Iran provoquent les mêmes appétits.

Les dirigeants chinois ont compris la nécessité de faire reposer leur croissance sur le marché intérieur non seulement pour répondre à la crise mondiale mais aussi pour passer du sous-développement au développement. C’est l’enjeu de la nouvelle politique. Seulement, ce passage demande du temps. Et une crise. C’est le mode de fonctionnement du capitalisme. La crise est inscrite dans ses gênes. Une crise de surproduction et de surinvestissement, une crise classique, dont la sortie déterminera l’avenir de ce nouveau modèle de développement.

Une incertitude de plus dans ce monde incertain qui déstabilise tous les marchés financiers internationalisés.

Malgré la chute prononcée de toutes les Bourses chinoises en ce début d’année 2016, les réponses n’ont été que financières. La Banque centrale a ouvert plus encore les vannes du crédit, de la création monétaire sans s’attaquer aux causes mêmes de la crise.

Les divergences de politique monétaire accentuent les risques de récession

La politique monétaire, reste, pour le moment, la seule réponse pratique dans tous les pays capitalistes développés et en Chine face à cette nouvelle secousse financière. Une exception de taille : les États-Unis. La FED, la banque de réserve fédérale américaine, sous la direction de Janet Yellen, a décidé, le 16 décembre 2015 de remonter les taux directeur et d’escompte d’un petit 0,25% faisant passer la fourchette de refinancement des banques de 0,25% au lieu de 0% à 0,50% au lieu de 0,25%. C’est, malgré tout, un tournant. La présidente de la Fed s’abrite derrière la soi-disant robustesse de l’économie américaine qui affiche 2,4% de croissance du PIB en 2015 et sur les constructions de bulles financières. En fait, elle veut se donner des capacités d’intervention en cas de retour de la crise financière…

La FED, par cette nouvelle orientation, accentue la profondeur de la crise financière. L’augmentation de ses taux d’intérêt attire les capitaux du monde entier et fait monter le dollar face à toutes les autres devises. Toutes les dettes libellés en dollars haussent brutalement transformant l’endettement en surendettement. Les crises de la dette font leur retour.

En Russie la chute du rouble et l’endettement libellé en dollars ruine les nouveaux propriétaires de leur logement qui déprimera plus encore le marché final.

La BCE, quant à elle, joue consciemment cette divergence qui affaiblit l’euro et donnerait un avantage compétitif aux firmes de la zone euro. Aucune traduction dans les faits en fonction de la faiblesse du marché mondial qui oblige même le capitalisme allemand à compter plus sur son marché intérieur que sur une hausse de son excédent de balance commerciale.

Des réponses ?

Faute de réponse en termes de politique économique à commencer par un « choc » de la demande et la rupture avec les politiques d’inspiration libérale, aucune solution à la cette crise financière n’apparaît. Les politiques monétaires ont épuisé leur capacité de réponse. Il est difficile de créer plus de monnaie. La BCE crée 60 milliards d’euros par mois sans arriver à son objectif de 2% d’inflation faute d’alimenter le circuit économique et non pas les marchés financiers. Mario Draghi a promis le jeudi 21 janvier 2016 une « intervention sans limite », sans la définir pour autant, reportant les décisions au mois de mars. Ce « ministère de la parole » ne peut rassurer les opérateurs sur les marchés financiers que pendant un temps…

La crise qui se déploie sera, sans doute, plus profonde que celle d’août 2007 ou de mai 2010. La plupart des experts autoproclamés toujours inscrits dans l’idéologie libérale ont oublié les leçons de ces deux crises financières. Aucune crise financière ne reste limitée à la finance. Elle se traduit toujours par une récession, d’autant plus profonde que les ressorts de la croissance passée sont cassés.

Il faudrait donc, pour lutter contre cette récession qui vient et pour répondre au basculement du monde, appliquer les orientations – non contraignantes – de la COP 21 en investissant massivement dans les solutions à la crise écologiques et aux mutations climatiques. Seuls les Etats pourraient être porteurs de cette transformation du régime d’accumulation. Aucun investisseur ne prendrait ce risque faute de retour sur investissement…

Nicolas Béniès. Le 25 janvier 2016.

Liens TAFTA / CETA et autres traités :

Accès aux documents du collectif sur le TAFTA :

Le lien ci-dessous donne accès à 5 fichiers power-point sur le Traité TAFTA :
Le fichier complet :

01 1 Argumentaire anti TAFTA.pptx
Suivi par 4 fichiers comprenant chacun une partie du fichier complet :
02 1 TAFTA introduction.pptx
02 2 TAFTA bilan ALENA.pptx
02 3 TAFTA contenu.pptx
02 4 TAFTA Lauragais.pptx
Accès aux documents du collectif sur le TAFTA :
P

Liens ATTAC sur la réaction wallonne :

P

CETA : que faire après l’épisode wallon ? ; Petit guide de désintox sur le CETA ; Faites le « CETA Check » !  :

https://adherez.attac.org/civicrm/mailing/view?reset=1&id=0098a308680a8b9b

Signature du CETA : Non à la tentative d’entraver tout débat citoyen et parlementaire. Samedi 29 octobre 2016, par Attac France :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1696&qid=655530

Petit guide de désintox sur le CETA lundi 7 novembre 2016, par Attac France :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1697&qid=655530

TAFTA CETA pas d’accord ! Passez le CETA en revue :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1698&qid=655530

P

Autres liens ATTAC :

 

TAFTA CETA pas d’accord ! :P

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1699&qid=655530

L’AITEC, Association Internationale des Techniciens Experts et Chercheurs :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1700&qid=655530

Adhérer ou réadhérer à Attac :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1701&qid=655530

Pour en finir avec les accords transatlantiques TAFTA et CETA, nous avons besoin de vous ! jeudi 13 octobre 2016, par Attac France :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1702&qid=655530

Autres thèmes traités par ATTAC : Les multinationales adressent leurs remerciements à l’union européenne et au Canada :

 

Autres liens ATTAC :P

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1703&qid=655530

Les multinationales adressent leurs remerciements à l’union européenne et au Canada :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1704&qid=655530

Attac sur Facebook :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1705&qid=655530

 

Attac sur VIMEO :

https://adherez.attac.org/sites/all/modules/civicrm/extern/url.php?u=1706&qid=655530

 

L’Allemagne se réforme pour réparer les dégâts des réformes néolibérales du marché du travail

LIBERATION 22 JANVIER 2016 (MISE À JOUR : 24 JANVIER 2016)

Steffen Lehndorff*

Les tendances favorables de l’emploi en Allemagne, par comparaison à celles observées dans les autres pays de l’Union européenne pendant et depuis la crise financière, ont donné de nouveaux arguments aux partisans des « réformes structurelles du marché du travail ». Elles leur ont permis de présenter les « réformes Hartz » mises en place dans ce pays entre 2003 et 2005 dans le cadre de « l’Agenda 2010 » du Chancelier Schröder comme un modèle pour l’Europe. Pourtant, ces « réformes » ont été dommageables pour le marché du travail ; ce sont des réformes allant en sens inverse, des réformes réparatrices, qui expliquent la bonne tenue de l’emploi allemand.

Les réformes Hartz visaient à contraindre les demandeurs d’emploi à accepter des emplois même de très mauvaise qualité et à donner une nouvelle impulsion à l’intérim, aux CDD, et à des emplois à temps très partiel (les “minijobs”). Ces réformes ont exercé une très forte pression sur les négociations et les salaires, une pression qui a aggravé l’affaiblissement du système de négociation collective observé depuis les années 1990. La conséquence a été un développement des emplois à bas salaire, qui aujourd’hui concernent plus d’un travailleur sur cinq en Allemagne. C’était dès l’origine l’un des objectifs explicites des réformes Hartz, et il a été rempli. Les critiques et les partisans de l’Agenda 2010 s’accordent sur ce point. Le débat porte sur le fait de savoir si la pression sur les salaires a été bonne pour la croissance, la compétitivité et l’emploi (voirhttps://www.etui.org/Publications2/Books/Divisive-…).

La croissance du PIB allemand était inférieure à la moyenne de la zone euro avant la crise ; elle ne lui est devenue supérieure (tout en restant modeste) qu’à partir de 2010. Surtout, les moteurs de cette croissance ont changé : si avant la crise l’excédent commercial en était le principal moteur, c’est, depuis 2010, la demande intérieure qui tient le premier rôle.

Cela n’a pas empêché les défenseurs de l’Agenda 2010 de continuer à expliquer la croissance en se focalisant sur le rôle de l’excédent commercial, et plus particulièrement sur les supposés effets vertueux de la « modération salariale » : les bas salaires auraient restauré la compétitivité-prix des exportations allemandes. L’explication vaut certainement pour certains produits : le succès des produits bouchers du fait des bas salaires dans les abattoirs allemands en est un exemple bien connu. Mais pour beaucoup de produits d’exportation stratégiques (les machines-outils ou les automobiles haut-de-gamme), la demande dépend peu du prix (son « élasticité-prix » est faible). Par conséquent, la réduction du coût du travail a regonflé les profits plutôt qu’elle n’a stimulé l’économie. Quant à la stagnation des salaires, elle a pratiquement figé la demande intérieure, réduisant aussi les investissements.

Les partisans des « réformes structurelles du marché du travail » affirment que « des salaires plus bas ont amélioré la compétitivité, ce qui a stimulé la croissance du PIB ». C’est une fausse évidence. On peut considérer que, depuis le début des années 2000, les points forts de l’industrie manufacturière allemande en termes d’innovation de produit et de procédés ont été soutenus par la baisse relative du coût unitaire du travail comparativement aux autres pays de l’Union européenne. Toutefois, les excédents commerciaux allemands ont surtout été la contrepartie d’un déficit d’importation lié à la stagnation (voire à la baisse) des salaires, qui a comprimé la demande intérieure. En raison de la stagnation de cette demande intérieure, les profits florissants des entreprises se sont pour une bonne part détournés vers la bulle financière.

Mais si ces réformes du marché du travail n’ont pas stimulé la croissance, n’ont-elles pas boosté l’emploi ? On aurait en effet pu assister à une hausse de l’intensité en emploi de la croissance, c’est-à-dire à des créations d’emploi plus nombreuses pour un niveau de croissance donné. Or le total des heures travaillées n’a guère augmenté : le volume horaire du travail a stagné, et a même temporairement chuté. Par contre, ce qui a changé, c’est qu’un nombre croissant de personnes s’est partagé ces heures travaillées. Cela a bien un rapport avec ces réformes, qui ont donné une impulsion supplémentaire à l’emploi précaire en général, et aux minijobs en particulier.

Si l’Agenda 2010 n’a pas été un moteur de la croissance du PIB et de l’emploi en Allemagne, quel a été ce moteur ? L’histoire est en fait paradoxale. D’abord, au plus fort de la crise de 2008-2009, c’est l’initiative des syndicats en faveur d’un plan de relance économique et la réactivation de la cogestion au niveau des entreprises qui ont été au cœur de la spectaculaire sauvegarde de l’emploi. Cette cogestion est l’un des piliers du modèle social allemand qui a survécu aux réformes néolibérales. Après la reprise économique intervenue au troisième trimestre 2009, l’action des comités d’entreprise et des syndicats qui avaient si bien œuvré pour l’emploi pouvait difficilement être remise en question.

Autre paradoxe, l’Allemagne est depuis 2010 (avec les pays baltes) le pays de la zone euro où la croissance des salaires a été la plus forte. Cette évolution est liée au débat public et aux critiques suscitées par la montée des inégalités sociales, qui ont encouragé les syndicats à réclamer une politique des salaires plus favorable. La revalorisation des salaires explique que depuis 2010 la demande intérieure ait davantage contribué à la croissance que l’excédent commercial (ce dernier restant toutefois substantiel). Et c’est la raison pour laquelle, pour la première fois en vingt ans, on a pu observer une croissance de l’emploi en termes de nombre d’heures travaillées, et une hausse modeste de l’emploi normal (CDI à temps complet).

Le débat public sur les inégalités a enfin été en Allemagne le déclencheur de réformes dignes de ce nom : celles qui ont introduit en 2015 un salaire minimum légal et ont facilité l’extension des accords collectifs (une procédure toujours plus complexe qu’en France), et pourraient prochainement déboucher sur une re-régulation des contrats de travail en CDD et en intérim, aujourd’hui encore en débat. Un an après l’introduction du salaire minimum, il est établi que ces réformes ont soutenu des hausses de salaires et une amélioration structurelle de l’emploi.

En définitive, les évolutions favorables de l’économie et de l’emploi en Allemagne ces dernières années ne peuvent être imputées à la réalisation de l’Agenda 2010 avant la crise financière. Elles s’expliquent bien davantage par les premières tentatives pour limiter les dommages causés par ces réformes néolibérales et par la mise en place de réformes dignes de ce nom. L’ironie amère de cette histoire est que la tournure des événements a offert une tribune au gouvernement allemand pour donner des (mauvaises) leçons sur les voies d’une sortie de crise dans la zone euro, lui permettant même d’imposer ses fausses solutions à d’autres pays.

* Steffen Lehndorff est chercheur, spécialiste du marché du travail à l’Institut du travail et des qualifications (IAQ) de l’Université de Duisburg-Essen

Haro sur le statut de la fonction publique dans les JT de France 2

par Denis Perais, Joachim Lé, Lundi 18 Janvier 2016

En ce début d’année 2016, alors que le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, est plus que jamais au centre de l’attention médiatique, déclenchant dernièrement une tempête éditoriale pour avoir arboré une barbe de trois jours, nous revenons sur le traitement médiatique d’une autre de ses nombreuses « transgressions », plus politique cette fois. Le 18 septembre 2015, Emmanuel Macron s’interrogeait publiquement [1] sur la nécessité de remettre en cause le statut de la fonction publique, et les médias s’enflammaient immédiatement devant cette nouvelle audace de leur coqueluche du moment. Dans ce déluge de commentaires, les journaux télévisés de France 2 de 13 et 20 heures, entre superficialité, raccourcis et pluralisme anémié, ont abondé dans le sens du ministre et joué une complainte médiatique trop bien connue, selon laquelle les fonctionnaires pèsent un poids insupportable dans notre société [2]

Prendre parti ou informer ?

Les 19 et 21 septembre 2015 les journaux télévisés de France 2 ont consacré 11 minutes et 54 secondes au sujet lancé par Macron, répartis entre cinq reportages et un échange en plateau entre David Pujadas et Magali Boissin, la journaliste chargée de mettre en perspective le sujet pour les téléspectateurs.

Trois des cinq reportages ne nous apprennent rien sur les raisons de l’existence du statut des fonctionnaires, et, cédant à une variante du micro-trottoir, se contentent d’aligner diverses réactions aux propos du ministre (une journaliste de Challenges présente lors des déclarations d’Emmanuel Macron ; François Hollande ; un haut fonctionnaire décoré de la légion d’honneur à Tulle par le président de la République ; deux fonctionnaires ; et quelques représentants politiques).

Puis, pour rattraper le temps perdu, France 2 propose deux autres reportages : un en France et l’autre en Italie, où le gouvernement s’apprête à s’attaquer au statut des fonctionnaires.

Si les deux laissent s’exprimer – par le biais de micro-trottoirs, forcément réducteurs, là encore – des personnes défendant leur statut (quelques fonctionnaires en l’occurrence) et un syndicaliste, la place restreinte qui est laissée à ces points de vue ne pèse pas lourd par rapport au dispositif mis en place revenant à valider la nécessité d’une réforme.

Plutôt que de creuser la réalité des conditions d’exercice des agents publics, le reportage du 20 heures du 19 septembre donne la parole à une « experte » aussi omniprésente médiatiquement que connue – notamment à Acrimed [3] – pour sa volonté d’en finir avec les fonctionnaires : Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP).

Dans la foulée, le reportage s’attarde uniquement sur ceux des pays voisins (Allemagne, Italie, Pays-Bas et pays scandinaves) qui ont eu l’idée de réformer cet « archaïsme » – une carte apparaissant à l’écran pour appuyer la démonstration – avec une conclusion sur la Suisse, qui ne recrute plus aucun fonctionnaire sous statut depuis une loi introduite en 2002.

Et au cas où le présupposé du reportage – il faut d’une façon ou d’une autre « dégraisser le mammouth », c’est dans le sens de l’histoire, tout le monde le fait autour de nous – n’aurait pas été assez évident, Laurent Delahousse s’était chargé de bien cadrer les choses avec un lancement sous forme de questions – on ne peut plus neutres, évidemment :_ « Une réforme est-elle réellement possible ? D’autres pays l’ont elle engagée ? Qui est concerné par cette notion d’emploi à vie ? »

On retrouve le même biais dans l’échange plateau entre David Pujadas et Magali Boissin le 21 septembre, le premier posant les questions suivantes : « D’autres pays ont-ils supprimé ou amendé cette garantie à vie ? Est-ce que d’autres gouvernements sont allés encore plus loin ? »

Des questions qui passent soigneusement sous silence les conséquences, pour les agents, mais aussi pour le fonctionnement des administrations publiques, de ces réformes… Quant à savoir ce qui se passe dans les pays qui ne démantèlent pas leur fonction publique, ou du moins, où celle-ci ne fait pas problème, cela ne saurait bien sûr entrer dans le cadre de la discussion initiée par le ministre et entretenue machinalement par les journalistes de la chaîne publique..

Quant aux réponses de Magali Boissin en ce 21 septembre, elles s’appuient sur la même cartographie et les mêmes exemples que ceux utilisés dans son reportage du 19 :

Un quasi copier-coller au service d’une information à la fois pauvre et orientée, qui en dit long sur les conditions de réalisation des sujets (faire vite et faire simple) et les présupposés des chefferies éditoriales des journaux télévisés de la semaine et du week-end dès qu’il s’agit de fonctionnaires [4].

On retrouve la même tropisme, toujours le 21 septembre, sur une autre chaîne de service public, Public Sénat, où pérore encore Agnès Verdier-Molinié, avec une conclusion identique du reporter : « Dans de nombreux pays européens [avec à l’image au même moment une carte où apparaissent les mêmes pays], l’immense majorité des agents sont passés sous contrat privé. En Suisse, un référendum de 2002 a même totalement supprimé le statut des… fonctionnaires ».

« L’exemple italien »

Pour finir de convaincre les téléspectateurs, France 2 diffuse le 21 septembre un reportage sur l’absentéisme des fonctionnaires italiens. Excessivement outrancier, il mérite d’être présenté ici dans sa totalité.

- Lancement du sujet par le journaliste : « L’une des pires administrations de tous les pays occidentaux. Voici la réputation du secteur public italien. Exemple, dans cette ville près de Naples [ ?]. À la mairie, certains employés pointaient tous les matins pour leurs collègues restés chez eux, sans se cacher, passaient les badges à la chaîne . Résultat : sur 170 salariés, plus d’une centaine d’absents sans raisons valables. »

Au-delà d’une entrée en matière tout en nuances, on remarque une première omission de taille : le nom de cette « ville près de Naples  »… Quant aux images montrant les accusés en train de passer des badges [5], elles sont simplement légendées « juin 2012 », sans que ne soient précisés ni le lieu où elles ont été filmées ni si elles proviennent d’une caméra cachée ou d’une vidéosurveillance légalement installée.

Immédiatement après ces premières images accablantes, on nous poropose deux [très] rapides « micro-trottoirs » corroborant ce qui précède : « Devant les abus et les lourdeurs administratives, les Italiens sontexcédés , ils le reconnaissent devant ce centre administratif ».

Le premier à laisser libre cours à son agacement est un ancien fonctionnaire retraité qui valide quelques idées reçues : « Moi, j’étais fonctionnaire, donc je peux vous dire comment ça se passe. Au boulot, chacun essayait de se planquer ». Puisque quelqu’un du sérail le dit, c’est que cela est forcément vrai, il devient donc inutile d’interroger une telle évidence en produisant des éléments sérieux, diversifiés et sourcés qui permettent de conclure à une fraude massive corrélée au statut de la fonction publique [6] – de là tout l’intérêt du « micro-trottoir » pour le journalisme audio-visuel… Un journalisme doublement au rabais donc : du point de vue des coûts de fabrication (« tant mieux » pour l’actionnaire), mais aussi du point de vue de la qualité de l’information produite (tant pis pour le public).

La seconde personne interrogée, une administrée, reprend un autre cliché médiatique : « Toute cette bureaucratie, c’est très compliqué, il faut la simplifier. » Histoire de faire (un peu) contrepoids, un salarié est appelé à la rescousse pour défendre le statut ainsi remis en cause dans son pays et casser « l’image d’Épinal » de fainéants : « On le vit comme une attaque contre les travailleurs. Depuis des années, on est traités comme les fainéants de ce pays alors qu’on est quand même ceux qui garantissent la qualité des services et l’application des lois  ».

L’heure étant néanmoins au réquisitoire, le journaliste reprend l’initiative pour asséner que le poids de la fonction publique est insupportable : « Pour l’économie italienne cette réforme est fondamentale,elle permettra des économies de 32 milliards d’euros en seulement 3 ans. Le texte devrait être appliqué par décret à partir de l’automne » [7].

Quant à savoir d’où sort ce chiffre astronomique, il nous a fallu effectuer des recherches pour le retrouver sur le site de la fondation dirigée par… Agnès Verdier-Molinié dans un focus du 26 juin 2014 sur la situation transalpine, qui le reprend sans la moindre distance, pour s’apercevoir qu’il s’agit non pas d’une prévision, mais d’un objectif gouvernemental :«  L’ambition du gouvernement italien est de réaliser 32 milliards d’euros d’économies en 3 ans sur la fonction publique ».

Décidément, France 2 s’abreuve aux « meilleures » sources, même si ce sont toujours les mêmes, et prend même la liberté d’ignorer sciemment qu’entre les ambitions d’un gouvernement et la réalité statistique, il y a souvent un gouffre… Une enquête rondement menée donc !

***Notre propos n’est pas de nous ériger en défenseurs du statut de fonctionnaire mais de mettre en évidence le traitement particulièrement biaisé du sujet. En piétinant les règles élémentaires du pluralisme et en présentant une « enquête » sans la moindre rigueur,. France 2 est aux antipodes des obligations d’un média d’information en général – et de service public en particulier –, à savoir d’apporter les clés de compréhension et les éléments factuels nécessaires pour que les téléspectateurs puissent se forger leur propre opinion.

C’est bien tout le contraire que nous a proposé France 2 qui n’en est pas à son coup d’essai en la matière [8]. Nous retrouvons ces mêmes biais deux mois plus tard dans les journaux télévisés de 13 et 20 heures du 10 novembre 2015 au sujet de la mise en place à la mairie de Suresnes d’une modulation du régime indemnitaire des agents en fonction de leur « mérite ». Mais en y regardant de plus près, France 2 ne fait que recycler ce jour-là un reportage sur la même ville déjà diffusé le….2 juillet 2015.

Nous sommes ici bien loin des proclamations de David Pujadas [9] sur le rôle du service public. Il explique être « intimement convaincu », de la nécessité d’« être particulièrement vigilant en matière d’information », et ajoute : « nous nous sommes recentrés sur une info plus approfondie » et « il y a aussi plus d’enquêtes ».

Des paroles aux actes, la route est parfois semée d’embûches…

Joachim Lé et Denis Pérais

L’actionnariat de Slate.fr

Slate.fr « une entreprise indépendante contrôlée par ses fondateurs » ?

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-actionnaires-ultra-chic-de-slate-fr-943252.html

Lampsane Investissement SA (Compagnie Benjamin de Rothschild Conseil SA): 29,3%**

Financière Viveris: 22,3%
Slate Group (Washington Post): 8,3%
Eric Le Boucher: 7,7%
JMC Media SAS (Jean-Marie Colombani): 7,4%
BNP Paribas Développement: 5%**
A&A (Jacques Attali): 5,1%
Eric Leser: 3,7%
Pierre Leroy (directeur général délégué de Lagardère): 3,2%
Ufinvest (LVMH) (cabinet d’expertise comptable de René Ricol) : 1,5%
Philippe Tesson: 1%
Bernard Duc: 0,8%*
Michel de Rosen (ex-directeur général d’Eutelsat) : 0,4%*
Jean-Pascal Beaufret (ancien dirigeant d’Alcatel puis de Natixis) : 0,4%*
Alain Minc: 0,4%*
Fabrice Larue (président de Newen) : 0,4%*
Cabinet Ricol Lasteyrie: 0,4%*
Stéphane Boujnah (PDG d’Euronext) : 0,3%*
Michel Vigier: 0,3%*
Dominique d’Hinnin (directeur généralx délégué de Lagardère) : 0,3%*
Jean-Cyril Spinetta (ancien PDG d’Air France KLM) : 0,2%
Philippe Tillous-Borde (ancien directeur général de Sofiprotéol) : 0,2%*

*plus autant de bons de souscription d’actions
**plus des obligations convertibles
Source: BFM Business

NB: le co-fondateur Johan Hufnagel, qui détenait 1,2%, nous a indiqué avoir revendu ses actions aux autres fondateurs il y a un an 

 

Les Pays Bas s’apprêtent à infliger une leçon de démocratie à l’Union Européenne

Un référendum sur l’accord d’association (de libre-échange) entre l’Union européenne et l’Ukraine se tiendra aux Pays-Bas le 6 avril prochain. Bien que peu évoqué hors des frontières de ce pays, ce référendum pourrait être le déclencheur d’une crise majeure en Europe tant les probabilités que le peuple hollandais le rejette sont fortes.

Jean-Claude Junker, président de la commission européenne, craignant les conséquences d’un tel vote juste avant des élections législatives cruciales au Pays-Bas et en France en 2017, mais aussi en pleine négociation du TTIP, le traité de libre-échange transatlantique, a enjoint les citoyens des Pays-Bas à ne pas « mal voter ». 

L’accord d’association controversé entre l’Ukraine et l’Union européenne a été l’un des déclencheurs d’un renversement du gouvernement ukrainien de Ianoukovytch à la suite du mouvement populaire du Maïdan. Le nouveau gouvernement ukrainien présidé par M. Porochenko, signataire de cet accord et appuyé par les Etats-Unis, a été à l’initiative d’une guerre civile à l’est du pays qui a fait plus de 10 000 victimes dont de nombreux civils, ainsi que le déplacement de plus de 1 100 000 réfugiés.

Il est légitime que les peuples des Etats-membres de l’Union européenne se posent la question de l’opportunité d’un tel accord, eut égard, d’une part, aux coût colossaux qu’il va faire peser sur les budgets européens, et, d’autre part, car il pose la question du bien-fondé des décisions des institutions européennes rarement prises dans l’intérêt des peuples. Enfin, il marque alignement de l’UE sur la politique étrangère étatsunienne, au risque de la paix en Europe, pourtant argument principal légitimant l’existence de l’Union.

illustration-pour-cpillustration-pour-cp

Cet accord, déjà ratifié par le Parlement néerlandais, est entré en vigueur le 1er janvier 2016. La très démocratique loi néerlandaise prévoit la tenue d’un référendum consultatif si au moins 300 000 signatures sont recueillies auprès des citoyens. Les auteurs de l’initiative visant à rejeter cet accord d’association en ont réuni 420.000. Le vote aura donc lieu le 6 avril. Si de plus, le taux de participation dépasse les 30% le gouvernement serait formellement obligé de reconsidérer l’accord – or, selon les sondages, environ trois quarts des électeurs néerlandais voteront « probablement ou certainement » contre l’accord.

Jean-Claude Junker, qui avait déclaré il y a quelques mois « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens« , est en train de réaliser que le peuple peut encore faire irruption sur la scène politique à l’échelle de L’Union. Inquiet, il a appelé les Néerlandais à ne pas s’opposer à l’accord et fait remarquer qu’une réponse négative pourrait « déboucher sur une grave crise en continentale, qui dépasserai largement le cadre néerlandais« .

Ne doutons pas que Junker, entre deux moments d’ébriété, y voit clair et s’inquiète à juste titre de chaque retour du peuple dans la vie politique. La portée du vote sera fortement symbolique, car ce référendum se tiendra alors que la Hollande, central dans l’Union Européenne dont elle est fondatrice, assure la présidence tournante depuis le 1er janvier.

La Hollande pourrait réaliser un vote de défiance vis-à-vis de l’Union Européenne et ses traités en illustrant combien les élites européennes sont coupées des intérêts des peuples que sensément elles doivent servir. Ce serait également un coup porté aux certitudes bruxelloise et au dogme de l’élargissement sans fin de l’UE. Cela relancerait enfin le débat sur le degré d’intégration de chaque Etats-Nation dans l’UE et donc d’abandon de souveraineté, et ce un an avant des élections législatives d’importances aux Pays-Bas et en France, deux pays phares de l’UE, où, par référendum populaire le Traité Constitutionnel Européen avait été rejeté de manière retentissante en 2005 (61% de NON en Hollande, 55% en France).

Les Hollandais se prononceraient légitimement contre cet accord de libre échange compte tenu du coût colossal pour l’UE, donc pour ses citoyens, qu’il impliquerait. L’économie ukrainienne est, en effet, en faillite continue, soutenue à bout de bras par l’UE et le FMI (qui au contraire de la Grèce lui a accordé une restructuration de sa dette) : il faudrait entre 40 et 65 milliards d’Euros pour la remettre à flots et assurer un soutien de quelques 15 milliards d’Euros par an pendant de nombreuses années, sommes impensables dans un contexte de récession, de crise grave, de chômage et de politique d’austérité dans les autres pays européens. Ses aides risqueraient d’ailleurs de n’y rien changer puisque le niveau de corruption de l’actuelle Ukraine est un des plus élevé au monde et supérieur – si c’est possible – à celui en vigueur sous Ianoukovitch.

Par ailleurs, le rapprochement plus marqué de l’UE et de l’Ukraine augure d’un dumping social sans précédent en Europe, déjà largement initié par l’Allemagne dans ses usines. L’Ukraine compte une des plus importante population d’Europe – 46 millions d’habitants – pour un salaire moyen de 250 euros/mois et un salaire minimum de… 50 Euros par mois. Le rapprochement de l’UE et de l’Ukraine risque de causer un tsunami social dans toute l’Europe de l’ouest où le travail, de plus en plus rare et précaire, est dévoyé par le déferlement des « travailleurs détachés » (soit l’organisation du dumping social au niveau européen par l’organisation, légalisée par l’UE, de travailleurs exploités).

Junker redoute également les conséquences géopolitiques d’un NON hollandais, tant cet accord d’association sert surtout les intérêts hégémoniques des Etats-Unis. Pour Washington l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN et son éloignement de la sphère d’influence de la Russie reste un de ses objectifs géostratégiques centraux et l’accord d’association UE/Ukraine n’en est qu’une étape.

Cet accord mettrait l’Europe encore plus en porte-à-faux par rapport à la Russie, or, sans ce pays, comme le déclarait le Général De Gaulle, un projet européen indépendant n’est pas viable.

Il est à noter que cela se déroule au même moment où se négocie, en catimini, l’accord sur le traité de libre-échange transatlantique, le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership – Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement en français), visant à construire un grand marché Transatlantique, lequel, s’il était ratifié ainsi que le désirent ardemment les élites européennes, augurerait d’un basculement définitif et complet de l’Europe dans le giron étasunien.

Le référendum d’initiative populaire s’il se soldait par un vote NON à l’accord d’association UE/Ukraine serait une crise supplémentaire dans une UE qui ne représente plus les intérêts des peuples. Ce serait le retour du peuple dans un système d’institutions où la banque centrale européenne qui n’a pas les mêmes prérogatives que la réserve fédérale des Etats-Unis, où la démocratie est inexistante – commission européenne non élue et parlement européen composé de députés élus mais sans réels pouvoirs. Caractère non démocratique qui sera renforcé par une des dispositions phares du TTIP, les tribunaux d’arbitrage, instances non élues, et dont les décisions s’imposeront aux Etats-Nations, si nécessaire en oppositions aux décisions prises par le peuple que ce soit par voie référendaire ou par le truchement de ses représentants au parlement – ce qui dans le cas de notre pays est en contradiction radicale avec l’article 3 de la constitution française.