Des chars allemands à 150 km de Leningrad

22 Juil2016
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Qui connaît ce que fut le sort d’une ville qui s’appelle aujourd’hui St-Pétersbourg ?  Il fut un temps où elle s’appelait Leningrad.

L’ignorance de l’Histoire étant devenue une caractéristique des jeunes générations, rappelons que le siège de Leningrad par les troupes allemandes a commencé début septembre 1941. Parties des pays baltes conquis en juillet-août, les divisions allemandes du groupe d’armée nord de la Wehrmacht sont arrivées à proximité de la ville en quelques jours. Avec l’ordre d’Hitler de « raser Leningrad de la surface de la terre », elles passent à l’attaque et se heurtent à une résistance acharnée au point que les Allemands décident d’en faire le siège. Il a duré 872 jours pour se terminer en janvier 1944. Il a coûté la vie à 1.800.000 personnes, dont 1.600.000 Russes parmi lesquels un peu plus de 600.000 sont morts de faim. Mais la population de la ville et les forces soviétiques ont tenu bon. Cette ville est devenue, avec Stalingrad, un symbole de la résistance à l’envahisseur et des souffrances infligées par la Wehrmacht. Pendant trois ans, la formidable résistance de Leningrad a fixé sur place une partie importante de l’armée allemande, rendant impossible la conquête de l’URSS. La ville de Leningrad est une de ces grandes villes martyres de la Seconde guerre mondiale. Une de ces villes russes, innombrables, dont la conquête, réussie ou pas, a affaibli considérablement les capacités militaires de l’Allemagne d’Hitler.

Aujourd’hui, 72 ans après l’échec allemand devant Leningrad, des blindés allemands, frappés de la croix de fer, héritée de la Wehrmacht et restée le symbole de la Bundeswehr, se déploient, une nouvelle fois, à 150 km de la ville. Précisément dans les pays baltes – aujourd’hui dirigés par des gouvernements d’extrême-droite – d’où ils lancèrent l’offensive vers Leningrad.

On ne peut plus parler aujourd’hui, et nul ne s’en plaindra, de militarisme allemand comme on le faisait à bon droit tant avant 1914 qu’avant 1940. Mais il faut parler dans le même sens donné à cette expression, de militarisme américain. Les Etats-Unis d’Amérique ont besoin d’un ennemi pour justifier leur « leadership » mondial, comme dieu a besoin du diable pour justifier son existence. Et les va-t-en guerre à la tête des armées US représentent une menace permanente pour la paix du monde. D’autant qu’ils peuvent compter sur la servilité des dirigeants européens.

Les engagements pris après la fin de la guerre froide ont été reniés par les Occidentaux.  L’OTAN ne devait pas s’installer aux frontières de la Russie (ainsi que rappelé dans un excellent article de la revue Foreign Affairs, 29 octobre 2014). Les USA, avec des complicités européennes, ont fomenté des révoltes initiées par des ONG locales financées par les USA et l’UE. En utilisant habilement le ressentiment bien légitime des populations pour les épreuves subies du temps de l’Union soviétique, ces révoltes ont d’abord suscité de la part du pouvoir en place, démocratiquement élu, une répression qui a servi de prétexte à des rapports d’ONG internationales de défense des droits de l’Homme, financées elles aussi, par les USA et l’UE. Ces ONG internationales, peu le savent, sont financées pour stigmatiser les gouvernements que les USA et leurs vassaux européens veulent renverser, qu’ils soient démocratiquement élus ou pas. C’est ce qui s’est passé en Ukraine et en Géorgie. En Serbie, pour affaiblir un allié traditionnel de la Russie, le choix fut le démembrement du pays au prix d’une guerre illégale au regard du droit international et la création d’un Etat artificiel, le Kosovo, devenu aujourd’hui un Etat mafieux. Le but : encercler la Russie d’Etats passés sous le contrôle de l’OTAN.

Le renversement en Ukraine d’un gouvernement démocratique remplacé aujourd’hui par un gouvernement où domine l’extrême-droite fascisante et raciste a suscité la réaction de Moscou, mais aussi de populations russophones à l’est du pays ainsi que la rétrocession à la Russie de la Crimée par une population qui ne demandait que cela depuis l’effondrement de l’Union soviétique. En effet, dès 1992, le parlement de Crimée demandait déjà sa sortie de l’Ukraine. Le résultat du référendum approuvant cette rétrocession n’aurait pu être contesté si Moscou avait eu la malice de demander à l’ONU de l’organiser. Mais il est probable que les membres permanents occidentaux du Conseil de Sécurité de l’ONU auraient refusé cet exercice démocratique.

Car, ce que les Occidentaux appellent « l’annexion de la Crimée » leur est trop utile. Il leur offre le prétexte rêvé pour désigner un nouvel ennemi dont ils ont tant besoin pour satisfaire les attentes de leurs complexes militaro-industriels. Et imposer un embargo sur la Russie dont les producteurs Européens sont les principales victimes. Et installer des troupes dans les pays limitrophes de la Russie. Et organiser en Pologne et dans les pays baltes des manœuvres réunissant des dizaines de milliers de soldats qui sont autant de provocations adressées à la Russie.

Après les manœuvres organisées en mai qui ont vu, comme en 1941, des soldats espagnols (la brigade BRILAT aujourd’hui, la Division AZUL hier) aux côtés des troupes allemandes, des décisions récentes prises à Hanovre puis à Varsovie, sur ordre des USA, vont amener des éléments blindés allemands à opérer de nouveau à proximité de la Russie.

De la Mer Baltique à la Mer Noire, l’OTAN a érigé une ligne offensive – a « front line », pour parler comme eux – contre la Russie. L’OTAN met en oeuvre une véritable politique d’encerclement qui peut conduire au pire.

Jusqu’où ira l’obsession guerrière des USA ? Jusqu’où ira la servilité européenne ?

En mai dernier, quelques jours avant le 75e anniversaire du déclenchement de l’opération Barbarossa, nom donné à l’invasion de l’Union soviétique, des chars allemands frappés de la croix de fer se sont déployés de nouveau à 150 km d’une ville qui s’appelait alors Leningrad.

Réfléchissons et résistons.

Raoul Marc JENNAR

22 juillet 2016.

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Quand Michel Rocard dévoilait … le pot aux roses …

La dette est une construction artificielle créée par les banques avec le consentement des états pour dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde. Les gouvernants sont au courant… et ils laissent faire!!!

Yves Bonnefoy, vie et mort d’un poète existentiel

2 JUILLET 2016 | PAR PATRICE BERAY

Il n’avait pas besoin d’entrer dans la Pléiade pour faire figure de son vivant de classique de la poésie de langue française. Comme nulle autre en son temps, son œuvre plonge ses racines dans les pensées de l’existence.

C’était un adieu anticipé de quelques semaines seulement. Yves Bonnefoy vient de mourir, à Paris où il était hospitalisé, à l’âge de 93 ans. Pour le plus émouvant des saluts à ses lecteurs (simple et vrai donc, à ses yeux), il avait intitulé le dernier livre de poèmes paru de son vivant, au mois d’avril de cette année, Ensemble encore. Et à dire « vrai » comme le poète, il n’est pas de plus belle incitation que ce livre de paroles – comme on dit livre d’images – à la redécouverte d’un des rares contemporains, depuis la mort de René Char, dont la renommée dépasse les milieux de la poésie.

Yves Bonnefoy (dr)Yves Bonnefoy (dr)

On peut même dire de celui qui a inauguré son œuvre en 1947 par le recueil Anti-Platon qu’il est devenu en à peine quelques décennies une figure classique de la poésie de langue française. De cela, historiquement, la raison est simple, même si elle se révélera ensuite redoutable de complexité pour les poètes : dans l’immédiat après-guerre, le jeune Yves Bonnefoy (né à Tours en 1923), tout imprégné de surréaliste, est un des premiers d’importance à avoir capté l’héritage de son art tout en acceptant de le confronter armes et bagages, de pied en cap, au monde des idées. Ainsi, cette réflexion critique lui fait d’emblée excéder les domaines traditionnellement réservés de l’esthétique, de la poétique ou de la philosophie de l’art. C’est au point qu’un de ses critiques, le grand spécialiste de Paul Celan et universitaire suisse John E. Jackson, y décèle une dimension proprement philosophique innervant toute son œuvre.

Acceptant de relever les défis que pose la philosophie à la poésie en son temps, après l’effroyable tragédie de la Seconde Guerre mondiale, commence pour Yves Bonnefoy la bataille de toute une vie, de toute une œuvre, visant à reconquérir des capacités d’autonomie à la poésie. Car c’est bien là le sens de cette pensée engagée pour la poésie par Bonnefoy sur le terrain de la philosophie. Très vite, l’étudiant qui suit les cours à la Sorbonne de Gaston Bachelard se passionne pour l’enseignement de Jean Wahl (à qui des décennies plus tard, Gilles Deleuze devait déclarer toute sa reconnaissance). Il découvre alors les philosophies dites de l’existence qui ont fait florès dans les années 1930 autour du philosophe russe réfugié en France Léon Chestov, et qui s’inscrivent à la suite de Nietzsche, Kierkegaard, Dostoïevski, notamment, dans une lutte contre les évidences d’une raison à leurs yeux désincarnée. Tout comme Benjamin Fondane avant lui, Bonnefoy y trouvera les mêmes « lueurs d’espoir » arrachées à la tragédie de l’existence qui le mèneront à faire grand cas de Baudelaire et de Rimbaud dans la poésie française.

Tout à son exploration d’une philosophie qui accepte de sonder les limites de la pensée conceptuelle à l’instar de ces philosophies de l’existence enseignées par Jean Wahl, Yves Bonnefoy tourne donc le dos à cette autre pensée de l’existence qui, dans ces années d’après-guerre, bat le pavé, l’existentialisme de Sartre, à la vision, juge-t-il, par trop réductrice de la poésie. S’il prône un dialogue entre la poésie et la philosophie, sa visée est bien d’en dégager une expérience renouvelée du monde sensible. C’est cela même que perçoit le si perspicace écrivain égyptien de langue française Georges Henein dansDu mouvement et de l’immobilité de Douve (1953), œuvre véritablement fondatrice :« Ce livre fait taire nos habitudes poétiques pour nous introduire à une langue sans mirages ni feux follets […] Selon une double discipline d’irritation et de patience, Bonnefoy travaille au durcissement de la parole. » Et Henein ajoute : « Le prétexte de l’expression poétique permet à Yves Bonnefoy d’escamoter l’instant présent et de faire affleurer dans tout ce qu’il écrit l’incessant battement de la MUE du monde. » Comme dans cet « ici-maintenant » :

Le ravin pénètre dans la bouche maintenant,
Les cinq doigts se dispersent en hasards de forêt maintenant,
La tête première coule entre les herbes maintenant,
La gorge se farde de neige et de loups maintenant,
Les yeux ventent sur quels passagers de la mort et c’est nous dans ce vent dans cette eau dans ce froid maintenant.

poe-mes

Cette vision du monde existant se pare en ces années d’après-guerre par la voix d’Yves Bonnefoy d’une conscience suraiguë de la mort, que le poète nomme la finitude. Le fait humain, de la vie humaine y est ainsi lesté, devant l’histoire, de toute une charge d’angoisse. Là où Fondane demandait au poète de « descendre » « des catégories de sa pensée, dans les catégories de sa propre vie », là où d’autres jeunes poètes en marge du surréalisme, avec lesquels il a cheminé un temps, en appellent encore au « non-être », à l’« infortune » libre rimbaldienne pour retrouver par les deux bouts le temps de l’invention du poème, Bonnefoy instaure une nouvelle métaphysique. Une pensée de l’être s’est enracinée où le poète va filer ses propres notions librement revisitées, retravaillées au travers de ses lectures. Parmi celles-ci figurent bien sûr les textes métaphysiques de Martin Heidegger, mais profondément amendés par l’ontologie « militante et brisée » de la pensée existentielle de Karl Jaspers que lui a transmise Jean Wahl, comme l’a démontré Yvon Inizan dans La Demande et le don (2013). Souvent parées d’une majuscule initiale, toutes les notions qu’en tire Bonnefoy – l’« ici-maintenant », la finitude, aux côtés du lieu, de l’Être, la Présence, l’Un, la Terre – tournent autour des deux piliers qu’interroge en tension cette métaphysique : le langage et l’existence.

Le poème doit « réveiller le monde »

Yves Bonnefoy est ainsi bien fondé à déclarer qu’à ses yeux, les poètes les plus importants avaient fait « de leur époque une grande pensée de l’existence » (dans un ouvrage sur sa filiation avec les poètes du XIXe siècle). C’est cet éclairement de l’existence par la poésie dans la relation à autrui, au monde, qui a réuni dans les cahiers de L’Éphémère de 1967 à 1972 des poètes (et peintres) dont il s’est senti proche (Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, André du Bouchet, rejoints par Michel Leiris, Philippe Jaccottet, Paul Celan…). Pour ces créateurs tournant résolument le dos à tout idéalisme dans leur représentation, si le monde existe, il n’en est pas moins devenu muet, quasi impénétrable. Ce qui s’est perdu dans le rapport au monde perçu, Bonnefoy appelle à le restaurer au nom d’un « grand réalisme », d’une expérience renouvelée de la« présence » aux choses. L’acte poétique, selon ses propres termes, doit « réveiller le monde ». Comme ici, exemplairement, dans ce passage du poème « La terre » extrait du recueil Dans le leurre du seuil (1975) :

Oui, moi les pierres du soir, illuminées,
Je consens.

Oui, moi la flaque
Plus vaste que le ciel, l’enfant
Qui en remue la boue, l’iris
Aux reflets sans repos, sans souvenirs,
De l’eau, moi, je consens.
[…]

La demande du poète est cette passion vécue qui ne cesse d’interroger l’absence des choses dans les mots, lesquels, pris pour eux-mêmes, ne sont que concepts, aspects de la réalité du monde. Pour en faire l’expérience pleine, le poète prend sur soi, comme il n’a cessé de s’en ouvrir dans ses féconds entretiens (pour les derniers réunis dansL’Inachevable, 2010), les « questions impossibles », les « saluts improbables » de la pensée existentielle, et rejette toute « poésie d’idées » qui se cantonnerait à une esthétique poétique rationnellement maîtrisée. C’est le sens des critiques attentionnées mais fermes que Bonnefoy formule à l’encontre de Paul Valéry, à qui il oppose la « vérité de parole » des Fleurs du mal de Baudelaire ou le « besoin » que l’on éprouve de Rimbaud. De même, l’attention qu’il a pu porter à la poésie de Mallarmé ne s’est jamais départie de sagacité critique : il la réprouve en quelque sorte, pour s’être détournée de la« personne particulière » de chaque être, mais s’attache à en restituer les confins.

Alberto Giacometti, « L'Homme qui chavire », bronze (1950-52)Alberto Giacometti, « L’Homme qui chavire », bronze (1950-52)

Cette position singulièrement libre et nuancée avec les lettres est tout autant révélatrice du sérieux dont s’entoure la démarche de nature magistrale de Bonnefoy que de la prodigalité de son œuvre. Alors que nombre de pratiques poétiques s’instaurent dans l’après guerre par opposition au surréalisme – de l’Oulipo jusqu’aux expérimentations textuelles, langagières, en passant par des écritures plus lyriques –, rien d’aussi tranché chez celui qui va occuper des décennies après Paul Valéry (ironie de l’histoire !) la chaire d’« Études comparées de la fonction poétique » au Collège de France de 1981 à 1993. Au fil du temps, d’un temps si redouté pour son œuvre de destruction, le poète et critique littéraire, philosophe à bien des égards, s’est doublé d’un traducteur (Shakespeare, Keats, Leopardi…) et d’un remarquable historien d’art (des peintres italiens de la Renaissance à Morandi ou Giacometti en passant par Poussin, Goya).Dans une de ses études, John E. Jackson a très justement relevé « l’infléchissement vers la prose du vers » du poète. Si le geste créateur de Bonnefoy s’inaugure par une réfutation de la fiction en tant que telle, avec le retournement en poème du projet de roman qui était à la base de Du mouvement et de l’immobilité de Douve (1953), des vers longtemps laissés en jachère ont ainsi pu susciter la récente évocation autobiographique de L’Écharpe rouge (2016). Sur le long chemin par détours de son écriture, il semble que le poète a trouvé dans le récit la vision nécessaire pour affermir son « intuition d’une unité qui demeure en tout et partout présente » (L’Inachevable). Si bien que cette « parole poétique » tant guettée par Yves Bonnefoy n’a été délivrée nulle part peut-être dans son œuvre avec autant de gracile évidence que dans ces vers d’ouverture d’Ensemble encore :

C’est bizarre, je ne vous reconnais pas.
Tant il fait nuit je ne vois plus votre visage
En dépit dans vos yeux de cette lumière
De diverses couleurs si loin là-bas.
Je comprends que vous tous, vous nêtes plus
Auprès de moi quune seule présence,
À qui tendre la coupe, je ne sais
Ni ne le veux, je la pose, un instant.
Apercevant vos mains,
Je les touche des miennes, cest suffisance.
[…]

« Tu dois me croire. Ah encore ! »

En 2008, les actes de colloques La Conscience de soi de la poésie que le poète a dirigés lui ont permis de revenir sur le problème de l’autonomie de la poésie, notamment par rapport à la philosophie. En substance, si la poésie ne doit pas faire système, on peut en attendre, selon les mots du poète, qu’elle prenne « conscience d’une forme de connaissance qui n’est qu’à elle ». Précisant sa pensée, Yves Bonnefoy y souligne que« le plus important » lui paraît être le problème de l’autonomie du poétique « au regard, non tant des convictions religieuses […] que du fait de croire ». Cette « crise de croyance » que Verónica Estay Stange dans un essai sur « les voix secrètes du symbolisme », Sens et musicalité (2014), situe avec acuité au cœur de la modernité de Nerval et Baudelaire prend ainsi, chez Bonnefoy, valeur d’« attestation » existentielle dans la relation à autrui, au monde, comme on peut le lire dans le poème « La Grande Ourse » d’Ensemble encore (voir sous l’onglet “Prolonger” de cet article un extrait plus long de ce poème) :

[…]
Tu dois me croire. Ah encore !

Encore quoi ?

Des voix, des gens qui se parlent, ils sont trois ou quatre, c’est précipité, c’est violent.

Tu n’as pas eu le temps de les entendre.

Mais si ! Oui, c’était court. Mais c’était long aussi. Un instant, d’accord. Mais à l’infini. Un morceau de pierre, avec ses marques, ses fissures, toute sa couleur, c’est bien de l’infini, non ? Ces gens se parlaient depuis des siècles. Ici, ici. […]

Voilà bien cet infini dont Yves Bonnefoy a précisé dans les entretiens de L’Inachevablequ’il n’est pas « l’infini du dehors » mais « l’infini intérieur à la chose particulière ». C’est à cette perception de l’infini de la vie en chacun et chaque chose que demande de croire le poème.

On n’oubliera toutefois pas, au moment présent de la disparition du poète, les mots dans les mêmes actes de colloque de John E. Jackson s’autorisant de Rimbaud et de Nerval pour souligner, à propos de la « douleur », du « deuil », de la « mémoire » chez les poètes, combien tout « gain de réflexivité ne pouvait faire oublier le prix affectif auquel il se payait ».

*

Parmi les publications récentes d’Yves Bonnefoy :
Ensemble encore
, suivi de Perambulans in noctem, Mercure de France, avril 2016, 142 p., 14,80 €.
L’Écharpe rouge, suivi de Deux Scènes et notes conjointes, Mercure de France, avril 2016, 272 p., 19 €.
L’Hésitation d’Hamlet et la décision de Shakespeare, coll. « La librairie du XXIe siècle » dirigée par Maurice Olender, Éditions du Seuil, novembre 2015, 160 p., 18 €.

Voir aussi sous l’onglet “Prolonger” de cet article.