Ce qui ne tourne pas rond chez les trentenaires

Je me prépare pour les trente ans d’une amie. Je répète les mouvements pour la énième fois, les mêmes questions, les mêmes hésitations, les mêmes gestes.

23/01/2017 07:00 CETAlice Sirera Auteure et scénariste

Samedi soir, 20H30, je me prépare pour les trente ans d’une amie dans un grand appartement du 17e arrondissement. Je répète les mouvements pour la énième fois, les mêmes questions, les mêmes hésitations, les mêmes gestes. Je connais chaque timing: dix minutes pour m’habiller, quinze minutes pour me maquiller, quarante pour arriver. J’hésite, je ne sais pas comment m’habiller. Mais le sac jaune ne va pas avec mes chaussures.

J’arrive à 22H30. Pas avant, car les gens sont plus sociables lorsqu’ils ont bu.

23H30, Laura, la copine de Fred vient de partir. Fred se dirige vers la fille en robe rouge et la drague lourdement.

23H50, Julie, en couple depuis un an, embrasse un autre garçon dans la soirée. Je la regarde, elle me fait un grand sourire, fière d’elle.

00H00, Damien fait des blagues sexuelles toutes les sept secondes, veillant bien à ce que tout le monde l’écoute attentivement. Ben me parle de son travail, et de son travail, et de son travail et m’explique, bourré, cent cinquante fois la même chose. Et que son travail, c’est toute sa vie. Nina surveille au loin son copain qui parle avec une jolie blonde. Là bas, au fond, il y a le groupe qui fait du networking, c’est-à-dire qu’ils ne sortent QUE dans des soirées où ils peuvent connecter un réseau pro. À default d’avoir du talent, ils ont des connexions. Johanna me parle du dernier garçon qui l’a (encore) quittée (au bout de cinq jours), et me dit qu’elle n’a pas envie de ressembler à toutes ces filles célibataires.

00H34, Damien a arrêté son show et vient me demander: « Tu ne trouves pas que je ne vieillis pas Alice? J’ai l’impression d’avoir vingt ans dans ma tête! » Je réponds: « Il est bien là le problème » Il s’interroge « Je ne t’ai jamais pécho toi?!? » « On a 30 ans Damien, on arrête de dire PE-CHO non? ».

À 2H00, nous sommes tous ivres; notre moyenne d’âge intellectuel est passée de vingt ans à cinq ans.

2H20, Flo et Sandra, les hipsters de la communication et de la pub me demandent si j’ai de la coke. Non désolée. Des provinciaux contents d’avoir un 40 m2 qu’ils paient une blinde avec leur 2500 euros par mois. Faussement cultivés, ils mangent bio la semaine et tapent de la coke le week-end.

5H00, je repars avec Jean, un garçon que j’ai rencontré dans la soirée et avec qui j’ai dansé entre trois heures et cinq heures. J’ai joué la fille sûre d’elle, désinhibée, et là, je vais chez lui. Sauf, que lorsque j’y suis et qu’il veut coucher avec moi, je ne peux pas. Je ne peux pas et ne veux pas car ça n’a aucun sens de partager un moment si intime avec quelqu’un que l’on ne connaît que depuis trois heures. Je n’y arrive pas. Je commande un Uber, et je rentre gentiment chez moi, en m’excusant de ne pas être très « moderne ».

À 5H45, j’arrive chez moi dans le 15e arrondissement. Dans ma cuisine, je m’assieds et me pose des questions sur le consumérisme des relations et surtout l’immaturité affective des trentenaires. Je nous trouve tous paumés. À quel moment a-t-on commencé à désacraliser l’amour et le charnel? Nous recensons fièrement les crushs, les relations sans lendemains, on se se cherche, sans se trouver. On se remplace les uns par les autres comme ça, comme si nous étions interchangeables. ILS se disent qu’il y a toujours mieux, ELLES se disent qu’elles sont trop bien pour eux. On préfère fuir dans la légèreté. À chercher ce que l’on ne sait pas ce que l’on cherche. Dans le fond, je crois que nous recherchons tous la même chose: ÊTRE amoureux (TOMBER pour ceux qui ont besoin d’une thérapie) Et pourtant, nous sommes si nombreux à être seuls et à se sentir seuls. À part ceux qui sont en couple…

À 6H00, je m’interroge sur les couples, entre ceux que se persuadent, ceux qui se pansent et ceux qui pensent que c’est toujours mieux à côté, ceux qui se trompent, ceux qui ne veulent pas être seuls, celles qui cherchent leur père, ceux qui ont trouvé leur mère, celles qui sont en manque affectif, ceux qui recherchent leur premier amour… Le couple oui, mais pas pour les mauvaises raisons.

6H05 J’écoute la chanson « 35 ans » de Ben Mazué.

6H15 Je repense à mes copines, exigeantes, pleines de critères: « Je veux qu’il soit beau et bien foutu » Et toi, tu es bien gaulée? « Je veux qu’il ait un bon boulot », C’est vrai que toi, tu diriges une entreprise du CAC 40, « Je veux qu’il soit riche… », tes parents se sont endettés pour payer leur maison à Arpajon-sur-Cère. Les hommes se féminisent et les femmes se masculinisent. Et pourtant, elles repartent souvent avec des inconnus, prêtes à tout pour récupérer un peu d’estime de soi à travers le désir de l’autre. Eviter de se comporter comme une pute pour éviter qu’ils nous prennent pour des putes. La féminité ne passe par la vulgarité ou encore par l’attraction sexuelle qu’une femme peut susciter. Il faut dire que la société ne nous aide pas vraiment: entre les films « Sous les jupes des filles », « Working girls », « Les gazelles » etc. les articles de la presse féminine comme Biba, Cosmo, Glamour intitulés « Comment tester son mec? » « Comment se taper le stagiaire? » « Un homme marié, c’est bien au lit? », les livres comme « La femme parfaite est une connasse », la liste est très longue pour alimenter la situation des trentenaires. Le quota débilité est déjà rempli grâce à TF1 et M6 et les milliards de selfies sur les réseaux sociaux. À ce rythme, nous allons nous transformer en désert. Un vide abyssal que nous essayons de combler à travers une image sociale stylisée. Elles ont tout essayé: les voyantes, les psys, les sophrologues, les numérologues, tinder, happen, adopteunmec, once… Si si, on fait un effort. On va chercher des réponses chez les autres. Nous finirons par nous résigner, rattrapés par la réalité. Sans jamais savoir pourquoi, nous serons angoissés.

6H30 Ah…les angoissés, les stressés. Les heures passées à parler de ce que l’on ressent, de nos émotions, nos problèmes, des questions que l’on se pose. On s’écoute trop. Beaucoup trop. Pour se donner bonne conscience, nous nous disons que c’est pour mieux se connaître, avoir confiance en soi, car le développement personnel, c’est dans l’air du temps. Plus de pudeur, nous sommes transparents. Je veux ci, je veux ça, que tu sois comme ça. On a oublié qu’il fallait s’accorder, parfois faire des concessions. On veut tout mais nous n’avons rien. Ah bah ça, on en a des problèmes. Nous nous comprenons, nous parlons la même langue, nous avons tous les mêmes problèmes. À en devenir nombrilistes. On écoute les autres pour qu’ils nous écoutent. Ne serait-ce pas qu’une question d’ego dans la majorité des cas? Je repense à cet article du Monde: La moyenne nationale du QI a baissé de 4 points depuis 2009. Ah bah ça, on n’est pas des flèches non. On ne s’intéresse à rien, à part à nous. L’égocentrisme nous rendrait-il bête?

6H45 Je regarde mon portable, un texto de Damien « Tu fais quoi? » Le sms du mec bourré à 6H du matin… Ce n’est pas pour une demande en mariage… À quel moment il s’imagine que je vais lui répondre: « Rien! Je te retrouve chez toi ☺? » Je suis dépitée…

6H50 Je n’arrive pas à m’endormir. Je repense aux « hommes » trentenaires. Ils ne sont pas mieux que les femmes. Soit ils sont en couple et ont déjà pris dix kilos, sont à 8926 heures de foot devant la télévision, et ont oublié qu’une assiette ne se déplaçait pas (encore) toute seule jusqu’à la cuisine. « Éponge, gant? Jamais entendu parler » soit, ils cherchent quelque chose mais on ne sait pas quoi; c’est l’autre moitié, celle qui ne veut pas s’engager. La génération sans engagement, sans préavis, du forfait téléphonique, à la location d’un appartement jusqu’au mariage.

6H55, je me souviens de Laura (la fille qui trompe son copain avec le premier venu) me dire ce soir: « Tu sais, j’ai vraiment envie d’être connue ». C’est LA palme, ceux qui veulent être connus. Mais connus pour quoi? « Juste être connu » comme l’a déclaré Franck Dubosc dans une émission de Michel Drucker. Certains ont un talent (comme lui), d’autres, aucun. Et certains en font mêmes des films, comme par exemple « Le talent de mes amis » d’Alex Lutz. Vous avez compris? Ils font un film sur le talent qu’ils n’ont pas. J’ai cru que j’allais mourir quand j’ai vu ce film.

6H58, c’est vrai que les données actuelles ont changé: la population est vieillissante, et pour ceux qui sont nés dans un milieu que l’on nomme défavorisé, pas de chance, tu es et tu resteras là où tu es, comme l’illustre le film « Bande de filles » de Céline Sciamma. Si tu es maghrébin ou noir, je ne t’en parle même pas. Mais tu sais, les autres, ils s’en foutent, ils doivent soigner leurs petits rhumes, ils ont leurs « problèmes ». Et puis, ça leur fait peur, ils se disent: « je n’aimerais pas être à sa place ». Ils préfèrent vous ignorer, mais dans le fond, ça leur fait quand même de la peine. La mixité sociale, LOL. Mais nous vivons une vie à crédit et l’écart se creuse, jusqu’à ce que la classe moyenne s’effondre. Ne juge pas les pauvres, il y a de fortes chances que tu finisses comme eux. Sans l’aide de nos parents (pour les plus favorisés) il est impossible d’acheter un appartement et d’être par conséquent bien logé. Notre pouvoir d’achat est plus faible que celui de nos parents et de nos grands-parents. La démocratisation des études génère (trop) de jeunes surdiplômés sur le marché. Et pendant que l’écart des classes sociales s’accroit, la médiocratie prolifère. Nous sommes gouvernés par des gens d’un milieu bourgeois médiocre. Malheureusement, ils font partie d’un réseau. Une toile. Ils ont passé leur enfance aux Cap Ferret ou à l’île de Ré, sans vraiment se mélanger à d’autres classes, et donc par conséquent, ils n’ont aucune conscience des autres réalités. Comme dit l’abbé Pierre, « les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques, mais on ne pleure pas devant des chiffres ». La sphère des grandes écoles, la future élite, Science Po, Polytechnique, L’ENA, les plus grandes écoles françaises leur apprennent-ils vraiment à penser? A développer des idées? De la théorie et de la théorie. L’esprit est trop formaté. Notre champ lexical s’est réduit, nous employons moins de mille mots. Il en existe plus de vint cinq mille dans la langue française. Par conséquent, exprimer notre pensée se restreint. Pas sûr que de regarder les émissions de Cyril Hanouna nous fassent vraiment du bien. Et oui, le monde est gangréné, cancéreux. Pendant ce temps, nous nous préoccupons de nos petites angoisses, de nos petits problèmes.

7H30, j’ai faim, j’engloutis tout ce que je trouve dans le placard de ma cuisine. Nos parents nous parlent de CDI, et nous, nous rêvons de liberté. C’est une génération mutante, les trentenaires. Parce que plein de choses se passent quand même; les mouvements alternatifs se mettent en place comme il semble n’en avoir jamais existé, TEDX, les donneurs d’alertes, l’économie participative, la consommation collaborative, les MOOCS, les réseaux d’entraide et de partage, les influences de la philosophie orientale, autant de vecteurs accessibles pour ceux qui souhaitent accéder à une conscience universelle. Comme si le monde était à deux vitesses.

Ce n’est pas très sympa tout ce que tu nous dis là, Alice. Non c’est vrai. Peut être parce que je culpabilise de ne rien faire, de me préoccuper que de mon petit confort. Parce que j’ai de la peine de nous voir. De me voir. Dans un monde utopique, j’aimerais que l’on s’intéresse à tout et que le temps développe notre curiosité, nos connaissances et le désir de se tourner vers les autres.

Il est 8H00. Douze heures se sont écoulées. Je vais me coucher et me dire pour la énième fois que j’arrête de sortir.

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Qu’est-ce que l’Europe ? Qu’est-ce que l’UE ? Quelle union des peuples d’Europe ?

04 Jan2017

Sur ces trois questions, à la demande du site « la sociale » (http://la-sociale.viabloga.com), j’ai rédigé un texte destiné à susciter un débat sur la question de l’. Ce texte reflète l’état présent d’une réflexion personnelle qui a connu un grand tournant en mai 2015 lorsque, dans un article marquant le dixième anniversaire du « non » de gauche au TCE, j’ai exprimé ma conviction que l’ n’est pas réformable.

Mon analyse des grands mouvements qui sont à l’oeuvre sur la planète depuis les années 80 m’a conduit à insérer cette réflexion sur l’UE dans le cadre plus global d’une offensive généralisée contre l’Etat dont le seul bénéficiaire est le secteur privé. « Réduire le périmètre de l’Etat » est devenu l’objectif de tous les libéraux, ceux de droite, bien entendu, et ceux qui se cachent derrière un vocabulaire de gauche. Pour réaliser cet objectif, l’UE est, pour ce qui concerne les peuples d’Europe, l’instrument privilégié.

***

L’Europe, c’est d’abord et avant tout un ensemble de peuples qui vivent depuis des siècles sur de vastes étendues à l’ouest de la Russie, de la Mer Noire et de la Mer Egée jusqu’aux rives de l’Atlantique. Née de l’empire romain, sa matrice commune plus vaste qu’elle-même, l’Europe est un héritage commun qui a généré des valeurs diversement partagées et respectées à travers un ensemble de nations, fières de leur passé, de leurs traditions, de leur culture, de leur langue, de leurs différences. Ces valeurs ont rayonné au point d’imprégner profondément d’autres peuples hors du périmètre européen. Constituées en Etats qui se sont affrontés pour des ambitions territoriales ou des rivalités religieuses, ces nations ont survécu à travers les siècles aux pires vicissitudes et même aux terribles déflagrations du XXe siècle.

Elles sont aujourd’hui menacées comme jamais elles ne l’ont été. Non par la guerre, mais par une monstruosité technocratique au service d’une idéologie libre-échangiste qui a nom « Union européenne ». L’UE n’est pas l’Europe. C’est même la négation de ce que le meilleur de l’Europe a pu proposer au monde.

L’UE n’est pas la paix, contrairement à ce que certains veulent faire croire. La paix, ce fut l’œuvre de deux nations, l’Allemagne et la France décidées à tourner la page d’un siècle de conflits. Ce ne fut pas le résultat d’une UE incapable de faire la paix en Yougoslavie où même lors d’un minime conflit entre l’Espagne et le Maroc.

L’UE n’est pas la démocratie, c’est même tout le contraire. La « méthode Monnet » est un processus de contournement des Etats, où s’applique un certain degré de contrôle démocratique, par transfert d’attributions de ces Etats vers des institutions supranationales qui échappent à ce contrôle. Le Conseil des Ministres de l’UE – l’institution qui est en charge de la décision – n’est soumis à aucun contrôle démocratique et n’est comptable de ses choix devant aucune institution représentative des peuples affectés par ces choix.

L’UE n’est pas la justice sociale. Au nom de ce qui est présenté dans la littérature européenne comme « les quatre libertés fondamentales de l’UE » (liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services), au nom du primat de la concurrence érigée en valeur suprême, l’objectif de l’UE est de « réduire le périmètre de l’Etat », c’est-à-dire confier au secteur privé l’essentiel des activités humaines.

La Cour de Justice de l’UE, s’appuyant sur une interprétation extensive des traités, a construit un ordre juridique imposé aux Etats et à leurs ressortissants qui comporte des choix de société sur lesquels jamais personne ne s’est prononcé et qui bafoue les droits humains fondamentaux tels qu’ils sont énumérés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, en particulier ces droits déclinés aux articles 22 à 27 : droit à la sécurité et à la protection sociales, au travail, à un niveau de vie suffisant, au logement, à la santé, à l’éducation, à la vie culturelle…

Le libre-échange érigé en dogme est devenu l’instrument non pas de la prospérité des peuples, mais de leur asservissement. Ceux-ci sont livrés à la concurrence débridée à laquelle se livrent les firmes à la recherche du moins disant social, fiscal et écologique, dressant les salariés d’Europe les uns contre les autres et faisant renaître, de ce fait, les formes les plus dangereuses de nationalisme.

La pauvreté, la précarité et le chômage ont atteint des sommets inconnus depuis un siècle. Les politiques de l’UE ont ressuscité une catégorie que les luttes sociales avaient fait disparaître : le travailleur pauvre.  Elles ont amplifié un phénomène autrefois marginal : le travailleur détaché.

L’UE a remplacé l’objectif d’égalité par celui de la compétitivité, mettant, au nom de leur prétendue unité, les peuples européens en concurrence les uns contre les autres.

L’UE ne porte en elle aucune des valeurs que l’Europe véhicule depuis le Siècle des Lumières. Elle est au service de la globalisation, c’est-à-dire de la volonté de soumettre la planète aux exigences du monde des affaires et de la finance. Elle est à l’avant garde de ces traités internationaux qui démantèlent la puissance publique des Etats au profit des firmes transnationales et de la finance mondiale.

L’UE n’existe pas sur la scène internationale. Elle étale son impuissance sur tous les dossiers, agissant exclusivement en supplétive des USA. En adhérant à l’OTAN, elle a complété son aliénation générale aux Etats-Unis d’Amérique.

Le rêve d’une Europe européenne a été tué dans l’oeuf. Et celui d’une Europe fédérale relève du mythe.

Le fédéralisme européen est une fausse bonne idée. Parce qu’elle repose sur une illusion et un déni. L’illusion, c’est de croire qu’on peut soumettre à des institutions communes des peuples différents qui se pensent chacun comme nation. Le fédéralisme est un mode d’organisation institutionnelle qui réunit avec succès seulement les membres d’un même peuple. Le peuple américain se pense américain avant d’appartenir à la Californie ou à la Floride. Le peuple allemand se pense allemand avant d’appartenir à la Bavière ou à la Saxe. Il en va de même du peuple autrichien qui lui aussi s’est doté d’un système fédéral. Et le jeune fédéralisme belge n’a de l’avenir que si les Flamands se sentent Belges avant d’être Flamands. Il n’y a pas de peuple européen. Il n’y a pas de nation européenne.

Unir les peuples d’Europe dans un cadre fédéral est une illusion qui n’a pu prendre corps qu’à la faveur d’un déni : celui de la nation, assimilée au nationalisme. Evoquer le peuple rassemblé autour de ce qui fait sa communauté de destin est systématiquement stigmatisé. Ce déni, véritable méthodologie de l’intégration européenne, explique, à bien des égards, les réactions souverainistes.  Car la nation est l’unique siège d’une remise en question par l’UE (« Il n’y a pas de vote démocratique contre les traités européens » a déclaré le président de la Commission européenne). La réaction souverainiste véhicule à la fois un sursaut démocratique contre une oligarchie européenne qui entend imposer ses choix de société et un sursaut identitaire qui rejette une uniformité négatrice des spécificités historiques, culturelles et linguistiques de chaque peuple et son mode de vie. L’UE, c’est : même bouffe, mêmes fringues, même sabir, mêmes paysages urbains.

Est-il possible, comme beaucoup le pensent, de réformer l’UE ? Lorsque les peuples de deux Etats fondateurs – la France et les Pays-Bas – ont rejeté le traité constitutionnel en 2005, toutes les initiatives européennes qui ont suivi sont allées dans le sens rejeté par ces deux peuples c’est-à-dire dans le déni de la souveraineté populaire. D’abord le traité de Lisbonne imposant ce qui avait été refusé. Ensuite, en prenant prétexte de la crise financière, on a observé de nouvelles avancées du pouvoir totalitaire d’institutions échappant à tout réel contrôle démocratique : la Commission européenne, la Banque centrale européenne, l’Euro-groupe et la Cour de Justice de l’UE. Les traités ratifiés en 2012 (MES et TSCG) ont consacré de nouveaux et insupportables abandons de souveraineté au profit de ces institutions. Ces traités furent soutenus avec la même force par la droite et par la social-démocratie européennes, toutes deux résolument au service de la dictature des marchés. On ne réformait pas l’UE, on accentuait la négation de la souveraineté des peuples. La primauté de la bureaucratie sur la démocratie est devenue un principe central auquel il est manifeste que les institutions de l’UE ne renonceront jamais. L’UE n’est pas réformable.

Faut-il pour autant prôner le retour à une mosaïque européenne d’Etats sans liens entre eux ? Assurément pas. Ce serait accomplir autrement ce que l’UE mène à bien de manière organisée : la soumission à l’impérialisme des firmes transnationales. Dans le monde multipolaire qui émerge progressivement, protéger et promouvoir un certain nombre de valeurs et rendre possible leur application nécessite aujourd’hui des moyens que seule peut procurer une taille géographique et démographique suffisantes, hors de laquelle aucun des Etats européens pris isolément ne pourra éviter la servitude économique, financière et culturelle.

Aucun Etat européen, même pas l’Allemagne, n’est en capacité d’imposer, seul, des règles à la finance mondiale et aux firmes transnationales. Une union des peuples d’Europe se donnant, à l’inverse de l’Union européenne, la mission de veiller au bien-être des peuples serait, elle, en capacité de le faire.

Aucun Etat européen, même pas la France, n’offre le cadre pertinent pour s’opposer, à lui seul, au démantèlement des politiques sociales voulu par un patronat puissamment organisé non seulement au niveau européen, mais surtout au niveau atlantique. Il en va de même pour imposer à ce patronat les indispensables mesures qu’impose le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité.

Refuser d’unir les peuples d’Europe qui le veulent, c’est décider la servitude, aux multinationales d’abord, aux grandes puissances de la planète ensuite. Il nous faut chasser de nos esprits la fausse espérance du réflexe Maginot.

Pour ces raisons, il faut élaborer et faire avancer le projet d’une Europe européenne fondée sur des peuples souverains forts de leurs valeurs propres et d’une aspiration commune à un même modèle de société. Une Europe européenne maîtresse de ses choix et solidaire des peuples du monde. Ce qui implique que le respect de la souveraineté populaire devienne le principe cardinal d’une telle union populaire. Ce qui suppose qu’on ne peut unir que les peuples qui le demandent au terme d’une consultation directe.

Comment organiser une telle union pour qu’elle ne soit plus jamais la confiscation de la souveraineté populaire ? Le chemin nous est tracé par ce qui fait le succès des Européens dans le monde : c’est-à-dire ce qui résulte de la coopération intergouvernementale et non du supranationalisme européen : Airbus, Ariane,….

Nous n’avons pas besoin de la Commission européenne, ce monstre administratif avec ses dizaines de milliers de fonctionnaires vendus à l’idéologie néolibérale et aux lobbies du monde des affaires et de la finance. Nous n’avons pas besoin d’un parlement européen avec ses centaines de députés grassement rémunérés qui sont surtout en capacité d’imposer à une nation ce qu’elle refuse. Nous n’avons pas besoin d’institutions européennes qui violent les principes fondamentaux de la démocratie : séparation des pouvoirs, indépendance de la Justice, contrôle du pouvoir exécutif par des élus du peuple. Une union entre des peuples d’Europe qui la souhaitent, basée sur la souveraineté absolue de chaque peuple, n’a besoin que d’un organe transparent de coordination intergouvernementale.

L’UE, c’est la nouvelle Bastille à prendre et à démanteler. Comment y parvenir ? D’abord, en imposant la question dans le débat électoral qui va occuper 2017 et en exigeant la plus grande clarté de la part des candidats, à l’élection présidentielle comme aux législatives. Les candidats doivent mériter la confiance qu’ils sollicitent. Il faut les interpeller, les harceler si besoin est. Il faut les forcer à indiquer quelle Europe ils veulent et comment ils comptent y parvenir. Ne prenons plus pour argent comptant leurs promesses qui n’engagent que les naïfs qui les gobent. En 1997, Jospin avait promis de renégocier le traité d’Amsterdam. Il ne l’a pas fait. En 2008, le PS et l’UMP avec la complicité des Verts ont rendu possible le traité de Lisbonne dont le texte avait été rejeté par le peuple français en 2005. En 2012, Hollande avait promis de renégocier le pacte budgétaire (TSCG). Il ne l’a pas fait.  N’oublions pas leur mépris du peuple.

Ensuite, en faisant avancer le débat d’idées sur la nécessité du démantèlement de l’UE comme moyen d’unir les peuples qui le veulent sur des bases vraiment démocratiques, sociales et écologiques et sur le primat de la souveraineté populaire.

Enfin, en lançant un mouvement mobilisateur pour promouvoir cet objectif ; un mouvement qui fera descendre dans la rue celles et ceux qui veulent décoloniser les peuples soumis à l’UE-OTAN.

Raoul Marc Jennar

Chris Hedges : “Tant que l’idéologie néolibérale dominera, le populisme va progresser”

Chris Hedges a été correspondant de guerre pour le New York Times pendant quinze ans et honoré par un prix Pulitzer.

Comment un pays qui a voté deux fois pour le premier Président noir de l’histoire des États-Unis a-t-il pu élire le candidat le plus raciste, sexiste et violent des élections américaines modernes ?

En 2008, juste après le crash financier, Barack Obama était perçu comme un outsider dans la vie politique américaine. Il avait passé seulement trois ans au Sénat, et les électeurs lui ont donné un mandat pour réaliser les promesses qu’il avait formulées pendant sa campagne, en particulier renégocier, ou en tout cas atténuer les accords commerciaux de libre-échange signés par les Etats-Unis en 2004. Après son élection, cette promesse s’est malheureusement volatilisée. Et l’on peut dire aujourd’hui que, sur le plan économique, Obama a passé la plus grande partie de sa présidence à défendre les intérêts des pouvoirs financiers qui ont brutalisé la société américaine depuis Bill Clinton. Huit années dilapidées par les élites démocrates ! Les victimes du système ne leur ont pas pardonné la malhonnêteté d’un parti qui, dans le même temps, courtisait les classes populaires. Elles ont rejoint Trump par colère et frustration.

Une colère légitime, donc ?

Si vous n’avez pas traversé les Etats-Unis ces dernières années, vous ne pouvez pas vous faire une idée précise de l’état de délabrement de notre pays. Les villes des anciens bassins industriels sont littéralement en ruine ; les gens doivent se battre pour survivre, 50 millions d’Américains vivent sous le seuil de pauvreté (officiellement 24 500 dollars par an pour une famille de quatre personnes, mais tous les économistes vous diront que ce montant est insuffisant) ; les salaires stagnent ou déclinent, les services sociaux sont supprimés, l’Obamacare (la réforme de l’assurance santé) a surtout profité à l’industrie pharmaceutique… Cette grande trahison des élites progressistes devait un jour ou l’autre se traduire sur le terrain politique. Quand on y songe, ces élites ont finalement fait le jeu des démagogues de droite, et porté Trump au pouvoir.

Le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, dans sa chronique du New York Times, le lendemain des élections, avouait qu’il ne connaissait sans doute pas le pays profond. Ce mea culpa arrive trop tard ?

Bien trop tard ! Où étaient-ils, ces penseurs de gauche, quand Bill Clinton a décidé de vendre la classe ouvrière américaine au grand business, avec la signature du traité Aléna (l’accord de libre-échange nord-américain conclu entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) en 1994 ? Ou quand il a détruit le système de sécurité sociale de notre pays, alors que 70 % de ses bénéficiaires étaient des enfants ? Et quand il a fait exploser le nombre de prisonniers dans les maisons d’arrêt ? On ne les a pas beaucoup entendus, à l’époque. Peut-être parce qu’ils vivent dans leur bulle à Manhattan et ne voient plus rien du pays réel — comme d’autres, en d’autres temps, restaient enfermés à Versailles… Ni ces élites ni les médias ne prennent suffisamment le temps d’aller voir cette majorité « silencieuse » qui, face à l’aveuglement et à la surdité, voyant ses appels désespérés demeurer vains, est devenue l’électorat de Trump. C’est d’autant plus grave que lorsqu’elles se décident enfin à ouvrir les yeux, ces élites progressistes adoptent souvent un ton moralisateur et condescendant, comme l’a fait Hillary Clinton quand elle a qualifié les électeurs de Trump de « pitoyables ». Cette campagne présidentielle a été suivie à travers un filtre « déréalisant » : les sondages étaient à côté de la plaque depuis le début, ils ne remontaient que ce que, dans les establishments démocrate comme républicain d’ailleurs, on voulait entendre : « Trump n’a aucune chance d’être élu. »

Plusieurs livres, depuis dix ans, ont sonné l’alerte. On pense à Pourquoi les pauvres votent à droite, de Thomas Frank, et à ce que vous écriviez dans La Mort de l’élite progressiste…

Ne soyons pas naïfs : nous vivons, aux Etats-Unis, dans un pays où plus personne ne lit — en particulier dans les classes les moins aisées. Celui de mes livres qui s’est le mieux vendu — Americain Fascists — a terminé sixième sur la liste des meilleures ventes du New York Times. Autrement dit : une centaine de milliers de lecteurs l’ont acheté (je ne sais pas combien l’ont lu). Un pourcentage infime de la population. Donc oui, l’information est disponible pour ceux qui veulent comprendre la période que nous traversons, mais cette information n’a strictement aucune chance d’entrer dans les discussions « mainstream » de l’Amérique profonde. L’information dans les mass media, ici, c’est Cartoon Network [une chaîne de dessins animés, ndlr] !

Mais la carte des élections a-t-elle confirmé vos analyses ?

Absolument. Prenez un Etat comme le Wisconsin, où Hillary Clinton n’a même pas pris la peine de faire campagne. C’est un bassin industriel, avec ses populations ouvrières et ses quartiers noirs, bref une base électorale à dominante démocrate, un triomphe « garanti » pour Hillary. Sauf qu’elle a pris une claque. Comment le parti démocrate a-t-il pu sous-estimer à ce point les effets, sur les classes populaires, de la perte d’emploi ? Il lui suffisait d’aller dans le bastion de l’industrie automobile, le Michigan, pour saisir les conséquences, sur son électorat, des transferts d’emplois vers le Mexique. A ma connaissance, aucun homme politique de gauche n’a demandé aux dirigeants de ces usines de maintenir ces jobs sur le sol américain. Ce silence a une traduction dans la tête des ouvriers qui, après avoir perdu leur travail et leur maison (qu’ils n’arrivent plus à payer), voient ces dirigeants empocher des bonus de plusieurs millions de dollars. Trump, au moins, a fait semblant de s’intéresser au problème. Il a présenté à ces Américains victimes de la mondialisation un bouc émissaire — les travailleurs mexicains, les immigrés illégaux, les musulmans, peu importe — et leur a offert sur un plateau l’occasion de dire un grand « FUCK YOU ! » à l’establishment.

Comment comprenez-vous que tant de gens – beaucoup de femmes, et un nombre important de Latinos – aient voté pour Trump contre leurs intérêts ?

Tout simplement parce que le parti démocrate ne représente plus leurs intérêts ! Ces femmes et ces Latinos sont désespérés, ils l’ont d’abord fait savoir aux candidats conservateurs des primaires républicaines, puis à Hillary Clinton. En rejetant cette dernière, ils ne se trompent pas : elle n’aurait pas fait grand-chose pour eux. Mais ils se trompent durement en choisissant Trump, car ce dernier appartient à une classe qui a fait fortune sur leur dos, et il va défendre avant tout les intérêts de sa caste, entouré d’une bande de gangsters du même acabit.

Diriez-vous que l’Amérique devient fasciste ?

Non, je dirais plutôt, à la suite du philosophe politique Sheldon Wolin, qu’elle entre dans une période de ­« totalitarisme inversé ». Contrairement au totalitarisme classique, ce nouveau « régime » ne s’incarne pas dans un parti réactionnaire ou révolutionnaire clairement fasciste, mais dans l’anonymat de l’Etat-entreprise. De très puissantes organisations privées investissent leur argent dans la vie publique avec un seul objectif en ligne de mire : que l’Etat leur permette de réduire toujours plus le coût de la main-d’oeuvre — quelles qu’en soient les conséquences sur le plan social. Côté face, les candidats portés par ces entreprises montrent une loyauté absolue envers les institutions et les traditions politiques de leur pays, et deviennent des professionnels du discours patriotique ; côté pile, rien ne les « ancre » à leur pays, puisque l’horizon est à la fois unique — maximiser les profits — et mondial. Donald Trump est issu de ce monde et servira les intérêts de ces centres de décision économique. Mais je crains que lui et ses acolytes Rudy Giuliani, Chris Christie et Newt Gingrich ne versent dans l’exercice d’une véritable violence d’Etat contre ceux qui se mettront sur leur chemin.

La stabilité légendaire des institutions américaines – les contre-pouvoirs du Congrès, de la Cour suprême, etc. – ne protège-t-elle pas le citoyen américain contre les excès de l’exécutif ?

La Cour suprême est cassée. Elle est déjà au service de l’Etat-entreprise que je viens de décrire. Trois Afro-Américains sont tués chaque jour par la police dans notre pays, et la Cour suprême ne lève pas le petit doigt. Peu importent les manifestations à New York ou Baltimore exigeant que justice soit rendue aux victimes. Dans les villes désindustrialisées où se produisent la plupart de ces drames, les jobs et les aides sociales ont été remplacés par un usage massif de la répression et des incarcérations. 25 % des prisonniers dans le monde sont détenus aux Etats-Unis, alors que notre pays ne représente que 4 % de la population mondiale ! On a pu constater aussi, avec le sort réservé aux lanceurs d’alerte Snowden, Assange ou Manning, combien nos institutions sont défaillantes quand il s’agit de protéger les citoyens. En détournant l’Espionage Act de 1917 (une loi de 1917 visant à empêcher des citoyens de gêner les opérations militaires américaines), et en refusant de s’attaquer aux pratiques dénoncées par Snowden, Obama a terriblement fragilisé les droits fondamentaux. Le jour, en effet, où la population ignorera tout des actions de son gouvernement (parce que diffuser ces informations est devenu un crime), l’Etat aura carte blanche pour agir à sa guise. Et quand l’Etat a à sa tête un Donald Trump, vous pouvez être inquiet.

La victoire de Trump fait-elle peser une menace réelle sur les minorités ?

Pour certaines catégories de population, l’Amérique n’est plus un endroit très agréable à vivre. Comme en Europe, les démagogues au pouvoir vont se faire un plaisir de désigner les plus vulnérables à la vindicte populaire. Trump à la Maison-Blanche, c’est une très mauvaise nouvelle pour les travailleurs illégaux, les musulmans et les Latinos en général.

Il ne sera pas le Président de tous les Américains, comme il l’a promis ?

Bien sûr que non. Rien dans son histoire personnelle, professionnelle ou politique, ne laissait d’ailleurs présager qu’il puisse l’être. Nous parlons d’un homme qui a été poursuivi en justice pour avoir refusé de laisser des Afro-Américains vivre dans un de ses immeubles…

Dès le 9 novembre, des Américains sont descendus dans la rue, ou ont manifesté pour dire leur colère contre le nouveau Président. Doit-on s’attendre à une contestation plus large ?

J’ai été longtemps militant dans des mouvements de désobéissance civile, aussi bien sous des présidents républicains que démocrates d’ailleurs, et je continuerai sûrement à l’être sous la présidence de Trump. Mais je ne pense pas que nous ayons le choix d’accepter — ou pas — le verdict des urnes. Je m’attends simplement à ce que la réaction des nouveaux dirigeants du pays devienne plus rugueuse. Surtout quand de larges portions de la population qui ont voté pour Trump vont réaliser qu’en bon démagogue prêt à tout pour se faire élire il leur a menti.

Que vont devenir les deux partis, démocrate et républicain, après une pareille claque ?

Je ne crois pas à la capacité du parti démocrate à se réformer — même si la dynastie Clinton, elle, est morte politiquement. Bernie Sanders aurait sans doute été un candidat plus efficace — et il avait la capacité de battre Trump —, mais son propre parti lui a mis des bâtons dans les roues. En envoyant, par exemple, des électeurs indépendants voter Clinton dans les Etats où il arrivait en force…

Et côté républicain ?

L’ironie, c’est que Trump a réussi à faire gagner aux républicains le Sénat et la Chambre des représentants, qu’ils croyaient perdre — donc à faire réélire ces mêmes députés et sénateurs qui avaient fini par prendre leurs distances avec lui, de peur qu’il ne sabote leur campagne ! La vieille élite républicaine, incarnée par la famille Bush, n’a même pas caché qu’elle se ralliait à Clinton pour cette élection. On peut s’attendre à une sacrée bataille entre elle et Donald Trump dans les mois à venir…

Les idées populistes l’emportent partout ou presque, une élection après l’autre, dans les démocraties occidentales et ailleurs. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

D’abord, je suis persuadé qu’elles vont continuer à progresser. Il ne peut en être autrement tant que dominera cette idéologie néolibérale insensée, qui considère que les diktats du marché doivent déterminer comment on gouverne un pays. Or je ne prévois aucun affaiblissement de cette idéologie dans un avenir proche. Aux Etats-Unis, Donald Trump va plutôt s’empresser de réduire les impôts des plus riches, supprimer l’Obamacare, et ainsi de suite. Cela m’inspire à la fois de la tristesse et l’envie de poursuivre mes combats, pacifiquement. Depuis dix ans, je n’ai cessé de m’engager pour faire prendre conscience au plus grand nombre que nous allions droit dans le mur. J’espérais que nous apprendrions des leçons de l’Histoire et que nous parviendrions à l’éviter — mais voilà, nous venons de nous prendre ce mur en pleine figure.

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12 réponses à Chris Hedges : “Tant que l’idéologie néolibérale dominera, le populisme va progresser”

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