Alain Bihr

Alain Bihr, professeur émérite de sociologie, a été l’un des membres fondateurs et des rédacteurs de la revue A Contre-Courant. Auteur de nombreux ouvrages sur le socialisme, le mouvement ouvrier, la dynamique des inégalités et l’extrême droite, il a notamment publié : La Farce tranquille : normalisation à la française, Spartacus, 1986 ; Du Grand soir à l’alternative. Le mouvement ouvrier européen en crise, Éditions ouvrières, 1991 ; Déchiffrer les inégalités, Syros, 1995 (avec Roland Pfefferkorn) ; La préhistoire du capital,Editions Pages deux, 2006 ; La logique méconnue duCapital, Editions Pages deux, 2010 ; Les rapports sociaux de classe, Editions Pages deux, 2012 ; La novlangue néolibérale, Editions Pages deux et Syllepse, 2017. Et aussi, dans le numéro 2 des CahiersLes utopiques : « De l’internationalisation à la transnationalisation ».

http://www.lesutopiques.org


De et sur l’auteur :

Les « gilets jaunes » : ce n’est qu’un début…,les-gilets-jaunes-ce-nest-quun-debut/

Les « gilets jaunes » : un soulèvement populaire contre l’acte II de l’offensive néolibéraleles-gilets-jaunes-un-soulevement-populaire-contre-lacte-ii-de-loffensive-neoliberale/

Les « gilets jaunes » : pourquoi et comment en être ?les-gilets-jaunes-pourquoi-et-comment-en-etre/

1415-1763, le premier âge du capitalisme, tome 1, L’expansion européenne,

Trois notes de lecture :

« La mondialisation a permis de donner naissance au capitalisme »alain-bihr-la-mondialisation-a-permis-de-donner-naissance-au-capitalisme/

La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitalisteevidences-non-fondees-fausses-banalites-pour-un-morbide-cafe-du-commerce/

La logique méconnue du « Capital »sous-sa-forme-de-marchandise-la-valeur-opacifie-et-mystifie-la-realite-sociale/


1 Immanuel Wallerstein, Le mercantilisme et la consolidation de l’économie-monde européen 1600-1750,  Flammarion, 1985, page 149.

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Un « puceau de la pensée » élu dans « une hallucination collective » : le macronisme selon Emmanuel Todd

Un « puceau de la pensée », une formule adaptée pour cette sorte d’adolescent névrotique.
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L’intellectuel, dont la parole publique est devenue rare, a tenu le 3 octobre à Sciences Po une conférence d’analyse du macronisme. Pendant une heure et demie, le démographe a multiplié les flèches en direction d’Emmanuel Macron, de ses députés et de ses électeurs.

On avait perdu l’habitude d’entendre l’analyse d’Emmanuel Todd sur l’actualité politique. L’anthropologue et historien n’apparaît plus que de manière épisodique dans les médias : pour essuyer les plâtres de l’émission de Frédéric Taddéi sur Russia Today le 27 septembre, en fin de soirée dans l’Emission politique de France 2 un an auparavant, ou à l’occasion d’un entretien dans Marianne. Le 3 octobre, l’intellectuel qui a prédit l’effondrement de l’URSS et le printemps arabe a donné une conférence à Sciences Po, où il était l’invité de Critique de la raison européenne, l’association souverainiste de l’école de la rue Saint-Guillaume à Paris.

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 Critique de la Raison Européenne@CRE_SciencesPo
Le macronisme, on en mange tous les jours, mais sait-on vraiment ce qu’il y a dedans?

Et qui mieux qu’un « esprit triste » (dixit @EmmanuelMacron) pour en parler ?

« Qu’est-ce que le macronisme ? » – Emmanuel Todd

« Pour moi, la toile de fond du macronisme, c’est une certaine honte d’être Français »

En confiance dans un cadre propice, Emmanuel Todd s’est montré fidèle à lui-même : sur un ton badin et flegmatique, il a enchaîné les flèches contre la Macronie, sujet qui « ne l’intéresse pas du tout » mais auquel il a tout de même consacré plus d’une heure et demie (voir la vidéo ici). Ne reculant pas devant l’outrance, il a qualifié tour à tour Emmanuel Macron de « nain intellectuel » ou de « puceau de la pensée« . Mais il a aussi repris son costume d’analyste, livrant d’abord son regard sur la campagne présidentielle de l’an dernier, notamment sur les personnes « en extase » devant le candidat En Marche qui selon lui « racontait des trucs absolument pas intéressants avec un air de messie (…), le genre de machins qu’on apprenait à Sciences Po avant la grande crise de 2008« . Comment, alors, expliquer sa victoire ? Todd estime que « dans le contexte d’émergence du macronisme, il y a ce qu’il faut bien appeler une très grande médiocrité morale. Doit-on la situer dans l’ensemble du pays ou dans les classes moyennes ? La morale reposait sur des structures stables, anciennes et historiques – la culture catholique, la culture communiste, la culture socialiste, la culture nationale, gaulliste -, tout ça a explosé, on est dans un monde d’immoralité. Pour moi, la toile de fond du macronisme, c’est une certaine honte d’être Français ».

Les électeurs d’Emmanuel Macron, Todd les décrit comme « des gens des classes moyennes, ayant souvent une bonne éducation, qui se prennent pour autre chose que ce qu’ils sont, qui se pensent bons, qui se pensent intelligents, qui sont dans un état de lévitation psychique ». Reprenant les cartes électorales, dont il est un observateur attentif depuis ses ouvrages avec Hervé Le Bras, il analyse le vote Macron comme « la vieille carte socialiste avec des bastions catholiques supplémentaires qui ont sans doute quelque chose à voir avec le ralliement de Bayrou, et une plus grande visibilité des métropoles ».

« Chez les jeunes diplômés en perte de vitesse, la désignation d’une France d’en bas, fermée (…) peut s’analyser exactement dans les mêmes termes que la xénophobie anti-Arabes »

C’est d’ailleurs lorsqu’on l’interroge sur une des théories phares d’explication du vote macroniste que Todd se montre le plus percutant : le démographe réfute totalement l’idée des « deux France« , celle des métropoles mondialisées face à celle de la périphérie. « Ça ne peut être que fauxpuisque Le Pen et Macron ne rassemblent que 45% des électeurs. On n’est absolument pas dans une repolarisation de l’électorat ». Lui se refuse à voir l’électorat macroniste comme celui des gagnants de la mondialisation : « L’interprétation dominante, moralisatrice à sa manière, c’est que les gens qui votent Le Pen sont des losers (…), et que les gens, les jeunes en particulier, qui ont voté Macron, sont des winnersMais ça ne correspond pas du tout à l’évolution économique et socio-culturelle observée dans le monde occidental ». Pour Todd, « les catégories super macronistes de jeunes diplômés sont des catégories qui, par rapport à ce qu’étaient leurs aînés diplômés, sont en chute sociale. Ce sont des déclassés virtuels. Évidemment, leur taux de chômage est plus faible mais leurs conditions de travail, l’intérêt de leur travail n’est en rien comparable à celui des générations précédentes ».

Et c’est pourquoi, d’après Emmanuel Todd, le vote Macron des jeunes diplômés serait… « une réaction au déclassement« . Explication : « Vous avez les ouvriers français dont la peur du déclassement les amène à chercher quelqu’un en dessous : les Arabes, ou les étrangers. Chez les jeunes diplômés en perte de vitesse, dans leur inconscient absolu, finalement, la désignation d’une France d’en bas, fermée, en ancrage territorial, peut s’analyser exactement dans les mêmes termes que la xénophobie anti-Arabes. Simplement, là ce sont les prolos français qui sont pris pour cible par les déclassés d’en haut ». Le macronisme serait donc le produit de « l’effondrement moral des classes moyennes » françaises, conclut Emmanuel Todd.

« Macron a inventé l’irrealpolitik, une politique extérieure toute de verbe qui n’a plus aucun rapport avec la réalité du monde »

L’intellectuel a également pointé son viseur sur les députés LREM : « Une Assemblée recrutée sur CV dont l’absence de convictions idéologiques générale ne peut être que remarquable« , « à l’intersection de la désintégration politique et de l’effondrement moral de la société« . Puis, revenant sur leur leader, il en a fustigé la politique étrangère. « Macron a inventé l’irrealpolitik, une politique extérieure toute de verbe qui n’a plus aucun rapport avec la réalité du monde, où l’on s’envoie des grandes claques dans le dos« , persifle-t-il, fustigeant un « problème d’insuffisance intellectuelle et de manque de formation« , « une incompréhension préoccupante par rapport à ce qui se passe dans le monde anglo-américain« . En effet, Todd estime que « le virage souverainiste, protectionniste et national » ayant démarré aux Etats-Unis et en Angleterre est inéluctable, et qu’il ne servirait à rien de s’y opposer comme le fait le chef de l’Etat.

La conclusion est extrêmement sombre, tout comme le ton de la conférence. Le macronisme ? « Un moment d’hallucination collective des classes moyennes qui se sont racontées qu’un type jeune allait tout d’un coup mettre la France en lévitation« . La France ? « En grand état de risque, parce que ses classes moyennes sont assez méprisables moralement en ce moment, mais aussi parce que les gens qui sont aux commandes ne sont juste pas au niveau en termes de perception de l’Histoire« . Quant à la popularité en chute libre du chef de l’Etat, Emmanuel Todd ne se montre pas plus optimiste : « Si on unifie l’UMPS et qu’on l’appelle Macron, on obtient toujours la même chose. Macron est tout simplement en train de tomber dans la trappe où tous les autres sont tombés. Sauf que maintenant, revitaliser la comédie gauche-droite, ça va poser un problème ». En bref, les deux hommes partagent un prénom, et c’est à peu près tout.

De Baltimore à Bab-el-Oued

De Baltimore à Bab-el-Oued
j’allais bramer dans les bastringues
avec un buriné bipède
qui bandait pas pour le burlingue

Dans ce bar branché bipolaire
à fair’ basculer les bell’ mères
j’allais besogner le brouillard
avec un tambour de bazar

J’allais baver pour les babas
et les broutards à boucles blondes
des petit’s bull’s de Baraka
et des bonbons pour les James Bond

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

I’s’braqu’nt à bloc sur le baston
des barbe bleues bardés de bronze
des cow-boys bourrées de béton
des zombies bidons et des bonzes

qui leur balanc’nt une blanquette
à écrabouiller les banquettes
à vous briser les roubignoles
à vous fair’ barrer d’la boussole

pendant qu’je brûle de la banquise
braconnant le bonheur sans but
et me baignant aux quatre bises
avec les boucs de Belzébuth

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

Ras-l’-bec de brouter du bitume
et d’barjotter dans un’ bagnole
ras-l’-bec de branler de la brume
et d’barrater des branquignoles

pendant qu’les barbeaux du bisness
qui nous bastonnent des bassesses
bib’ronnent des Bourbons dans leur buick
j’boss’ pour peau d’balle et crott’ de bique

Je vais broyer tous ces bouchers
qui se font bronzer la baudruche
aux bahamas avec mon blé
pendant qu’j’balise dans les balluches

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

Brigitte Fontaine et Noir Désir.

Près d’un quart de l’exportation wallonne se réalise hors de l’Europe

24 avril 2019.
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Encore très dépendantes de l’Europe, les exportations wallonnes ont progressé de plus de 22% hors de l’Europe en 2018.

Malgré un contexte « chaotique » sur la scène internationale avec notamment « les incertitudes autour du Brexit et l’attitude du gouvernement des Etats-Unis« , les exportations wallonnes ont réussi à tirer leur épingle du jeu en 2018, constate l’Awex, l’agence wallonne à l’exportation. « La Wallonie a exporté pour 45,5 milliards d’euros, c’est une progression de 8,7% qui suit une hausse de 8,4% en 2017, se réjouit Pascale Delcomminette, l’administratrice générale de l’Awex. C’est la croissance la plus élevée enregistrée par la Wallonie depuis 2010 et ses 13% à l’époque. »

45,5 milliards €
Les exportations wallonnes ont connu une croissance de 8,7% en 2018 pour atteindre 45,5 milliards d’euros, un record.

Derrière ce montant jamais atteint pour le commerce extérieur wallon, les statistiques de l’Awex montrent une forte progression, + 22,4%, des ventes hors zone UE28 alors qu’elles ont augmenté de seulement 5,1% au sein de l’UE. Cette tendance marque une avancée importante dans le commerce extérieur wallon toujours trop focalisé sur son marché européen qui totalise 76,7% des exportations wallonnes. « Le poids total des marchés des pays hors UE28 dans le total de notre commerce extérieur représente au cours de l’année 2018 23,3%« , contre 20,7% en 2017.

Les USA sur le podium

Les ventes vers les Etats-Unis ont par exemple progressé de 57,2% et représentent 4 milliards d’euros. Troisième client de la Wallonie, les USA représentent 8,9% du commerce extérieur wallon derrière la France et l’Allemagne. Cinquième client de la Wallonie avec près de 3 milliards d’importations, le Royaume-Uni a augmenté de 12,7% ses achats wallons. « Les consommateurs anticipent les risques du Brexit dur et une pénurie. C’est surtout le secteur de la pharma qui en profite. »

Quant aux ventes vers le Canada, elles ont augmenté de 52,4% « dans la lignée de leur forte expansion qui avait atteint en 2017 le record de 118,5%« , constate l’Awex qui estime néanmoins qu’il est encore trop tôt pour y voir un effet Ceta, ce traité de libre-échange signé avec l’Europe.

La Wallonie entreprend

La grosse déception vient probablement de Chine où les ventes sont en recul de 32,8% et représentent aujourd’hui 461 millions. Cette contre-performance s’explique par un repli des livraisons de produits chimiques et pharmaceutiques et de produits métallurgiques. « On attend une réciprocité par rapport aux exportations. Nos entreprises doivent exporter plus vers la Chine« , estime le ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR) en épinglant l’arrivée d’acteurs chinois en Wallonie comme Alibaba.

Derrière cette tendance générale, le ministre garde un œil attentif sur les PME. « On a encore en Wallonie des entreprises de trop petite taille qui se tournent moins vers l’extérieur. » D’après l’Awex, cette situation serait particulièrement flagrante au niveau de la grande exportation où 75 à 80% des résultats sont le fait de grandes entreprises.

Sur le plan sectoriel, la chimie et la pharma restent de loin les moteurs du commerce extérieur wallon avec 36,4% du total. À elle seule, la pharma représente 28% des exportations wallonnes. Pascale Delcomminette temporise néanmoins tout phénomène de dépendance. « Huit des dix premiers secteurs d’exportations wallons ont enregistré des résultats en hausse. »

Nicolas Dupont-Aignan en visite « éclair » à Aurillac (Cantal)

Publié le 24/04/2019 à 17h15

Nicolas Dupont-Aignan en visite "éclair" à Aurillac (Cantal)

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, et Emmanuel de Grully, chargé de mission du parti pour le Cantal. © bruno leroy

Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, était en visite rapide ce mercredi 24 avril à Aurillac (Cantal).

Le temps d’un déjeuner avec des militants et sympathisants de son parti. On vous explique sa visite en trois points.

Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan était-il à Aurillac ?

Dans le cadre des élections européennes. Il est la tête de la liste « Alliance des conservateurs et réformistes européens (Amoureux de la France) » et parcourt les territoires à la rencontre des militants et sympathisants. Mercredi 24 avril, il est arrivé à Rodez (Aveyron) le matin, en avion, puis il a rejoint Aurillac en voiture pour participer à un déjeuner avec une quinzaine de militants et sympathisants. Dans l’après-midi, il était prévu une étape au barrage du Chastang, avant  de rejoindre Brive-la-Gaillarde (Corrèze).

Qu’a-t-il dit durant son court séjour ?

Avant d’échanger de manière informelle avec les militants et sympathisants, le temps pour Nicolas Dupont-Aignan d’avaler un « steak salade », un rapide moment consacré aux journalistes a permis au président de Debout la France de détailler quelques points de son programme. Sur la privatisation des barrages : « Cet oukaze, cette folie de l’Union européenne acceptée par nos gouvernements à l’époque qui consiste à privatiser les barrages pour faire du fric aux dépens des Français. C’est un scandale absolu. C’est en fait dépecer, piller les barrages pour les donner à des opérateurs privés. Ce scandale illustre les dérives de cette Union européenne » ; les éleveurs : « Les traités comme le Ceta ou le Mercosur vont permettre l’importation de viandes, avec des produits toxiques qui sont pourtant interdits en France, 30% moins chères. On ne peut pas demander à nos éleveurs d’être performants si ils ont une concurrence déloyale. Cela les met aussi en péril » ; les territoires : « sans service publics, c’est la mort. Et on a une Union européenne qui fait tout pour concentrer au niveau des métropoles » ; et plus généralement sur sa vision de l’Europe : « Nous voulons remplacer l’Union européenne par une Europe des Nations libres et des projets concrets. Cela veut dire que chaque nation doit retrouver le contrôle de ses frontières, de ses lois, de ses budgets démocratiquement. Mais qu’en même temps, nous ne sommes pas contre l’idée d’une coopération européenne, mais nous voulons la concentrer sur les grands projets scientifiques, industriels, qui décideront de la hiérarchie des continents à l’aube du XXIe siècle. Nous voulons moins d’Europe dans notre vie quotidienne et plus d’Europe dans les grands projets qui nous permettent d’être forts face à la Chine et les Etats-Unis ».

Nicolas Dupont-Aignan : « Emmanuel Macron est le Président du désordre et de l’injustice » (février 2019)

Au 28 mars, la liste « Alliance des conservateurs et réformistes européens (Amoureux de la France) » comptait 23 candidats seulement, sur les 79 imposés (autant de candidats par liste que de postes de députés pour la France au parlement européen). « Nous avons signé un accord avec vingt-trois partis modérés de vingt-trois pays, mais qui veulent changer radicalement le fonctionnement de l’Union européenne ». Concernant la liste, Nicolas Dupont-Aignan l’affirme :  « Il ne reste que quelques ajustements, mais nous allons déposer notre liste lundi prochain », le 29 avril. L’ensemble des listes doit être déposé avant vendredi 3 mai au ministère de l’Intérieur.

Bruno-Serge Leroy

« Le programme de Macron est mort » : le média américain, National Review, tue le Macronisme

Emmanuel Macron, Président de la France

(Un édito du média américain, The National Review)

Macron ne fait plus l’unanimité. Si en France, nombreux sont celles et ceux qui s’attaquent sévèrement à sa politique, dans la presse internationale la réaction est la même. Pour beaucoup, Emmanuel Macron a complètement raté son quinquennat et ses chances de briguer un second mandat sont mortes.

C’est du moins l’avis du journaliste américain Michael Brendan Doughtery, éditorialiste au journal The National Review créé en 1955 et basé à New York. Dans un édito publié ce 23 avril et intitulé : « l’échec de Macron est de mauvais augure pour la France », il n’a pas mâché ses mots.

« Un fonctionnaire communiste du temps de la Guerre Froide »

Pour le journaliste, Macron a perdu le contrôle du pays. « (…) On voit que le grand espoir des centristes européens, Emmanuel Macron, semble avoir perdu le contrôle de son pays », note-t-il. Analysant les interminables discours de Macron prononcé depuis son investiture, Michael Brendan Doughetery n’hésite pas à comparer le président français à un « fonctionnaire communiste du temps de la Guerre Froide ».

Parlant du programme politique de Macron, il écrit : « le programme entier de Macron est mort, sauf sur un seul point : la privatisation. Les Américains ne devraient-ils pas être excités à l’idée que la privatisation arrive en France ? Vu le parcours de la France en matière de privatisation, probablement pas ».

« Mélenchon, Corbyn et Sanders »

Et d’ajouter : « quand les politiciens français parlent de privatiser les biens de l’Etat, le résultat n’est presque jamais la création d’un marché compétitif qui augmente la qualité des services et baisse leurs prix. Au contraire, le résultat est de donner à des amis qui sortent des grandes écoles (le petit club de l’élite parisienne) la permission de tirer profit des biens de l’Etat avec la promesse implicite que le contribuable va mettre la main à la poche quand l’entreprise ne marche plus ».

Selon le journaliste, l’échec de Macron est un coup dur pour les partis du centre et centre-droite qui veulent raviver le projet Européen. Dans son analyse, il estime que l’échec de Macron pourrait baliser la voie à des forces d’extrême-gauche. « Dans l’échec de Macron, je vois venir : Mélenchon en France, Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne et Bernie Sanders aux Etats-Unis », conclut-il.

Pour lire l’édito dans sa version originale en anglais, cliquez ici : The Nationale Review

La montagne de dettes privées des entreprises sera au coeur de la prochaine crise financière

Les ingrédients d’une nouvelle crise financière internationale majeure sont réunis. Les dirigeants des banques centrales le savent de même que les dirigeants d’institutions comme le FMI, l’OCDE et la Banque des règlements internationaux. De nombreux articles de la presse spécialisée y sont consacrés. Un des facteurs qui mènent l’économie vers une crise vers une nouvelle crise internationale de grande ampleur, c’est l’énorme accumulation de dettes par les grandes entreprises privées et l’usage qui est fait de ces dettes.

Pourtant les gouvernements des principales économies de la planète avaient promis de rétablir une discipline financière qui respecterait l’intérêt général et éviterait de nouvelles crises aux effets douloureux pour la population. Afin de défendre ce système capitaliste qui écœure une majorité de l’opinion publique, ils ont multiplié les effets d’annonce de mesures fortes visant à réformer le système pour lui donner un « visage humain », mais bien sûr sans que cela ne change quoi que ce soit en pratique. En réalité, la politique que les gouvernements et les dirigeants des banques centrales ont menée a ménagé et favorisé les intérêts du grand capital, notamment celui des grandes sociétés financières. Aucune mesure stricte n’a sérieusement obligé les capitalistes à mettre un frein à la prise de risque, à réduire la spéculation, à investir dans la production.

Les crises font partie du métabolisme du système capitaliste mais elles ne se ressemblent pas toutes. Dans le présent article, il ne s’agit pas de revenir sur les causes générales des crises capitalistes. Il s’agit ici de diagnostiquer des facteurs qui conduisent certainement à une nouvelle crise de grande ampleur.

Quand elle éclatera, les gouvernements, les dirigeants des banques centrales et la presse dominante feindront l’étonnement comme à chaque fois.

Pour les opposants au système, il est fondamental de pointer du doigt les responsabilités et de montrer comment fonctionne le capitalisme afin d’être en mesure d’imposer enfin une autre logique et de rompre radicalement avec ce système.

Depuis 2010, profitant de la politique de bas taux d’intérêt adoptée par les banques centrales des pays les plus industrialisés (Réserve fédérale des États-Unis, Banque centrale européenne, Banque d’Angleterre, Banque du Japon, Banque de Suisse…), les grandes entreprises privées ont augmenté massivement leur endettement. Aux États-Unis, par exemple, la dette des entreprises privées non financières a augmenté de 7 800 milliards de dollars entre 2010 et mi-2017.

Qu’ont-elles fait de l’argent emprunté ? L’ont-elles investi dans la recherche-développement, dans des investissements productifs, dans la transition écologique, dans la création d’emplois décents, dans la lutte contre le changement climatique ? Pas du tout.

L’argent emprunté a servi notamment à réaliser les activités suivantes :

I. Les entreprises empruntent pour racheter leurs actions en bourse. Cela produit deux avantages pour les capitalistes :

1) cela fait monter le prix des actions ;

2) cela permet de « rémunérer » les actionnaires sans que cela entraîne pour eux le paiement d’impôts sur les bénéfices. De plus, dans de nombreux pays, les plus-values sur les actions ne sont pas taxées ou le sont à taux très bas (en comparaison avec l’impôt sur le revenu ou avec la TVA). Déjà en 2014, les rachats d’actions aux États-Unis avaient atteint un montant mensuel de 40 à 50 milliards de dollars (1). Le phénomène s’est poursuivi ensuite. Soulignons qu’on avait assisté, avant la précédente crise, à une augmentation très forte des rachats d’actions à partir de 2003, qui avait atteint un sommet en septembre 2007 en pleine crise dite « des subprimes ». Entre 2010 et 2016, les entreprises nord-américaines ont racheté leurs propres actions en Bourse pour un montant approximatif de 3 000 milliards de dollars (2). Comme le titrait le quotidien financier Les Échos, « Les rachats d’actions record sont le moteur de Wall Street ». Une grande partie de la bonne santé des bourses, pas seulement celle des États-Unis, est due aux rachats massifs d’actions. C’est donc tout à fait artificiel.

Evolution des rachats d’actions (« buybacks ») par 500 grandes entreprises privées des États-Unis de 1999 à 2019 en milliards de dollars (indice S&P 500). Source : https://www.yardeni.com/pub/buybackdiv.pdf

Evolution des dividendes versés aux actionnaires de 1999 à 2019 en milliards de dollars. Source : https://www.yardeni.com/pub/buybackdiv.pdf

Evolution des rachats d’actions (en bleu) et des dividendes (en vert) de 1999 à 2019 en milliards de dollars. La courbe rouge indique l’évolution du S&P 500, un indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines. L’indice est possédé et géré par Standard & Poor’s, l’une des trois principales sociétés de notation financière.

Utilisation des liquidités des entreprises du S&P 500 entre 2000 et 2017. On constate une croissance des dépenses pour le rachat d’actions et pour la distribution des dividendes aux actionnaires entre 2002 et 2007 et entre 2009 et 2017. En 2017, la part consacrée aux rachat d’actions et aux dividendes atteint 48%.

Dans le monde imaginaire du système capitaliste enseigné dans les manuels d’économie, les entreprises émettent des actions en Bourse pour collecter du capital afin de l’investir dans la production. Dans le monde réel, les entreprises capitalistes empruntent du capital sur les marchés financiers ou auprès des banques centrales pour racheter leurs actions en Bourse afin d’augmenter la richesse de leurs actionnaires et donner l’impression que la santé de l’entreprise est excellente.

Les dirigeants d’entreprise qui sont en partie rémunérés en stock-options, c’est-à-dire en actions qu’ils peuvent revendre, ont tout intérêt à inciter leur entreprise à racheter leurs actions… C’est par soi-même qu’on est le mieux servi.

Il faut également souligner que les dirigeants d’entreprise ont été très généreux en matière de distribution de dividendes. Entre 2010 et 2016, les dividendes versés aux actionnaires aux États-Unis ont atteint 2 000 milliards de dollars. Au total, si on additionne les rachats d’actions et les dividendes distribués, les actionnaires des firmes états-uniennes ont perçu 5 000 milliards de dollars entre 2010 et 2016.

Dans le compte de bilan des entreprises, du côté du passif, la part qui se réfère aux dettes de l’entreprise s’accroît tandis que diminue la part qui correspond aux actions de l’entreprise. Si jamais les taux d’intérêt sur la dette de l’entreprise augmentent, le paiement des intérêts risque de devenir insoutenable et mener à la faillite. Si le cours des actions – qui a été artificiellement gonflé par l’effet combiné des rachats et de la bulle boursière – baisse fortement, la faillite est aussi au coin de la rue.

À noter que le rachat massif de leurs propres actions qui a été largement pratiqué par de grandes entreprises nord-américaines comme Hewlett Packard (HP), IBM, Motorola, Xerox, Symantec ou encore JC Penney, n’a pas suffi à améliorer leur santé.

II. Les entreprises empruntent pour acheter des créances. Elles achètent des produits structurés composés de crédits octroyés à d’autres entreprises ou à des particuliers. Elles achètent surtout des obligations émises par d’autres entreprises privées ainsi que des titres publics. La firme Apple détenait à elle seule en 2017 des créances sur d’autres entreprises pour un montant de 156 milliards de dollars, ce qui représente 60% du total de ses actifs (3). Ford, General Motors et General Electric achètent également des dettes des autres entreprises. 80% des actifs d’Ebay et 75% des actifs d’Oracle sont des créances sur d’autres entreprises.

Les trente principales entreprises non-financières des États-Unis actives dans le marché des dettes détiennent ensemble 423 milliards de dollars de dettes d’entreprises privées (Corporate debt and commercial paper securities), 369 milliards de dollars de dettes publiques et 40 milliards de dollars de produits structurés (Asset Backed Securities et Mortgage Backed Securities).

Dans la mesure où les entreprises cherchent à maximiser les rendements qu’elles tirent des créances détenues sur d’autres entreprises, elles sont poussées à acheter des dettes émises par des entreprises les moins solides disposées à rémunérer les prêteurs plus fortement que d’autres. Le marché des dettes à risque s’amplifie.

Si jamais les entreprises débitrices entrent en difficulté de paiement, les entreprises créancières se retrouveront elles-mêmes en difficulté. En 2016, Apple a fait savoir aux autorités américaines qu’une augmentation d’1% des taux d’intérêt pourrait entraîner une perte de 4,9 milliards de dollars (4). D’autant que, pour financer ces achats de dettes, Apple comme les autres entreprises ont emprunté. Par exemple, en 2017, Apple a emprunté 28 milliards de dollars. Sa dette financière totale s’élève à environ 75 milliards de dollars. Par effet domino, pourrait survenir une crise d’une ampleur aussi importante que celle de 2007-2008 aux États-Unis.

Il faut également savoir que lorsque les taux d’intérêts montent, la valeur des titres de dette des entreprises baisse. Plus ces créances (c’est-à-dire les titres de dettes émises sous forme d’obligations par les entreprises privées) représentent une part importante des actifs des entreprises, plus la chute de la valeur peut avoir un impact négatif sur la santé des créanciers. Ces créanciers risquent alors de manquer de fonds propres pour compenser la dévaluation ou la décote des créances qu’ils possèdent.

La situation décrite correspond à une nouvelle progression de la financiarisation du capital : les grandes entreprises non-financières développent encore leurs investissements financiers. Apple, Oracle, General Electric, Pfizer, Ford ou General Motors renforcent leurs départements « Finances » et prennent à nouveau de plus en plus de risques pour augmenter leurs bénéfices. Alors qu’auparavant, elles prêtaient 60% de leurs liquidités à des intermédiaires, notamment les money market funds, pour maximiser leur rendement, elles ne leur en confient plus désormais que 50% et prennent elles-mêmes directement le risque.

De surcroît, une grande partie des créances détenues sur d’autres entreprises passent par des paradis fiscaux, ce qui augmente l’opacité des opérations réalisées et peut augmenter le risque. Les îles Bermudes et l’Irlande comptent parmi les principaux paradis fiscaux utilisés par les grandes entreprises des États-Unis qui misent à fond sur l’optimalisation fiscale.

Ce qui vient d’être décrit concerne l’ensemble du monde capitaliste même si les données présentées se rapportent à l’économie des États-Unis.

La montagne de dettes privées des entreprises sera au cœur de la prochaine crise financière. Mais crise ou pas, les comportements décrits justifient amplement l’action de tous ceux qui luttent pour en finir avec le capitalisme et le système de la dette.


(1) Financial Times, « Return of the buyback extends US rally », 5 décembre 2014.

(2) Financial Times, « Buyback outlook darkens for US stocks », 22 juin 2017.

(3) Financial Times, « Debt collectors », 16-17 septembre 2017.

(4) Financial Times, « Patcy disclosure gives investors little to chew on », 28 septembre 2017.


Eric Toussaint

http://www.cadtm.org/La-montagne-de-dettes-privees-des