L’INDUSTRIE DES ÉOLIENNES EN CRISE

En 2019, l’éolien a produit 7,2% de l’électricité consommée.

Mme la Ministre Elisabeth Borne, en avait-elle été informée avant de signer  en catimini  le décret concernant la  Programmation Pluriannuelle de l’Énergie  basée sur l’éolien ?

L’industrie des éoliennes traverse une crise grave, des  fabricants majeurs de  turbines se désengagent d’une  filière qu’ils considèrent sans avenir.
Une succession d’annonces concordantes  indique que les leaders européens de la filière éolienne licencient et opèrent actuellement des désengagements. (3)
Cette tendance de fond importante  en 2019 a été amplifiée par la crise du covid, qui a mis en évidence l’extrême fragilité des industriels du vent  dont la rentabilité artificielle dépend depuis plus de 15 ans de subventions européennes ou nationales.

La situation  de l’électricité en France peut devenir  critique
Le graphique des parts de marché des constructeurs d’éoliennes indique globalement aujourd’hui la mainmise  des fabricants Danois et  Allemands. (1)
Aucune des 8000 éoliennes disséminées actuellement sur la France,  n’a été  fabriquée sur le territoire et elles ont  toutes été importées pour un montant que l’on peut évaluer à 30 milliards d’euros. Elles ne vivent que de subventions au détriment des consommateurs.(2)

Les  8.000 à 10.000 éoliennes supplémentaires prévues par nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) signée  en catimini le 11 juin 2020 par Madame la Ministre Elisabeth  Borne devront elles aussi être importées. Compte tenu de cette situation ,il ne serait pas impossible que  ce soient  les chinois qui prennent un jour  le contrôle de la production d’électricité éolienne française et qu’ils  mettent sous tutelle ainsi  l’indépendance énergétique du  territoire national et compte tenu  de la dispersion des implantations des parcs éoliens, il n’est pas exclu  qu’ils prennent progressivement à terme  le contrôle le financier de milliers  communes rurales.

La décision de Mme la Ministre était déjà structurellement incompréhensible puisqu’elle  a engagé la sécurité du territoire en  remplaçant  des sources de production d’électricité fiables et pilotables,  par des sources  intermittentes et imprévisibles. (3)

Mais en constatant  de surcroit qu’elle   a  confié l’avenir de la production d’électricité de la France à  des producteurs de machines virtuellement en faillite, on peut légitimement  s’interroger pour savoir si elle  avait  été mise au courant de cette situation  et si des informations exactes lui avaient  été transmises par le ministère de la transition écologique et solidaire et l’Agence de maitrise de l’Energie (ADEME)  dont l’indépendance vis-à-vis des lobbys industriels éoliens a depuis des années été dénoncée par le Fédération Environnement Durable (FED) .

La filière éolienne française est train de se construire sur des ruines de l’industrie française de l’électricité pour laisser d’autres ruines…

Pour toutes ces raisons la Fédération Environnement Durable est six autres Fédérations nationales ont déposé une requête en conseil d’état pour faire annuler le décret de la PPE.

Annexes :

(2)
Question écrite du 23 juin 2020 de Mme la député Madame Bérengère POLETTI
à Madame la Ministre de la Transition écologique et solidaire sur les tarifs subventionnés aux industriels producteurs des énergies électriques éoliennes intermittentes.)        
https://epaw.org/documentspdf/QST-AN-15-30570QE.pdf

(3)
Électricité : La sécurité du territoire désormais en danger       
https://epaw.org/documentspdf/CP-securit%C3%A9%20du%20territoire-def.pdf

(4)
Fabricants de turbines

VESTAS
Vestas en difficulté licencie 400 employés
Vestas lays off 400, halts some R&D projects          

April 20, 2020 /
COPENHAGEN   (Reuters) –
Vestas wws.CO on Monday it will lay off around 400 employees and halt certain research and development projects with immediate effect as a result the economic impact of the new coronavirus outbreak.
“We’re in a period of high uncertainty and by making a strategic decision on our product portfolio and reduce complexity, we sustain our competitiveness in the future and ensure we can adjust quickly to COVID-19 challenges,” Chief Executive Henrik Andersen said in a statement.
The layoffs will mostly affect staff in Denmark, Vestas said.

ENERCON
Enercon  pertes financières massives        
https://www.energiesdelamer.eu/publications/105-eolien/6363-enercon-en-difficulte
Allemagne – Vendredi 03/01/2020 – energiesdelamer.eu. L’industrie éolienne allemande rencontre des difficultés. Après le groupe Senvion, dont une partie est définitivement passée sous l’aile de Siemens Gamesa en décembre, les pertes massives rencontrées en 2019 par Enercon obligent le groupe à entamer des pourparlers de restructuration avec des financiers.
Le directeur financier indique à Recharge que la perte d’Enercon pourrait dépasser 500 millions d’euros en 2019, tandis qu’un redressement pourrait prendre trois ans.  

Enercon en difficulté a licencié 3000 emplois en 2019 et a fermé la société de construction de mats en béton sur le territoire français près de Compiègne qui vient d’avoir lieu 70 emplois perdus.
Pourtant, cette usine était le projet industriel phare de l’OFATE, (Office franco-allemand pour la transition énergétique-Deutsch-französisches Büro für die Energiewende)  montré en exemple sur leur site.       

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/oise/usine-productrice-mats-eoliennes-ferme-longueil-sainte-marie-70-salaries-menaces-licenciement-1845804.html

NORDEX
Vente imminente de la filiale développement           
https://www.greenunivers.com/2020/06/vente-imminente-de-la-filiale-developpement-de-nordex-239653/

Les grandes manoeuvres dans le secteur des énergies renouvelables ne faiblissent pas, même en période de crise sanitaire. La vente de la filiale développement de Nordex est imminente, selon nos informations. Une transaction qui concerne directement la France puisque les bureaux de cette filiale de 40 personnes sont situés à Saint-Denis, en région parisienne. Son portefeuille de 3 GW de projets éoliens européens à divers stades de développement cherche preneur. 
Nordex …. toujours dans le rouge              
https://www.greenunivers.com/2020/03/turbiniers-nordex-dynamique-mais-toujours-dans-le-rouge-229833/
24 mars 2020
Son free cash flow 2019 est en effet sérieusement déficitaire et aura du mal à être longtemps prolongé. …

SENVION
En faillite, le fabricant allemand d’éoliennes Senvion sera vendu à la découpe
6 septembre 2019
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/09/06/en-faillite-le-fabricant-allemand-d-eoliennes-senvion-sera-vendu-a-la-decoupe_5507069_3234.html

L’entreprise n’a pas trouvé d’acquéreur pour la sauver du démantèlement. Quelque 4 000 emplois sont menacés.

SIEMENS
Siemens lâche turbines et éoliennes
07/06/2020

https://www.usinenouvelle.com/article/siemens-lache-turbines-et-eoliennes.N970756
Mais, comme annoncé en mai 2019, le groupe allemand va bien se séparer de 55 % de ses parts dans Siemens Energy lors d’une introduction en Bourse prévue le 28 septembre 2020. Et 12 à 18 mois plus tard, il prévoit de procéder à nouveau à une réduction significative du nombre de ses parts. Siemens aura alors quasiment tourné la page de la production des grands équipements énergétiques

Aérodynamique des éoliennes

Aérodynamique des éoliennes

Il s’agit d’une page qui peut s’avérer assez technique pour les personnes qui n’ont pas de base en physique ou en ingénierie. Néanmoins, cette page n’est pas absolument nécessaire à une compréhension d’ensemble du fonctionnement d’une éolienne. En effet, en pratique, il n’est pas obligatoire de comprendre les phénomènes physiques exacts qui rentrent en jeu, à partir du moment où l’on sait ce que l’on peut récupérer comme puissance et énergie électrique de la part de son éolienne. Néanmoins, afin d’être complet et de permettre aux personnes intéressées d’avoir une vue plus pointue ou complète, les bases de l’aérodynamique des éoliennes sont introduites ci-dessous.

La portance et la trainée

Pour comprendre le mode de fonctionnement d’une éolienne, il faut introduire quelques concepts d’aérodynamique. Parmi ceux-ci, les notions de trainée et de portance jouent un rôle majeur. Pour commencer, on simplifie le problème. En effet, lorsque l’on regarde une aile, qu’il s’agisse d’une aile d’avion ou d’éolienne, il s’agit d’un corps à 3 dimensions spatiales. En effet, une aile possède une certaine longueur de corde (direction “x”), une certaine cambrure (direction “y”) ainsi qu’une certaine envergure (direction “z”). De manière générale, il est assez difficile de considérer ces trois dimensions simultanément. On prend uniquement les deux dimensions (2-D) qui contiennent le phénomène physique dominant. Il s’agit de la dimension de la cambrure et de la corde. Ensuite, les aérodynamiciens intégreront la troisième dimension, c’est-à-dire l’envergure, comme étant une superposition de comportements en deux dimensions (2D) le long de l’envergure.

   

À droite, illustration du concept d’aile en trois dimensions avec une cambrure (direction”y”), une envergure L (direction “z”) et une corde (direction “x”).  Le profil d’aile (surface grisée) est obtenu en “découpant” une section de l’aile en un point le long de l’envergure. À droite, vue de profil d’une pale d’éolienne qui donne un bon aperçu d’un profil d’aile. Ici, il s’agit du profil en bout d’aile.

On analyse donc les phénomènes physiques au moyen de profils 2D d’aile. Ce profil est constitué, d’une part, d’un bord d’attaque et d’un bord de fuite, et d’autre part, d’une corde qui relie ces deux extrémités (voir figures ci-dessous). Dans le cas d’une aile complète en trois dimensions, la corde, c, varie généralement en fonction de la position de long de l’envergure. En outre, la forme du profil peut varier avec cette distance. C’est souvent le cas pour les grandes éoliennes dans la mesure où la vitesse du rotor près du moyeu est nettement plus faible qu’en bout de pale. Il n’est pas nécessaire de tenir compte de cette propriété pour comprendre le principe de fonctionnement d’une éolienne voire d’un avion.

Notre profil d’aile est placé dans un écoulement, par exemple, on place le profil au centre d’une soufflerie. L’air présente une certaine vitesse, V, mesurée loin devant le bord d’attaque. En effet, les vitesses que prend l’air autour d’une éolienne sont toujours inférieures à la vitesse du son. On dit qu’elles sont subsoniques. Dans ce cas, les informations peuvent remonter le courant parce qu’elles se propagent plus vite. En fait, l’information se déplace sous forme d’ondes de pression qui ont cette vitesse du son. Du coup, si l’écoulement est subsonique, l’information peut atteindre toutes les directions de l’espace. En pratique, qu’est-ce que cela veut bien dire ? Et bien tout simplement que l’air est déjà perturbé par la présence d’un avion ou d’une éolienne avant même de l’avoir touché. Autre exemple, lorsque vous soufflez sur votre doigt, l’air est perturbé par la présence de votre doigt avant même de l’atteindre. Cela se traduit par des trajectoires courbes des filets de courant (en gros, il s’agit de la trajectoire du fluide). On voit clairement dans les figures suivantes qu’ils sont déviés bien avant d’avoir atteint le bord d’attaque. Par conséquent pour avoir une bonne idée de la vitesse à laquelle on soumet notre profil, il faut le mesurer bien loin devant le bord d’attaque, suffisamment loin pour qu’il ne soit pas perturbé par la présence du profil. Dans le jargon de l’aérodynamique, on parle de vitesse infini amont.

   

Retournons à notre profil d’aile placé dans une soufflerie. De manière générale, la corde présente un certain angle avec la vitesse de l’air en amont, V. Cet angle s’appelle l’angle d’attaque (AOA pour “angle of attack”). Plus cet angle est important, plus les filets d’air sont déviés par le profil. En d’autres termes, la présence de l’aile réorganise localement l’écoulement de l’air (autour du profil). La partie du profil entre le bord d’attaque et de fuite orientée vers le haut est appelée, extrados, tandis que l’autre moitié orientée vers le bas est appelée, intrados. Du côté de l’extrados, l’aile a fait accélérer l’écoulement. Par contre, elle a ralenti l’écoulement côté intrados. La physique nous apprend qu’une telle accélération est accompagnée d’une diminution de pression alors que la décélération engendre une augmentation de la pression. Comme la pression est différente au-dessus et en dessous de l’aile, les forces de pression sur l’aile ne sont pas identiques au-dessus et en dessous. Il en résulte une force globalement orientée vers le haut. C’est cette force qui permet aux oiseaux ou aux avions de voler. Elle est d’autant plus importante que l’angle entre l’axe du profil, c’est-à-dire la corde, et la vitesse de l’air amont, V, est important, ou dit plus brièvement, plus l’angle d’attaque est important. Il y a une limite à ce raisonnement que nous introduirons plus tard (notion de décrochage).

La force sur l’aile peut, comme toute force, se décomposer en plusieurs composantes. Dans notre cas, on considère la composante dans la direction de l’écoulement, la force de trainée (D comme “drag”), et la force dans la direction perpendiculaire à l’écoulement, la force de portance (L comme “lift”).

Illustration des concepts dans le cas d’un avion volant horizontalement à vitesse constante.

Pour illustrer l’ensemble de ces considérations, voyons ce que cela donne dans le cas d’un avion. Supposons qu’il vole en ligne droite à une certaine vitesse constante, V, dans une direction que l’on prend dans un plan horizontal. En fait, supposons que nous nous déplacions à la même vitesse que l’avion. Par définition, nous ne le verrions pas bouger. Par contre l’air qui était au repos avant le passage de l’avion (vu par un observateur situé au sol), acquiert une certaine vitesse, V, si on le regarde à partir de l’avion. De manière plus rigoureuse, on dira que l’on met son repère sur l’avion et que l’on regarde les vitesses relatives à la vitesse de l’avion, V.  Son aile principale présente un certain angle avec la direction de vol, l’angle d’attaque. Il s’ensuit une force de portance verticale et une force de trainée horizontale appliquée à l’aile et donc à l’avion entier. La première permet de vaincre la force de gravité due à la masse de l’avion complet tandis que la seconde freine l’avion :

  • Dans le cas d’un planeur, l’avion n’a pas de moteur. La trainée a donc tendance à ralentir l’avion. Pour pouvoir maintenir sa vitesse et donc continuer à voler dans une atmosphère au repos, il doit toujours descendre progressivement en altitude (notion de taux de chute) pour maintenir sa vitesse. Dans la réalité, on sait que les planeurs tirent profit de mouvements d’air plus globaux au niveau de l’atmosphère. Ces mouvements naturels peuvent générer des vents ascensionnels qui permettent au planeur de prendre de l’altitude. Néanmoins, un planeur aura toujours intérêt à avoir une trainée la plus faible possible. Cette conclusion nous permettra de rebondir plus loin lors de nos explications sur les éoliennes.
  • Dans le cas d’un avion motorisé. La vitesse est maintenue constante grâce à l’action des moteurs. Ils exercent une force de poussée (T comme “thrust”) qui s’oppose à la trainée.

Le décrochage

Dans la section précédente, on a mis en évidence le phénomène physique qui générait la portance et la trainée d’un profil d’aile. On a aussi indiqué que cette force augmentait avec l’angle d’attaque du profil. Comme introduit précédemment, il y a une limite à cette croissance. Nous expliquons maintenant ce phénomène bien connu de décrochage (ou “stall” en anglais).

Courbe de portance en fonction de l’angle d’attaque pour un profil NACA.

Sur base de la courbe ci-dessus qui reprend l’évolution de la portance en fonction de l’angle d’attaque, on voit que cette force augmente progressivement jusqu’à un certain angle au-delà duquel la portance chute brusquement. Ce phénomène est appelé décrochage et l’angle à partir duquel il intervient, l’angle de décrochage. On voit qu’une fois l’angle de décrochage dépassé, les performances aérodynamiques du profil sont nettement dégradées. On imagine assez facilement ce que cela peut engendrer dans le cas d’un avion : une perte de portance brusque risque simplement d’engendrer une chute de l’appareil. A priori, on pourrait croire qu’il est assez farfelu d’introduire un tel phénomène dans le cas des éoliennes, mais comme cela sera expliqué, dans ce domaine d’application, le décrochage est parfois mis à profit pour contrôler la vitesse de rotor.

Explication du phénomène de décrochage

Le lecteur curieux aura peut-être envie d’en savoir un peu plus sur le principe du décrochage. Un élément de réponse simple est donné ci-dessous. Il n’a pas vocation d’être complet ou particulièrement rigoureux. Il cherche plutôt à démystifier le phénomène. Dans le cas d’un profil à angle d’attaque inférieur à la limite de décrochage, les trajectoires du fluide, à savoir l’air, sont infléchies par la présence du profil. Comme expliqué précédemment, on a une accélération côté extrados et une décélération côté intrados, accompagnée d’une diminution et une augmentation de pression, respectivement. Cette différence de pression sur les deux faces du profil est la base de la génération de portance.

   

Différence de la nature de l’écoulement entre un écoulement attaché et décroché.

Lorsque le profil décroche, les angles d’attaques sont trop importants et le fluide ne parvient plus prendre les trajectoires imposées par le profil (fortement incliné). Les trajectoires de fluides ont tendance à rester plus proches de leur situation initiale (avant que l’aile ne passe). Comme il y a moins de déformation de trajectoire, il y a moins d’accélération du fluide côté extrados du profil. Du coup, la dépression est moins importante et, sans surprise, la portance devient moins importante.

Pour augmenter l’angle d’attaque admissible avant de décrocher l’écoulement d’air, un dispositif aérodynamique, un générateur de vortex, peut être installé sur les ailes. Sans entrer dans les détails, ces petits appendices vont permettre de créer des tourbillons contrôlés de manière volontaire. Cette dynamique va plaquer le flux d’air contre la surface de l’aile permettant ainsi d’augmenter l’angle d’attaque admissible avant que la pale ne décroche.


Les forces aérodynamiques sur le rotor d’une éolienne

La première section nous a permis d’introduire les notions nécessaires pour comprendre les phénomènes physiques majeurs qui s’appliquent sur le rotor d’une éolienne. On a introduit la notion de profil d’aile, de corde, d’angle d’incidence ainsi que de trainée et de portance. Lorsque l’on considère une éolienne, le problème se complexifie un peu. En effet, il faut considérer en plus la vitesse de rotation des pales qui, en pratique, est de loin plus élevée comparée à la vitesse du vent. Dans la suite, on fait l’hypothèse d’une éolienne à axe horizontal.

            

Vitesses et forces exercées sur un profil d’une éolienne. On introduit l’angle d’incidence (alpha), de calage (beta) ainsi que la vitesse relative Va dans la figure de gauche. La résultante des forces engendrée par la vitesse du vent et la rotation de l’éolienne est illustrée dans la figure de droite.

Influence de la vitesse de rotation sur l’angle d’attaque et l’intensité de la vitesse

Considérons un profil d’une pale de notre éolienne obtenu en “coupant” l’aile à une certaine hauteur, r, comprise entre le moyeu et l’extrémité de la pale. Vu du haut, cela donne approximativement la figure ci-dessus (à gauche) où la grande flèche noire indique le sens de rotation.  Si l’éolienne a une vitesse de rotation de n (Hz ou tours/seconde), alors à la hauteur du profil, la vitesse tangentielle de la pale induite par la rotation, U, est de

U = n.(2*pi*r) en [m/s],

toujours dans le sens de rotation. On voit clairement que la vitesse augmente proportionnellement avec la hauteur le long de la pale. La vitesse tangentielle maximale sera obtenue en bout d’aile. En plus de la vitesse de rotation, on a toujours la vitesse du vent, V, mesurée loin en amont de l’éolienne. Comme expliqué précédemment, l’écoulement est déjà influencé par la présence de l’éolienne avant d’arriver au niveau du rotor si bien qu’il est partiellement freiné avant d’atteindre celui-ci. En pratique, la vitesse aura idéalement diminué d’un tiers si bien qu’on se retrouvera avec 2/3 de V dans la direction perpendiculaire au plan de rotation, la direction axiale. Comme on l’a fait ci-dessus en considérant un avion, on place notre repère de vitesse sur le profil d’aile. Il faut alors combiner la vitesse de rotation de l’éolienne, U, à cette hauteur, à la vitesse 2/3 V du vent pour obtenir la vitesse du vent relative rencontrée par le profil de l’éolienne, Va. C’est cette vitesse qu’il faut connaître pour pouvoir estimer la force qui sera exercée sur le profil de la pale. En effet, on connaît maintenant la vitesse de l’écoulement (la norme du vecteur Va) mais aussi son angle d’attaque. Comme on l’a introduit ci-dessus, il ne suffit pas de connaître la vitesse du vent, V. La vitesse tangentielle, U, induite par la rotation influence significativement l’écoulement qui sera reçu par le profil.

On introduit un nouvel angle de première importance, l’angle de calage (“pitch angle” en anglais). Il se définit comme étant l’angle entre le plan de rotation et la corde du profil. Contrairement à l’angle d’attaque, il ne dépend pas de conditions de l’écoulement. Il s’agit d’un paramètre géométrique que l’on peut adapter. En effet, l’angle d’attaque dépend des conditions de fonctionnement. Dans le cas de notre éolienne, il dépend de la vitesse du vent, de la vitesse de rotation ainsi que de l’orientation de la corde du profil (autrement dit de l’angle de calage).

Représentation schématique de la variation de l’angle de calage des pales d’une éolienne.

On peut faire varier l’angle de calage en faisant tourner la pale autour de son axe, tel qu’illustré dans la figure ci-dessus. On voit qu’en modifiant cet angle, on modifie l’angle d’attaque et par conséquent la force qui sera exercée sur le rotor. Le pivotement des pales peut être réalisé par des actionneurs électromécaniques ou par un système hydraulique.

Vrillage de l’aile

Comme la vitesse relative, Vr, augmente avec la hauteur de long de la pale, la géométrie de celle-ci est adaptée à cette augmentation de vitesse. On voit notamment la diminution de l’angle de calage avec la hauteur pour garder l’angle d’attaque comparable tout le long de la pale. C’est cette variation qui donne un aspect vrillé à la pale.

Diminution de l’angle de calage avec la hauteur le long de la pale : effet de vrillage. On voit que Vr augmente entre le pied et la tête de la pale. Pour maintenir un angle d’attaque, alpha, constant, l’angle de calage, Theta, est modifié.

Caractéristiques de la force exercée sur le profil d’une éolienne

On voit, dans la deuxième figure sur la décomposition des forces (placée un peu plus haut), que la vitesse relative caractérisée par une certaine intensité et une direction décrite par l’angle d’attaque, induit une force sur le profil. Cette force F, se décompose en une composante tangentielle, FT qui contribue positivement à la rotation de l’éolienne, c’est l’effet utile recherché (du moins pour toutes éoliennes basées sur la portance), et une composante axiale FN perpendiculaire au plan de rotation qui n’a aucun effet utile. Au contraire, cette force axiale soumet l’éolienne par sa poussée à une contrainte mécanique importante. C’est l’élément dominant lors du dimensionnement du mât d’une éolienne. Si on décompose la force aérodynamique selon sa composante de portance et de trainée, on en déduit les propriétés suivantes :

  • La portance L, contribue positivement à la rotation de l’éolienne. En d’autres termes, elle induit une force dans le sens de rotation, c’est l’effet utile recherché. C’est aussi pourquoi on dit que ces éoliennes sont basées sur la portance.
  • La trainée, D, contribue négativement à la rotation de l’éolienne. En d’autres termes, elle induit une force dans le mauvais sens, c’est un effet parasite. Elle diminue le rendement de conversion de l’énergie cinétique du vent en énergie mécanique sur le rotor. C’est pourquoi, tout comme un planeur, les pales d’une éolienne sont conçues pour minimiser la trainée et obtenir ainsi les meilleurs rendements.

Le réglage de la puissance : calage et décrochage

Pour faire fonctionner une éolienne correctement, on doit pouvoir jouer sur les paramètres aérodynamiques des pales pour contrôler la vitesse de rotation ainsi que la puissance soutirée au vent :

  • Dans le cas de vents importants, le rotor peut être soumis à des forces mécaniques qui peuvent dépasser les contraintes admissibles. En outre, la puissance fournie par le rotor est limitée par la puissance maximale de la génératrice.
  • Dans le cas de fonctionnement normal, on doit pouvoir fonctionner à la vitesse de rotation souhaitée ou du moins, prédéfinie.

Il y a deux grandes manières de faire varier, et donc de contrôler, la force aérodynamique sur le rotor d’une éolienne : changer l’angle d’attaque et diminuer la surface au vent balayée par l’éolienne. La deuxième solution s’obtient en décalant le rotor (“yawing” en anglais) par rapport à la direction du vent (selon un axe vertical pour un décalage gauche-droite, ou selon un axe horizontal pour mettre incliner le rotor vers l’horizontal). On s’attardera ici sur la première solution basée sur l’angle d’attaque.

Modification de l’angle d’attaque via l’angle de calage d’une pale

La manière la plus efficace de modifier l’angle d’attaque est de jouer sur l’angle de calage.  Celui-ci peut être modifié en faisant pivoter la pale le long de son axe. Pour contrôler la force appliquée, on peut procéder de deux manières distinctes :

  • On peut augmenter l’angle de calage pour diminuer la puissance ou le réduire pour augmenter cette puissance (“pitch control” en anglais). A la limite si l’on souhaite réduire au maximum les forces exercées sur les pales pour garantir leur intégrité, notamment en présence de grands vents, on peut les placer en drapeau par rapport à la direction du vent (“feathering” en anglais).
  • Une autre manière de limiter la puissance est de dépasser rapidement l’angle de décrochage ce qui induit une diminution significative de la portance (“stall control” en anglais). Hormis pour certaines réalisations, cette seconde méthode est moins efficace que la première. Elle serait apparemment moins précise et les forces appliquées aux pales seraient plus intermittentes (dû au caractère fortement instationnaire du phénomène de décrochage).

Illustration de la variation de la force aérodynamique : diminution par réduction de l’angle de calage (centre) ou par décrochage (droite).


La trainée induite : aile d’envergure finie

Dans les développements précédents, on a essentiellement considéré les phénomènes physiques sur base de profils d’aile. En d’autres termes, on a tenu compte de deux dimensions de l’espace, c’est-à-dire la direction axiale (sens de l’écoulement pour une éolienne à axe horizontal) et tangentielle (plan de rotation). D’un point de vue purement théorique, c’est équivalent à considérer une aile infiniment longue. Pas simple de convaincre le lecteur de cette assertion, mais cela semblera sans doute plus clair par la suite. En réalité, tout le monde sait qu’une aile, que ce soit d’avion ou une pale d’éolienne, n’est pas infiniment grande. Elle a en effet une certaine envergure. Cela peut sembler trivial, mais, comme on va l’expliquer, cette limite va nous obliger à tenir compte de la troisième dimension spatiale dans notre raisonnement. Il s’agit de la direction radiale pour une éolienne à axe horizontal.

Photographie d’un tourbillon de sillage induit par un avion.

Tourbillons de bout d’aile : l’origine du phénomène

Comme on l’a expliqué précédemment en introduisant le phénomène de portance, une aile présente une certaine surpression à l’intrados et dépression à l’extrados. Que se passe-t-il en bout d’aile ? En bout d’aile, on a une région de haute pression (dans le cas d’un avion, en bas) et de basse pression (dans le cas d’un avion, en haut) qui sont voisines et non séparées par l’aile. En conséquence, l’air va se déplacer de la zone haute pression vers la zone basse pression dans un mouvement de contournement du bout d’aile. L’air se met donc globalement en rotation. Il crée un mouvement “cohérent” de rotation que l’on appelle “tourbillon”. Comme, il y a deux extrémités à une aile, on trouve deux tourbillons. Ceux-ci tournent en sens opposés l’un par rapport à l’autre.  Ce phénomène de tourbillon est clairement visible sur la photographie ci-dessus où l’on voit que l’air est mis en rotation au niveau des bouts d’aile après le passage de l’avion. Ce comportement n’a lieu que si l’aile a une certaine envergure. Si elle avait été infiniment grande, on n’aurait pas rencontré ce phénomène. Cela explique la distinction que nous avons introduite en début de section.

Ce phénomène de tourbillon est clairement visible au passage d’un avion à réaction dans un ciel bleu. En effet, la combustion qui a lieu dans un moteur d’avion rejette principalement de l’eau sous forme de vapeur et du CO2. Comme les avions volent à relativement haute altitude, la température de l’air à cette hauteur est largement négative (en °C). Du coup, l’eau qui est éjectée par les moteurs à l’état de vapeur se condense pour former de fins cristaux de glace. C’est la trainée blanche que l’on voit derrière un avion. En effet, l’eau à l’état de vapeur n’est pas visible. Par contre, une fois condensée, elle interagit avec la lumière. Revenons à nos moutons en ce qui concerne les deux tourbillons de bout d’aile. L’eau rejetée par les moteurs est capturée par les deux tourbillons de bout d’aile (phénomène dit d’ “enroulement”). Par conséquent, cela rend ces deux tourbillons visibles (parce que l’eau dans un état visible est capturée par les tourbillons). Ce sont les deux longues trainées blanches que vous voyez par ciel bleu derrière un avion de ligne. Vous remarquerez que, même si l’avion à quatre moteurs, in fine, il reste toujours deux trainées. Cela montre bien que les deux tourbillons capturent le “panache” des moteurs.

On peut se rendre compte que le même phénomène a bien lieu dans le cas d’éolienne. La figure suivante montre l’émission d’un tourbillon en bout de pale qui est translaté en aval par le vent.

 

Visualisation par dégagement d’un traceur (fumée) du sillage d’une éolienne expérimentale bi-pale.

Tourbillons de bout d’aile : augmentation de la trainée

Le phénomène de tourbillon de bout d’aile génère quelques problèmes. Nous retiendrons uniquement ici la contribution à la trainée. En effet, les tourbillons génèrent un mouvement de l’air global vers le bas juste en aval de l’aile. Ce mouvement induit par les tourbillons modifie les angles d’attaque des ailes si bien que la force est décalée vers l’arrière, augmentant ainsi la trainée. La contribution de la trainée induite est non négligeable, surtout à basse vitesse (ce qui est le cas des éoliennes). Du coup, il faut chercher à minimiser ces tourbillons de bout d’aile.

Vue de la composante verticale du champ de vitesse derrière un avion.

Retenons simplement que la forme de l’aile à une importance majeure. Un paramètre de première importance est l’allongement relatif qui est le rapport entre l’envergure et la corde moyenne d’une aile (ou d’une pale). Plus ce rapport est grand et plus la trainée induite est faible. C’est typiquement la raison pour laquelle les planeurs ont de grandes ailes allongées. En effet, ils n’ont pas de moteur si bien qu’ils sont conçus pour minimiser la trainée. En outre, ils volent à basse vitesse si bien que la trainée induite est non négligeable. En ce qui nous concerne, c’est une des raisons qui permettent d’expliquer pourquoi les éoliennes ont des pales si allongées.

 photo avion.    Photo éolienne.

Pour réduire la traînée induite par les tourbillons de bout d’ailes, le monde éolien s’est inspiré de l’aéronautique. Le monde de l’aviation et aujourd’hui celui de l’éolien utilisent un dispositif biomimétique : le winglet, sorte de petite cassure perpendiculaire située en bout de pale qui permet d’augmenter l’allongement effectif de l’aile et ainsi de réduire la traînée induite par les vortex de bout de pale.

Schéma principe du winglet.Photo de winglet.

De Daniel Rome, ce recueil d’expressions formulées par un individu indigne de la fonction qu’il occupe :

Raoul Marc Jennar  22 juin, 14:45

Le mépris de classe dans les petites phrases odieuses de Macron

1 « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. »
2 « Il y a dans cette société (Doux) une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées.»
3 « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler.
4 « Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants »
5 « Le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés »
6 « Je pense qu’il y a une politique de fainéants et il y a la politique des artisans. »
7 Tous ses conseillers présentent le même profil, jeune et diplômé : « J’assume. Les maréchaux d’Empire étaient jeunes et ce n’étaient pas des paysans »
8 « Certains au lieu de foutre le bordel feraient mieux d’aller regarder s’il peuvent pas avoir des postes »
9 « Les salariés français sont trop payés »
10 « Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord. »
11 Le compte pénibilité ? « Je n’aime pas le terme donc je le supprimerais car il induit que le travail est une douleur »
12 « Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c’est une nécessité »
13 « Ceux qui défendent les emplois aidés sont ceux qui n’en voudraient pas pour eux »
14 « Je vais faire un CICE durable »
15 « La tranche d’impôt de Hollande à 75 % ? C’est Cuba sans le soleil »
16 « Je n’aime pas ce terme de modèle social. »
17 « Je suis pour une société sans statuts »
18 « Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs »
19 « Dans les motifs de rupture du contrat de travail, [la rupture conventionnelle] est aujourd’hui le premier»
20 « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. »
21 « 35 h pour un jeune, ce n’est pas assez »
22 « Les jeunes générations veulent être entrepreneurs, pas fonctionnaires »
23 « Je dis aux jeunes : « ne cherchez plus un patron cherchez des clients »
24 « Les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes »
25 « Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus ».
26 : « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains »
27 « Une start-up nation est une nation ou chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une ».
28 « Les britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher »
29. « Le libéralisme est une valeur de gauche »
30 « Je ne céderais rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes, ni aux égoïstes, ni aux pessimistes » qui se dressent contre les ordonnances anti travail.
31 « Dans les gares, vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien »
32 « J’ai été élu par des gens qui ne m’ont pas choisi »
33. « Être élu est un cursus d’un ancien temps. »
34 « La démocratie ne se fait pas dans la rue »
35 « Etre populaire ne m’intéresse pas, mon pays doit avant tout être réformé car nous avons 10 % de chômage ».
36 Les fainéants ce sont « ceux qui n’ont pas fait les réformes pendant 15 ans pas les Français »
37 « La France n’est pas un pays qui se reforme parce qu’on se cabre, on résiste, on contourne, nous sommes ainsi faits ».
38 « Tu sais, quand tu es président de la République, ce n’est pas le moment où tu gagnes le plus d’argent »
39 « La France est en deuil d’un roi »
40 « Les révolutionnaires sont souvent des ratés du suffrage universel »
41 : « La gauche classique est une étoile morte. L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est »
42 : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne électorale » « La politique c’est mystique »
43 « Le FN est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d’extrême-droite. »
44 Il qualifie ceux qui, au sein du PS, s’opposent à sa 1° loi (308 articles dont le travail le dimanche, de nuit, ou la privatisation du don du sang) de « foyer infectieux » ou de « fainéants ».
45 « Chaque candidat qui sera investi signera, avec moi, le contrat avec la Nation. Il s’engage à voter à mes côtés les grands projets, à soutenir notre projet. » « Pas de frondeurs »
46 « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »
47 « Il n’y a pas de culture française mais des cultures »
48 « Le kwassa kwassa pêche peu, il amène du comorien »
49 A propos des critiques à la suppression de l’impôt sur la fortune « La passion triste de la France, la jalousie ».
50 « Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre […] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole »
Rajoutons en une, particulièrement remarquable, datée du 13 novembre 2017 : « Je ne sais pas ce que c’est une politique pour les riches ». Cet homme doit, en plus de tout, tenter de masquer à lui-même et aux autres ce qu’il incarne.

La presse a par ailleurs relevé quelques perles que je partage : « Si on ne pense pas le cadre des changements technologiques, Schumpeter va très rapidement devenir Darwin » …locution latine « pacta sunt servanda » (les accords doivent être respectés)….« Adolescent, j’ai compris un peu mieux Baudelaire grâce à un philosophe allemand » « « Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux. » « Des Gaulois réfractaires au changement » « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux » Les femmes salariées de Gad, « pour beaucoup illettrés » Le bus pourra « bénéficier aux pauvres » « Vous pouvez parler très librement, la seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de se plaindre » « Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là, tu iras donner des leçons aux autres » Emmanuel Macron a déclaré mardi vouloir « responsabiliser » les personnes en situation de pauvreté car « il y en a qui font bien » et d’autres « qui déconnent », Christophe Dettinger, le « boxeur gilet jaune », « n’a pas les mots d’un gitan

LA PRESSION ÉTRANGÈRE SUR L’ÉOLIEN INDUSTRIEL EN FRANCE

En 2019, l’éolien a produit 7,2% de l’électricité consommée.

Article coécrit avec André Posokhow, expert financier membre du Conseil d’Administration de la  Fédération Environnement Durable

Le 21 avril  dernier, en pleine épidémie du Covid, le gouvernement a fait paraitre en catimini un décret relatif à la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) qui annonce ce que doit être l’avenir énergétique de la France.

Pour la PPE l’avenir de notre énergie est très éolien

La PPE annonce un objectif de doublement de la puissance éolienne industrielle en  France (35 GW contre environ 16 GW à fin 2019) en neuf ans. Cela pourrait représenter un quasi doublement du nombre d’éoliennes qui est aujourd’hui de 8000. Ce seront des machines de plus en plus monstrueuses dont la taille, plus de 200 mètres aujourd’hui, se rapproche de celle de la tour Eiffel.

Disette et appétit des promoteurs allemands.

En Allemagne la transition énergétique, décidée il y a près de 10 ans, se trouve en crise.

Senvion, important fabricant de turbines en Allemagne et 3ème constructeur de parcs éoliens en France, a déposé son bilan et sera vendu à la découpe. La cause en est l’effondrement du marché de l’éolien terrestre en Allemagne.

Le marché français, déjà largement maîtrisé par l’étranger, apparait ainsi aux acteurs, extérieurs et surtout allemands, de l’éolien comme un grand  marché de remplacement.

Les armes multiples de l’offensive éolienne.

La connivence des pouvoirs publics.

Depuis la Loi de la transition énergétique les pouvoirs publics ont fait  le choix des Energies renouvelables (ENR) et en priorité de l’éolien industriel.

Le Ministère de l’Ecologie et les administrations responsables sont influencées et pénétrées au plus haut niveau par des partisans de l’éolien.

Les obstacles juridiques à la propagation de ces machines industrielles sur tout notre territoire ont été abaissés puis souvent abattus par des lois et décrets d’oppression.

Les campagnes de propagande et d’endoctrinement des ONG.

Fabien Bouglé a dénoncé dans son livre : « Eoliennes, la face noire de la transition énergétique »,  la caisse de résonnance  intarissable de la propagande en faveur de la dislocation de notre système énergétique et du démembrement d’EDF que représentent les grandes ONG internationales et autres associations écologistes.

Il cible en particulier WWF, et surtout Greenpeace.

Le chevalier blanc Greenpeace, désigné par Thibault Kerlirzin comme un« un mercenaire vert », dans son ouvrage « Greenpeace, une ONG à double fond(s) »,  est partenaire de Vestas société danoise, leader mondial de fabrication des éoliennes via sa filiale  Greenpeace Energy, propriétaire de centrales éoliennes.

Le terme de conflit d’intérêts apparait comme un timide euphémisme.

La financiarisation.

C’est notre propre système bancaire qui finance la colonisation et la pollution de nos territoires par des machines industrielles inutiles,  peu productives, mais tellement rentables pour les prédateurs éoliens.

C’est le cas d’OSEO qui, en 2013, sur l’ensemble de la France, finançait une éolienne sur trois. Concernant les partenaires, Oseo travaillait avec les constructeurs Gamesa, Siemens, Repower, Enercon.

Le mécénat.

Le mécénat est de plus en plus pratiqué par les développeurs éoliens.

Certes, il n’est pas question, en l’occurrence, d’évoquer une forme de corruption même s’il a été établi, notamment par le SCPC (service central de prévention de la corruption), que l’éolien est un vecteur de corruption.

Cependant Il s’agit bien de s’attirer les bonnes grâces des collectivités locales et de les soudoyer par des contributions qui peuvent prendre différentes formes. Actuellement il semble que les opérateurs éoliens allemands comme le groupe Ostwind fassent  un effort sensible dans ce sens.

En Haute Vienne, une opération de restauration de l’église d’Oradour saint Genest est portée par la Fondation du patrimoine et la commune en partenariat avec les établissements Leclerc et Ostwind.

Il en va de même au Dorat, en Haute Vienne, où la commune a entrepris de restaurer la Collégiale Saint Pierre.

Nul doute que nous verrons fleurir les projets éoliens en Haute-Vienne grâce aux actions de mécénat de ce groupe allemand.

L’influence prégnante de groupements d’intérêt puissants : l’exemple de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE).

Officiellement l’OFATE un Office franco-allemand de coopération et d’échange

Il s’agit d’un groupement d’intérêt et d’influence composé de syndicats professionnels comme le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) et France Energie Eoliennes et leurs semblables allemands et d’entreprises de l’éolien industriel. D’une manière surprenante ce réseau d’influence compte aussi le ministère de l’Ecologie français et le ministère de l’Economie et de l’Energie allemand dans son comité de pilotage.

Deux bureaux, l’un à Berlin, l’autre à la Défense dans les bureaux du Ministère de l’Ecologie  hébergent  cet Office qui est ainsi financé par la puissance publique elle-même.

En réalité l’OFATE est un organisme qui se trouve largement entre les mains de l’industrie éolienne allemande et œuvre dans l’intérêt de ses entreprises.

Il s’agit d’une association de droit allemand. Son siège est à Berlin. Le directeur s’appelle Sven Rösner et est visiblement allemand. Au sein du comité de pilotage 2017-2018, on dénombre 14 entreprises dont 9 appartiennent à un groupe allemand et 3 seulement sont françaises.

Economiquement ce sont les entreprises allemandes qui retirent un profit de l’action d’influence de ce que l’on peut appeler une entente ou un cartel éolien. La France, quant à elle, n’en retire guère un avantage économique et sa balance commerciale en souffre énormément.

Un constat de la domination étrangère et d’Outre-Rhin.

L’éolien industriel terrestre. L’occupation et le saccage de notre territoire.

En matière d’éolien terrestre, il n’existe pas de constructeur français significatif. Les constructeurs étrangers détiennent une quasi-exclusivité : en 2019, six entreprises, toutes étrangères, ont capté le marché de la construction et de l’installation.

Si la plus importante est la danoise Vestas, la part du lion revient à l’ensemble constitué par 4 constructeurs allemands qui ont édifié environ les deux tiers du parc éolien français :

La capacité des parcs éoliens terrestres exploités en France s’est élevée en 2019 à  15 820 MW et connait une progression qui s’est nettement accélérée en 5 ans

Les sociétés étrangères  (hors allemandes) exploitent environ 24% de cette capacité. Les exploitants allemands représentent 21%  avec VSB  et Volkswind. soit au total près de la moitié de la puissance de l’éolien terrestre exploité en France.

 L’éolien marin : un nouveau mur de l’Atlantique ?

Il existe sept projets éoliens en cours de montage. Leur puissance prévisionnelle totale et d’environ 3GW .

Les tours de table des consortiums sont majoritairement étrangers. La construction des turbines et l’installation des parcs se trouvent quasi-entièrement aux mains de sociétés étrangères et plus particulièrement du constructeur allemand Siemens.

En conclusion.

Le secteur économique de l’éolien industriel se trouve très largement maîtrisé par les constructeurs (à près de 100%) et des opérateurs étrangers malgré l’exploitation de parcs par EDF et ENGIE.

Les entreprises éoliennes allemandes jouent déjà un rôle important dans ce secteur économique en France. Appuyées par les ONG du type Greenpeace, elles bénéficient du soutien institutionnalisé   que les pouvoirs publics français accordent à l’éolien industriel grâce à la PPE.

Ce soutien est concrétisé par l’existence de l’OFATE, office qui se veut au service de la transition énergétique franco-allemande. Celle-ci n’existerait que si les intérêts étaient communs et équitables. Or les  intérêts français, même s’ils sont bafoués par ceux qui sont payés pour les défendre, sont différents de ceux de nos voisins.

La collaboration qu’implique une telle ambition ne peut que rappeler celle du cheval et de son cavalier. Les entreprises allemandes plantent leurs mats et en tirent chiffre d’affaire et profits et les Français bradent leurs terroirs et creusent encore plus leur déficit commercial.

ASSUREZ VOTRE PATRIMOINE OU RISQUEZ DE TOUT PERDRE

PUBLIÉ PAR EGON VON GREYERZ | 16 AOÛT 2018 | ARTICLES11594 

Embrassez l’incertitude – Quiconque ne suit pas cette maxime dans les prochaines années risque d’enchaîner les mauvaises surprises. Car la progression stable de l’économie mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin. Au lieu d’atteindre un sommet cyclique normal au cours des deux prochaines années, nous allons plutôt assister à l’implosion massive d’une bulle remplie de dettes et d’actifs gonflés. Le système est manipulé avec succès depuis des décennies par les banques centrales, certaines banques commerciales, la BRI et le FMI, et ce, au profit d’une petite élite.

L’ÉCART DE REVENU – CATALYSEUR DE TROUBLES SOCIAUX

Il suffit de regarder le graphique ci-dessous pour voir que l’écart salarial aux États-Unis ne cesse de grandir entre les 5% du haut et les 50% du milieu depuis 1973. Les salaires de la classe supérieure ont augmenté de 51%, tandis que ceux de la classe moyenne ont baissé de 4%. De quoi alimenter les mouvements contestataires. Les troubles sociaux sont clairement l’une des incertitudes auxquelles nous devons nous préparer.

 

 

LA PLUPART DES PRÉDICTIONS SERONT ÉRONÉES

J’ai appris très tôt à embrasser l’incertitude, car dans certaines périodes, tout devient incertain. Les vies personelles peuvent changer très rapidement, tout comme l’économie mondiale et la situation politique. Il y a des moments où les projections et les probabilités sont correctes, mais les prochaines années seront très différentes.

La plupart des investisseurs croient que la trajectoire historiquement prévisible des marchés boursiers se poursuivra. Pourquoi pas, puisque la tendance est à la hausse depuis aussi longtemps qu’on s’en souvienne. Les corrections de 1973, 1987, 2000, 2007 ont été rapidement effacées par de nouveaux sommets.

L’investisseur moyen se sent toujours très confiant au sommet du marché. Il ne s’inquiète pas du risque, et même si les valorisations sont en surchauffe, « le marché boursier monte toujours ».

L’investissement est une question de risque et le risque économique est aujourd’hui plus grand que jamais, si l’on regarde les actions, les obligations ou l’immobilier.

Mais l’incertitude s’étend aujourd’hui bien au-delà des différentes classes d’actifs. C’est beaucoup plus grave que cela. Les actions des banques centrales et du système bancaire de réserve fractionnaire ont créé un système financier monstrueux qui a peu de chance de perdurer.

PIRE QU’EN 2007-2009

En 2007-2009, le système bancaire est passé à deux doigts de l’effondrement. Cela se reproduira, mais cette fois les banques centrales ne se contenteront pas d’injecter 10 000 milliards $ pour résoudre le problème. Quand la bulle des produits dérivés éclatera, elles créeront, à partir de rien, des milliers de milliards de dollars et probablement même des quadrillions.

Ce n’est pas le genre d’incertitude que n’importe qui pourrait embrasser. Mais il est heureusement possible de s’assurer contre le risque d’effondrement bancaire, de chute de la plupart des classes d’actifs et de destruction finale du système monétaire. Alors, comment s’assurer contre un système financier de plusieurs quadrillions de dollars ?

« Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par une expansion du crédit. L’alternative est de savoir si la crise doit arriver plus tôt, par l’abandon volontaire d’une expansion supplémentaire du crédit, ou plus tardivement, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire affecté. » – Ludwig von Mises

ASSURANCE PATRIMONIALE

La solution est si simple que plus de 99% des investisseurs et des gens ordinaires n’y penseraient même pas. Mais ce qui est encore pire, c’est que si on leur parlait d’une « assurance-vie » qui pourrait les sauver de la misère, ils ne l’envisageraient toujours pas. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Venezuela. Le régime socialiste a totalement détruit l’économie et appauvri le peuple. Si les gens avaient acheté cette assurance il y a dix ans ou même à la fin 2017, cela aurait pu les sauver. Veuillez consulter mon article de la semaine dernière.

La plupart des gens comprendront maintenant que je parle d’or physique. C’est une solution simple et évidente pour se protéger contre les risques actuels, mais moins de 1% des gens la prendront en considération.

Comme les fonds spéculatifs détiennent un nombre record de positions vendeuses à découvert, le prix de l’or en dollars est actuellement à son plus bas annuel. L’investisseur et spéculateur moyen sort de l’or ou est très nerveux. Mais l’investisseur qui recherche la préservation de patrimoine n’est pas du tout inquiet, car il détient de l’or pour se protéger contre les risques massifs du système financier. Nous observons actuellement un intérêt accru de la part de ce type d’investisseurs.

Certains lecteurs critiquent notre point de vue sur l’or et nous accusent de prêcher pour notre propre paroisse. Mais je ne suis pas dans le marché de l’or pour mon intérêt personnel. En 2001, j’ai identifié que les risques du système financier étaient si élevés qu’il devenait indispensable de détenir une assurance sous forme d’or, avec stockage en dehors du système bancaire. Début 2002, nous avons acheté d’importantes quantités d’or pour notre propre compte et pour les investisseurs de l’époque. Le prix était alors de 300 $. Nous avons recommandé à nos investisseurs de détenir une part significative de leurs actifs financiers en or. Nous considérions alors que 25% était un minimum mais que des pourcentages plus élevés étaient appropriés.

INVESTIR DANS DES ACTIFS MAL AIMÉS ET SOUS-ÉVALUÉS

À l’époque, en 2002, l’or à 300 $ n’était pas apprécié et sous-évalué. C’est toujours le meilleur moment pour réaliser un investissement. Matterhorn Asset Management était alors une société d’investissement privée. En raison de l’intérêt croissant à travers le monde pour la préservation de patrimoine, nous avons transformé MAM en une société réglementée suisse facilitant la propriété d’or et d’argent stockés dans des coffres-forts privés ultra-sécurisés, situés en dehors du système bancaire.

L’or a atteint 1 900 $ en 2011 et s’est mis ensuite à baisser. Entre-temps, le risque a augmenté de façon exponentielle et les raisons de détenir de l’or en tant qu’actif de préservation du patrimoine sont désormais plus fortes que jamais.

Les investisseurs qui ont acheté de l’or entre 2011 et 2012, aux alentours du sommet, ne sont pas « dans le vert » actuellement. Mais ceux qui ont investi pour préserver leur patrimoine ne sont pas inquiets. Ils savent pourquoi ils détiennent de l’or et que ce n’est qu’une question de temps avant que le prix de l’or ne reflète la valeur réelle des devises sans valeur.

Si nous regardons le graphique trimestriel de l’or en dollars, la tendance est clairement à la hausse. La correction s’est achevée à la fin 2015. L’or est prêt pour une hausse majeure qui devrait commencer au début de l’automne.

 

 

L’OR EST PROCHE DU SOMMET DANS DE NOMBREUSES MONNAIES

En regardant l’or dans d’autres monnaies comme le dollar australien, le prix se situe autour du sommet de 2011-2012.

 

 

En dollars canadiens ou en livres, la correction est beaucoup plus petite qu’en dollars américains. L’appréciation temporaire de la devise américaine pèse sur le cours de l’or. Lorsque le dollar débutera son prochain mouvement vers sa valeur intrinsèque de zéro, l’or augmentera dans toutes les devises, y compris en dollars américains. À noter que le dollar, même avec prix de l’or à 1 220 $, a perdu 80% de sa valeur au cours de ce siècle.

L’OR, CORRIGÉ DE L’INFLATION, EST À DES NIVEAUX HISTORIQUEMENT BAS

L’or à 1 220 $, ajusté en fonction du taux d’inflation réel, est presque aussi bon marché qu’en 1999, à son plus bas de 250 $. Plus important encore, l’or corrigé de l’inflation est maintenant très proche du creux de 300 ans enregistré en 1999. En ce moment, l’or est une bonne affaire car il est de nouveau mal-aimé et sous-évalué. Sur une base ajustée en fonction de l’inflation, le sommet de 850 $ atteint en 1980 serait aujourd’hui de 16 650 $. Bien avant de voir les prix de l’or hyperinflationnistes, ce niveau de 16 600 $ devrait être facilement atteint.

 

 

Détenir de l’or physique à des fins de protection du patrimoine est un secret bien gardé en Occident. Dans cette partie du monde, pratiquement personne n’a de l’or. Parallèlement, les sages de l’Est continuent d’acheter tout l’or produit annuellement. La Chine, l’Inde, l’Iran, la Turquie, la Russie connaissent l’histoire et l’économie. C’est pourquoi ils accumulent autant de réserves d’or.

Si vous comprenez pourquoi l’or est la seule monnaie à avoir survécu pendant 5 000 ans, vous devriez suivre l’exemple de l’Est.

Source originale: Matterhorn – GoldSwitzerland

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La cour constitutionnelle allemande vient-elle de sceller le sort de l’euro et de l’Union ?

 

euro qui brule

La Cour constitutionnelle allemande vient de tirer un gros coup de canon en direction de la BCE. Elle a accusé la cour européenne d’enfreindre les traités européens, déclenchant ainsi un combat de titans pour la suprématie judiciaire dans l’Union.

Dans son jugement explosif, la Cour constitutionnelle allemande a indiqué que la BCE avait outrepassé son mandat légal. Elle a « manifestement » enfreint le principe de proportionnalité avec ses achats obligataires massifs, qui ont atteint désormais 2,2 trillions et qui vont continuer d’augmenter de façon dramatique. La banque s’est égarée, s’éloignant de ses prérogatives monétaires pour s’engager sur le terrain des politiques économiques.

La cour affirme que la Bundesbank peut continuer à acheter des obligations durant une période de transition de 3 mois. Mais, au-delà, elle devra se désister de toute implication dans « l’implémentation et l’exécution » de ces mesures illégales jusqu’à ce que la BCE soit en mesure de justifier ses actions et de répondre aux objections de la Cour. La Cour constitutionnelle a en outre indiqué que la Bundesbank doit également clarifier comment elle va vendre les obligations qu’elle possède déjà.

« Pour la première fois de l’histoire, la Cour constitutionnelle a jugé que les actions et les décisions d’entités européennes ont été au-delà de leurs compétences légitimes, et qu’elles n’ont donc pas de validité en Allemagne », a déclaré le président de la Cour, Andreas Vosskhule.

Aucun autre pays n’a osé s’engager sur ce terrain depuis la création de la Communauté en 1957. Il s’agit d’un moment charnière crucial pour le projet européen.

Olaf Scholz, le ministre des Finances allemand, a déclaré que la Cour avait défini des « limites très claires ». L’Europe va donc devoir trouver d’autres méthodes pour maintenir l’Union monétaire sur les rails.

La Cour de Karlsruhe a donné la leçon à la Cour européenne de justice. Elle estime que son attitude dédaigneuse à propos de la question de la proportionnalité est « incompréhensible » et non conforme dans son approche « avec virtuellement toutes les lois européennes ». Les juges européens ont agi de façon ultra vires, en ignorant les traités européens.

Dans un passage virulent, la Cour constitutionnelle rappelle aux juges européens qu’ils sont les garants des traités, et non l’inverse. Si les cours nationales doivent valider à l’aveugle les décisions des institutions européennes, on risque de se retrouver sur une pente savonneuse qui menace les fondements de la démocratie.

La Cour constitutionnelle allemande n’a jamais accepté l’assertion de la Cour européenne qui s’estime au-dessus des cours nationales. Elle s’était toujours réservé le droit de dénoncer des lois européennes en contravention avec la loi allemande. Elle n’avait jamais mis à exécution ses menaces… jusqu’à aujourd’hui. La cour allemande a notamment insisté sur le fait que le traité de Lisbonne ne mentionne pas cette préséance, et que l’Union européenne n’est pas un État fédéral.

La Cour constitutionnelle allemande a indiqué qu’elle n’est pas liée par les jugements précédents de la Cour européenne en ce qui concerne les achats obligataires de la BCE. Autrement dit, l’Allemagne vient de réaffirmer sa souveraineté. C’est du très lourd.

« Ce jugement vient de libérer de nombreux génies dangereux de la lampe. La base constitutionnelle entière du rôle de l’Allemagne dans l’intégration européenne est bouleversée par ceci », a déclaré David Marsh, président de l’Official Monetary and Financial Institutions Forum et auteur d’un livre sur l’histoire de la Bundesbank.

« Cela fait des années qu’on moque ces actions en justice en affirmant qu’elles sont intentées par des populistes et qu’elles n’ont aucune importance. Et voilà que tout à coup, la cour leur donne raison », a-t-il indiqué.

Andrew Duff, le président du Spinilli Group mais aussi vétéran de Bruxelles, estime que le jugement allemand est scandaleux : « Lorsque Karlsruhe dit que la Cour de Luxembourg agit de façon ultra vires et en contravention avec les traités, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Statuer sur la conformité des lois européennes n’est pas dans son champ de compétence. C’est également très nuisible. »

Lucas Gutenberg du Centre Jacques Delors affirme que la Cour a vu rouge. Elle vient de fixer les limites de l’intervention de la BCE. « Nous ne pouvons pas construire notre système de gestion des crises autour d’une BCE qui fait le plus gros du travail. Il est temps pour les politiciens de prendre leurs responsabilités », a-t-il déclaré.

Si le jugement réfère à un programme d’achats obligataires précédent, il lève également des questions implicites concernant le dernier « QE pandémie » lancé en mars afin de combattre la dépression. Ces nouveaux achats couvrent l’explosion du déficit italien et d’autres États qui risquent d’être exclus des marchés obligataires.

Le « QE pandémie » expire en décembre. Le consensus estime qu’il sera insuffisant pour maintenir la cohésion de l’Union monétaire face à un tel choc économique. Les marchés ont été réconfortés la semaine dernière lorsque la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a promis d’augmenter ses achats « autant que nécessaire, et pendant le temps qu’il faudra ». Mais ces mots sont vides sans le soutien inconditionnel de l’Allemagne.

Si d’autres banques centrales européennes peuvent compenser temporairement le retrait de la Bundesbank, la confiance globale dans le projet européen s’effondrerait si la plus grosse puissance économique et le plus gros créditeur européen refusait de participer.

On ignore également si la Bundesbank va continuer d’étendre indéfiniment ses crédits à ses pairs via TARGET2. Cette somme est sur le point de dépasser le trillion d’euros. Ce support prend la forme d’un sauvetage fiscal par des moyens détournés. Toute suspension du système TARGET2 engendrerait immédiatement une crise systémique de la liquidité.

La BCE a joué avec le feu. Son économiste en chef, Philip Lane, a déclaré ouvertement sur un blog la semaine dernière que le « QE pandémie » sert à resserrer les écarts sur des « marchés souverains individuels », particulièrement sur ceux en danger en raison « de l’échelle prospective de leurs émissions ». Il a ainsi presque avoué que la BCE renfloue l’Italie. Selon Goldman Sachs, 35 à 45 % des achats récents ont servi à soutenir le marché obligataire italien.

Ceci dit, la Cour a rejeté le grief principal des plaignants. Elle a en effet estimé que les achats obligataires ne violent pas en tant que tel l’article 123 du traité de Lisbonne qui interdit le financement des déficits.

« Le jugement est meilleur qu’anticipé. En bref, la Cour est d’accord avec notre plainte, mais elle n’a pas le courage d’aller plus loin et de faire respecter la loi. Nous, les Allemands, n’avons plus cette qualité, a déclaré le professeur Gunnar Beck, député du parti anti euro AfD et avocat des plaignants. Désormais, je pense que nous allons assister à des efforts visant à changer les traités afin de légitimer ces actions illégales. »

La question de savoir si les achats obligataires sont proportionnels est critique. (…) La Cour constitutionnelle a suggéré que les achats obligataires seront inacceptables si la BCE outrepasse sa règle des 33 % pour chaque émission, s’écarte des clés de répartition (par rapport au PIB) ou fait l’acquisition d’obligations risquées. « Cela limite les possibilités d’achat d’obligations italiennes », a expliqué Clemens Fuest, patron de l’institut IFO.

Ce jugement tue dans l’œuf toute velléité de créer des obligations européennes ou des obligations communes. Cela exigerait un changement des traités européens et de la loi allemande. Le soutien des pays du Club Med pourrait devoir se matérialiser exclusivement via des prêts formels du mécanisme européen de stabilité (MES), sujets au cilice du pacte budgétaire européen à la sortie de la crise.

On ignore si un leader italien pourrait recourir au MES sans perdre son poste. Les Italiens considèrent ce mécanisme comme un cheval de Troie pour la prise de pouvoir de technocrates européens.

Les marchés ont réagi à ce tremblement de terre en bâillant. Le spread italien n’a quasiment pas bougé. Les bourses européennes ont fortement grimpé sur fond d’optimisme concernant le déconfinement.

Les investisseurs parient que l’Union trouvera un stratagème pour permettre à la BCE d’acheter des quantités illimitées de dette italienne. Ils ont peut-être sous-estimé l’énormité de ce jugement.

La course aveugle aux vaccins contre le Covid-19

 PAR LISE BARNÉOUD

Alors que certains pays tentent déjà de négocier un maximum de doses pour vacciner en priorité leur population, aucune politique vaccinale n’est encore sur la table. Or, pour être efficace, un vaccin doit d’abord trouver sa cible.

 

Les États-Unis se feront vacciner en premier, a déclaré à Bloomberg Paul Hudson, le nouveau patron du laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Mais les Américains mis à part, à qui devraient être destinés les (éventuels) futurs vaccins contre le Covid-19 ? Visera-t-on l’ensemble de la population ? Uniquement les personnes à risque ? Seulement le personnel soignant ?

Moins de six mois après la découverte des premiers cas de Covid-19 en Chine, pas moins de 123 vaccins sont en développement, dont 10 en phase clinique chez l’homme. Un record. Mais dans cette course folle, la question de la cible vaccinale semble être passée à la trappe. « La chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés », disait le pionnier Louis Pasteur. Or, bien préparer un vaccin, c’est notamment connaître sa cible.

« On aura envie de protéger en premier lieu les personnes les plus à risque », propose Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité infections respiratoires et vaccination à Santé publique France. Commençons donc par là. Quels que soient les pays considérés, les plus à risque sont toujours les mêmes : les personnes âgées.

En France, les plus de 65 ans représentent 92 % des décès, d’après Santé publique France. Le taux de létalité du virus dépasse les 2 % chez les plus de 70 ans, il atteint même 10 % chez les plus de 80 ans, alors qu’il reste inférieur à 0,02 % chez les moins de 40 ans, d’après les dernières estimations publiées dans Science.

© Mediapart

Problème : plus on vieillit, moins les vaccinations sont efficaces. Le système immunitaire des personnes âgées répond en effet moins bien aux sollicitations extérieures et ne produit plus suffisamment d’anticorps pour combattre efficacement les pathogènes.

« Quoi que nous développions, nous devons nous assurer que cela fonctionne chez les personnes âgées. Sinon, nous ratons notre cible »confirme Ofer Levy, un chercheur du Boston Children’s Hospital, impliqué dans cette course aux vaccins.

Or, actuellement, « les équipes développent des vaccins conçus pour les adultes en bonne santé, prévient son collègue immunologiste, David Dowling. Nous sommes en train de faire une grosse erreur. »

Ce problème est bien connu pour le vaccin contre la grippe, dont la cible est également les personnes âgées. Cette vaccination ne diminue que de 35 % en moyenne la mortalité chez les plus de 65 ans. D’où la stratégie de certains pays, comme la Finlande, le Royaume-Uni ou certains États des États-Unis, de vacciner les enfants, principal réservoir de la grippe et chez qui le vaccin est beaucoup plus efficace, afin de limiter la circulation de ce virus et ainsi, protéger les personnes âgées.

Toutefois, à l’inverse de la grippe, les enfants de moins de 10 ans pourraient ne pas être les principaux vecteurs actuellement. Dans l’un des premiers foyers de Covid-19 en France, un Anglais qui revenait de Singapour a contaminé douze autres personnes lors de son séjour aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) fin janvier.

Parmi ces douze cas secondaires, un enfant de 9 ans a développé des symptômes et a continué à aller à l’école, au club de ski et à son cours de langue durant une semaine avant que le diagnostic ne soit posé. Il a alors fréquenté pas moins de 172 personnes, essentiellement d’autres enfants, avant d’être placé en quarantaine. Un suivi médical durant 14 jours a révélé qu’aucun de ces contacts n’a été contaminé.

En Islande, plus de 9 000 personnes « à risque » (présentant des symptômes, en contact avec des personnes contaminées ou de retour d’une région où l’épidémie est forte) ont été testées. Résultat : les enfants de moins de 10 ans étaient deux fois moins susceptibles d’être porteurs du virus que les plus âgés.

De plus, parmi les 13 000 Islandais non à risque inclus dans l’étude, aucun des 848 enfants de moins de 10 ans n’a été testé positif au coronavirus. « Les enfants ne semblent pas être des “superdiffuseurs” »concluent deux chercheurs anglais, après avoir passé en revue la littérature scientifique à ce sujet.

En outre, s’ils semblent peu porteurs, les enfants sont également peu sensibles au Sars-CoV-2. En France, le taux de létalité chez les moins de 20 ans est de 0,001 %. Autrement dit, moins d’un jeune infecté sur 100 000 en meurt. Ce taux est inférieur à toutes les maladies infectieuses contre lesquelles les enfants sont actuellement vaccinés (rougeole, pneumocoques, tétanos, oreillons…).

Ce faible taux de létalité implique une contrepartie quasi impossible à assurer : pour que la balance bénéfice/risque d’un vaccin contre le Sars-CoV-2 soit positive pour cette catégorie d’âge, il est nécessaire de s’assurer qu’il présente un taux d’événements indésirables graves inférieur à 1 pour 100 000. Or, aucun essai clinique, a fortiori mené en urgence, ne porte sur une population si large. Les équipes engagées dans cette voie annoncent des essais sur quelques centaines d’individus, 2 500 pour le plus ambitieux.

Ainsi, vacciner cette catégorie d’âge posera inévitablement une question éthique très délicate : non seulement les enfants n’auraient pas grand-chose à gagner à titre individuel d’une telle vaccination, mais leur balance bénéfice/risque restera inconnue tant que l’on ne bénéficiera pas d’un recul sur plus de 100 000 personnes vaccinées. Une question éthique dont ne s’embarrasse visiblement pas l’OMS qui suggère, dans ses recommandations, d’inclure au contraire les enfants afin d’atteindre une immunité collective et donc « un arrêt de la transmission du virus ».

L’immunité collective est le Graal de toutes les vaccinations : plus le nombre d’individus vaccinés est élevé, moins le pathogène parvient à circuler dans la population et plus l’ensemble des habitants sont protégés, même ceux qui ne peuvent pas se faire vacciner (à cause de problèmes immunitaires par exemple) ou ceux chez qui le vaccin fonctionne mal (comme les personnes âgées).

Au-delà d’un certain pourcentage de personnes vaccinées, il devient même impossible pour une maladie de se maintenir dans la population. Ce taux se calcule en fonction de la contagiosité du microbe. Pour le Covid-19, en considérant qu’un malade en contamine en moyenne 2,5 autres (hors période de confinement), ce taux serait de 60 %, estiment les spécialistes.

Mais encore faut-il que ledit vaccin possède bien cette dimension « collective », ce qui n’est pas toujours le cas. Par exemple, parmi les vaccins contre les maladies contagieuses les plus connues, ceux visant la poliomyélite et la diphtérie répondent peu à cet enjeu de protection de groupe. Ces deux vaccins protègent certes la personne vaccinée mais ils ne l’empêchent nullement de transporter le pathogène, et donc de le transmettre. Impossible dans ces conditions d’interrompre la circulation du virus, quel que soit le pourcentage de personnes vaccinées.

Qu’en sera-t-il des vaccins contre le Covid-19 ? Pour l’heure, « les seuls critères d’efficacité choisis comme objectif sont la présence d’anticorps neutralisants à des niveaux comparables ou supérieurs à ceux d’individus convalescents », explique Frédéric Tangy, responsable du « laboratoire d’innovation : vaccins » à l’Institut Pasteur. Autrement dit, un objectif de protection individuelle. « En principe, si le vaccin entraîne une très forte réduction de la charge virale à l’infection, l’individu vacciné ne sera plus transmetteur du virus. Mais cela ne se verra que dans les essais cliniques de phase 2, voire 3 », commente le spécialiste français, dont le vaccin en développement entrera en phase 1 au mois de juin.

Au-delà de cette contrainte technique, une telle politique vaccinale visant l’immunité collective se heurterait aussi à des problèmes de production – il paraît peu probable de produire plusieurs milliards de doses de vaccins rapidement – ainsi qu’à un autre obstacle rarement pris en compte : l’acceptation de la population.

« Les gens se vaccinent pour se protéger eux-mêmes, éventuellement leurs proches. Mais la vaccination solidaire n’existe pas », énonce Patrick Zylberman, professeur émérite à l’École des hautes études en santé publique, dont le prochain livre La Guerre des vaccins paraîtra en juin aux éditions Odile Jabob. Pour cet historien de la santé, « la notion de solidarité a toujours été très marginale, pour ne pas dire inexistante, dans toute l’histoire de la vaccination ».

D’ores et déjà, d’après une récente enquête menée sur un échantillon d’un millier de Français durant le confinement, un quart des personnes interrogées déclarent qu’elles refuseraient de se faire piquer si un vaccin contre le coronavirus était disponible. C’est particulièrement vrai chez les plus jeunes : 39 % des 26-35 ans refuseraient ce vaccin, contre 10 % chez les plus de 65 ans.

« Ça promet des difficultés à venir », analyse Patrick Zylberman, pour qui il est essentiel de réfléchir « très en amont » aux campagnes de vaccination et de « prendre en considération l’attitude des populations ».

Résumons : un vaccin qui ne ciblerait que les personnes âgées ne donnerait pas les effets escomptés ; un vaccin pédiatrique ne semble pour l’instant guère indiqué ; et atteindre une stratégie d’immunité collective grâce au vaccin paraît complexe. Une quatrième voie pourrait toutefois émerger : s’inspirer du virus pour mieux cibler la stratégie vaccinale.

Toutes les études le montrent : nous ne sommes pas égaux dans notre capacité à propager ce virus. En Chine, une recherche menée sur plus de 1 500 personnes dévoile que seulement 8,9 % des individus infectés sont responsables de 80 % des cas de contaminations secondaires. La bonne nouvelle, c’est que cette forte hétérogénéité diminue sensiblement le fameux seuil d’immunité de groupe.

Selon deux études encore en prépublication (ici et ), il suffirait que 10 à 43 % de la population soit immunisée pour que le virus cesse de circuler, et non 60 % comme annoncé. Dit autrement, retirer quelques « nœuds sociaux » suffirait pour arrêter l’épidémie. « Si l’on parvient à mettre en place une stratégie vaccinale qui imite cette sélection naturelle, en vaccinant préférentiellement les personnes les plus à risque d’être contagieuses, cela signifie qu’en principe, vacciner 10 à 20 % de la population pourrait suffire », examine Gabriela Gomes, de l’École de médecine tropicale de Liverpool, co-auteure de l’une des deux études.

Reste toutefois à savoir qui sont ces « superdiffuseurs ». Et c’est là que les choses se corsent car il apparaît extrêmement difficile de déterminer à l’avance qui deviendra un parfait agent de contamination. Ce que l’on sait toutefois, c’est que ces agents se font généralement eux-mêmes contaminer lors d’« événements super-contaminants », où ils reçoivent une forte dose de virus, dans des lieux confinés.

Parmi ces lieux : les hôpitaux, les lieux de culte, les Ehpad, les prisons, les bateaux de croisière, les sous-marins, les centres de fitness, les chorales, les boîtes de nuit, les conférences, les casernes militaires, les centres pour migrants, les enterrements, les mariages, les manifestations sportives ou encore les abattoirs

« La cible la plus pertinente semble être tous les adultes en contact physique avec du monde, dans des espaces clos », conclut Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe. À commencer par le personnel soignant, qui non seulement paie un lourd tribut à l’épidémie, mais pourrait également représenter un vecteur non négligeable du virus.

Au-delà des soignants, « il faudra déterminer toutes celles et ceux situés à des nœuds sociologiques, à la fois transmetteurs et à risque », poursuit la spécialiste des vaccinations. Voilà qui augure bien des travaux de sociologie mais aussi de psychologie pour non seulement identifier ces personnes, mais aussi préparer bien en amont une éventuelle politique vaccinale qui soit acceptée et comprise par la population.

Des chercheurs revoient le seuil d’immunité collective à la baisse

 PAR LISE BARNÉOUD

Le seuil d’immunité collective face au Covid-19 pourrait se situer entre 10 et 20 % seulement, bien au-dessous des estimations initiales, d’après des publications scientifiques encore peu relayées en France. Une bonne nouvelle. À condition d’identifier les portes d’entrée du virus et de les maintenir fermées, précisent les chercheurs.

Tant que 60 à 70 % de la population ne sera pas immunisée, l’épidémie poursuivra sa course morbide, peut-on lire dans les publications scientifiques et les articles de presse, d’un bout à l’autre de la planète. Depuis le début de l’épidémie, cet horizon semble faire consensus. Le problème, c’est que les modèles utilisés pour fixer ce seuil s’appuient sur une épidémie qui ressemblerait à la grippe, où nous aurions grosso modo tous la même probabilité d’infecter n’importe quel autre individu. Ce qui s’avère très loin de ce que nous observons actuellement. En s’appuyant sur de nouveaux modèles, des chercheurs revoient à la baisse ce seuil d’immunité collective. Ils le revoient tellement à la baisse que leurs publications font l’effet d’un pavé dans la mare.

L’immunité collective, c’est l’idée qu’il existe une sorte de système immunitaire au sein d’une population. De même qu’il n’est pas nécessaire, à l’échelle individuelle, que la totalité de nos cellules ait rencontré un pathogène pour développer des anticorps qui protégeront l’ensemble de notre organisme, il en va de même à l’échelle d’une population : il n’est pas nécessaire que chaque individu rencontre ce microbe pour que l’ensemble du groupe soit protégé.

En faisant l’hypothèse qu’une infection entraîne bel et bien une forme d’immunité durable (ce qui reste encore à démontrer), alors au fur et à mesure que l’épidémie progresse, le nombre d’individus immunisés augmente. Tant est si bien qu’il devient de plus en plus difficile pour une personne infectée de croiser la route d’une personne sensible, non encore immunisée, à qui refiler ses virus. Il arrivera fatalement un moment où, si le virus n’a pas d’autres hôtes que l’espèce humaine, il finira sa vie dans quelques « culs-de-sac » qui ne pourront plus l’amener vers d’autres individus dans lesquels se reproduire, signant ainsi la fin de l’épidémie.

Toute la question est donc de savoir quel pourcentage d’individus immunisés il faut atteindre pour arriver à ce point d’inflexion et protéger ainsi l’ensemble d’une population. « La plupart des modèles utilisés en santé publique pour estimer ce seuil datent de plus de cinquante ans et se basent sur l’individu moyen. Mais nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons pas considérer l’individu moyen pour ce genre de calculs, d’autant moins lorsqu’il existe autant d’hétérogénéités dans une épidémie », pointe Laurent Hébert-Dufresne, chercheur au laboratoire interdisciplinaire du Vermont Complex Systems Center, aux États-Unis, et spécialiste de l’« épidémiologie sur réseau ».

De fait, l’hétérogénéité est sans doute le maître mot de l’épidémie actuelle. Hétérogénéité géographique (le virus se concentre sur certaines zones et en épargne d’autres), mais aussi hétérogénéité individuelle (certains individus sont plus susceptibles d’être infectés et de transmettre le virus que d’autres), les deux étant sans doute liées. En Chine, une recherche menée sur plus de 1 500 personnes montre que seulement 8,9 % des individus infectés sont responsables de 80 % des cas de contaminations secondaires. Une récente modélisation mathématique aboutit au même ordre de grandeur. Bref, très peu d’individus contribuent à l’expansion de l’épidémie. En outre, ces individus surnommés les « superspreaders » n’infectent pas « n’importe quel » individu : ils contaminent préférentiellement les personnes avec qui ils ont eu des contacts proches et prolongés, préférentiellement en lieu clos.Durant le confinement, il s’agit bien souvent de personnes qui partagent le même appartement ou de résidents d’une même maison de retraite. Hors période de confinement, il peut aussi s’agir de chanteurs d’une même chorale, de participants à un même cours de gym, de fidèles d’un même lieu de culte, de collègues de travail (abattoirsusines de poisson…), de fêtards d’une même boîte de nuit, etc. Ainsi, l’épidémie progresse de manière saccadée et localisée, de cluster en cluster.

Or, les modèles ne parviennent pas à rendre compte de ce mode de propagation non homogène. Ils se basent sur une contagiosité moyenne du virus, le fameux R₀ (également appelé taux de reproduction de base) qui représente le nombre d’individus qu’une personne infectée contamine en moyenne. Même les modèles plus sophistiqués, qui stratifient la population par catégories d’âge par exemple, supposent toujours une dissémination homogène du virus dans chacune des catégories. « Une de leur hypothèse sous-jacente est que la probabilité de se faire contaminer est la même que la probabilité d’infecter d’autres personnes, ce qui est forcément réducteur », commente Antoine Flahaut, épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève.

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Légende: A gauche, une contagiosité homogène : chaque personne infectée en contamine deux autres (R0=2). A droite, une chaîne de transmission du virus Sars-Cov-2 reconstitué par le Département d’épidémiologie et de surveillance des infections (AGES) autrichien. Cette fois, seuls certains individus engendrent des nouveaux cas d’infection (en abscisse: la durée de la chaîne de transmission en jours).

« Dans l’urgence, on fait souvent au plus simple, pour être rapide et utile. Or le plus simple, c’est de considérer une contagiosité homogène, explique Gabriela Gomes, mathématicienne à l’École de médecine tropicale de Liverpool. Mais plus l’épidémie dure, plus on a le temps d’affiner nos calculs et d’incorporer les différentes sources d’hétérogénéité dans nos modèles. » En procédant de la sorte, cette experte des modélisations en épidémiologie et ses coauteurs ont déterminé un seuil d’immunité collective entre 10 et 20 % (lire leur publication ici). Soit jusqu’à six fois moins que le chiffre couramment admis de 65 %.

« Nous obtenons un résultat similaire de notre côté, avec un seuil autour de 14 % dès lors que nous tenons compte de ces fortes hétérogénéités », renchérit Laurent Hébert-Dufresne (lire les publications ici et ).

La logique est la suivante : de manière naturelle, le virus va frapper en premier les individus les plus à risque d’être infectés. Or dès que ces personnes deviennent immunisées, alors le virus perd ses portes d’entrée possible et l’épidémie entame alors sa décrue. En effet, la plupart des cas secondaires ne transmettront pas aussi efficacement le virus, voire ne le transmettront pas du tout. Tout se passe finalement comme si le virus brûlait ses principales cartouches en début d’épidémie. Et la plupart des étincelles produites durant ces premières flambées ne parviennent pas à allumer d’autres foyers.

« Notre étude ne conclut pas en l’inutilité du confinement »

Dans ce contexte, la question est donc moins de savoir quel pourcentage de la population sera infecté avant d’atteindre l’immunité collective que de comprendre quelles sont ces portes d’entrée favorites du virus. Or, pour l’heure, on manque encore cruellement de données pour les identifier. Ces portes d’entrée sont-elles la propriété de certains individus, qui seraient des « superspreaders » par nature ? Une étude a par exemple montré que certains individus émettaient beaucoup plus de postillons en parlant que d’autres : ils seraient donc plus susceptibles d’infecter leur entourage.

De nombreuses publications (comme celle-ci) révèlent également que la durée de contagiosité n’est pas la même chez tous les malades. Un autre article scientifique suggère que l’infection pourrait s’établir préférentiellement dans les voies respiratoires supérieures chez certains individus, les rendant ainsi plus contagieux.

Plus récemment, une étude suggère aussi que certains individus déjà exposés à d’autres coronavirus seraient partiellement immunisés contre le SARS-Cov-2, contrairement à ceux qui n’auraient jamais croisé d’autres pathogènes de cette famille de virus. Autre hypothèse : cette variabilité individuelle dépendrait de la souche du virus, certaines mutations pouvant entraîner une meilleure réplication du virus à l’intérieur des voies respiratoires.

Toutefois, il se pourrait bien que les propriétés des individus ou des virus n’y soient finalement pas pour grand-chose dans cette hétérogénéité. « Les données actuelles mettent surtout en avant l’importance du contexte de l’infection et le rôle de chacun dans notre société », souligne Laurent Hébert-Dufresne. Ainsi, plus un individu reçoit une forte dose virale, plus il pourrait lui-même devenir contaminant. Et plus cet individu est en contact étroit avec de nombreuses personnes, dans des lieux confinés, plus son pouvoir contaminant fera des victimes.

On pense évidemment aux personnels soignants, mais aussi à ceux qui travaillent dans les transports publics, dans les salles de fitness, aux barmans, aux caissiers, aux hôtesses de l’air… Ce qui pose un vrai problème organisationnel, car si l’on remplace ces individus dès qu’ils tombent malades, on laisse les portes d’entrée du virus grandes ouvertes en continu, remarque le chercheur québécois.

Autre grande inconnue : l’évolution dans le temps de cette inégale transmission du risque. « Notre réseau est peut-être hétérogène actuellement parce que les travailleurs essentiels sont au front alors que la plupart d’entre nous sont à la maison »souligne Nathalie Dean, biostatisticienne à l’Université de Floride. Mais que se passe-t-il en « temps de paix » ? « Notre structure en réseau ne tendrait-elle pas à devenir plus homogène ? » Ce serait pour le coup une très mauvaise nouvelle. Chacun de nous deviendrait une porte ouverte au virus, qui pourrait alors entrer de toute part dans l’organisme géant de la population. Ce qui se traduirait par une deuxième vague catastrophique.

En admettant que la distanciation physique diminue progressivement pour retrouver un niveau normal d’ici l’automne, les modèles homogènes appliqués à la France donnent une deuxième vague très importante à l’automne, alors que le modèle hétérogène de l’étude de Gabriela Gomes (ligne continue orange) prévoit une deuxième vague beaucoup plus plate. © Gabriela GomesEn admettant que la distanciation physique diminue progressivement pour retrouver un niveau normal d’ici l’automne, les modèles homogènes appliqués à la France donnent une deuxième vague très importante à l’automne, alors que le modèle hétérogène de l’étude de Gabriela Gomes (ligne continue orange) prévoit une deuxième vague beaucoup plus plate. © Gabriela Gomes

« Le résultat de nos modèles est conditionné par la distanciation physiquereconnaît Caetano Souto-Maior, coauteur avec Gabriela Gomes de l’étude annonçant un seuil d’immunité collective à 10 %. En ce sens, notre étude ne conclut pas en l’inutilité du confinement », insiste ce chercheur du National Institutes of Health, à Bethesda, dans l’État du Maryland, coupant court à la polémique qui a suivi leur publication, certains y voyant la confirmation du bien-fondé des approches consistant à laisser le virus faire son œuvre et à tout miser sur l’immunité collective.

En outre, ce fameux seuil d’immunité collective correspond au moment à partir duquel l’épidémie ralentit. « Sans mesure de prévention, les chaînes de transmission se poursuivent encore quelque temps et le pourcentage final de la population qui sera infectée dépasse ce seuil », précise Gabriela Gomes. Avec un taux moyen de létalité du virus qui tourne autour de 0,7 %, même si l’épidémie n’infectait que 20 % de la population, cela se traduirait inévitablement par de nombreux morts…

Covid-19: des activistes redoutent une hausse des procédures lancées par des multinationales contre des Etats

 PAR 

Des cabinets de droit international réfléchissent aux manières dont des entreprises lésées par les mesures d’urgence décidées par les gouvernements pour lutter contre le coronavirus pourraient exiger des réparations, révèle un rapport publié mardi.

Alors, ce « monde d’après » ? À lire le rapport publié par deux ONG ce mardi 19 mai, et qu’a lu Mediapart en exclusivité, il s’annonce tout aussi glaçant que « le monde d’avant », sur le front commercial en tout cas. Corporate Europe Observatory (CEO) et le Transnational Institute (TNI) ont épluché les analyses publiées sur les sites des cabinets d’affaires et consulté des alertes envoyées à certains de leurs clients. Leur verdict est sans appel : « Les avocats de ces cabinets exhortent les grandes entreprises à contester en justice les mesures prises dans l’urgence face à l’épidémie, afin de défendre leurs bénéfices. »

Le rapport cite notamment l’analyse d’un cabinet italien, ArbLit, publié dès le 26 mars 2020, alors que l’Italie comptait déjà plus de 8 000 morts de l’épidémie, et que le pire restait à venir. Trois juristes préviennent ce jour-là : les mesures prises par le gouvernement de Giuseppe Conte, « mises au point dans la précipitation et mal coordonnées, […] pourraient bien tomber dans le champ des plus de 70 traités bilatéraux d’investissement en vigueur entre l’Italie et d’autres États, ce qui prépare le terrain à des demandes de réparations de la part d’investisseurs privés étrangers contre l’Italie ».

Dans une alerte envoyée le 26 avril à ses clients, un autre cabinet, Ropes & Gray, écrit à peu près la même chose : « Quelle que soit leur légitimité, les mesures [prises par les États face au Covid-19 – ndlr] peuvent avoir un impact négatif sur l’activité des entreprises […]. En ce qui concerne les entreprises aux capitaux étrangers, les traités d’investissement peuvent constituer un solide instrument pour combler, ou éviter des pertes à venir liées aux actions des gouvernements face au Covid-19. »

Des habitants d'un quartier pauvre de Ciudad Delgado, au Salvador, puisent de l'eau gratuite,  le 8 avril 2020 © AFP - Marvin Recinos.
Des habitants d’un quartier pauvre de Ciudad Delgado, au Salvador, puisent de l’eau gratuite, le 8 avril 2020 © AFP – Marvin Recinos.

Au cœur de cet argumentaire figure l’ISDS (Investor-State Dispute Settlement), ce mécanisme qui autorise des multinationales étrangères à attaquer un État en justice, lorsqu’elles estiment que des actions entreprises par cet État minent leurs perspectives de profit. Les partisans de l’ISDS expliquent qu’il faut donner davantage de sécurité juridique aux entreprises étrangères, pour les encourager à investir dans le pays. Ses opposants dénoncent une justice pour super-riches, qui mine la capacité des États à légiférer au nom de l’intérêt général.

L’ISDS avait déjà provoqué un tollé au début des années 2010 lorsqu’il avait été intégré au défunt traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (TTIP). Depuis, l’UE a concédé une refonte de ce mécanisme. Mais l’ISDS reste opérationnel aujourd’hui dans des centaines de traités commerciaux bilatéraux toujours en vigueur sur la planète. L’épidémie de Covid-19 pourrait venir le rappeler, dans des proportions inédites. Dans sa lettre du mois de mai, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) s’inquiétait déjà : « Bien que ces mesures soient prises dans l’intérêt général […], certaines d’entre elles, selon la manière dont elles sont prises, pourraient exposer des gouvernements à des procédures d’arbitrage international. »

À ce stade, aucune procédure n’a été lancée pour contester des mesures prises dans l’urgence, face au Covid-19. Mais le rapport de CEO et TNI fait l’inventaire de dix scénarios possibles, pour des actions en justice. Le premier d’entre eux porte sur l’eau, dans les pays où sa distribution est confiée à des opérateurs privés.

Alors que l’accès à l’eau est essentiel dans la lutte contre l’épidémie, notamment pour se laver les mains régulièrement, les autorités du Salvador ont exonéré les familles touchées par le virus du paiement de leurs factures d’eau, pour les mois à venir. En Bolivie, le gouvernement a redonné accès à l’eau aux ménages qui en étaient privés, faute d’avoir réglé leurs factures. Dans une note à ses clients, le cabinet Hogan Lovells écrit : « Les groupes qui assurent des services publics, dont beaucoup d’entre eux sont détenus par des investisseurs étrangers, ont vu leurs rentrées d’argent gelées. » Ce qui, poursuit le cabinet, « pourrait inciter des investisseurs étrangers à introduire un recours, selon les protections prévues par les traités d’investissement ».

Autre exemple détaillé dans le rapport : le gouvernement espagnol a réquisitionné une partie des hôpitaux gérés par le secteur privé, dans le cadre de son plan de lutte nationale contre le Covid-19. « Les investisseurs dans le secteur de la santé pourraient […] lancer des procédures pour expropriation indirecte, si le changement de direction ne s’est pas fait de manière volontaire »notent des juristes du cabinet Quinn Emanuel, qui ajoutent : « Si l’État ne rend pas le contrôle de l’hôpital à la fin de l’épidémie, ou si sa gestion a réduit de manière permanente la valeur de l’investissement, là encore les investisseurs peuvent aller en justice pour expropriation indirecte. »Dans la course au vaccin qui s’est ouverte, des laboratoires pourraient aussi être tentés de contester auprès de certains États le principe de « licence obligatoire » – lorsqu’un État décide d’autoriser tout laboratoire à produire des génériques sur son territoire sans le consentement du titulaire du brevet. Sur ce point, le rapport s’appuie sur les déclarations d’un avocat d’Alston & Bird, lors d’un séminaire en ligne, qui fait valoir le respect de la propriété intellectuelle (à partir de 27 min 48 s).

Ces cas de figure sont encore hypothétiques. Surtout, rien ne dit qu’en cas de litige, les États ne sortiront pas vainqueurs. Mais le débat ne fait, semble-t-il, que commencer. Des juristes et experts, dont le Belge Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, ont signé une tribune, le 6 mai, qui plaide pour un moratoire du mécanisme ISDS dans tout ce qui touche aux réponses sanitaires et économiques à l’épidémie.

Joint par Mediapart, le juriste italien Massimo Benedettelli, co-auteur de l’analyse pour le cabinet ArbLit évoquée en début d’article, conteste le fond de cette tribune pour un moratoire de l’ISDS : « Un “état de nécessité” ne doit pas être confondu avec un état d’exception, lorsque le pouvoir souverain ne connaît plus aucune limite, au moment de décider de ce qui doit être fait dans l’intérêt de la population. » « Si nous tirons la conclusion que la seule manière de répondre à la pandémie, et à la récession économique qui s’annonce, est de laisser libres les décideurs publics de faire tout ce qu’ils croient nécessaires de faire, ce serait un développement dangereux », assure-t-il.

De leur côté, les auteurs du rapport publié ce mardi exhortent les États à se retirer de ces traités bilatéraux qui contiennent encore l’ISDS.

Et si on avait une stratégie industrielle ?

Pour faire face au coronavirus et répondre, dans la durée, aux besoins essentiels. Les manquements frappent aujourd’hui là où nous avons alerté maintes fois. Clémentine Autain chronique la crise du Covid-19.

Comment est-il possible, à l’heure de la crise sanitaire, que nous n’ayons pas les moyens, dans la VIe puissance économique mondiale, de produire autant de masques, de gants ou de gel hydroalcoolique que de besoins ? Pourquoi en décembre 2018 avons-nous laissé l’entreprise Luxfer être délocalisée, cette usine qui produisait des bouteilles à oxygène dans le Puy-de-Dôme qui font maintenant cruellement défaut dans les hôpitaux ? Comment se fait-il que 100% du paracétamol disponible en France soit importé d’Asie, nous mettant face à une potentielle pénurie alors que nous luttons contre le Covid19 ? Quelle improbable stratégie de court terme a pu conduire l’État, il y a dix ans, à détruire les stocks de masques chirurgicaux et FFP2 ? Nous réalisons à quel point les choix d’hier nous mettent dans le mur en pleine crise sanitaire. Ce ne sont pas des questions de spécialistes mais bel et bien des enjeux majeurs de souveraineté et d’anticipation, qui nous concerne toutes et tous.

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À plusieurs reprises depuis le début du quinquennat, insoumis ou communistes, nous avons interrogé le gouvernement sur sa stratégie industrielle, en regrettant que, comme leurs prédécesseurs, les macronistes dilapident des entreprises détenues par l’État, soient incapables d’empêcher des délocalisations ou dérégulent l’économie réelle avec de nouvelles batteries de traités commerciaux internationaux. Le défaut de perspective industrielle digne de ce nom est notamment criminel du point de vue de la lutte contre le réchauffement climatique. Comment assurer la transition écologique indispensable si la puissance publique se dépossède de ses leviers industriels, ne sait pas intervenir intelligemment sur ce que l’on produit et comment on le produit ?

Parfois, j’ai eu l’impression de prêcher dans le désert. J’ai regretté, par exemple, que nous n’ayons pas réussi à enclencher une campagne de masse contre le CETA. Ce traité de libre-échange, sur lequel je m’étais engagé pour mon groupe à l’Assemblée nationale, inaugurait l’ère de textes bilatéraux signés à tout va, qui lamine notre souveraineté et, à la faveur de barrières douanières modifiées, organise une jungle de concurrence libre et non faussée. Autant de chèques en blanc signés aux multinationales. Sans grand débat public, ces textes comportant des milliers de pages touchent à notre vie quotidienne, de la santé aux services publics, en passant par la culture. Effrayant.

Le moment est venu de changer de stratégie. Le laisser-faire est une catastrophe. L’intérêt des grands groupes qui cherchent à dégager du profit n’est pas le bon guide pour satisfaire les besoins. En urgence, la France aurait déjà dû réquisitionner des usines pour produire ce dont les hôpitaux ont besoin pour soigner et abaisser rapidement le taux de mortalité. A moyen terme, il faut organiser la relocalisation de l’économie, en commençant par cesser de recourir à la production à l’autre bout du monde de produits que l‘on peut produire en France. Le temps est venu d’ouvrir le débat public sur nos besoins et de chercher à prévoir dans le temps le développement des moyens industriels pour y répondre. C’est un enjeu de santé publique, de responsabilité écologique, de souveraineté et donc de démocratie, de soutien à l’emploi dans notre pays. Nous ne pouvons pas laisser nos vies dans les mains des marchés financiers. Si nous continuons à mettre à mal tous nos moyens d’intervenir dans les choix de production, où allons-nous ? Nous irons de désastre en désastre. La crise du coronavirus pourrait être l’occasion de prendre la mesure des choix à opérer et d’engager une grande bifurcation de modèle économique et industriel.

Au moment où je termine ces lignes, je vois qu’Airbus a décidé de rouvrir partiellement ses usines…. L’urgence ? L’Airbus A320. L’entreprise aurait reçu 20.000 masques. Notre société ne tourne vraiment pas rond…

 

Clémentine Autain

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