De Baltimore à Bab-el-Oued

De Baltimore à Bab-el-Oued
j’allais bramer dans les bastringues
avec un buriné bipède
qui bandait pas pour le burlingue

Dans ce bar branché bipolaire
à fair’ basculer les bell’ mères
j’allais besogner le brouillard
avec un tambour de bazar

J’allais baver pour les babas
et les broutards à boucles blondes
des petit’s bull’s de Baraka
et des bonbons pour les James Bond

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

I’s’braqu’nt à bloc sur le baston
des barbe bleues bardés de bronze
des cow-boys bourrées de béton
des zombies bidons et des bonzes

qui leur balanc’nt une blanquette
à écrabouiller les banquettes
à vous briser les roubignoles
à vous fair’ barrer d’la boussole

pendant qu’je brûle de la banquise
braconnant le bonheur sans but
et me baignant aux quatre bises
avec les boucs de Belzébuth

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

Ras-l’-bec de brouter du bitume
et d’barjotter dans un’ bagnole
ras-l’-bec de branler de la brume
et d’barrater des branquignoles

pendant qu’les barbeaux du bisness
qui nous bastonnent des bassesses
bib’ronnent des Bourbons dans leur buick
j’boss’ pour peau d’balle et crott’ de bique

Je vais broyer tous ces bouchers
qui se font bronzer la baudruche
aux bahamas avec mon blé
pendant qu’j’balise dans les balluches

BABY BOUM BOUM FAUT FAIRE UN BREAK
Y’EN A RAS L’BOL DE CES BLANCS-BECS
QUI BAND’NT QUE POUR LE BAZOOKA
POUR LA BAGARRE ET LE BRANLE-BAS
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM
BABY BOUM BOUM

Brigitte Fontaine et Noir Désir.

Musiques

Salut Les Copains (1959-1968)

Speak white

Publié le

« Speak white », « parlez blanc », était une injonction raciste, empruntée aux esclavagistes du sud des USA, lancée par les Canadiens anglophones à celles et ceux qui parlaient français en public. Une manière de dire aux esclaves qu’ils doivent parler la langue du maître. C’est la source d’inspiration de ce poème de Michèle Lalonde, écrit en octobre 1968.

Le poème a été lu sur la scène de la Comédie canadienne par la comédienne Michelle Rossignol lors d’un spectacle intitulé Chansons et poèmes de la Résistance, par la suite lors des tournées du spectacle, ce fut Michèle Lalonde qui fit la lecture du poème. Le spectacle qui réunissait plusieurs artistes dont Robert Charlebois, Yvon Deschamps et Gaston Miron était organisé pour soutenir la cause de Pierre Vallières et de Charles Gagnon, qui venaient d’être emprisonnés pour leurs activités au sein du Front de Libération du Québec. Speak White est un appui tacite au livre révolutionnaire du journaliste Pierre Vallières « Nègres Blancs d’Amérique », qui venait d’être saisi par la police en vue du procès qu’on voulait lui intenter.

Le 27 mars 1970, pour les besoins du film de l’ONF, Jean-Claude Labrecque a tourné des images lors de la célèbre nuit de la poésie, puisqu’il était interdit de filmer lors du spectacle politique de 1968. Pour l’occasion, on a demandé à Michèle Lalonde de lire son poème afin qu’il puisse être archivé à l’Office national du film du Canada.

Le poème devint rapidement un phare pour la cause du Mouvement souverainiste du Québec et fut publié dans le magazine Socialisme. Quelques années plus tard, le texte donne son nom à un recueil de poèmes publié aux éditions L’Hexagone. Le vers « (…) nous sommes un peuple inculte et bègue » du poème fait allusion au passage « (…) les Québécois sont un peuple sans histoire et sans littérature » publié dans le rapport Durham en 1838.

Speak white

il est si beau de vous entendre

parler de Paradise Lost

ou du profil gracieux et anonyme qui tremble

dans les sonnets de Shakespeare

*

nous sommes un peuple inculte et bègue

mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue

parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats

speak white

et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse

que les chants rauques de nos ancêtres

et le chagrin de Nelligan

*

speak white

parlez de chose et d’autres

parlez-nous de la Grande Charte

ou du monument de Lincoln

du charme gris de la Tamise

De l’eau rose du Potomac

parlez-nous de vos traditions

nous sommes un peuple peu brillant

mais fort capable d’apprécier

toute l’importance des crumpets

ou du Boston Tea Party

mais quand vous really speak white

quand vous get down to brass tacks

*

pour parler du gracious living

et parler du standard de vie

et de la Grande Société

un peu plus fort alors speak white

haussez vos voix de contremaîtres

nous sommes un peu dur d’oreille

nous vivons trop près des machines

et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils

*

speak white and loud

qu’on vous entende

de Saint-Henri à Saint-Domingue

oui quelle admirable langue

pour embaucher

donner des ordres

fixer l’heure de la mort à l’ouvrage

et de la pause qui rafraîchit

et ravigote le dollar

*

speak white

tell us that God is a great big shot

and that we’re paid to trust him

speak white

c’est une langue riche

pour acheter

mais pour se vendre

mais pour se vendre à perte d’âme

mais pour se vendre

*

ah ! speak white

big deal

mais pour vous dire

l’éternité d’un jour de grève

pour raconter

une vie de peuple-concierge

mais pour rentrer chez-nous le soir

à l’heure où le soleil s’en vient crever au dessus des ruelles

mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui

chaque jour de nos vies à l’est de vos empires

rien ne vaut une langue à jurons

notre parlure pas très propre

tachée de cambouis et d’huile

*

speak white

soyez à l’aise dans vos mots

nous sommes un peuple rancunier

mais ne reprochons à personne

d’avoir le monopole

de la correction de langage

*

dans la langue douce de Shakespeare

avec l’accent de Longfellow

parlez un français pur et atrocement blanc

comme au Viet-Nam au Congo

parlez un allemand impeccable

une étoile jaune entre les dents

parlez russe parlez rappel à l’ordre parlez répression

speak white

c’est une langue universelle

nous sommes nés pour la comprendre

avec ses mots lacrymogènes

avec ses mots matraques

*

speak white

tell us again about Freedom and Democracy

nous savons que liberté est un mot noir

comme la misère est nègre

et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock

*

speak white

de Westminster à Washington relayez-vous

speak white comme à Wall Street

white comme à Watts

be civilized

et comprenez notre parler de circonstance

quand vous nous demandez poliment

how do you do

et nous entendes vous répondre

we’re doing all right

we’re doing fine

We

are not alone

*

nous savons

que nous ne sommes pas seuls.

*

Michèle Lalonde

Source : https://www.youtube.com/watch?v=PJwte_0QLvU

Date de parution de l’article original: 06/10/2013

URL de cette page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=17325

Les feuilles mortes

Quelle beauté, mais quand même, Prévert fait fort dans la nostalgie. A la fin du poème j’ai un cafard de trois tonnes. Il y a l’évocation du passé et ce coup violent de réaliser que le poème fait partie des émotions de mon passé qui s’est éloigné …

« Oh, je voudrais tant que tu te souviennes,
Des jours heureux quand nous étions amis,
Dans ce temps là, la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Tu vois je n’ai pas oublié.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi,
Et le vent du nord les emporte,
Dans la nuit froide de l’oubli.
Tu vois, je n’ai pas oublié,
La chanson que tu me chantais…
C’est une chanson, qui nous ressemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Nous vivions, tous les deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Et la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit.
Et la mer efface sur le sable,
Les pas des amants désunis.
Nous vivions, tous les deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Et la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit.
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis… »

Quelques interprétation de et autour de cette chanson ou de sa transposition en anglais (Jacques Prévert, Joseph Kosma, Johnny Mercer), au hasard de ré-écoutes récentes.

thAutumn sequence

Un triptyque : « autumn prelude », « autumn leaves », « autumn echo ».

Charles Llyod à la flute, Keith Jarret au piano, Cecil McBee à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie.

Une interprétation et deux recompositions. Des instrumentistes très inspirés, des dialogues brillants. Un hommage vibrant. Une très belle séquence…

Cd Charles Lloyd Quartet : Dream Weaver, Atlantic 1966

LiveConversationsDeux pianos

Dado Moroni et Enrico Pieranunzi pour une visite à la fois rythmique, fortement ombrée au début, puis illuminée, de cet air si connu et permettant toujours les surprises.

Cd Moroni & Pieranunzi : Live conversations, enregistré en octobre 2005, Abeat

th-2

Lorsque les musicien-ne-s jouent plusieurs soirées d’affilée ou dans un temps proche, elles et ils se laissent aller à explorer plus longuement certains thèmes ou à « pousser » certaines improvisations. C’est le cas en l’espèce. Un « Autumn Leaves » de plus de 26 minutes, ouvert par un solo du pianiste (Keith Jarrett). Variations et reprises du thème seul puis, c’est la partie que je préfère, en trio avec une fois encore, un accord intime avec le contrebassiste (Gary Peacock) et le batteur (Jack DeJohnette). Quitte à paraître iconoclaste, dans bien des morceaux de ce coffret, c’est pour moi, Jack DeJohnette qui offre les séquences les plus intenses musicalement. Quoiqu’il en soit un trio légendaire à écouter et réécouter.

Cd Keith Jarrett : At The Blue Note, premier set du samedi 4 juin 1994, ECM coffret du 6 Cd

R-2577927-1291404852.jpegBarney Wilen (saxophones ténor et soprano), Mal Waldron (piano), Stafford James (contrebasse) et Eddie Moore (batterie). Fermez les yeux et écoutez ce beau saxophone et ce trio qui nous projettent dans les univers sonores de Prévert-Kosma…

Cd : Barney Wilen with Mal Waldron Trio : Movies Themes from France, enregistré en octobre 1989, Timeless 1990

MI0003637733Une version studio, dans un coffret dédié à des concerts. Ahmad Jamal (piano), Israel Crosby (contrebasse) et Vernel Fournier (batterie). Une version singulière transfigurée par le batteur.

Dans un coffret de 5 Cd Ahmad Jamal Trio : The classic 1958-1962 recordings, Jazz dynamics

Didier Epsztajn

Ma p’tite, ma douceur

Quelle voie ! Quelle mélodie ! Raphaëlle je vous adore.


Refrain :

Ma p’tite ma douceur
Je me souviens de tout
Ces talons crève-cœur
Et l’odeur de ton cou
Les trottoirs qui luisaient
Parce qu’il avait plu
Ta peau de nacre noir
La courbe de ton cul
Ce bruit des bracelets
Que tu cales à tes pas
Qui écrivait chaque fois
Mon cœur en pointillés
Puis tes yeux surtout
Et leur drôle de lueur
Ma p’tite ma douceur
Je me souviens de tout

Il faisait presque nuit
Et j’ai juré au ciel
Que t’étais pour ma vie
Une patrie nouvelle

Je voulais tout apprendre
Tes rires ton drapeau
Les marques sur ta peau
J’avais mon cœur à vendre

J’ai oublié mon nom
Pour m’rappeler tes chansons
J’laissais mes souvenirs veufs
Pour toi pour être neuf

Amnésique en exil
Et déjà patriote
J’t’ai conté mes idylles
Jusqu’à c’que tu m’adoptes

Refrain

J’voudrai juste te r’trouver
J’peux pas croire qu’ils sont fous
Pour t’avoir embarquée
Sans que j’puisse te r’parler

Faut qu’j’te dise que mon corps
Ne peux pas t’oublier
Et que je porte encore
Sur ma peau tes baisers

Je suis tous les tapins
Aux parfums truandés
Qui vendent leur destin
Contre des faux papiers

Loin des bars tapageurs
Et des quartiers branchés
Y’a tes petites sœur
J’aurai dû t’épouser

Refrain

Raphaëlle Lannadère (L)

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