Les dix dossiers clé des élections européennes : 4. Commerce international , des accords de plus en plus larges, mais contestés

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L’Union européenne est la première puissance commerciale mondiale, devant la Chine et les Etats-Unis. Elle est aussi le principal pourvoyeur et bénéficiaire d’investissements directs étrangers dans le monde. Qu’a-t-elle fait de cette puissance ?

Une orientation très libérale. Si elle s’inscrit dans les règles multilatérales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qu’elle soutient, l’Union a aussi contourné le blocage des négociations commerciales qui se tenaient à l’OMC en développant des accords bilatéraux, où se jouent des rapports de force plus directs. En dix ans, près de 25 accords sont entrés en vigueur ou en application provisoire avec une soixantaine de pays, sans compter huit nouveaux accords en négociation et cinq en cours de modernisation. En 2005, les accords bilatéraux couvraient moins d’un quart du commerce international réalisé par les Etats membres. Une proportion montée à un tiers en 2017 et qui pourrait atteindre deux tiers si toutes les négociations en cours se soldent par des accords.

La politique commerciale européenne fait l’objet de nombreuses critiques, en particulier du fait de son déficit de transparence et de contrôle démocratique. Un bilan détaillé de ses résultats économiques n’a jamais été vraiment dressé. Or, comme le souligne la commission d’évaluation du Ceta (l’accord avec le Canada) mandatée par le Premier ministre français, « les bénéfices à attendre des accords de libre-échange ont par le passé été surestimés par leurs promoteurs, tandis que les conséquences distributives en ont été minimisées et les externalités négatives [notamment environnementales, NDLR] tout simplement ignorées ».

Face à ces critiques, la Commission européenne a répondu… en développant des accords dits de nouvelle génération, qui portent sur des sujets de plus en plus larges ! Ils ciblent surtout les « obstacles non tarifaires au commerce », c’est-à-dire les normes de protection sanitaire, alimentaire, sociale ou environnementale, qu’il faudrait libéraliser. Ce qui a suscité de nouvelles contestations citoyennes aboutissant à une remise en cause des négociations d’un traité avec les Etats-Unis, tandis que la ratification de l’accord avec le Canada n’est toujours pas terminée plus de quatre ans après la fin des négociations. Une politique commerciale trop libérale et très contestée, tel est le résultat de la dernière décennie.

Répartition du commerce international de biens (en %)

UE : 15,8 (export)/15,1 (import)- EE.UU : 11,5/17,3- China 16,9/13,2

Source : Eurostat

https://www.nice-premium.com/actualite,42/politique,137/les-dix-dossiers-cle-des-elections-europeennes-4-commerce-international-des-accords-de-plus-en-plus,25818.html

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Politique commerciale, agricole et écologique : ce que proposent les candidats aux européennes

Analyse

Deux grandes tendances se retrouvent dans presque toutes les listes : le protectionnisme et la préférence pour le local.

Mikael Corre, le 09/05/2019 à 18:40

Politique commerciale, agricole et écologique : ce que proposent les candidats aux européennes

Une éolienne en Loire Atlantique.ALTITUDEDRONE – STOCK.ADOBE.COM

Même la liste du Rassemblement national (RN), si critique de l’UE, considère que c’est à l’échelle communautaire que doivent être taxées les importations venues d’États ne respectant pas certaines normes. « Nous devons rétablir des protections douanières (taxes, quotas et contingentements) aux frontières de l’Europe comme le font d’ailleurs toutes les grandes économies », précise le programme du parti d’extrême droite.

La majorité présidentielle (LREM, MoDem, Agir…), qui propose de mettre en place à l’échelle européenne une taxe carbone, une taxe sur les transactions financières et une préférence en matière de défense, imagine même « fermer le marché européen » aux entreprises qui ne respectent pas les « exigences sociales et environnementales fondamentales », sans donner plus de précision.

Double protectionnisme et localisme

Pour les listes de droite (RN, Les Républicains, Debout la France), ce protectionnisme aux frontières de l’UE doit se doubler d’une défense accrue du marché français. Toutes proposent de donner la priorité aux entreprises nationales dans la commande publique, « et aux entreprises locales », précisent leurs programmes. Le RN envisage par exemple de réserver une « part » des marchés publics aux entreprises de proximité, tandis que les Républicains, plus précis, proposent d’accorder « aux PME locales » 50 % des marchés publics (ils fixent également l’objectif de « 100 % d’aliments bio et locaux dans les cantines »).

Cette mise en avant du local se retrouve également dans toutes les listes de gauche. La France insoumise désire elle aussi donner la priorité aux entreprises locales dans la commande publique. Europe Écologie Les Verts voudrait atteindre « 100 % d’agriculture européenne biologique et locale d’ici à 2050 » et envisage le retrait des aides de la politique agricole commune (PAC) « en cas d’exportation de la production ». Au Parti socialiste (allié avec Place publique), on imagine l’introduction d’une « clause locale » dans le droit européen de la concurrence pour notamment favoriser les circuits courts. La seule liste à ne faire aucune mention de la préférence pour le local est celle de la majorité.

Volontarisme écologique

Toutes en revanche affichent un volontarisme assez inédit en matière d’écologie, avec plusieurs propositions pour financer à grande échelle la transition (plan d’investissement écologique, Banque publique européenne du climat…)

Autre point de convergence : la dénonciation des traités de libre-échange. À gauche, on dénonce des accords « non écologiques » comme le Ceta, le Mercosur et Jefta (EELV), on demande un moratoire sur tout nouvel accord commercial (PS/Place publique) ou on envisage carrément de les refuser « systématiquement » (LFI). Dans la même veine, la majorité promet de refuser tout nouvel accord de libre-échange passé avec un État ne respectant pas l’accord de Paris sur le Climat.

À droite, Les Républicains souhaitent avant tout que la conclusion d’accords commerciaux devienne une compétence mixte entre l’UE et les États membres et non plus une compétence exclusive de l’UE – cela exigerait de réviser les traités européens. La liste menée par François-Xavier Bellamy souhaite également permettre de déroger aux règles européennes de la concurrence dans certains domaines stratégiques pour faire émerger des « champions industriels ». Une proposition également présente dans les programmes de Debout la France et de la majorité.

Incontournable pour l’innovation, Israël attire 539 multinationales

Le nouveau rapport du Start-up Nation Central et du célèbre cabinet comptable PwC Israël présente le panorama d’activités dynamiques des multinationales présentes en Israël ppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppp

2 mai 2019, 14:52 par Shoshanna Salomon 
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Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

539 entreprises multinationales de 35 pays opèrent dans l’éco-système technologique d’Israël. Ces entreprises perçoivent la nation start-up comme un endroit incontournable pour trouver de nouvelles idées et une culture entrepreneuriale, selon un rapport de Start-up Nation Central (SNC) et PwC Israël.

Le rapport examine l’évolution des activités de ces entreprises en Israël, selon un communiqué publié par NCS.

Ces entreprises évoluent dans le domaine de la technologie (18 %), des industries pharmaceutiques et des sciences de la vie (8 %), des services financiers (13 %), des produits industriels (10 %), des technologies automobiles et de transport (11%), du divertissement, des communications et de médias (11 %), de l’agro-alimentaire (8 %) et dans la distribution et la consommation (10 %), entre autres.

On dénombre plus de 6 000 startup dans la petite économie très connectée d’Israël, soit 14 fois plus de startup par habitant qu’en Europe. Si Israël ne représente que 0,1% de la population mondiale, la nation attire 19 % des investissements mondiaux en matière de sécurité informatique. Israël se classe en première position mondiale pour les dépenses en recherche et de développement par rapport au PIB, et attire le taux le plus élevé au monde d’investissements à risque par personne – environ 674 dollars par habitant en 2018, selon le rapport.

Au fil du temps, les multinationales ont diversifié leurs opérations en Israël. Des entreprises, qui ont d’abord lancé leurs activités par le biais d’acquisition d’une start-up ou en installant leurs activités de R&D, ont ensuite évolué vers des modèles d’innovation ouverte, en collaborant avec des investisseurs locaux, principalement des start-ups, à travers des incubateurs, ou avec des institutions académiques, précise-t-on dans le rapport. L’innovation ouverte fait référence au processus dans lequel des entreprises collaborent avec une tierce partie riche en idées ou en nouvelle technologie – souvent des start-up – plutôt que de développer toutes ses technologies en interne.

« Nous observons une réorientation des opérations de ces multinationales en Israël vers des plateformes d’innovation ouvertes, a déclaré Karin Gattegno, vice-président des partenariats stratégiques à la NCS, lors d’un entretien téléphonique. Cette collaboration leur fait découvrir d’autres points de vue qu’ils n’auraient pas vus pas en faisant de la R&D uniquement en interne, a-t-elle déclaré. Avec l’innovation ouverte, ils ont accès à une grande variété de start-up « qui ont beaucoup à offrir ».

Environ 59 % des multinationales suivies dans le rapport opèrent à travers des complexes de R&D. Il y a des entreprises qui conduisent d’importantes opérations de R&D en Israël, ce qui passe souvent par l’acquisition d’entreprises locales, bénéficiant ainsi d’un vivier de talents d’ingénieurs informatiques et de scientifiques spécialistes des données pour conduire à l’élaboration et au développement d’un nouveau produit.

Le président de Daimler AG, Dieter Zetsche, au centre, avec Ola Källenius, responsable de la recherche de groupe chez Mercedes-Benz Cars Development (à gauche) lors du lancement du centre technique Mercedes-Benz Tel Aviv; 16 novembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon / TimesofIsrael)

Environ 25 % des multinationales opèrent en Israël avec un modèle de partenariat, ce qui signifie que l’entreprise travaille avec des startup, des institutions académiques ou d’autres entités tierces à travers des accords commerciaux, ou développent conjointement un produit. D’autres multinationales – environ 16 % – optent pour le modèle de l’investissement, dans lequel des entreprises mondiales investissent dans des start-up locales pour des objectifs stratégiques ou pour obtenir des retours financiers.

Le rapport note une réorientation, à partir de 2014, d’une approche traditionnellement focalisée sur la R&D vers des modèles plus tournés vers l’investissement ou le partenariat d’innovation ouverte.

Depuis 2014, il y a une « augmentation sensible du nombre d’équipes d’innovation ouverte qui ont été activées par des multinationales en Israël », notait le rapport. Le « mélange des industries a également augmenté depuis 2014, avec des entreprises proposant des services de vente au détail, de santé ou de finance qui ont commencé à développer des programmes de collaboration avec des tierces parties ».

Quand on leur a demandé quels étaient les éléments clefs pour mettre en place leurs activités d’innovation en Israël, environ 77 % des multinationales ont déclaré que l’objectif était d’améliorer leurs capacités fondamentales grâce à l’innovation ouverte, alors que d’autres, 44 %, ont affirmé que le but était d’avoir accès aux talents locaux et de trouver de « nouveaux modèles économiques ». Quant aux autres, ils ont dit vouloir faire l’acquisition d’actifs locaux de R&D (37 %), obtenir un retour futur sur investissement (32 %), ou pour profiter de la culture d’innovation en Israël (28 %).

Environ 89 % des entreprises interrogées ont déclaré que leurs activités en Israël leur ont effectivement permis de développer des innovations significatives sur des produits et des services qui existaient déjà.

Les directeurs des multinationales interrogés par les auteurs du rapport ont cité quatre avantages clefs de l’innovation en Israël : les capacités technologiques du pays – la qualité distincte de la propriété intellectuelle et la maturité technique des start-up; le vivier de talent local, qui est perçu comme un « atout important »; l’ouverture et l’accessibilité des acteurs dans l’éco-système et dans le petit marché très concentré, avec sa culture de collaboration, même parmi des compétiteurs, qui est très distincte; et « l’état d’esprit de défi » qui règne chez les Israéliens – où des équipes locales d’innovation ont un impact sur l’ensemble du groupe en remettant en question des idées dominantes, en proposant des applications plus inventives et plus agressives aux technologies et aux manières de travailler.

Le centre R&D d’Apple, à Herzliya (Crédit : autorisation)

Les multinationales ont découvert que travailler en Israël les exposait à la « mentalité israélienne », a déclaré Gattegno, avec des entrepreneurs qui travaillent vite pour résoudre des problèmes et proposer des solutions nouvelles. Cet état d’esprit a aussi un impact sur l’ensemble de l’entreprise. Travailler avec des Israéliens a aussi aidé ces entreprises à « instiller l’état d’esprit d’innovation et de résolution de problèmes » à l’ensemble de l’organisation.

Les défis clefs pour innover en Israël sont de compenser l’écart qui sépare le mode de travail d’une grande entreprise et d’une start-up, de réduire l’interface entre les activités israéliennes et les autres pôles d’activité, de dépasser les barrières culturelles, de trouver et de garder les talents, d’aligner la stratégie de l’entreprise et celle de l’innovation, de gérer la distance entre le siège et Israël, expliquait le rapport.

La confiance des multinationales en leur résultat d’innovation en Israël est très haute. Deux tiers des multinationales interrogées se sont considérées comme étant en avance sur leurs compétiteurs en matière de résultat d’innovation. Environ 40 % des multinationales interrogées ont cité Israël comme un « endroit particulier » pour leurs activités mondiales, différent donc de leurs autres pôles d’innovation. Pour certains d’entre eux, cela provenait de l’impact que l’innovation en Israël a eu sur leurs revenus – a titre d’exemple, 50 % des revenus mondiaux du groupe Merck spécialisé dans la santé proviennent de l’innovation israélienne – alors que pour d’autres, les opérations en Israël sont distinctes parce qu’il s’agissait de leur premier centre d’innovation en dehors de leur siège.

La recherche a été menée grâce à des entretiens en profondeur avec des cadres des multinationales et des experts de l’innovation en Israël et dans le monde entre septembre et décembre 2018, précise-t-on dans le rapport.

EN SAVOIR PLUS SUR :

Alain Bihr

Alain Bihr, professeur émérite de sociologie, a été l’un des membres fondateurs et des rédacteurs de la revue A Contre-Courant. Auteur de nombreux ouvrages sur le socialisme, le mouvement ouvrier, la dynamique des inégalités et l’extrême droite, il a notamment publié : La Farce tranquille : normalisation à la française, Spartacus, 1986 ; Du Grand soir à l’alternative. Le mouvement ouvrier européen en crise, Éditions ouvrières, 1991 ; Déchiffrer les inégalités, Syros, 1995 (avec Roland Pfefferkorn) ; La préhistoire du capital,Editions Pages deux, 2006 ; La logique méconnue duCapital, Editions Pages deux, 2010 ; Les rapports sociaux de classe, Editions Pages deux, 2012 ; La novlangue néolibérale, Editions Pages deux et Syllepse, 2017. Et aussi, dans le numéro 2 des CahiersLes utopiques : « De l’internationalisation à la transnationalisation ».

http://www.lesutopiques.org


De et sur l’auteur :

Les « gilets jaunes » : ce n’est qu’un début…,les-gilets-jaunes-ce-nest-quun-debut/

Les « gilets jaunes » : un soulèvement populaire contre l’acte II de l’offensive néolibéraleles-gilets-jaunes-un-soulevement-populaire-contre-lacte-ii-de-loffensive-neoliberale/

Les « gilets jaunes » : pourquoi et comment en être ?les-gilets-jaunes-pourquoi-et-comment-en-etre/

1415-1763, le premier âge du capitalisme, tome 1, L’expansion européenne,

Trois notes de lecture :

« La mondialisation a permis de donner naissance au capitalisme »alain-bihr-la-mondialisation-a-permis-de-donner-naissance-au-capitalisme/

La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitalisteevidences-non-fondees-fausses-banalites-pour-un-morbide-cafe-du-commerce/

La logique méconnue du « Capital »sous-sa-forme-de-marchandise-la-valeur-opacifie-et-mystifie-la-realite-sociale/


1 Immanuel Wallerstein, Le mercantilisme et la consolidation de l’économie-monde européen 1600-1750,  Flammarion, 1985, page 149.

Un « puceau de la pensée » élu dans « une hallucination collective » : le macronisme selon Emmanuel Todd

Un « puceau de la pensée », une formule adaptée pour cette sorte d’adolescent névrotique.
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L’intellectuel, dont la parole publique est devenue rare, a tenu le 3 octobre à Sciences Po une conférence d’analyse du macronisme. Pendant une heure et demie, le démographe a multiplié les flèches en direction d’Emmanuel Macron, de ses députés et de ses électeurs.

On avait perdu l’habitude d’entendre l’analyse d’Emmanuel Todd sur l’actualité politique. L’anthropologue et historien n’apparaît plus que de manière épisodique dans les médias : pour essuyer les plâtres de l’émission de Frédéric Taddéi sur Russia Today le 27 septembre, en fin de soirée dans l’Emission politique de France 2 un an auparavant, ou à l’occasion d’un entretien dans Marianne. Le 3 octobre, l’intellectuel qui a prédit l’effondrement de l’URSS et le printemps arabe a donné une conférence à Sciences Po, où il était l’invité de Critique de la raison européenne, l’association souverainiste de l’école de la rue Saint-Guillaume à Paris.

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 Critique de la Raison Européenne@CRE_SciencesPo
Le macronisme, on en mange tous les jours, mais sait-on vraiment ce qu’il y a dedans?

Et qui mieux qu’un « esprit triste » (dixit @EmmanuelMacron) pour en parler ?

« Qu’est-ce que le macronisme ? » – Emmanuel Todd

« Pour moi, la toile de fond du macronisme, c’est une certaine honte d’être Français »

En confiance dans un cadre propice, Emmanuel Todd s’est montré fidèle à lui-même : sur un ton badin et flegmatique, il a enchaîné les flèches contre la Macronie, sujet qui « ne l’intéresse pas du tout » mais auquel il a tout de même consacré plus d’une heure et demie (voir la vidéo ici). Ne reculant pas devant l’outrance, il a qualifié tour à tour Emmanuel Macron de « nain intellectuel » ou de « puceau de la pensée« . Mais il a aussi repris son costume d’analyste, livrant d’abord son regard sur la campagne présidentielle de l’an dernier, notamment sur les personnes « en extase » devant le candidat En Marche qui selon lui « racontait des trucs absolument pas intéressants avec un air de messie (…), le genre de machins qu’on apprenait à Sciences Po avant la grande crise de 2008« . Comment, alors, expliquer sa victoire ? Todd estime que « dans le contexte d’émergence du macronisme, il y a ce qu’il faut bien appeler une très grande médiocrité morale. Doit-on la situer dans l’ensemble du pays ou dans les classes moyennes ? La morale reposait sur des structures stables, anciennes et historiques – la culture catholique, la culture communiste, la culture socialiste, la culture nationale, gaulliste -, tout ça a explosé, on est dans un monde d’immoralité. Pour moi, la toile de fond du macronisme, c’est une certaine honte d’être Français ».

Les électeurs d’Emmanuel Macron, Todd les décrit comme « des gens des classes moyennes, ayant souvent une bonne éducation, qui se prennent pour autre chose que ce qu’ils sont, qui se pensent bons, qui se pensent intelligents, qui sont dans un état de lévitation psychique ». Reprenant les cartes électorales, dont il est un observateur attentif depuis ses ouvrages avec Hervé Le Bras, il analyse le vote Macron comme « la vieille carte socialiste avec des bastions catholiques supplémentaires qui ont sans doute quelque chose à voir avec le ralliement de Bayrou, et une plus grande visibilité des métropoles ».

« Chez les jeunes diplômés en perte de vitesse, la désignation d’une France d’en bas, fermée (…) peut s’analyser exactement dans les mêmes termes que la xénophobie anti-Arabes »

C’est d’ailleurs lorsqu’on l’interroge sur une des théories phares d’explication du vote macroniste que Todd se montre le plus percutant : le démographe réfute totalement l’idée des « deux France« , celle des métropoles mondialisées face à celle de la périphérie. « Ça ne peut être que fauxpuisque Le Pen et Macron ne rassemblent que 45% des électeurs. On n’est absolument pas dans une repolarisation de l’électorat ». Lui se refuse à voir l’électorat macroniste comme celui des gagnants de la mondialisation : « L’interprétation dominante, moralisatrice à sa manière, c’est que les gens qui votent Le Pen sont des losers (…), et que les gens, les jeunes en particulier, qui ont voté Macron, sont des winnersMais ça ne correspond pas du tout à l’évolution économique et socio-culturelle observée dans le monde occidental ». Pour Todd, « les catégories super macronistes de jeunes diplômés sont des catégories qui, par rapport à ce qu’étaient leurs aînés diplômés, sont en chute sociale. Ce sont des déclassés virtuels. Évidemment, leur taux de chômage est plus faible mais leurs conditions de travail, l’intérêt de leur travail n’est en rien comparable à celui des générations précédentes ».

Et c’est pourquoi, d’après Emmanuel Todd, le vote Macron des jeunes diplômés serait… « une réaction au déclassement« . Explication : « Vous avez les ouvriers français dont la peur du déclassement les amène à chercher quelqu’un en dessous : les Arabes, ou les étrangers. Chez les jeunes diplômés en perte de vitesse, dans leur inconscient absolu, finalement, la désignation d’une France d’en bas, fermée, en ancrage territorial, peut s’analyser exactement dans les mêmes termes que la xénophobie anti-Arabes. Simplement, là ce sont les prolos français qui sont pris pour cible par les déclassés d’en haut ». Le macronisme serait donc le produit de « l’effondrement moral des classes moyennes » françaises, conclut Emmanuel Todd.

« Macron a inventé l’irrealpolitik, une politique extérieure toute de verbe qui n’a plus aucun rapport avec la réalité du monde »

L’intellectuel a également pointé son viseur sur les députés LREM : « Une Assemblée recrutée sur CV dont l’absence de convictions idéologiques générale ne peut être que remarquable« , « à l’intersection de la désintégration politique et de l’effondrement moral de la société« . Puis, revenant sur leur leader, il en a fustigé la politique étrangère. « Macron a inventé l’irrealpolitik, une politique extérieure toute de verbe qui n’a plus aucun rapport avec la réalité du monde, où l’on s’envoie des grandes claques dans le dos« , persifle-t-il, fustigeant un « problème d’insuffisance intellectuelle et de manque de formation« , « une incompréhension préoccupante par rapport à ce qui se passe dans le monde anglo-américain« . En effet, Todd estime que « le virage souverainiste, protectionniste et national » ayant démarré aux Etats-Unis et en Angleterre est inéluctable, et qu’il ne servirait à rien de s’y opposer comme le fait le chef de l’Etat.

La conclusion est extrêmement sombre, tout comme le ton de la conférence. Le macronisme ? « Un moment d’hallucination collective des classes moyennes qui se sont racontées qu’un type jeune allait tout d’un coup mettre la France en lévitation« . La France ? « En grand état de risque, parce que ses classes moyennes sont assez méprisables moralement en ce moment, mais aussi parce que les gens qui sont aux commandes ne sont juste pas au niveau en termes de perception de l’Histoire« . Quant à la popularité en chute libre du chef de l’Etat, Emmanuel Todd ne se montre pas plus optimiste : « Si on unifie l’UMPS et qu’on l’appelle Macron, on obtient toujours la même chose. Macron est tout simplement en train de tomber dans la trappe où tous les autres sont tombés. Sauf que maintenant, revitaliser la comédie gauche-droite, ça va poser un problème ». En bref, les deux hommes partagent un prénom, et c’est à peu près tout.

Près d’un quart de l’exportation wallonne se réalise hors de l’Europe

24 avril 2019.
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Encore très dépendantes de l’Europe, les exportations wallonnes ont progressé de plus de 22% hors de l’Europe en 2018.

Malgré un contexte « chaotique » sur la scène internationale avec notamment « les incertitudes autour du Brexit et l’attitude du gouvernement des Etats-Unis« , les exportations wallonnes ont réussi à tirer leur épingle du jeu en 2018, constate l’Awex, l’agence wallonne à l’exportation. « La Wallonie a exporté pour 45,5 milliards d’euros, c’est une progression de 8,7% qui suit une hausse de 8,4% en 2017, se réjouit Pascale Delcomminette, l’administratrice générale de l’Awex. C’est la croissance la plus élevée enregistrée par la Wallonie depuis 2010 et ses 13% à l’époque. »

45,5 milliards €
Les exportations wallonnes ont connu une croissance de 8,7% en 2018 pour atteindre 45,5 milliards d’euros, un record.

Derrière ce montant jamais atteint pour le commerce extérieur wallon, les statistiques de l’Awex montrent une forte progression, + 22,4%, des ventes hors zone UE28 alors qu’elles ont augmenté de seulement 5,1% au sein de l’UE. Cette tendance marque une avancée importante dans le commerce extérieur wallon toujours trop focalisé sur son marché européen qui totalise 76,7% des exportations wallonnes. « Le poids total des marchés des pays hors UE28 dans le total de notre commerce extérieur représente au cours de l’année 2018 23,3%« , contre 20,7% en 2017.

Les USA sur le podium

Les ventes vers les Etats-Unis ont par exemple progressé de 57,2% et représentent 4 milliards d’euros. Troisième client de la Wallonie, les USA représentent 8,9% du commerce extérieur wallon derrière la France et l’Allemagne. Cinquième client de la Wallonie avec près de 3 milliards d’importations, le Royaume-Uni a augmenté de 12,7% ses achats wallons. « Les consommateurs anticipent les risques du Brexit dur et une pénurie. C’est surtout le secteur de la pharma qui en profite. »

Quant aux ventes vers le Canada, elles ont augmenté de 52,4% « dans la lignée de leur forte expansion qui avait atteint en 2017 le record de 118,5%« , constate l’Awex qui estime néanmoins qu’il est encore trop tôt pour y voir un effet Ceta, ce traité de libre-échange signé avec l’Europe.

La Wallonie entreprend

La grosse déception vient probablement de Chine où les ventes sont en recul de 32,8% et représentent aujourd’hui 461 millions. Cette contre-performance s’explique par un repli des livraisons de produits chimiques et pharmaceutiques et de produits métallurgiques. « On attend une réciprocité par rapport aux exportations. Nos entreprises doivent exporter plus vers la Chine« , estime le ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR) en épinglant l’arrivée d’acteurs chinois en Wallonie comme Alibaba.

Derrière cette tendance générale, le ministre garde un œil attentif sur les PME. « On a encore en Wallonie des entreprises de trop petite taille qui se tournent moins vers l’extérieur. » D’après l’Awex, cette situation serait particulièrement flagrante au niveau de la grande exportation où 75 à 80% des résultats sont le fait de grandes entreprises.

Sur le plan sectoriel, la chimie et la pharma restent de loin les moteurs du commerce extérieur wallon avec 36,4% du total. À elle seule, la pharma représente 28% des exportations wallonnes. Pascale Delcomminette temporise néanmoins tout phénomène de dépendance. « Huit des dix premiers secteurs d’exportations wallons ont enregistré des résultats en hausse. »

Nicolas Dupont-Aignan en visite « éclair » à Aurillac (Cantal)

Publié le 24/04/2019 à 17h15

Nicolas Dupont-Aignan en visite "éclair" à Aurillac (Cantal)

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, et Emmanuel de Grully, chargé de mission du parti pour le Cantal. © bruno leroy

Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, était en visite rapide ce mercredi 24 avril à Aurillac (Cantal).

Le temps d’un déjeuner avec des militants et sympathisants de son parti. On vous explique sa visite en trois points.

Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan était-il à Aurillac ?

Dans le cadre des élections européennes. Il est la tête de la liste « Alliance des conservateurs et réformistes européens (Amoureux de la France) » et parcourt les territoires à la rencontre des militants et sympathisants. Mercredi 24 avril, il est arrivé à Rodez (Aveyron) le matin, en avion, puis il a rejoint Aurillac en voiture pour participer à un déjeuner avec une quinzaine de militants et sympathisants. Dans l’après-midi, il était prévu une étape au barrage du Chastang, avant  de rejoindre Brive-la-Gaillarde (Corrèze).

Qu’a-t-il dit durant son court séjour ?

Avant d’échanger de manière informelle avec les militants et sympathisants, le temps pour Nicolas Dupont-Aignan d’avaler un « steak salade », un rapide moment consacré aux journalistes a permis au président de Debout la France de détailler quelques points de son programme. Sur la privatisation des barrages : « Cet oukaze, cette folie de l’Union européenne acceptée par nos gouvernements à l’époque qui consiste à privatiser les barrages pour faire du fric aux dépens des Français. C’est un scandale absolu. C’est en fait dépecer, piller les barrages pour les donner à des opérateurs privés. Ce scandale illustre les dérives de cette Union européenne » ; les éleveurs : « Les traités comme le Ceta ou le Mercosur vont permettre l’importation de viandes, avec des produits toxiques qui sont pourtant interdits en France, 30% moins chères. On ne peut pas demander à nos éleveurs d’être performants si ils ont une concurrence déloyale. Cela les met aussi en péril » ; les territoires : « sans service publics, c’est la mort. Et on a une Union européenne qui fait tout pour concentrer au niveau des métropoles » ; et plus généralement sur sa vision de l’Europe : « Nous voulons remplacer l’Union européenne par une Europe des Nations libres et des projets concrets. Cela veut dire que chaque nation doit retrouver le contrôle de ses frontières, de ses lois, de ses budgets démocratiquement. Mais qu’en même temps, nous ne sommes pas contre l’idée d’une coopération européenne, mais nous voulons la concentrer sur les grands projets scientifiques, industriels, qui décideront de la hiérarchie des continents à l’aube du XXIe siècle. Nous voulons moins d’Europe dans notre vie quotidienne et plus d’Europe dans les grands projets qui nous permettent d’être forts face à la Chine et les Etats-Unis ».

Nicolas Dupont-Aignan : « Emmanuel Macron est le Président du désordre et de l’injustice » (février 2019)

Au 28 mars, la liste « Alliance des conservateurs et réformistes européens (Amoureux de la France) » comptait 23 candidats seulement, sur les 79 imposés (autant de candidats par liste que de postes de députés pour la France au parlement européen). « Nous avons signé un accord avec vingt-trois partis modérés de vingt-trois pays, mais qui veulent changer radicalement le fonctionnement de l’Union européenne ». Concernant la liste, Nicolas Dupont-Aignan l’affirme :  « Il ne reste que quelques ajustements, mais nous allons déposer notre liste lundi prochain », le 29 avril. L’ensemble des listes doit être déposé avant vendredi 3 mai au ministère de l’Intérieur.

Bruno-Serge Leroy