La montagne de dettes privées des entreprises sera au coeur de la prochaine crise financière

Les ingrédients d’une nouvelle crise financière internationale majeure sont réunis. Les dirigeants des banques centrales le savent de même que les dirigeants d’institutions comme le FMI, l’OCDE et la Banque des règlements internationaux. De nombreux articles de la presse spécialisée y sont consacrés. Un des facteurs qui mènent l’économie vers une crise vers une nouvelle crise internationale de grande ampleur, c’est l’énorme accumulation de dettes par les grandes entreprises privées et l’usage qui est fait de ces dettes.

Pourtant les gouvernements des principales économies de la planète avaient promis de rétablir une discipline financière qui respecterait l’intérêt général et éviterait de nouvelles crises aux effets douloureux pour la population. Afin de défendre ce système capitaliste qui écœure une majorité de l’opinion publique, ils ont multiplié les effets d’annonce de mesures fortes visant à réformer le système pour lui donner un « visage humain », mais bien sûr sans que cela ne change quoi que ce soit en pratique. En réalité, la politique que les gouvernements et les dirigeants des banques centrales ont menée a ménagé et favorisé les intérêts du grand capital, notamment celui des grandes sociétés financières. Aucune mesure stricte n’a sérieusement obligé les capitalistes à mettre un frein à la prise de risque, à réduire la spéculation, à investir dans la production.

Les crises font partie du métabolisme du système capitaliste mais elles ne se ressemblent pas toutes. Dans le présent article, il ne s’agit pas de revenir sur les causes générales des crises capitalistes. Il s’agit ici de diagnostiquer des facteurs qui conduisent certainement à une nouvelle crise de grande ampleur.

Quand elle éclatera, les gouvernements, les dirigeants des banques centrales et la presse dominante feindront l’étonnement comme à chaque fois.

Pour les opposants au système, il est fondamental de pointer du doigt les responsabilités et de montrer comment fonctionne le capitalisme afin d’être en mesure d’imposer enfin une autre logique et de rompre radicalement avec ce système.

Depuis 2010, profitant de la politique de bas taux d’intérêt adoptée par les banques centrales des pays les plus industrialisés (Réserve fédérale des États-Unis, Banque centrale européenne, Banque d’Angleterre, Banque du Japon, Banque de Suisse…), les grandes entreprises privées ont augmenté massivement leur endettement. Aux États-Unis, par exemple, la dette des entreprises privées non financières a augmenté de 7 800 milliards de dollars entre 2010 et mi-2017.

Qu’ont-elles fait de l’argent emprunté ? L’ont-elles investi dans la recherche-développement, dans des investissements productifs, dans la transition écologique, dans la création d’emplois décents, dans la lutte contre le changement climatique ? Pas du tout.

L’argent emprunté a servi notamment à réaliser les activités suivantes :

I. Les entreprises empruntent pour racheter leurs actions en bourse. Cela produit deux avantages pour les capitalistes :

1) cela fait monter le prix des actions ;

2) cela permet de « rémunérer » les actionnaires sans que cela entraîne pour eux le paiement d’impôts sur les bénéfices. De plus, dans de nombreux pays, les plus-values sur les actions ne sont pas taxées ou le sont à taux très bas (en comparaison avec l’impôt sur le revenu ou avec la TVA). Déjà en 2014, les rachats d’actions aux États-Unis avaient atteint un montant mensuel de 40 à 50 milliards de dollars (1). Le phénomène s’est poursuivi ensuite. Soulignons qu’on avait assisté, avant la précédente crise, à une augmentation très forte des rachats d’actions à partir de 2003, qui avait atteint un sommet en septembre 2007 en pleine crise dite « des subprimes ». Entre 2010 et 2016, les entreprises nord-américaines ont racheté leurs propres actions en Bourse pour un montant approximatif de 3 000 milliards de dollars (2). Comme le titrait le quotidien financier Les Échos, « Les rachats d’actions record sont le moteur de Wall Street ». Une grande partie de la bonne santé des bourses, pas seulement celle des États-Unis, est due aux rachats massifs d’actions. C’est donc tout à fait artificiel.

Evolution des rachats d’actions (« buybacks ») par 500 grandes entreprises privées des États-Unis de 1999 à 2019 en milliards de dollars (indice S&P 500). Source : https://www.yardeni.com/pub/buybackdiv.pdf

Evolution des dividendes versés aux actionnaires de 1999 à 2019 en milliards de dollars. Source : https://www.yardeni.com/pub/buybackdiv.pdf

Evolution des rachats d’actions (en bleu) et des dividendes (en vert) de 1999 à 2019 en milliards de dollars. La courbe rouge indique l’évolution du S&P 500, un indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines. L’indice est possédé et géré par Standard & Poor’s, l’une des trois principales sociétés de notation financière.

Utilisation des liquidités des entreprises du S&P 500 entre 2000 et 2017. On constate une croissance des dépenses pour le rachat d’actions et pour la distribution des dividendes aux actionnaires entre 2002 et 2007 et entre 2009 et 2017. En 2017, la part consacrée aux rachat d’actions et aux dividendes atteint 48%.

Dans le monde imaginaire du système capitaliste enseigné dans les manuels d’économie, les entreprises émettent des actions en Bourse pour collecter du capital afin de l’investir dans la production. Dans le monde réel, les entreprises capitalistes empruntent du capital sur les marchés financiers ou auprès des banques centrales pour racheter leurs actions en Bourse afin d’augmenter la richesse de leurs actionnaires et donner l’impression que la santé de l’entreprise est excellente.

Les dirigeants d’entreprise qui sont en partie rémunérés en stock-options, c’est-à-dire en actions qu’ils peuvent revendre, ont tout intérêt à inciter leur entreprise à racheter leurs actions… C’est par soi-même qu’on est le mieux servi.

Il faut également souligner que les dirigeants d’entreprise ont été très généreux en matière de distribution de dividendes. Entre 2010 et 2016, les dividendes versés aux actionnaires aux États-Unis ont atteint 2 000 milliards de dollars. Au total, si on additionne les rachats d’actions et les dividendes distribués, les actionnaires des firmes états-uniennes ont perçu 5 000 milliards de dollars entre 2010 et 2016.

Dans le compte de bilan des entreprises, du côté du passif, la part qui se réfère aux dettes de l’entreprise s’accroît tandis que diminue la part qui correspond aux actions de l’entreprise. Si jamais les taux d’intérêt sur la dette de l’entreprise augmentent, le paiement des intérêts risque de devenir insoutenable et mener à la faillite. Si le cours des actions – qui a été artificiellement gonflé par l’effet combiné des rachats et de la bulle boursière – baisse fortement, la faillite est aussi au coin de la rue.

À noter que le rachat massif de leurs propres actions qui a été largement pratiqué par de grandes entreprises nord-américaines comme Hewlett Packard (HP), IBM, Motorola, Xerox, Symantec ou encore JC Penney, n’a pas suffi à améliorer leur santé.

II. Les entreprises empruntent pour acheter des créances. Elles achètent des produits structurés composés de crédits octroyés à d’autres entreprises ou à des particuliers. Elles achètent surtout des obligations émises par d’autres entreprises privées ainsi que des titres publics. La firme Apple détenait à elle seule en 2017 des créances sur d’autres entreprises pour un montant de 156 milliards de dollars, ce qui représente 60% du total de ses actifs (3). Ford, General Motors et General Electric achètent également des dettes des autres entreprises. 80% des actifs d’Ebay et 75% des actifs d’Oracle sont des créances sur d’autres entreprises.

Les trente principales entreprises non-financières des États-Unis actives dans le marché des dettes détiennent ensemble 423 milliards de dollars de dettes d’entreprises privées (Corporate debt and commercial paper securities), 369 milliards de dollars de dettes publiques et 40 milliards de dollars de produits structurés (Asset Backed Securities et Mortgage Backed Securities).

Dans la mesure où les entreprises cherchent à maximiser les rendements qu’elles tirent des créances détenues sur d’autres entreprises, elles sont poussées à acheter des dettes émises par des entreprises les moins solides disposées à rémunérer les prêteurs plus fortement que d’autres. Le marché des dettes à risque s’amplifie.

Si jamais les entreprises débitrices entrent en difficulté de paiement, les entreprises créancières se retrouveront elles-mêmes en difficulté. En 2016, Apple a fait savoir aux autorités américaines qu’une augmentation d’1% des taux d’intérêt pourrait entraîner une perte de 4,9 milliards de dollars (4). D’autant que, pour financer ces achats de dettes, Apple comme les autres entreprises ont emprunté. Par exemple, en 2017, Apple a emprunté 28 milliards de dollars. Sa dette financière totale s’élève à environ 75 milliards de dollars. Par effet domino, pourrait survenir une crise d’une ampleur aussi importante que celle de 2007-2008 aux États-Unis.

Il faut également savoir que lorsque les taux d’intérêts montent, la valeur des titres de dette des entreprises baisse. Plus ces créances (c’est-à-dire les titres de dettes émises sous forme d’obligations par les entreprises privées) représentent une part importante des actifs des entreprises, plus la chute de la valeur peut avoir un impact négatif sur la santé des créanciers. Ces créanciers risquent alors de manquer de fonds propres pour compenser la dévaluation ou la décote des créances qu’ils possèdent.

La situation décrite correspond à une nouvelle progression de la financiarisation du capital : les grandes entreprises non-financières développent encore leurs investissements financiers. Apple, Oracle, General Electric, Pfizer, Ford ou General Motors renforcent leurs départements « Finances » et prennent à nouveau de plus en plus de risques pour augmenter leurs bénéfices. Alors qu’auparavant, elles prêtaient 60% de leurs liquidités à des intermédiaires, notamment les money market funds, pour maximiser leur rendement, elles ne leur en confient plus désormais que 50% et prennent elles-mêmes directement le risque.

De surcroît, une grande partie des créances détenues sur d’autres entreprises passent par des paradis fiscaux, ce qui augmente l’opacité des opérations réalisées et peut augmenter le risque. Les îles Bermudes et l’Irlande comptent parmi les principaux paradis fiscaux utilisés par les grandes entreprises des États-Unis qui misent à fond sur l’optimalisation fiscale.

Ce qui vient d’être décrit concerne l’ensemble du monde capitaliste même si les données présentées se rapportent à l’économie des États-Unis.

La montagne de dettes privées des entreprises sera au cœur de la prochaine crise financière. Mais crise ou pas, les comportements décrits justifient amplement l’action de tous ceux qui luttent pour en finir avec le capitalisme et le système de la dette.


(1) Financial Times, « Return of the buyback extends US rally », 5 décembre 2014.

(2) Financial Times, « Buyback outlook darkens for US stocks », 22 juin 2017.

(3) Financial Times, « Debt collectors », 16-17 septembre 2017.

(4) Financial Times, « Patcy disclosure gives investors little to chew on », 28 septembre 2017.


Eric Toussaint

http://www.cadtm.org/La-montagne-de-dettes-privees-des

Comment les nouveaux accords de commerce menacent la stabilité financière

Bulletin d’information aux Amis de Finance Watch – Octobre 2018
La fête continue… en dessin animé

Depuis notre premier épisode sur les exigences de fonds propres, nous avons publié trois nouvelles animations pour montrer de manière humoristique que l’occasion d’un réalignement fondamental du secteur financier a été manquée après la crise. (en anglais)

Épisode 2 : « Quand la finance se rachète »
Dans cet épisode, nous essayons d’expliquer le concept des externalités négatives et son lien à la finance. Tant que les signaux de prix n’intègrent pas les externalités négatives, la finance verte restera une niche.

Episode 3 : « Un toast au populisme »
Nous y rappelons que les partis extrémistes obtiennent toujours plus de votes après une crise financière, ce qui implique que la déréglementation financière présente un danger pour nos démocraties.

Pour regardez l’episode 4 « Pile je gagne, face ils perdent », cliquez sur la vidéo ci-dessous:

Episode 4: “Pile je gagne, face ils perdent”

Dans cet épisode, nous rappelons le lien entre les bonus et émoluments des traders et le risque systémique. Car #10ansAprès, le casino de la finance est ouvert à nouveau…

Change Finance Forum #2
L’année dernière, notre  « Change Finance Forum » a rassemblé 200 leaders d’opinion, militants, universitaires, experts, praticiens de l’économie et de la finance durable et des citoyens engagés de 19 pays et de 4 continents.

Un an plus tard, nous nous appuyons sur ce succès pour vous inviter à la deuxième édition de ce forum dont l’objectif est de joindre nos forces pour changer la finance !

Le programme détaillé sera bientôt disponible sur la page de l’événement. Nous vous invitons à vous inscrire dès aujourd’hui pour réserver votre place (veuillez noter que les sessions du forum se déroulent en anglais).

L’histoire secrète du casse du siècle
Une nouvelle enquête transfrontalière a révélé que des escroqueries fiscales menées par les plus grandes banques de l’UE ont coûté 55,2 milliards d’euros aux Trésors publics européens. Ces escroqueries, qualifiées de « plus grand vol à l’étalage fiscal de l’histoire européenne », impliquent de nombreuses grandes banques européennes.

C’est grâce à l’enquête d’un collectif de journalistes de 19 médias européens, dont  “Le Monde” que nous connaissons l’ampleur de ces stratagèmes. Un grand merci à eux !

Ce nouveau scandale de la finance concerne les dividendes. Pour les empocher sans être taxés par l’Etat, certains actionnaires transfèrent leurs actions vers l’étranger. C’est ce que l’on appelle, dans le milieu de la finance, le « CumCum », de la locution latine qui veut dire « avec ». Avec la technique du « CumEx », (« avec » et « sans »), des actionnaires peuvent se faire rembourser par l’Etat des taxes qu’ils n’ont en réalité jamais payées. Pour plus d’explications, regardez cette vidéo de 5 min :

« CumEx Files : comment arnaquer le fisc avec la Bourse »»
(Le Monde)
BNP Paribas – L’histoire d’une dérive

Ce 4 octobre a été une date importante pour BNP Paribas, première banque européenne. Pour la première fois, un documentaire indépendant retraçant son histoire et appuyé sur des dizaines d’interviews passait sur une chaîne de télévision (France 3).

Nous vous proposons de lire cette synthèse éclairante du documentaire par Jérôme Cazes.

« BNP Paribas – Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne » (France 3)

Cinq mythes sur la sortie de l’euro

par Grégory Claeys , le 4 avril

Certains partis proposent aujourd’hui que la France quitte la zone euro. Gregory Claeys s’attache à montrer qu’une telle sortie serait en vérité cataclysmique pour l’économie du pays.

Une version en anglais de cet article a d’abord été publiée sur le blog de Bruegel.

En France, le débat sur les avantages et inconvénients de l’appartenance à la zone euro s’est à nouveau immiscé dans la campagne électorale. Les arguments entendus aujourd’hui ressemblent beaucoup à ceux qu’avançaient déjà, au début des années 1990, les opposants à l’adoption de la monnaie unique. Cependant, ces arguments sont bien souvent trompeurs et ne devraient pas alimenter le débat actuel. L’euro est la monnaie officielle de la France depuis près de 20 ans, et en sortir n’aurait pas les mêmes conséquences que de ne pas y entrer. Nous reviendrons ici sur cinq mythes souvent invoqués par les partisans du Frexit pour montrer leur absence de fondement.

La compétitivité française stimulée ?

Les partisans de la sortie de l’euro affirment qu’elle stimulerait les exportations françaises et règlerait ainsi deux problèmes présumés de ces 20 dernières années : un déficit commercial persistant et le déclin des parts de marché des exportations françaises, surtout en comparaison avec la bonne performance allemande (voir les Graphiques 1 et 2).

Effectivement, en théorie, un taux de change flexible permet de corriger les déséquilibres extérieurs grâce à un mécanisme d’ajustement automatique. Lorsqu’un choc spécifique affecte un pays, le taux de change joue un rôle d’amortisseur en permettant une amélioration rapide de sa compétitivité-prix. En outre, une dévaluation nominale (c’est-à-dire une dépréciation du taux de change) est plus facile à mettre en œuvre qu’une dévaluation à l’intérieur de la zone euro, qui se traduirait par une période d’inflation et de croissance des salaires plus faibles que chez nos partenaires de la zone euro.

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Graphique 1 : Parts de marché à l’export
Source : OCDE
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Graphique 2 : Balance commerciale en France
Source : Bloomberg, Banque Mondiale

Cependant, l’importance des deux problèmes cités précédemment est largement exagérée. Le déclin de la part de marché à l’exportation depuis 2000 n’est pas propre à la France mais est plutôt la norme dans les pays industrialisés. Cela est essentiellement dû à la participation accrue de la Chine et d’autres pays émergents à l’économie mondiale. L’Allemagne, avec une part de marché relativement stable, est un cas unique parmi les pays développés. Quant au déficit commercial français, il a en réalité lentement diminué sur les cinq dernières années et son niveau actuel (-1,3 %) n’est pas vraiment une source d’inquiétude. À cela s’ajoute le fait que l’euro s’est déjà significativement déprécié lors des deux dernières années, en raison notamment de la politique monétaire expansionniste de la Banque centrale européenne (BCE). Cette baisse de l’euro a d’ores et déjà stimulé la compétitivité-prix française de façon significative : depuis le milieu de l’année 2014, l’euro s’est ainsi déprécié de 25 % par rapport au dollar et n’est plus considéré comme surévalué à l’échelle de la zone euro.

En réalité, le principal problème provient des déséquilibres internes à la zone euro. Selon une récente estimation, la France est surévaluée de 7 % par rapport à la moyenne de la zone euro, et de 20 % par rapport à l’Allemagne. Une nouvelle monnaie française (appelons-la « franc » par simplicité) devrait logiquement se déprécier assez rapidement par rapport à l’euro après son introduction. Néanmoins, pour que cette dépréciation aboutisse à une amélioration de la balance commerciale, les exportations et importations doivent être sensibles aux variations de prix. En termes économiques, la condition de Marshall-Lerner doit être respectée, ce qui implique que la somme des valeurs absolues des élasticités-prix (c’est-à-dire des variations de demande en pourcentage suite à une augmentation de 1 % du prix) des importations et des exportations doit être supérieure à 1. À première vue, desestimations récentes montrent que cette condition est vérifiée en France et suggèrent donc qu’une dépréciation de son taux de change par rapport à l’euro conduirait à une amélioration de sa balance commerciale après quelques années. Cependant, et sans vouloir nier les effets des fluctuations du taux de change sur les balances commerciales qu’une étude du FMI a encore récemment confirmés, pour que les effets d’une dépréciation du taux de change soient bénéfiques et durables, il faut aussi que l’inflation soit contenue et que la politique monétaire soit crédible, afin d’éviter de que les agents économiques n’anticipent un hausse permanente du niveau d’inflation. Dans le cas contraire, le pic d’inflation résultant d’une augmentation soudaine des prix des produits importés pourrait aboutir à des « effets de second tour » par le biais d’un ajustement à la hausse des salaires et des autres prix qui réduiraient graduellement les gains issus de la dépréciation en termes de compétitivité-prix.

De manière tout aussi importante, si la France était amenée à sortir de l’euro, d’autres pays pourraient suivre son exemple. Dans ce cas, le franc se déprécierait par rapport aux monnaies des pays du nord de l’Europe, mais s’apprécierait probablement par rapport aux nouvelles monnaies des pays du sud de l’Europe. Parmi les principaux partenaires commerciaux de la France, l’Allemagne représente de loin pour elle le plus important marché à l’export, avec 16 % des exportations françaises. Néanmoins, pris ensemble, les pays du sud de l’Europe représentent une part similaire. Étant donné la spécialisation sectorielle de l’industrie française, l’accroissement de la concurrence qui résulterait d’une revalorisation du franc par rapport aux monnaies des pays du sud de l’Europe pourrait davantage nuire à la balance commerciale française que ne serait positive sa dépréciation par rapport aux monnaies de l’Allemagne et des pays du nord de l’Europe.

En définitive, il est vrai qu’un taux de change flexible est un mécanisme d’ajustement utile et potentiellement puissant pour amortir les chocs temporaires et réduire les déséquilibres commerciaux extérieurs, à condition qu’il se combine avec une politique monétaire crédible. Cependant, le problème de surévaluation que la France rencontre ne se pose pas à l’échelle mondiale, mais vis-à-vis de certains pays de la zone euro. Or, à l’intérieur de cette zone, comme la France n’est pas si éloignée de la moyenne, les gains supposés en termes de compétitivité prix pourraient être beaucoup moins importants que ce que suggèrent les partisans du Frexit, surtout en cas d’éclatement complet de l’union monétaire.

Une politique monétaire plus appropriée ?

Un autre des avantages promis par les partisans du Frexit est une politique monétaire indépendante, parfaitement adaptée à l’économie nationale et non à la moyenne de la zone euro. Encore une fois, cet argument est parfaitement valide en théorie mais perd en pratique sa pertinence pour la France. De manière générale, la moyenne de la zone euro représente plutôt bien l’économie française. Par exemple, les recommandations issues de simples règles de Taylor appliquées à la France et à la zone euro (voir le Graphique 3) sont très similaires [1]. Cela suggère que les décisions de politique monétaire qui seraient prises par une Banque de France indépendante et dont le mandat serait similaire à celui de la BCE ne seraient pas si différentes que celles prises par le conseil des Gouverneurs de la BCE.

Graphique 3 : Règles de Taylor pour la France et la zone euro
Source : calculs de Bruegel réalisés à partir des bases de données et des calculs d’Eurostat, AMECO, Fries et al. (2016), et deHolston, Laubach et Williams (2016).

Une sortie de la zone euro pourrait en réalité rendre la politique monétaire en France bien plus difficile, surtout à court terme, car l’inflation pourrait y atteindre des niveaux indésirables. En effet, au delà de la dépréciation du franc nécessaire pour corriger les écarts actuels de compétitivité, on assisterait probablement à un phénomène de surajustement du taux de change, comme le suggèrent les exemples de pays ayant fait l’expérience d’un changement abrupt de régime de change. Ces fortes dépréciations renchérissent les importations, ce qui aboutit généralement à une hausse rapide de l’inflation, comme le suggèrent les récents épisodes de forte dépréciation (voir Tableau 1). Étant donné l’importance des importations dans certains des secteurs-clés en France, comme le secteur de l’énergie, une forte dépréciation du franc aurait un impact négatif sur l’économie à court terme et aboutirait à un pic de l’inflation qui serait, au mieux, temporaire.

Tableau 1 : Dépréciation et inflation pour un panel de pays
Source : base de données sur les taux de change effectifs réels, Bruegel

Néanmoins, afin de s’assurer que ce pic soit temporaire, il serait nécessaire de mettre rapidement en place un cadre monétaire crédible. Cela ne semble cependant pas compatible avec les autres propositions des partisans du Frexit, qui souhaitent aussi priver la Banque de France de son indépendance et autoriser le financement direct du gouvernement par la banque centrale. Ces propositions rendent leur promesse de maintenir l’inflation à un bas niveau après la sortie de l’euro particulièrement peu réaliste.

Par ailleurs, il est intéressant que les partisans du Frexit veuillent se débarrasser de l’euro afin de stimuler les exportations françaises, alors même que la plupart d’entre eux sont opposés à l’idée d’instaurer un régime de taux de change flexible par crainte d’une volatilité excessive sur le marché de change. En réalité, l’opinion publique française a toujours été relativement opposée à un régime de taux de change flexible. C’est pour cela que les partisans du Frexit plaident aujourd’hui pour le retour de l’unité de compte européenne (ECU) et du Système monétaire européen (SME), avec des taux de change fixe, qui prévalaient avant Maastricht, sans voir ce qu’a de paradoxal le fait de vouloir sortir de la monnaie unique pour se lier à une autre monnaie à travers un système de taux de change fixe.

Si l’on met de côté ce paradoxe, se rattacher à une monnaie étrangère requiert aussi de mener une politique crédible qui permette de stabiliser le taux de change autour de la parité choisie. La souveraineté monétaire au sein d’un tel système est en pratique complètement illusoire, car la Banque de France devrait ajuster sa politique afin de défendre sa parité et ainsi adapter ses taux d’intérêt en fonction de la situation cyclique de son voisin, que cela soit la zone euro ou l’Allemagne. En effet, s’engager à mettre en place un taux fixe vis-à-vis de l’euro ou de l’ensemble de monnaies européennes (dans le cas où l’euro disparaîtrait après le Frexit) conduirait au retour du « problème du n-1 » inhérent à tout système de taux de change fixe. Concrètement, si n pays font partie d’un système de changes fixes, seules n-1 banques centrales doivent défendre leur taux fixe vis-à-vis du ne pays. Cela aboutit en pratique à un système monétaire asymétrique dans lequel un pays, généralement le plus crédible, peut mettre en œuvre une politique monétaire fondée sur ses objectifs nationaux d’inflation ou de croissance alors que les autres pays doivent ajuster leurs taux d’intérêt afin de maintenir la parité sans pouvoir prendre en compte leur situation économique interne. Ce fut le cas de 1945 à 1971, période durant laquelle les États-Unis étaient au centre du système global de taux de change fixe issu de Bretton Woods. Après sa disparition, le même phénomène se produisit avec l’Allemagne, au centre du « serpent monétaire » européen de 1972 à 1979, puis du Système monétaire européen après 1979. Si l’alternative à l’euro est un système de taux de change fixe, l’actuelle souveraineté partagée du Conseil des Gouverneurs de la BCE apparaît largement préférable, aussi bien pour la performance des politiques macroéconomiques que pour la souveraineté des États.

Moins de contraintes pour la politique budgétaire ?

Les promoteurs du Frexit suggèrent que sortir de l’euro pourrait libérer le pays des contraintes imposées par les règles budgétaires européennes et permettre au gouvernement français d’adopter une politique budgétaire bien plus contracyclique, c’est-à-dire une politique budgétaire qui soutient la croissance en période de crise et au contraire une politique plus restrictive en période de surchauffe. Néanmoins, ils oublient de dire que non seulement les politiques budgétaires contracycliques ne sont pas une spécialité française mais qu’en plus sortir de l’euro pourrait nuire à la crédibilité de la France, et rendre plus difficile l’accès aux marchés nécessaire à la mise en place de dépenses contracycliques.

Comme le montre le Graphique 4, sur les 27 dernières années, la politique budgétaire française n’a en réalité été véritablement contracyclique qu’en 2006 et 2009. En dehors de ces deux années, la politique budgétaire a été procyclique : durant les périodes de croissance, les gouvernements augmentent les dépenses ou font baisser les taxes, même si cela contribue à une surchauffe de l’économie, tandis que durant les récessions, les gouvernements augmentent les taxes ou diminuent les dépenses, même si cela affecte négativement la croissance.

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Graphique 4 : Orientation budgétaire de la France (écart de production et évolution de la balance structurelle exprimés en pourcentage du PIB potentiel)
Source : Bruegel, à partir des estimations du FMI (WEO, octobre 2016)

Il est difficile de croire qu’un tel comportement (aussi constant dans l’erreur) soit principalement le résultat des règles budgétaires européennes. Comme nous l’expliquions dans un article publié en 2016, il est vrai que le cadre budgétaire européen actuel est très imparfait, ce qui a amené la Commission européenne à faire des recommandations erronées de politique budgétaire aux États-membres durant la crise. Ces recommandations peuvent avoir joué un rôle négatif à l’apogée de la crise, notamment de 2011 à 2013, en incitant les États à adopter des politiques d’austérité budgétaire au pire moment. Cependant, la plupart du temps, les mauvaises politiques budgétaires en France semblent imputables aux responsables nationaux et résulter de considérations principalement politiques.

La sortie de l’euro ne changerait probablement pas cela, bien au contraire. Le gouvernement français n’aurait plus à écouter les recommandations de la Commission, mais une sortie de l’euro pourrait lui couper l’accès aux marchés de capitaux nécessaire à la mise en œuvre de politiques contracycliques.

Certes, contrairement au secteur privé, la conversion de la dette publique française en francs ne devrait pas poser de problème, car celle-ci est presque intégralement (environ 95 %) émise via des contrats de droit français. La valeur de la dette publique ne devrait donc pas augmenter si la nouvelle monnaie se dépréciait. Convertir la dette publique en francs serait donc possible d’un point de vue légal, mais un changement aussi radical des conditions d’emprunt pourrait techniquement être considéré comme un défaut de paiement par les agences de notation. Il deviendrait alors plus coûteux pour le gouvernement français d’emprunter sur les marchés financiers, et la France pourrait, dans le pire des cas, perdre son accès aux marchés internationaux pendant quelques années.

Dans tous les cas, le gouvernement français serait sous une surveillance accrue des marchés et il serait logique pour les investisseurs internationaux d’exiger des taux d’intérêt plus élevés lors de l’émission de nouvelles obligations afin de compenser la dépréciation du franc et de se protéger contre le risque d’inflation. En outre, à plus long terme, les instruments de dette libellés en francs perdraient les bénéfices liés au fait d’être émis dans monnaie de réserve, un statut réservé aux pays avec une longue expérience de politique monétaire stable et crédible comme les États-Unis ou le Royaume-Uni.

Pour toutes ces raisons, emprunter afin de soutenir l’économie quand cela est nécessaire pourrait devenir bien plus difficile et coûteux. Et tenter de contourner ce problème en utilisant la banque centrale pour financer les déficits budgétaires ne serait pas judicieux à un moment où il lui faudra établir sa crédibilité afin d’ancrer l’inflation à un niveau faible ou de défendre un taux de change stable.

Des entreprises épargnées ?

Les variations de taux de change ont un impact sur les économies par le biais de différents canaux. Outre le commerce international, les bilans des entreprises et des banques sont aussi affectés par ces variations, ce qui peut avoir un impact significatif sur l’économie. Le fait que les avoirs et les engagements de certains agents économiques soient libellés dans des devises différentes, combiné à des variations de change inattendues, a ainsi joué un rôle important dans les crises financières qui ont frappé les pays émergents à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Le mécanisme principal à l’œuvre lors de ces crises est assez simple. L’instauration de régimes de change fixe considérés comme crédibles amène certains agents à penser qu’il est sans danger (et moins cher) d’avoir des dettes en devises étrangères non couvertes contre le risque de change. Cependant, l’abandon soudain de ces régimes de taux de change et la dépréciation ultérieure de la monnaie nationale conduit à une augmentation significative de la valeur des dettes émises en devises étrangères, rendant les remboursements difficiles et se terminant dans certains cas par des faillites en chaîne. Le cas de l’Argentine à la fin de l’année 2001 en fournit un exemple parfait : l’abandon inattendu de la parité fixe avec le dollar et la conversion des dépôts détenus en dollar en pesos ont été suivis par une dépréciation massive du peso (de plus de 60 % par rapport aux monnaies de leurs principaux partenaires commerciaux). De nombreux emprunteurs ont alors vu la valeur de leur dette étrangère exploser en termes de monnaie locale, ce qui a conduit à des pertes énormes, des difficultés de remboursement, et pour finir à des défaillances en cascade.

Le gouvernement français, de même que les banques, entreprises et ménages français, emprunte peu en devises étrangères. Lorsqu’ils le font, ils se couvrent contre les variations de taux de change. Ce n’est donc pas la dette actuelle en devises étrangères qui poserait problème en cas de sortie de l’euro, mais le fait que l’euro lui-même deviendrait alors une monnaie étrangère. La difficulté résiderait dans la conversion des actifs et des passifs de l’euro au franc.

La juridiction du droit régissant les contrats déterminerait si un instrument financier peut être converti en francs, ou s’il doit rester libellé en euros. Pour faire simple, si la dette a été contractée sous droit français, la conversion en francs devrait être possible. En revanche, si elle a été contractée sous droit étranger – généralement anglais ou américain – elle continuerait à être libellée en euros après la sortie de l’Union monétaire. Certains acteurs devraient donc payer leurs dettes en ce qui serait devenu pour eux une monnaie étrangère, et on verrait rapidement apparaître des discordances de devises (« currency mismatches ») non couvertes dans leurs bilans. En effet, considérant l’euro comme irrévocable, ces agents n’auraient pas vu la nécessité de se couvrir contre le risque de conversion des dettes contractées en euros sous droit étranger.

La plupart des dettes des ménages et des PME françaises prennent la forme d’emprunts auprès de banques françaises, ou de filiales françaises de banques étrangères, contractés sous droit français. Ils devraient donc être facilement convertis en francs. Réciproquement, les actifs des banques françaises prenant la forme de prêts domestiques seraient convertis en francs, tout comme, du côté du passif, les dépôts des ménages et des entreprises.

Le principal risque proviendrait d’autres instruments de dette tels que les emprunts transfrontaliers contractés auprès de banques étrangères ou les obligations émises sous droit étranger par les banques françaises et les entreprises non financières majeures. Au niveau agrégé, la situation pourrait ex ante paraître gérable mais de nombreuses entreprises seraient en réalité affectées par des discordances de devises.

Plusieurs articles ont récemment tenté de mesurer l’ampleur du problème que pourraient représenter les discordances de devises résultant d’une sortie de la zone euro. Durand et Villemot (2016), utilisant les données macro de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), considèrent qu’une sortie de l’euro serait gérable car au niveau agrégé les entreprises et les ménages français possèdent assez d’actifs à l’étranger, dont la valeur en francs augmenterait en cas de dépréciation, comparés aux passifs qui ne seraient pas convertis. Il est vrai que les actifs et les revenus de l’étranger viendraient atténuer l’effet négatif des dettes libellées en devises étrangères. Néanmoins, le problème des chiffres agrégés est qu’ils omettent totalement les discordances possibles au niveau d’entreprises spécifiques. Par exemple, si la moitié des entreprises est vulnérable à la sortie de l’euro et si l’autre moitié en bénéficie, en termes agrégés l’économie pourrait ex ante paraître capable de bien gérer un tel choc. Néanmoins, cela ne serait probablement pas le cas, car il serait en pratique impossible de redistribuer les effets positifs et négatifs entre entreprises. Pour ne pas utiliser de données agrégées, Amiel et Hyppolite (2015) ont construit une base de données exhaustive sur la dette négociable de chacune des grandes banques et sociétés non financières françaises. Ils montrent que, dans leur échantillon, entre 41 % (dans le meilleur des cas) et 59 % (dans le pire des cas) de la dette négociable est émise sous droit étranger et ne serait donc pas convertie en francs. En outre, ils montrent aussi que de nombreuses sociétés (en particulier dans le secteur financier) possédant de la dette qui resterait libellée en euros ne généreraient pas assez de revenus à l’étranger pour pouvoir couvrir le remboursement de leur dette en euros. Ceci pourrait rapidement conduire à de sérieuses difficultés pour ces entreprises, et finalement à des faillites, ou à d’importants plans de sauvetage par le gouvernement des sociétés financières mais aussi non financières considérées comme d’importance systémique.

En pratique, à l’échelle micro, la transition serait chaotique et conduirait à des milliers de litiges juridiques interminables et à l’issue incertaine qui auront un impact négatif sur l’activité économique. La sortie de l’euro finirait par ressembler à une grande loterie pour l’ensemble des entreprises : selon qu’elles ont plus d’actifs ou de passifs convertis en francs, la sortie de l’euro les mettrait en difficulté ou les enrichirait. Sans oublier que ces restructurations de dette, banqueroutes et sauvetages financiers en cascade affecteraient in fine l’ensemble des créditeurs, des actionnaires et des contribuables.

Une sortie de l’euro sans encombre ?

Afin d’anticiper ce qui pourrait se produire dans une telle situation, il est naturel de revenir sur les expériences passées de dissolution d’unions monétaires. Rose (2016) a réuni une base de données dénombrant 69 sorties d’unions monétaires depuis la Seconde Guerre mondiale. Cet article est donc souvent cité par les partisans d’une sortie de l’euro car les résultats de Rose suggèrent que les différences de performance macroéconomique entre les pays qui quittent les unions monétaires et ceux qui y restent ne sont pas significatives.

Cependant, une fois encore, ces exemples historiques ne permettent pas vraiment d’éclairer la situation actuelle ni d’en tirer des conclusions pour le cas français. La plupart des dissolutions d’union monétaire de cet échantillon se sont produites suite à l’indépendance d’anciennes colonies européennes ou à la chute du bloc soviétique. Les circonstances actuelles diffèrent sur de nombreux points : la taille de l’économie française, son développement financier, l’importance du secteur financier dans son économie ou encore les liens financiers entre la France et les autres pays européens soumis à la libre circulation des capitaux depuis plus de deux décennies. La disparition de l’euro, ou même la sortie de la France de l’UEM, constituerait un évènement sans précèdent qui ne peut pas être comparé aux dissolutions d’unions monétaires survenues dans les 60 dernières années. Les partisans d’une sortie de l’euro invoquent ainsi souvent la dissolution de l’union monétaire tchécoslovaque en 1992, comme l’exemple d’une séparation monétaire réussie que la zone euro pourrait facilement imiter ; mais c’est oublier que ces deux situations sont foncièrement incomparables. La Tchécoslovaquie sortait de plus de quatre décennies de régime socialiste et son système financier en était à ses balbutiements lors de la dissolution de l’union monétaire. De plus, l’accord conclu entre Tchèques et Slovaques incluait des transferts massifs du pays doté d’une monnaie forte vers le pays doté d’une monnaie faible, ce qui serait actuellement inimaginable dans la zone euro.

En réalité, l’idée même qu’il serait possible d’organiser en toute tranquillité un référendum en France, puis de négocier calmement avec nos partenaires européens, est parfaitement illusoire. Dès que les ménages français considèreront le Frexit comme une possibilité crédible et anticiperont la conversion de leurs dépôts dans une monnaie qui aura vocation à se déprécier rapidement, on assistera à une panique bancaire « préventive » et à une fuite des capitaux. Céder à une telle panique bancaire serait en effet parfaitement rationnel du point de vue des déposants : s’ils anticipent la dépréciation de la nouvelle monnaie (ce qui est un des buts recherchés par les partisans du Frexit), ils seront alors tentés de retirer leur argent de leurs comptes bancaires avant la conversion, de le conserver en liquide ou de le placer dans une banque d’un autre pays de la zone euro, d’attendre que la nouvelle monnaie se déprécie, de convertir leur argent en francs une fois que la monnaie a atteint son niveau le plus bas, et de réaliser ainsi un profit (dans la nouvelle monnaie) équivalent à la dépréciation s’étant produite.

Le Graphique 5 montre qu’en Grèce, une telle panique bancaire s’est déclenchée – tout d’abord au ralenti – dès que les déposants ont commencé à envisager une possible sortie de la Grèce de la zone euro. Cette tendance s’est ensuite accélérée en 2015, et a finalement conduit à la fermeture de banques et à la mise en place de contrôles de capitaux à la fin du mois de juin. Il en irait de même en France afin d’éviter un effondrement du système bancaire. Le cas de la Grèce nous éclaire aussi sur l’impact potentiel d’un tel évènement : après la mise en place des contrôles de capitaux, le PIB réel a diminué de 1,7 % durant le seul troisième trimestre de 2015, l’économie étant gelée par les restrictions bancaires.

En France, la sortie de l’euro est pour le moment toujours considérée comme un risque marginal par les marchés et les déposants, mais le marché des obligations souveraines a d’ores et déjà commencé à réagir à la probabilité fluctuante d’un Frexit. Si le Frexit devenait plus probable, le retrait des dépôts et la prime de risque sur les obligations souveraines pourraient augmenter très rapidement.

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Graphique 5 : Dépôts bancaires exprimés en pourcentage du PIB
Source : ECB, Eurostat

Un autre risque est que la sortie de l’euro pourrait se produire par accident, avant qu’elle puisse être organisé ou avant même tout référendum. Imaginons, par exemple, le scenario suivant : le Front National remporte les élections et les agences de notation principales décident d’abaisser la note de la France, en-dessous de BBB- (suivant le système de notation de Fitch et Standard & Poor’s). Cela rendrait difficile l’accès des banques françaises, qui pourraient dans le même temps avoir à faire face à une panique bancaire, aux opérations principales de refinancement de la BCE, car il ne leur serait plus possible d’utiliser les obligations du gouvernement français comme garantie pour obtenir des prêts à la BCE. Elles pourraient dès lors être forcées d’utiliser la « fourniture de liquidité d’urgence » (le fameux ELA, pour « Emergency liquidity assistance ») de la Banque de France, plus coûteuse mais aussi plus flexible en termes de types de garanties acceptées, dans les limites imposées par le Conseil des Gouverneurs de la BCE.

La situation serait alors très similaire à celle de la Grèce en février 2015. Et, comme en 2015, la BCE se retrouverait au cœur de discussions extrêmement politiques afin de déterminer si elle doit oui ou non continuer à fournir des liquidités au secteur bancaire français pour faire face à la panique. Cette décision pourrait s’avérer encore plus difficile à prendre pour la BCE car elle se retrouverait alors face à un gouvernement ouvertement favorable à la sortie de l’Union monétaire. Et si sa décision était d’arrêter l’approvisionnement en liquidités, la Banque de France et le gouvernement français n’auraient d’autres choix que de mettre en place un contrôle de capitaux très strict, ou de créer une nouvelle monnaie afin de fournir au système bancaire les liquidités nécessaires. Le risque de sortie de l’euro pourrait alors s’avérer auto-réalisateur.

La probabilité d’un tel scénario est aujourd’hui extrêmement faible, et l’enchaînement d’événements pour arriver à ce résultat fort peu probable. Mais il semble clair que, s’il se produisait, la situation pourrait rapidement dégénérer et aboutir à une sortie chaotique de l’Union monétaire, qui aurait des conséquences dévastatrices pour l’économie française. Sans oublier que le système financier français est au centre du système financier de la zone euro et est étroitement lié au système financier mondial. La sortie de la France de l’euro conduirait à un gel des flux financiers et provoquerait un arrêt cardiaque du système financier mondial, qui pourrait faire passer la faillite de Lehman Brothers, dont les conséquences ont été majeures sur l’économie réelle, pour un événement de moindre importance [2].

Le Quantitative Easing (QE), c’est quoi?

Comment une banque centrale peut-elle injecter de l’argent dans l’économie? Elle imprime des billets et basta? Le Captain’ vous explique tout cela, en vous introduisant le concept de l’assouplissement quantitatif, alias le Quantitative Easing.

Pour augmenter la masse monétaire en circulation, la banque centrale dispose d’un outil conventionnel : le taux directeur. En période de crise, une banque centrale baisse son taux directeur, ce qui fait baisser les taux sur le marché interbancaire et fait donc ensuite diminuer le taux auquel les entreprises peuvent emprunter. Lorsque le taux baisse, les entreprises investissent davantage, ce qui permet de relancer la croissance.

Mais avec la crise financière, un outil dont on entendait peu parler auparavant est réapparu : le « quantitative easing ». Pourquoi soudainement les banques centrales de nombreux pays ont utilisé cette technique  non-conventionnelle ? Il est en effet possible pour une banque de baisser son taux directeur, mais assez logiquement, une fois que ce taux est à 0% ou très proche, il est impossible de le baisser davantage. Et c’est le cas par exemple aux Etats-Unis, où le taux directeur de la Federal Reserve est depuis le 16 décembre 2008 à son niveau le plus bas : 0-0,25%.

 

Taux Fed 2012

C’est à partir de cette période, c’est à dire fin 2008, que la Federal Reserve a commencé ses opérations de Quantitative Easing. Mais comment cela fonctionne t-il exactement? Explications en quatre étapes, avec la traduction d’un article de la BBC « Q&A: Quantitative easing« .

1) En accord avec le trésor, la Banque Centrale (ici celle d’Angleterre) crée de la monnaie. Cette monnaie n’est pas créée physiquement, il s’agit simplement d’une ligne de crédit sur le compte de la Banque Centrale.

Quantitative Easing - Assouplissement Quantitatif

2) Pour injecter cet argent fraîchement crée, la Banque Centrale achète des bons souverains aux institutions financières (banques, compagnies d’assurances, fonds de pension).

Quantitative Easing - Assouplissement Quantitatif

 

3) Les banques se retrouvent donc avec davantage de cash, qui peut ainsi être prêté plus facilement (et à un taux plus faible) aux entreprises et ménages, dans le but de booster l’investissement et la consommation (et donc la demande agrégée : AD = C + I + G + X – M ).

 

Quantitative Easing - Assouplissement Quantitatif

 

4) Une fois la croissance retrouvée grâce à la hausse de l’investissement et de la consommation, la Banque Centrale doit en théorie vendre les bons souverains précédemment achetés (ou bien attendre que les bons arrivent à maturité), et détruire la monnaie qui a été créée. Si l’intervention est totalement stérilisée, la monnaie créée au moment de la crise pour booster l’investissement doit être détruite ensuite pour éviter les pressions inflationnistes.

 

Quantitative Easing - Assouplissement Quantitatif

 

Conclusion: Après la théorie, le Captain’ vous parlera mardi du Quantitative Easing 2 de la Federal Reserve d’un montant de …  wait 4 it … 600 milliards de dollars ! En effet, entre fin 2010 et mi 2011, la modique somme de 600 milliards de dollars a été créée par la Fed et injectée via le rachat de Treasury, afin d’éviter une période de déflation et rebooster l’économie. Au risque de créer de l’inflation et des bulles sur certains marchés !

MAIS OU EST DONC PASSE LE RENDEMENT DU QUANTITATIVE EASING (QE) ?

http://www.captaineconomics.fr/-le-quantitative-easing-qe-cest-quoi

Tous les citoyens du monde le savent. Quand vous achetez des titres (actions ou obligations) vous vous attendez naturellement à recevoir un revenu généré par ces titres. Les actions produisent des dividendes tandis que les obligations produisent des intérêts.
Vous vous demandez certainement à quoi servent ces rappels élémentaires mais soyez juste un peu patients et vous atterrirez bientôt au bon aéroport et sur la bonne piste.
Si l’on vous proposait à vous en particulier d’acquérir des actions et des obligations tout en renonçant aux dividendes et aux intérêts produits par ces actions et ces obligations, vous tomberiez à juste titre dans une colère incandescente. C’est évident que seul un malade mental acquerrait des titres tout en oubliant de récupérer les dividendes et les intérêts générés par ces titres. Et vous savez qu’en général, les actionnaires par exemple sont très exigeants en matière de dividendes et exigent généralement des rendements à deux chiffres sur leurs actions. Il est également évident pour vous que si vous détenez des titres, vous réclamez un rendement pour la durée pendant laquelle vous détenez ces titres.
Ensuite tous les citoyens du monde savent que la Banque Centrale appartient à…l’Etat. Il est vrai que l’actionnariat détaillé de la FED par exemple n’est toujours pas visible sur son site web (You know, it is because there is a lot of democracy, good governance and transparency). Donc si la Banque Centrale gagne de l’argent, cet argent revient de droit à l’Etat et si elle en perd, cette perte revient de droit à l’Etat.
Les rappels élémentaires ci-dessus terminés, commençons maintenant à chercher la piste d’atterrissage et soyez courageux car de fortes turbulences vous attendent à l’atterrissage.
Dans une conspiration du silence bien huilée aucun de nos « économistes » mondiaux n’a fait cas de l’iniquité que vous allez découvrir à présent.
De 2008 à 2014, la FED aux Etats-Unis a pratiqué massivement du Quantitative Easing (QE) pour dit-on relancer la machine économique Américaine. Ce QE a consisté en un rachat massif par la FED des actions d’entreprises privées, des obligations d’Etat, des obligations d’entreprises. Montant de l’opération ? Tenez-vous calme ; 6 700 milliards USD en six ans !
Donc en six ans, le montant des actions d’entreprises, obligations d’Etat, obligations privées rachetées par la FED est de 6 700 milliards USD. La FED a racheté tous ces titres auprès des banques commerciales, des compagnies d’assurances et des fonds d’investissements.
Petit détail technique et rassurez-vous, c’est le seul.
Quand la FED rachète ces titres auprès des banques commerciales elle crée de toute pièce une monnaie dont les Américains ne verront jamais la couleur car elle circule uniquement entre les mains des banques commerciales. C’est la monnaie centrale. Donc pour ce type de rachat qui n’a rien coûté à la FED (puisque même l’employé de base de la banque centrale sait qu’on clique simplement en deux minutes sur le clavier d’un ordinateur pour créer la monnaie centrale) il n’y a eu aucune injection de monnaie nouvelle dans l’économie Américaine.
Quand par contre la FED rachète ces titres auprès des compagnies d’assurances et des fonds d’investissement, la FED crée de toute pièce et à partir de rien (ex-nihilo) de la monnaie qui entre effectivement dans l’économie Américaine. Mais ici encore la FED n’a rien dépensé du tout. Elle a créé de toute pièce la monnaie nouvelle qui se retrouve dans les comptes que détiennent les fonds d’investissement et les compagnies d’assurances auprès des banques commerciales.
Commençons la phase d’atterrissage et entrons en zone de fortes turbulences.
La FED n’a donc rien dépensé du tout. Son employé de base a cliqué sur le clavier d’un ordinateur pour créer à la fois la monnaie centrale remise aux banques et la monnaie remise aux compagnies d’assurances et aux fonds d’investissement. En contrepartie de cette création qui, vous l’avez compris n’a fait couler aucune sueur du front de la FED, la FED est devenue propriétaire de 6 700 milliards USD d’actions et d’obligations qui normalement rapportent des dividendes et des intérêts à la FED !
Vous commencez déjà à comprendre les turbulences de l’atterrissage.
Si on admet que la FED touchée par une forte distraction (normalement en économie néolibérale, les actionnaires exigent un rendement à deux chiffres sur leurs actions) s’est contentée d’un rendement annuel moyen de seulement 1% sur ces 6 700 milliards USD de titres, cela veut dire que depuis 2008 la FED engrange chaque année des revenus importants et croissants qui en plein régime se chiffrent à 67 milliards USD par an. Et ces revenus sont générés par ses titres qui ne lui ont d’ailleurs rien coûté !
Réjouissons-nous car comme la FED appartient en principe à l’Etat Américain ( but we are not sure because, you know, the shareholding is not published even on the FED’s web site) et comme la FED engrange des revenus gratuits depuis 2008 sur ses titres, il est évident que la FED doit naturellement avoir versé ces revenus à un endetté chronique en déficit permanent qui s’appelle…l’Etat Américain. Donc en toute logique, ces revenus du QE ont probablement permis une baisse annuelle de la dette publique monstrueuse des Etats-Unis à raison de 67 milliards USD par an en plein régime.
Is not this very rejoicing?
Maintenant votre colère peut librement brûler car détrompez-vous rapidement, ces revenus n’ont point été reversés dans les comptes publics des Etats-Unis. Cela se serait rapidement vu dans les comptes publics Américains (le déficit public du pays est à 19 381,59 milliards USD soit 104,17% du PIB. C’est dire si ce pays a besoin de racler les fonds de tiroir, y compris ces 67 milliards USD que confisque la FED qui n’a point travaillé. Vous le constatez bien, la FED est très patriotique et ne promeut point le gouvernement mondial des ténèbres).
Shocking as we use to say in Colorado.
Où est donc passé le revenu du QE pratiqué en six ans par la FED ?
Juste un exemple pour vous fixer les idées : si vous postez annuellement 67 milliards USD et ceci pendant cinq ans dans un compte spécial de l’Etat Américain, cela suffira largement pour financer une importante portion du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) mais ne comptez point sur l’Africain Américain qui habite la Maison blanche depuis huit ans car il n’a aucun esprit en lui-même. Et concernant les couches pauvres de la population Américaine, l’Africain Américain habitant la Maison Blanche depuis huit ans a pour seule réponse la démarche élégante de Hollywood et les vains discours. Il n’a aucune idée de ce que fait la FED des revenus générés par le QE.
End of story.
Mais l’histoire ne s’arrête point aux Etats-Unis.
Les grandes Banques Centrales du monde (FED, BCE, Banque du Japon, Banque d’Angleterre principalement) ont depuis 2007 (début de la crise qui se poursuit toujours) injecté près de 13 000 milliards USD dans les économies concernées via Quantitative Easing (QE). En admettant toujours un rendement global moyen de seulement 1% par an, c’est un revenu annuel moyen substantiel et croissant que ces Banques Centrales ont engrangé depuis 2007. Et en plein régime ce revenu substantiel était de près de 130 milliards USD par an.
Que les citoyens du Japon, de la Grande Bretagne et des pays qui sont (encore) dans la zone Euro vérifient si les Banques Centrales ont versé les revenus du QE dans les comptes publics des pays lourdement endettés que sont le Japon, la Grande Bretagne et les pays qui sont ( encore) dans l’UE. Je n’ai pas fait cette vérification mais est-ce trop vous demander que de vous confier ce petit exercice pour le weekend ? Si vous n’aimez pas vous tracasser avec les chiffres et les rapports de la banque centrale et des comptes publics, confiez simplement cet exercice à vos bien-aimés Députés afin qu’ils convoquent votre premier ministre et votre gouverneur de banque centrale et leur demandent où se trouvent les revenus du QE.
Shalom à tous les peuples de la terre.
Rev. Apôtre Joseph TOUBI
josetoubi@gmail.com
josetoubi@hotmail.fr
2016-07-16

Quand Michel Rocard dévoilait … le pot aux roses …

La dette est une construction artificielle créée par les banques avec le consentement des états pour dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde. Les gouvernants sont au courant… et ils laissent faire!!!

Audit citoyen de la dette publique, Résumé du rapport :

59% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs

Tout se passe comme si la réduction des déficits et des dettes publiques était aujourd’hui l’objectif prioritaire de la politique économique menée en France comme dans la plupart des pays européens. La baisse des salaires des fonctionnaires, ou le pacte dit « de responsabilité » qui prévoit 50 milliards supplémentaires de réduction des dépenses publiques, sont justifiés au nom de cet impératif.

Le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente: une croissance excessive des dépenses publiques.

Mais ce discours ne résiste pas à l’examen des faits. Dans ce rapport nous montrons que l’augmentation de la dette de l’État – qui représente l’essentiel, soit 79%, de la dette publique – ne peut s’expliquer par l’augmentation des dépenses puisque leur part dans le PIB a chuté de 2 points en trente ans.

Si la dette a augmenté c’est d’abord parce que tout au long de ces années l’État s’est systématiquement privé de recettes en exonérant les ménages aisés et les grandes entreprises : du fait de la multiplication des cadeaux fiscaux et des niches, la part des recettes de l’État dans le PIB a chuté de 5 points en 30 ans.

Si l’État, au lieu de se dépouiller lui-même, avait maintenu constante la part de ses recettes dans le PIB, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 24 points de PIB (soit 488 milliards €) à son niveau actuel.

C’est ensuite parce que les taux d’intérêt ont souvent atteint des niveaux excessifs, notamment dans les années 1990 avec les politiques de « franc fort » pour préparer l’entrée dans l’euro, engendrant un « effet boule de neige » qui pèse encore très lourdement sur la dette actuelle.

Si l’État, au lieu de se financer depuis 30 ans sur les marchés financiers, avait recouru à des emprunts directement auprès des ménages ou des banques à un taux d’intérêt réel de 2 %, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 29 points de PIB (soit 589 milliards €) à son niveau actuel.

L’impact combiné de l’effet boule de neige et des cadeaux fiscaux sur la dette publique est majeur : 53% du PIB (soit 1077 milliards €). Si l’État n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, le ratio dette publique sur PIB aurait été en 2012 de 43% au lieu de 90 % comme le montre le graphique ci-contre.

Au total, 59% de l’actuelle dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêts excessifs.

Voir le graphique en bas
La hausse de la dette publique provient pour l’essentiel
des cadeaux fiscaux et des hauts taux d’intérêt

Source : Insee, comptabilité nationale ; calculs CAC

Le rapport d’audit propose aussi une évaluation des impacts des paradis fiscaux ainsi que de la crise financière de 2008 dans l’envolée de la dette publique.

Au total, il apparaît clairement que la dette publique a été provoquée par des politiques économiques largement favorables aux intérêts des créanciers et des riches, alors que les sacrifices demandés aujourd’hui pour la réduire pèsent pour l’essentiel sur les salariés, les retraités et les usagers des services publics. Cela pose la question de sa légitimité.

Le rapport se conclut par une série de propositions destinées à alléger le fardeau de la dette (près de 50 milliards d’euros d’intérêts par an et plus de 100 milliards de remboursements) pour rompre avec le cercle vicieux des politiques d’austérité et financer les investissements publics dont l’urgence sociale et écologique n’est plus à démontrer.

La réalisation d’un audit de la dette publique effectué par les citoyens ou sous contrôle citoyen, devrait permettre d’ouvrir enfin un véritable débat démocratique sur la dette publique. Ce débat devrait amener à déterminer quelle partie de cette dette est jugée par les citoyens comme illégitime. Les premières évaluations ici proposées par le groupe de travail du Collectif pour un audit citoyen se veulent une contribution à ce débat.

Ont participé à l’élaboration du rapport :

  • Michel Husson (Conseil scientifique d’Attac, coordination),
  • Pascal Franchet (CADTM),
  • Robert Joumard (Attac),
  • Evelyne Ngo (Solidaires Finances Publiques),
  • Henri Sterdyniak (Économistes Atterrés),
  • Patrick Saurin (Sud BPCE)

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