Discour de Martin Luther King le 28 Août 1963

D’après l’excellente BD de Ho che Anderson : « KING »

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Présentation de Mahalia Jackson :

« I’ve been buked and I’ve been scorned, yes

Tryin’ to make this journey all alone … »

Présentation de Charlton Heston :

« En opprimant les humbles, nous opprimons notre pays. La parole du père n’a de sens que si le père se montre juste. Nous devons prendre en compte l’histoire de notre pays… »

Présentation de A. Philip Randolph :

« Mes chers compagnons, tout d’abord merci pour la patience dont vous témoignez aujourd’hui, et merci pour offrir à tout le pays une telle image de dignité. Voici la plus grande manifestation de toute l’histoire du peuple noir. Vous l’avez voulu pacifique, vous avez voulu montrer au monde entier combien vous étiez nombreux à y croire. Mais il faut que le monde entier sache que nous sommes loin d’être tous présents. Nous ne sommes que les porte-parole d’une révolution : celle de la liberté du travail, celle de la liberté, tout simplement. Il est presque trois heures, et je sais que beaucoup d’entre vous attendent celui que je vais maintenant annoncer. Je ne vous ferez pas attendre plus longtemps. Mesdames et messieurs… Le leader moral de notre peuple … Martin Luther King : »

 

« Un célèbre américain, qui jette aujourd’hui sur nous son regard bienveillant, a signé il y a un siècle la Déclaration d’Emancipation. Ce texte essentiel, porteur de lumière et d’espérance, sortait de l’esclavage des millions de noirs asservis sous le joug d’une criante injustice.

Mais un siècle plus tard, nous nous devons hélas de constater que l’homme noir est toujours asservi. Ses entraves se nomment aujourd’hui ségrégation, ses chaînes discrimination. Un siècle plus tard, l’homme noir n’a toujours pas accès aux immenses richesses de notre pays.

Un siècle plus tard l’homme noir reste un exilé sur sa terre, un rebut de sa propre société. Alors, si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour mettre en lumière notre condition inhumaine. Si nous sommes venus à Washington, c’est pour réclamer ce qui nous est dû.

Quand les fondateurs de notre République ont écrit ces textes sublimes de la constitution et de la déclaration des droits d’indépendance, ils se sont engagés vis-à-vis de tous ceux qui les soutiendraient.

Ils ont promis que chaque homme jouirait de droits inaliénables : le droit de vivre, de vivre libre, et de vivre heureux. Il est aujourd’hui évident que l’Amérique a manqué à son serment vis-à-vis des citoyens de couleur.

Au lieu d’honorer sa promesse sacrée, l’Amérique a donné à ses citoyens noirs un véritable chèque en bois. Mais nous refusons de croire que la banque de la justice soit en faillite …

Alors nous venons réclamer notre dû, nos richesses : notre droit à la liberté et à la justice.

Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est que nous ne voulons pas attendre.

Il n’est plus temps de calmer les esprits, ni de réfléchir tranquillement aux possibles solutions. Mais il est temps de tenir les promesses de la démocratie. Il est temps de quitter les ténèbres de la ségrégation pour la lumière de la justice entre tous les hommes.

Il est temps d’ouvrir les portes de la chance à tous les enfants de dieu. Temps de tirer notre pays de l’enlisement, de le mener vers les rivages de la fraternité.

Mais dans cette lutte pacifique pour la justice, il me faut mettre en garde mon peuple.

Nous n’obtiendrons pas gain de cause en nous rendant coupables, à notre tour, d’actes injustes. Notre soif de liberté ne doit pas s’étancher de l’amertume ni de la haine.

Nous devons mener notre lutte la tête haute, avec dignité et rigueur. Nous ne pouvons laisser nos aspirations se muer en violence. Nous devons toujours opposer la force morale à la force physique, et placer le débat au plus haut niveau.

La communauté noire aujourd’hui unie et déterminée, ne doit pas à son tour se montrer sectaire. Nous voyons bien que certains de nos frères blancs, par leur présence dans cette assemblée, veulent eux aussi lier leur destinée à la notre.

Certains demandent aux défenseurs des droits civiques : « Jusqu’où irez-vous? ». Mais nous ne pouvons être satisfaits tant que les noirs subissent des brutalités policières. Nous ne pourrons être satisfaits tant que nous ne serons pas libres d’aller et venir, et de prendre une chambre dans n’importe quel hôtel.

Nous ne serons pas satisfaits tant que les noirs n’auront comme choix que de troquer un ghetto contre un autre, tant que le noir du Mississipi ne pourra pas voter, tant que celui de New-York n’aura personne pour le représenter.

Mais je veux vous dire, mes amis, que malgré les embûches sur notre chemin et les frustrations engendrées par notre lutte, j’ai un rêve. Un rêve frère du rêve américain.

Je rêve qu’un matin, cette nation mettra en œuvre le vrai sens de son crédo : « Les hommes naissent égaux. »

Je rêve qu’un jour, les fils d’esclaves et les fils de planteurs des collines de terre rouge de Gèorgie s’assiéront ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’état du Mississipi, aujourd’hui terre d’injustice et d’oppression, deviendra une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre enfants vivront dans un pays où ils seront jugé d’après leur personnalité, plus d’après leur couleur.

Je rêve qu’un jour l’état d’Alabama, dont le gouverneur actuel est un de nos plus farouches adversaires, verra garçons et filles, Noirs et Blancs, se tenir la main et marcher ensemble comme frères et sœurs. J’ai un rêve aujourd’hui.

Je rêve qu’un jour les gouffres soient comblés, montagnes et collines aplanies, rugosités adoucies et chemins tortueux rectifiés, pour qu’enfin la gloire de dieu soit visible partout et pour tous.

Voilà notre espoir, voilà notre foi, et c’est avec cet espoir, avec cette foi que je rentre dans le Sud. Ils nous aideront à transformer des montagnes de désespoir, et les fausses notes de notre nation en une symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier, nous battre ensemble et même être emprisonnés, en sachant qu’un jour nous serons libres.

Un jour viendra où tous les enfants de dieu pourront entonner ensemble : « Mon pays terre de liberté, je te chante. Terre de mes pères, fierté des pèlerins, laisse chanter ta liberté ! » Et cela sera vrai.

Et si l’Amérique est une grande nation, ce moment arrivera. Alors laissons chanter la liberté des collines du New Hampshire ! La liberté des montagnes de New-York ! La liberté des Alleghenies de Pennsylvanie !

Laissons chanter la liberté des Stone Mountains de Georgie ! Des Lookout mountains du Tennessee ! Laissons chanter la liberté !

Quand la liberté chantera dans tous les villages et tous les hameaux, dans toutes les villes et tous les états, alors arrivera le jour ou tous les enfants de dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Goys, Protestants et Catholiques, se prendront par la main pour entonner les paroles de ce vieux chant noir : Enfin libres ! Enfin libres ! »

 

Ou l’on voit le visage de la haine raciale aux niveaux des citoyens, des responsables et des autorités policières :

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De Phnom Penh à La Havane

Publié le 15 mai 2015 par « entre les lignes entre les mots »

(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Eduardo Cienfuegos – La Bodeguita del Medio – Rue Empredaro La Complaciente – La Havane 12 Mai 2015)

Chers lecteurs, nous sommes attablés Edouardo et moi à la terrasse de la Bodeguita del Médio, à La Havane, table célèbre où sont venus bien avant nous Salvador Allende, Ernest Hemingway, Pablo Neruda et bien d’autres. Et qu’y faisons-nous à la Bodeguita ? Bien sûr, siroter des mojitos mais aussi attendre d’en savoir plus concernant la visite présidentielle française. Rencontrera-t-il Fidel ? Mais revenons d’abord un peu en arrière.

Rappelez-vous ! C’était il y a presque 50 ans, le 1° Septembre 1966. Peut-être quelques-uns d’entre vous, encore adolescents ou jeunes gens, se souviennent avoir entendu ce soir-là à 20 heures, devant le petit écran noir et blanc de l’ORTF, le discours du Général De Gaulle, Président de la République Française, aux côtés du Prince-Président Norodom Sihanouk, retransmis de Phnom Penh, au Cambodge.

Nous étions alors au début de ce qui fut appelé plus tard la Guerre du Vietnam, prolongement de la Guerre d’Indochine, guerre du Vietnam ou les États-Unis du Président Kennedy, puis du Président Johnson tentaient d’écraser la lutte de libération nationale et de réunification du Vietnam, au prétexte de l’endiguement communiste.

Et que contenait ce discours de Phnom Penh, discours qui fit date et impressionna le monde, tenu à quelques centaines de kilomètres seulement des campagnes vietnamiennes que les bombardiers américains commençaient à défolier, des villes du Nord Vietnam sous les tapis de bombes ?

Il contenait ce qui aurait toujours dû être la position de la France.

L’indépendance totale tout d’abord, y compris vis-à-vis de ses alliés. Nous vous avons soutenu en 1962, lors de la crise des fusées à Cuba, mais aujourd’hui, en 1966, nous quittons le commandement intégré de l’OTAN, commandement intégré qui mettait la force militaire française sous commandement américain en cas de guerre en Europe.

Le soutien au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous avons pour cela accepté l’indépendance de l’Algérie, au terme de huit ans de guerre dans laquelle nous avait jeté l’irresponsabilité des gouvernements SFIO et radicaux de la IVe République.

La volonté de détente internationale et le rejet de la politique des blocs et de la guerre froide, le non-alignement. Le fait que la France a ses propres intérêts et qu’elle choisit elle-même sa vision du monde, par exemple en ayant reconnu, premier pays occidental, la République Populaire de Chine en 1964.

50 ans ont passé, chers lecteurs, et ces principes, indépendance, refus de l’alignement et de la logique des blocs, reconnaissance des peuples à disposer d’eux-mêmes et au droit de vivre dans les formes politiques qu’ils se sont donnés, détente internationale, ces principes, que sont-ils devenus ?

Arrivé hier soir à l’aéroport José-Marti de La Havane, François Hollande, accompagné non plus comme le Général par son Ministre de la Culture, André Malraux, l’auteur des Conquérants et de La voie royale, mais par sa préposée à la Culture, Fleur Pèlerin en quête d’achat de tee-shirts à l’effigie de Che Guevara, François Hollande termine ce soir sa visite à Cuba par un entretien et un dîner avec le Président Raul Castro, après y avoir dialogué avec différents milieux et signé des accords économiques.

C’est la première visite d’un chef d’Etat français à La Havane depuis l’indépendance de Cuba en 1898. Mais surtout, c’est à noter, la première depuis l’embargo unilatéral décrété par les Etats-Unis au lendemain de la révolution cubaine en 1959. Et s’il a fallu tant attendre, c’est que l’heure n’était pas venue, avait dicté Washington. À vos ordres ! Pas question, avant que l’autorisation n’en soit donnée, de franchir le « rideau de bambou » et de pénétrer dans le « goulag tropical », selon la terminologie officieuse de nos dirigeants, terminologie toujours reprise avec délectation dans le caquetage psittacidé de nos médias.

Le blocus est levé ! François Hollande débarque escorté d’une importante délégation patronale du Medef, pour des partenariats, c’est le mot qu’ils affectionnent, en agronomie, en industrie hôtelière et touristique, en industrie pharmaceutique…

Après avoir serré dans ses bras à Ryiad tous les émirs de la péninsule arabique et pudiquement détourné les yeux de leurs exécutions en place publique, François Hollande, avec tout le tact dont il est coutumier, s’entretiendra ce soir des Droits de l’Homme avec le Président cubain. Et puisque Barack est d’accord, il pourra prendre la pose photo avec Fidel. La pause café, pas encore. Chaque chose en son temps ! Aux inquiets de son entourage, car il y en a, de préciser, était-ce nécessaire : « Je n’ai aucune filiation avec le Che ».

La dure réalité est là. Enserrés dans leur atlantisme, les dirigeants de notre pays, de Sarkozy à Hollande, fervents pioupious du commandement intégré de l’OTAN, engagés à fond dans les manœuvres secrètes pour l’élaboration du Grand Marché Transatlantique, suivistes dans toutes les provocations américaines vis-à-vis de la Russie, nos dirigeants n’ont plus qu’une seule marge de manœuvre, celle de la surenchère, pire, quelquefois malencontreuse aux yeux de Washington. On l’a vu avec la Syrie, avec le soutien à Nétanyahou et sur le dossier du nucléaire iranien.

Oui, 50 ans ont passé. N’allez pas voir là, nostalgie. Mais plutôt travail d’élucidation : connaître le passé pour mieux comprendre le présent. Et par exemple, tenter de comprendre pourquoi et comment le chef de l’Etat d’aujourd’hui n’est plus qu’un représentant de commerce et encore, sur un terrain de prospection étroitement balisé par l’oncle Sam. Dans ce registre, reconnaissons-lui cependant du talent. Dans ce domaine tout ne provient pas d’HEC et de l’ENA. Il y a aussi la fibre personnelle.

Jean Casanova, 12 mai 2015