Tout ce qu’il faut savoir sur le CETA

« En évitant soigneusement les questions majeures : Est-il prudent de se rendre dépendant d’un pays outre Atlantique pour des questions alimentaires la situation énergétique étant ce qu’elle est ? Qui d’autre que les multinationnales trouve un intérêt à cet accord ? Ne s’agit-il pas de la mise en place d’un énorme gaspillage ? Veut-on vraiment aller jusqu’au bout de la privatisation de nos services publiques ? Veut-on vraiment donner tous les pouvoirs aux firmes et abandonner notre système démocratique (déjà très mal en point) ? La politique, la vraie, ne consisterait-elle pas à mettre en place ce qu’il est utile de faire (créer une agriculture qui nous donne une autonomie alimentaire, redéfinir les besoins des individus et constituer une société qui puisse les satisfaire, créer un contre-pouvoir aux volontés hégémoniques des firmes, …) ? Il est clair, avec un minimum d’objectivité, que la signature du CETA emmène le monde à l’opposé de ces intérêts et de nos intérêts. Il ne s’en cache même pas, c’est seulement les observateurs qui s’efforcent de ne pas le voir. »

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PTout ce qu'il faut savoir sur le CETA

Publié le
Les agriculteurs avancent beaucoup de raisons pour expliquer leur colère. Mais ces dernières semaines, c’est le vote en faveur du Ceta à l’Assemblée nationale du 23 juillet dernier qui a remis le feu aux poudres. Qu’implique cet accord entre l’Union Européenne et le Canada ? Pourquoi inquiète-t-il à ce point nos agriculteurs ? Éléments de réponse.
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Qu’est-ce que le Ceta ?

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Pourquoi le qualifie-t-on d’accord de «nouvelle génération» ?

Cette expression est employée depuis 2011 et le début des négociations pour l’accord en l’UE et la Corée du Sud, bouclé en 2015. Elle signifie que contrairement aux anciens accords commerciaux, la «nouvelle génération» ne se limite pas à la simple réduction des droits de douane entre les États que l’accord concerne. Les nouveaux accords réduisent également ce qu’on appelle les «obstacles non-tarifaires». Dans le cas du Ceta, ça veut dire que l’accord va également faciliter l’échange de services, ouvrir davantage les marchés publics aux candidatures étrangères ou encore harmoniser les normes de toute nature afin de limiter les démarches de certification de conformité à l’exportation.

PQui est contre et pourquoi ?

À l’échelle de l’Europe, les réticences gouvernementales ont été assez faibles dans un premier temps. Seule la Belgique, en 2016, à cause du refus de trois gouvernements régionaux, a fait reporter de quelques jours la ratification du traité par le Parlement européen. Aujourd’hui, d’autres pays posent problème, au premier rang desquels l’Italie, qui a promis à plusieurs reprises à ses agriculteurs que l’accord ne passerait pas chez eux. L’Irlande et la Pologne font aussi partie des pays où le travail législatif n’a pas commencé. En l’état, 90 % du contenu de l’accord – la partie qui ne nécessitait que la ratification de l’UE – est déjà entré en vigueur. Mais si l’Italie ou n’importe quel autre parlement national ou régional des 28 États membres refuse de ratifier la partie de l’accord qui dépend de l’État et qui concerne les tribunaux d’arbitrage, alors c’est la globalité du Ceta, sous cette forme, qui devra être abandonné. En France, les critiques viennent principalement de deux secteurs pourtant souvent en opposition : agriculteurs et écologistes. Les premiers craignent une nouvelle concurrence déloyale venue d’Outre-Atlantique, puisque l’accord prévoit une très importante augmentation des quotas d’importation de produits canadiens comme le bœuf, le porc, le blé ou le maïs. Problème : les agriculteurs canadiens sont soumis à beaucoup moins de contraintes de production que leurs homologues français. Leurs prix sont donc plus compétitifs. Du côté des écologistes, on regrette cette augmentation d’échanges commerciaux qui va fatalement avoir un impact sur l’environnement via le transport de marchandises.

PQui est pour et pourquoi ?

La majorité des pays de l’UE sont favorables au Ceta. D’ailleurs, en plus de la France, 13 des 28 États membres ont déjà ratifié l’accord (Autriche, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni et Suède). En France, même s’il subsiste des réserves, les producteurs de fromage doivent pouvoir bénéficier de l’augmentation des quotas d’exportation. La reconnaissance sur le sol canadien de 143 appellations géographiques européennes (sur un total de 1 500), dont 42 pour la France, est également une bonne nouvelle. Mais les principaux bénéficiaires pourraient être les grandes entreprises comme Alstom ou Bouygues, qui lorgnent l’ouverture des marchés publics canadiens à la concurrence européenne (de 10 % à 30 %).

Depuis des années, la colère monte

«Suicides», «endettement», «sécheresse», «loup», «CETA», «Mercosur», «retraites», «ZNT», «prix», «végans». Dans les allées du Sommet de l’élevage de Clermont-Ferrand vendredi dernier, Emmanuel Macron a pu apprécier sur les pancartes tous les motifs de griefs des agriculteurs, qui se cumulent depuis des années. Et il y en a eu d’autres ! Souvenez-vous l’hiver 2017-2018. À la fin du mois de janvier, les agriculteurs, révoltés contre la diminution des zones agricoles défavorisées, avaient multiplié les actions d’envergure. Dans la région en particulier : à Toulouse, une vaste opération de blocage du périphérique avait eu lieu, point d’orgue de plusieurs semaines de grogne au bout desquelles ils avaient obtenu gain de cause. Mais encore ? L’ours, la grippe aviaire… La liste est très longue.

 Lucas Serdic
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Un prix Nobel face au krach à venir ? Joseph Stiglitz. Par Thinkerview

Source :Thinkerview, Youtube, 25-09-2019

Source :Thinkerview, Youtube, 25-09-2019

https://www.les-crises.fr/un-prix-nobel-face-au-krach-a-venir-joseph-stiglitz-par-thinkerview/

Température mondiale : 2e mois de septembre le plus chaud. Par Johan Lorck

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 se classe au 2e rang depuis 1948, date du début de l’archive NCEP-NCAR. L’année 2019 est pour le moment à la deuxième place derrière 2016.

Les réanalyses comme NCEP-NCAR intègrent de multiples observations dans un modèle permettant de suivre quasi quotidiennement l’évolution du climat. Les données sont donc immédiatement publiées, contrairement aux bilans mensuels des stations au sol. Les réanalyses permettent ainsi de se faire une idée des futures annonces des agences comme la NASA, la NOAA et le Met Office qui ne sont pas faites avant le milieu du mois suivant (en l’occurrence à la mi-octobre).

Le top 10 des mois de septembre les plus chauds

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 est le 2e plus chaud des annales NCEP-NCAR, derrière 2016 (+0,68°C). Depuis 1948, sur les cinq mois de septembre les plus chauds, on trouve dans dans l’ordre 2016, 2019, 2015, 2017 et 2013. L’anomalie de température mondiale est en hausse par rapport à août 2019 (+0,56°C).

Top 10 des mois de septembre les plus chauds depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

On peut voir ci-dessous l’évolution de la température mondiale en septembre avec une tendance de fond au réchauffement depuis 1948. La tendance est de +0,158°C par décennie depuis le début de l’archive, avec une accélération sur les 20 dernières années à +0,236°C/décennie.

Anomalies de température mondiale en septembre par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

2019 pour le moment la deuxième année la plus chaude des archives

Dans ce classement provisoire, les neuf premiers mois de 2019 sont comparés à des années pleines. 2019 devrait faire partie des trois années les plus chaudes et se positionne pour le moment à la deuxième place, juste devant 2017. Après un petit El Niño, des conditions neutres prévalent désormais dans le Pacifique.

Top 10 des années les plus chaudes depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

Les anomalies régionales en septembre 2019

La moyenne globale reste élevée malgré le refroidissement qui continue au niveau des Tropiques. Les anomalies positives se confirment dans l’Arctique, tandis que l’Antarctique renoue avec des valeurs inférieures à la normale.

Carte d’anomalies pour le mois de septembre 2019. D’après NCEP-NCAR.

+1,175°C en septembre 2019 par rapport à l’ère préindustrielle

On peut remonter plus loin dans le temps, en utilisant les archives de la NASA, et en retenant comme base la période 1880-1899 (représentative de la période préindustrielle). L’anomalie est de +1,175°C en septembre 2019, donc sous l’objectif le plus ambitieux de la COP 21 (+1,5°C).

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

https://www.les-crises.fr/temperature-mondiale-2e-mois-de-septembre-le-plus-chaud-par-johan-lorck/

 

La rhétorique réactionnaire : comment parlent les dominants lorsqu’ils craignent pour leurs privilèges

Ces dernières semaines, deux événements n’ayant – a priori – aucun rapport l’un avec l’autre se sont télescopés.

Tout d’abord, les révélations de Médiapart sur les dîners fastueux organisés aux frais du contribuable par François de Rugy, qui a depuis démissionné de son poste de Ministre de la transition écologique.

Puis la venue de Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise, à l’Assemblée nationale le 23 juillet dernier.

Chacun de ces deux événements a « libéré » une parole réactionnaire. La première niait avec véhémence les abus et la corruption ayant cours dans la vie politique. La seconde s’insurgeait du fait qu’une adolescente de seize ans puisse s’emparer du discours politique, au motif que celle-ci serait « trop jeune », « incompétente », « manipulée » – les pleurnicheries, insultes et tweets rageurs s’accompagnant parfois d’appels au boycott.

On pourrait se contenter de fustiger le vieux connisme flamboyant de nos politiques, mais je trouvais intéressant d’analyser ces discours, car ils mettent en exergue la rhétorique habituellement utilisée par les dominants lorsqu’ils vacillent de leur piédestal.

Comme on le verra, les méthodes employées sont toujours les mêmes. Pour contrer la justice et le progrès social, les conservateurs emploient des armes qu’ils espèrent tranchantes, mais qui s’avèrent désespérément rouillées.

Dévoyer le sens des mots : l’exemple de la « délation »

La délation, ce mot sombre qui évoque les pires heures de l’Histoire, est définie comme une « dénonciation intéressée, méprisable, inspirée par la vengeance, la jalousie ou la cupidité » (Larousse). Elle consiste à fournir des informations concernant un individu, en général à l’insu de ce dernier, pour un motif généralement contraire à la morale ou à l’éthique.

Mot fort et lourd de symboles, il a fait son grand retour médiatique à l’occasion du mouvement « Me too », lorsque les agresseurs, acculés, ont tenté de se raccrocher aux branches en se faisant passer pour les victimes d’un terrible complot.

Ainsi, les femmes qui dénoncent les violences dont elles ont été victimes feraient quelque chose de honteux et de méprisable, et leur volonté de trouver justice serait éthiquement condamnable.

Mais cette technique qui consiste à inverser les rôles (et donc la culpabilité), tout aussi grotesque qu’elle soit, n’a rien de très surprenant.

Lorsque les dominants se font épingler pour des actes juridiquement répréhensibles (violences, corruption, abus de pouvoir, etc), l’un des seuls mécanismes de défense qu’ils peuvent actionner est celui qui consiste à se dire victime d’une cabale.

C’est, par exemple, Denis Baupin qui attaque en diffamation les femmes qu’il a agressées sexuellement (fort heureusement, le karma existe : il a été débouté ♥).

Et donc, le terme de « délation » (un acte motivé par la vengeance) est devenu dans la bouche des dominant.es pris.es la main dans le sac un synonyme de « dénonciation » (un acte visant à faire justice). Un glissement sémantique dont personne ne semble s’émouvoir.

Dans l’affaire de Rugy, alors que Mediapart n’a fait que révéler des faits moralement et juridiquement condamnables (exerçant ainsi sa mission, qui est d’informer), les accusations de délation n’ont pas tardé à faire leur come-back (on les attendait : elles reviennent toujours). « Il y a encore dans notre pays le droit de la défense, la possibilité de réponse, sinon ça devient la République de la délation », a ainsi répliqué Emmanuel Macron, lorsqu’il fut sommé de s’expliquer.

Donc, quiconque révélerait des faits moralement et/ou juridiquement condamnables ferait de la « délation ». Drôle de conception de l’éthique et de la justice – d’autant que cela ne supprime aucunement à la personne dénoncée son droit à se défendre.

François de Rugy a quant à lui évoqué un « journalisme de démolition », se comparant à une « cible [qu’on] crible de flèches ».

Mais quelle est la différence entre le « journalisme de démolition », si tant est qu’une telle chose existe, et le journalisme d’investigation ? A moins que le droit d’informer, pilier essentiel de toute démocratie, ne devienne soudainement incriminable lorsqu’il révèle les abus de pouvoir des puissant.es ?

Rhétorique de la mauvaise foi : quand les puissant.es tentent de défendre leurs privilèges

Dans l’exercice de mauvaise foi auquel semblent se livrer nombre de dominant.es, le recours aux sophismes est particulièrement prisé.

L’un des plus connus est « l’épouvantail » (dit aussi « homme de paille »), technique qui consiste à travestir les arguments de son adversaire ou à les présenter de manière erronée, de sorte qu’il devient facile de les ridiculiser.

Mais l’exagération est une autre technique fréquemment utilisée. Voyons ainsi cet extrait d’un article concernant la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, publié sur le site Agoravox :

« La défense de notre environnement ne mérite-t-elle pas mieux qu’un gourou instrumentalisé, jouant sur les peurs et les émotions collectives à des fins de culpabilisation individuelle ? » […] Ou comment une militante écologiste de 16 ans se transforme en leader d’une secte dangereuse, qui cherche à manipuler l’opinion pour mieux répandre son idéologie dévastatrice.

Je ne résiste d’ailleurs pas à vous partager cet autre extrait, tout à fait savoureux :

« Le monde attendait un leader écologique charismatique, légitime et compétent. On vient de lui servir un grand chaman de l’écolo-catastrophisme »

Cet argument est d’une mauvaise foi confondante, car les messages écologistes, même prononcés par de grands « leaders » bardés de diplômes, provoquent la même irritation chez les réacs. Et pour cause : l’urgence écologique se heurte violemment au dogme capitaliste, sur lequel repose nos sociétés modernes. Inutile de faire semblant d’attendre un grand messie qui nous sensibilisera intelligemment à la question (le rapport du GIEC, publié en octobre 2018 et sur lequel s’appuie d’ailleurs Greta Thunberg, remplit parfaitement cet office) : le discours écologiste a toujours provoqué des réactions de rejet, quelle que soit la source dont il émane.

Mais intéressons-nous maintenant à ce stratagème rhétorique qui consiste à tenter de délégitimer son adversaire à grands recours d’attaques ad personam. Dans le cas de Greta Thunberg, rien de plus facile : son jeune âge, son manque d’expérience et son syndrome d’Asperger sont des cibles toutes trouvées.

Ainsi, ce qui met en rage les tenanciers du pouvoir traditionnel – le fait que Greta Thunberg ne soit pas un homme de cinquante ans, doté d’un diplôme de l’ENA et d’une carrière politique bien rodée – va être utilisé comme un argument pour l’attaquer. Puisqu’elle ne correspond pas à la norme, son discours est nécessairement illégitime.

L’avantage, c’est que les attaques sur la personne permettent d’éviter soigneusement le fond du débat. Et les mâles encravatés n’ont peur de rien – après tout, selon l’adage, plus c’est gros, plus ça passe. « Le message de Greta Thunberg est catastrophiste ; il aggrave le réchauffement climatique », professe ainsi l’un de ses détracteurs, qui va jusqu’à prédire « une vraie révolution, qui serait vraisemblablement d’extrême droite » en cas de victoire idéologique des idées de Greta Thunberg. Il l’accuse ensuite d’être « instrumentalisée par les ayatollahs écolo-catastrophistes qui veulent imposer aux jeunes une réduction massive de leurs libertés » (celles que nous confèrent le réchauffement climatique, sans doute ?).

« Non à la terreur par la peur », se lamente un autre de ses contempteurs, sans qu’on sache trop ce que signifie cette phrase (un indice : rien).

Il est intéressant de noter que les arguments avancés par les détracteurs de Greta Thunberg pourraient aisément être retournés contre eux-mêmes : eux non plus ne sont pas de « grand scientifiques », eux aussi sont instrumentalisés (par les lobbies industriels), eux aussi sont obsédés par une seule chose (conserver le pouvoir). Qu’ont fait les élu.es ces 20 dernières années pour enrayer le changement climatique ? Qui s’est seulement intéressé à ce sujet ?

Il est également fascinant de voir à quel point la prise de parole d’une jeune fille politisée puisse déclencher autant de violence, d’animosité, de rejet. Le pluralisme des opinions n’est-il pas l’un des fondements de la démocratie ? Par ailleurs, doit-on attendre d’être adulte pour avoir des opinions fortes, et l’envie de les exprimer ? (Toute personne qui a déjà eu 16 ans un jour vous répondra non)

Greta Thunberg dérange parce qu’elle renvoie aux parasites de la vie politique leur propre inaction et incompétence. Elle dérange parce qu’elle prouve qu’il n’est nul besoin d’être un homme de cinquante ans pour avoir un discours politique influent. Elle dérange, enfin, parce qu’elle change complètement le paradigme habituel du pouvoir. Greta Thunberg a seize ans, elle n’a pas fait Sciences Po, elle n’a pas de réelle expérience professionnelle ou politique. Mais cela ne l’empêche guère d’être une actrice importante de la lutte écologique. Et de faire entendre sa voix.

Dans leurs prises de position outrées et leurs appels au boycott, les monsieurs tout rouges et tout colères qu’une adolescente leur vole la vedette n’ont rien fait de plus qu’exhiber leur masculinité fragile, eux qui tremblent d’effroi lorsque de nouvelles règles du jeu semblent se mettre en place – et avec elles, la possibilité d’un nouveau partage du pouvoir.

Certes, tous les détracteurs de Greta Thunberg ne sont pas des hommes. Mais ce sont eux que l’on a particulièrement entendus ces derniers jours.

Ce sont eux, également, qui en 2016 s’étaient insurgés contre la venue de Pamela Anderson à l’Assemblée nationale pour parler du gavage des oies et des canards (la star américaine est une militante de la cause animale). « Dinde gavée au silicone », « degré zéro de la politique », « elle n’y connaît rien », a t-on alors pu entendre. Le message sous-jacent est toujours le même : la parole politique appartient aux hommes, et n’est légitime que lorsqu’elle correspond à un modèle ultra-codifié.

Toutes ineptes qu’elles soient, ces lamentations permettent aux dominants (qui se sentent) menacés de continuer à occuper le terrain médiatique, et donc d’exister. De dire « je suis toujours là ». Et par là-même, de réaffirmer leur pouvoir.

Au commencement, la peur

En réalité, quel que soit le sujet auquel elle s’attaque, la rhétorique réactionnaire ne cache qu’une seule et même chose : la peur.

La peur de perdre son statut de dominant, et donc ses privilèges.

La peur de se faire remplacer, la peur de devoir céder sa place à des personnes que l’on n’envisageait pas autrefois comme des adversaires : les femmes, les jeunes, les écolos, les progressistes.

La peur de l’égalité.

La peur, consubstantielle, du changement.

Cette peur n’est pas nécessairement conscientisée, et les réactions de rejet qu’elle engendre ne sont pas toujours rationnelles.

Mais une chose demeure : les dominant.es construisent leur identité sur l’idée même du pouvoir, et la façon dont s’exerce celui-ci. Or, s’ils ne peuvent plus – ou moins – dominer, c’est toute leur identité qui s’effondre.

En 1991, la féministe américaine Susan Faludi publiait « Backlash », un essai dans lequel elle décrit le « retour de bâton » consécutif à chaque petite avancée pour les droits des femmes.

Cette offensive réactionnaire est valable pour le mouvement féministe, mais elle peut également être étendue à toute forme de progrès social. Lorsque les fondations de l’ancien monde commencent à trembler, les personnes qui en récoltaient les fruits tremblent avec elles.

Toutes ces levées de boucliers, qu’elles soient masquées derrière des arguments grotesques ou une rhétorique plus mesurée (1), ne sont finalement qu’un symptôme : celui d’une peur des dominant.es de voir le pouvoir leur échapper.

Mais les signes de résistance ne sont pas forcément un mauvais présage. Lorsque la parole des puissant.es cherche désespérément à se faire (ré)entendre, c’est le signe que la société a entamé sa mue. Lentement, mais sûrement.

(1) Leur seul point commun étant qu’elles ne sont jamais proportionnelles à la « menace » perçue.

Egalitaria (Caroline), 29 juillet 2019

https://egalitaria.fr/2019/07/29/la-rhetorique-reactionnaire-comment-parlent-les-dominants-lorsquils-craignent-pour-leurs-privileges/


De l’autrice :

Pères encensés, mères épuiséesperes-encenses-meres-epuisees/

Il faut sourire pour être belleil-faut-sourire-pour-etre-belle/

Quelque chose de pourri dans la masculinitéquelque-chose-de-pourri-dans-la-masculinite/

La rhétorique réactionnaire : comment parlent les dominants lorsqu’ils craignent pour leurs privilèges

Incontournable pour l’innovation, Israël attire 539 multinationales

Le nouveau rapport du Start-up Nation Central et du célèbre cabinet comptable PwC Israël présente le panorama d’activités dynamiques des multinationales présentes en Israël ppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppp

2 mai 2019, 14:52 par Shoshanna Salomon 
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Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

539 entreprises multinationales de 35 pays opèrent dans l’éco-système technologique d’Israël. Ces entreprises perçoivent la nation start-up comme un endroit incontournable pour trouver de nouvelles idées et une culture entrepreneuriale, selon un rapport de Start-up Nation Central (SNC) et PwC Israël.

Le rapport examine l’évolution des activités de ces entreprises en Israël, selon un communiqué publié par NCS.

Ces entreprises évoluent dans le domaine de la technologie (18 %), des industries pharmaceutiques et des sciences de la vie (8 %), des services financiers (13 %), des produits industriels (10 %), des technologies automobiles et de transport (11%), du divertissement, des communications et de médias (11 %), de l’agro-alimentaire (8 %) et dans la distribution et la consommation (10 %), entre autres.

On dénombre plus de 6 000 startup dans la petite économie très connectée d’Israël, soit 14 fois plus de startup par habitant qu’en Europe. Si Israël ne représente que 0,1% de la population mondiale, la nation attire 19 % des investissements mondiaux en matière de sécurité informatique. Israël se classe en première position mondiale pour les dépenses en recherche et de développement par rapport au PIB, et attire le taux le plus élevé au monde d’investissements à risque par personne – environ 674 dollars par habitant en 2018, selon le rapport.

Au fil du temps, les multinationales ont diversifié leurs opérations en Israël. Des entreprises, qui ont d’abord lancé leurs activités par le biais d’acquisition d’une start-up ou en installant leurs activités de R&D, ont ensuite évolué vers des modèles d’innovation ouverte, en collaborant avec des investisseurs locaux, principalement des start-ups, à travers des incubateurs, ou avec des institutions académiques, précise-t-on dans le rapport. L’innovation ouverte fait référence au processus dans lequel des entreprises collaborent avec une tierce partie riche en idées ou en nouvelle technologie – souvent des start-up – plutôt que de développer toutes ses technologies en interne.

« Nous observons une réorientation des opérations de ces multinationales en Israël vers des plateformes d’innovation ouvertes, a déclaré Karin Gattegno, vice-président des partenariats stratégiques à la NCS, lors d’un entretien téléphonique. Cette collaboration leur fait découvrir d’autres points de vue qu’ils n’auraient pas vus pas en faisant de la R&D uniquement en interne, a-t-elle déclaré. Avec l’innovation ouverte, ils ont accès à une grande variété de start-up « qui ont beaucoup à offrir ».

Environ 59 % des multinationales suivies dans le rapport opèrent à travers des complexes de R&D. Il y a des entreprises qui conduisent d’importantes opérations de R&D en Israël, ce qui passe souvent par l’acquisition d’entreprises locales, bénéficiant ainsi d’un vivier de talents d’ingénieurs informatiques et de scientifiques spécialistes des données pour conduire à l’élaboration et au développement d’un nouveau produit.

Le président de Daimler AG, Dieter Zetsche, au centre, avec Ola Källenius, responsable de la recherche de groupe chez Mercedes-Benz Cars Development (à gauche) lors du lancement du centre technique Mercedes-Benz Tel Aviv; 16 novembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon / TimesofIsrael)

Environ 25 % des multinationales opèrent en Israël avec un modèle de partenariat, ce qui signifie que l’entreprise travaille avec des startup, des institutions académiques ou d’autres entités tierces à travers des accords commerciaux, ou développent conjointement un produit. D’autres multinationales – environ 16 % – optent pour le modèle de l’investissement, dans lequel des entreprises mondiales investissent dans des start-up locales pour des objectifs stratégiques ou pour obtenir des retours financiers.

Le rapport note une réorientation, à partir de 2014, d’une approche traditionnellement focalisée sur la R&D vers des modèles plus tournés vers l’investissement ou le partenariat d’innovation ouverte.

Depuis 2014, il y a une « augmentation sensible du nombre d’équipes d’innovation ouverte qui ont été activées par des multinationales en Israël », notait le rapport. Le « mélange des industries a également augmenté depuis 2014, avec des entreprises proposant des services de vente au détail, de santé ou de finance qui ont commencé à développer des programmes de collaboration avec des tierces parties ».

Quand on leur a demandé quels étaient les éléments clefs pour mettre en place leurs activités d’innovation en Israël, environ 77 % des multinationales ont déclaré que l’objectif était d’améliorer leurs capacités fondamentales grâce à l’innovation ouverte, alors que d’autres, 44 %, ont affirmé que le but était d’avoir accès aux talents locaux et de trouver de « nouveaux modèles économiques ». Quant aux autres, ils ont dit vouloir faire l’acquisition d’actifs locaux de R&D (37 %), obtenir un retour futur sur investissement (32 %), ou pour profiter de la culture d’innovation en Israël (28 %).

Environ 89 % des entreprises interrogées ont déclaré que leurs activités en Israël leur ont effectivement permis de développer des innovations significatives sur des produits et des services qui existaient déjà.

Les directeurs des multinationales interrogés par les auteurs du rapport ont cité quatre avantages clefs de l’innovation en Israël : les capacités technologiques du pays – la qualité distincte de la propriété intellectuelle et la maturité technique des start-up; le vivier de talent local, qui est perçu comme un « atout important »; l’ouverture et l’accessibilité des acteurs dans l’éco-système et dans le petit marché très concentré, avec sa culture de collaboration, même parmi des compétiteurs, qui est très distincte; et « l’état d’esprit de défi » qui règne chez les Israéliens – où des équipes locales d’innovation ont un impact sur l’ensemble du groupe en remettant en question des idées dominantes, en proposant des applications plus inventives et plus agressives aux technologies et aux manières de travailler.

Le centre R&D d’Apple, à Herzliya (Crédit : autorisation)

Les multinationales ont découvert que travailler en Israël les exposait à la « mentalité israélienne », a déclaré Gattegno, avec des entrepreneurs qui travaillent vite pour résoudre des problèmes et proposer des solutions nouvelles. Cet état d’esprit a aussi un impact sur l’ensemble de l’entreprise. Travailler avec des Israéliens a aussi aidé ces entreprises à « instiller l’état d’esprit d’innovation et de résolution de problèmes » à l’ensemble de l’organisation.

Les défis clefs pour innover en Israël sont de compenser l’écart qui sépare le mode de travail d’une grande entreprise et d’une start-up, de réduire l’interface entre les activités israéliennes et les autres pôles d’activité, de dépasser les barrières culturelles, de trouver et de garder les talents, d’aligner la stratégie de l’entreprise et celle de l’innovation, de gérer la distance entre le siège et Israël, expliquait le rapport.

La confiance des multinationales en leur résultat d’innovation en Israël est très haute. Deux tiers des multinationales interrogées se sont considérées comme étant en avance sur leurs compétiteurs en matière de résultat d’innovation. Environ 40 % des multinationales interrogées ont cité Israël comme un « endroit particulier » pour leurs activités mondiales, différent donc de leurs autres pôles d’innovation. Pour certains d’entre eux, cela provenait de l’impact que l’innovation en Israël a eu sur leurs revenus – a titre d’exemple, 50 % des revenus mondiaux du groupe Merck spécialisé dans la santé proviennent de l’innovation israélienne – alors que pour d’autres, les opérations en Israël sont distinctes parce qu’il s’agissait de leur premier centre d’innovation en dehors de leur siège.

La recherche a été menée grâce à des entretiens en profondeur avec des cadres des multinationales et des experts de l’innovation en Israël et dans le monde entre septembre et décembre 2018, précise-t-on dans le rapport.

EN SAVOIR PLUS SUR :

Alain Bihr

Alain Bihr, professeur émérite de sociologie, a été l’un des membres fondateurs et des rédacteurs de la revue A Contre-Courant. Auteur de nombreux ouvrages sur le socialisme, le mouvement ouvrier, la dynamique des inégalités et l’extrême droite, il a notamment publié : La Farce tranquille : normalisation à la française, Spartacus, 1986 ; Du Grand soir à l’alternative. Le mouvement ouvrier européen en crise, Éditions ouvrières, 1991 ; Déchiffrer les inégalités, Syros, 1995 (avec Roland Pfefferkorn) ; La préhistoire du capital,Editions Pages deux, 2006 ; La logique méconnue duCapital, Editions Pages deux, 2010 ; Les rapports sociaux de classe, Editions Pages deux, 2012 ; La novlangue néolibérale, Editions Pages deux et Syllepse, 2017. Et aussi, dans le numéro 2 des CahiersLes utopiques : « De l’internationalisation à la transnationalisation ».

http://www.lesutopiques.org


De et sur l’auteur :

Les « gilets jaunes » : ce n’est qu’un début…,les-gilets-jaunes-ce-nest-quun-debut/

Les « gilets jaunes » : un soulèvement populaire contre l’acte II de l’offensive néolibéraleles-gilets-jaunes-un-soulevement-populaire-contre-lacte-ii-de-loffensive-neoliberale/

Les « gilets jaunes » : pourquoi et comment en être ?les-gilets-jaunes-pourquoi-et-comment-en-etre/

1415-1763, le premier âge du capitalisme, tome 1, L’expansion européenne,

Trois notes de lecture :

« La mondialisation a permis de donner naissance au capitalisme »alain-bihr-la-mondialisation-a-permis-de-donner-naissance-au-capitalisme/

La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitalisteevidences-non-fondees-fausses-banalites-pour-un-morbide-cafe-du-commerce/

La logique méconnue du « Capital »sous-sa-forme-de-marchandise-la-valeur-opacifie-et-mystifie-la-realite-sociale/


1 Immanuel Wallerstein, Le mercantilisme et la consolidation de l’économie-monde européen 1600-1750,  Flammarion, 1985, page 149.