Tout ce qu’il faut savoir sur le CETA

« En évitant soigneusement les questions majeures : Est-il prudent de se rendre dépendant d’un pays outre Atlantique pour des questions alimentaires la situation énergétique étant ce qu’elle est ? Qui d’autre que les multinationnales trouve un intérêt à cet accord ? Ne s’agit-il pas de la mise en place d’un énorme gaspillage ? Veut-on vraiment aller jusqu’au bout de la privatisation de nos services publiques ? Veut-on vraiment donner tous les pouvoirs aux firmes et abandonner notre système démocratique (déjà très mal en point) ? La politique, la vraie, ne consisterait-elle pas à mettre en place ce qu’il est utile de faire (créer une agriculture qui nous donne une autonomie alimentaire, redéfinir les besoins des individus et constituer une société qui puisse les satisfaire, créer un contre-pouvoir aux volontés hégémoniques des firmes, …) ? Il est clair, avec un minimum d’objectivité, que la signature du CETA emmène le monde à l’opposé de ces intérêts et de nos intérêts. Il ne s’en cache même pas, c’est seulement les observateurs qui s’efforcent de ne pas le voir. »

P

PTout ce qu'il faut savoir sur le CETA

Publié le
Les agriculteurs avancent beaucoup de raisons pour expliquer leur colère. Mais ces dernières semaines, c’est le vote en faveur du Ceta à l’Assemblée nationale du 23 juillet dernier qui a remis le feu aux poudres. Qu’implique cet accord entre l’Union Européenne et le Canada ? Pourquoi inquiète-t-il à ce point nos agriculteurs ? Éléments de réponse.
P

Qu’est-ce que le Ceta ?

P

Pourquoi le qualifie-t-on d’accord de «nouvelle génération» ?

Cette expression est employée depuis 2011 et le début des négociations pour l’accord en l’UE et la Corée du Sud, bouclé en 2015. Elle signifie que contrairement aux anciens accords commerciaux, la «nouvelle génération» ne se limite pas à la simple réduction des droits de douane entre les États que l’accord concerne. Les nouveaux accords réduisent également ce qu’on appelle les «obstacles non-tarifaires». Dans le cas du Ceta, ça veut dire que l’accord va également faciliter l’échange de services, ouvrir davantage les marchés publics aux candidatures étrangères ou encore harmoniser les normes de toute nature afin de limiter les démarches de certification de conformité à l’exportation.

PQui est contre et pourquoi ?

À l’échelle de l’Europe, les réticences gouvernementales ont été assez faibles dans un premier temps. Seule la Belgique, en 2016, à cause du refus de trois gouvernements régionaux, a fait reporter de quelques jours la ratification du traité par le Parlement européen. Aujourd’hui, d’autres pays posent problème, au premier rang desquels l’Italie, qui a promis à plusieurs reprises à ses agriculteurs que l’accord ne passerait pas chez eux. L’Irlande et la Pologne font aussi partie des pays où le travail législatif n’a pas commencé. En l’état, 90 % du contenu de l’accord – la partie qui ne nécessitait que la ratification de l’UE – est déjà entré en vigueur. Mais si l’Italie ou n’importe quel autre parlement national ou régional des 28 États membres refuse de ratifier la partie de l’accord qui dépend de l’État et qui concerne les tribunaux d’arbitrage, alors c’est la globalité du Ceta, sous cette forme, qui devra être abandonné. En France, les critiques viennent principalement de deux secteurs pourtant souvent en opposition : agriculteurs et écologistes. Les premiers craignent une nouvelle concurrence déloyale venue d’Outre-Atlantique, puisque l’accord prévoit une très importante augmentation des quotas d’importation de produits canadiens comme le bœuf, le porc, le blé ou le maïs. Problème : les agriculteurs canadiens sont soumis à beaucoup moins de contraintes de production que leurs homologues français. Leurs prix sont donc plus compétitifs. Du côté des écologistes, on regrette cette augmentation d’échanges commerciaux qui va fatalement avoir un impact sur l’environnement via le transport de marchandises.

PQui est pour et pourquoi ?

La majorité des pays de l’UE sont favorables au Ceta. D’ailleurs, en plus de la France, 13 des 28 États membres ont déjà ratifié l’accord (Autriche, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni et Suède). En France, même s’il subsiste des réserves, les producteurs de fromage doivent pouvoir bénéficier de l’augmentation des quotas d’exportation. La reconnaissance sur le sol canadien de 143 appellations géographiques européennes (sur un total de 1 500), dont 42 pour la France, est également une bonne nouvelle. Mais les principaux bénéficiaires pourraient être les grandes entreprises comme Alstom ou Bouygues, qui lorgnent l’ouverture des marchés publics canadiens à la concurrence européenne (de 10 % à 30 %).

Depuis des années, la colère monte

«Suicides», «endettement», «sécheresse», «loup», «CETA», «Mercosur», «retraites», «ZNT», «prix», «végans». Dans les allées du Sommet de l’élevage de Clermont-Ferrand vendredi dernier, Emmanuel Macron a pu apprécier sur les pancartes tous les motifs de griefs des agriculteurs, qui se cumulent depuis des années. Et il y en a eu d’autres ! Souvenez-vous l’hiver 2017-2018. À la fin du mois de janvier, les agriculteurs, révoltés contre la diminution des zones agricoles défavorisées, avaient multiplié les actions d’envergure. Dans la région en particulier : à Toulouse, une vaste opération de blocage du périphérique avait eu lieu, point d’orgue de plusieurs semaines de grogne au bout desquelles ils avaient obtenu gain de cause. Mais encore ? L’ours, la grippe aviaire… La liste est très longue.

 Lucas Serdic

Un prix Nobel face au krach à venir ? Joseph Stiglitz. Par Thinkerview

Source :Thinkerview, Youtube, 25-09-2019

Source :Thinkerview, Youtube, 25-09-2019

https://www.les-crises.fr/un-prix-nobel-face-au-krach-a-venir-joseph-stiglitz-par-thinkerview/

Température mondiale : 2e mois de septembre le plus chaud. Par Johan Lorck

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 se classe au 2e rang depuis 1948, date du début de l’archive NCEP-NCAR. L’année 2019 est pour le moment à la deuxième place derrière 2016.

Les réanalyses comme NCEP-NCAR intègrent de multiples observations dans un modèle permettant de suivre quasi quotidiennement l’évolution du climat. Les données sont donc immédiatement publiées, contrairement aux bilans mensuels des stations au sol. Les réanalyses permettent ainsi de se faire une idée des futures annonces des agences comme la NASA, la NOAA et le Met Office qui ne sont pas faites avant le milieu du mois suivant (en l’occurrence à la mi-octobre).

Le top 10 des mois de septembre les plus chauds

Avec +0,632°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de septembre 2019 est le 2e plus chaud des annales NCEP-NCAR, derrière 2016 (+0,68°C). Depuis 1948, sur les cinq mois de septembre les plus chauds, on trouve dans dans l’ordre 2016, 2019, 2015, 2017 et 2013. L’anomalie de température mondiale est en hausse par rapport à août 2019 (+0,56°C).

Top 10 des mois de septembre les plus chauds depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

On peut voir ci-dessous l’évolution de la température mondiale en septembre avec une tendance de fond au réchauffement depuis 1948. La tendance est de +0,158°C par décennie depuis le début de l’archive, avec une accélération sur les 20 dernières années à +0,236°C/décennie.

Anomalies de température mondiale en septembre par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

2019 pour le moment la deuxième année la plus chaude des archives

Dans ce classement provisoire, les neuf premiers mois de 2019 sont comparés à des années pleines. 2019 devrait faire partie des trois années les plus chaudes et se positionne pour le moment à la deuxième place, juste devant 2017. Après un petit El Niño, des conditions neutres prévalent désormais dans le Pacifique.

Top 10 des années les plus chaudes depuis 1948. Anomalies par rapport à la moyenne 1981-2010. D’après NCEP-NCAR.

Les anomalies régionales en septembre 2019

La moyenne globale reste élevée malgré le refroidissement qui continue au niveau des Tropiques. Les anomalies positives se confirment dans l’Arctique, tandis que l’Antarctique renoue avec des valeurs inférieures à la normale.

Carte d’anomalies pour le mois de septembre 2019. D’après NCEP-NCAR.

+1,175°C en septembre 2019 par rapport à l’ère préindustrielle

On peut remonter plus loin dans le temps, en utilisant les archives de la NASA, et en retenant comme base la période 1880-1899 (représentative de la période préindustrielle). L’anomalie est de +1,175°C en septembre 2019, donc sous l’objectif le plus ambitieux de la COP 21 (+1,5°C).

Source : Global Climat, Johan Lorck, 02-10-2019

https://www.les-crises.fr/temperature-mondiale-2e-mois-de-septembre-le-plus-chaud-par-johan-lorck/

 

Incontournable pour l’innovation, Israël attire 539 multinationales

Le nouveau rapport du Start-up Nation Central et du célèbre cabinet comptable PwC Israël présente le panorama d’activités dynamiques des multinationales présentes en Israël ppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppp

2 mai 2019, 14:52 par Shoshanna Salomon 
p

Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

Le nouveau bâtiment de SAP à Raanana en Israël (Crédit : Uzi Porat)

539 entreprises multinationales de 35 pays opèrent dans l’éco-système technologique d’Israël. Ces entreprises perçoivent la nation start-up comme un endroit incontournable pour trouver de nouvelles idées et une culture entrepreneuriale, selon un rapport de Start-up Nation Central (SNC) et PwC Israël.

Le rapport examine l’évolution des activités de ces entreprises en Israël, selon un communiqué publié par NCS.

Ces entreprises évoluent dans le domaine de la technologie (18 %), des industries pharmaceutiques et des sciences de la vie (8 %), des services financiers (13 %), des produits industriels (10 %), des technologies automobiles et de transport (11%), du divertissement, des communications et de médias (11 %), de l’agro-alimentaire (8 %) et dans la distribution et la consommation (10 %), entre autres.

On dénombre plus de 6 000 startup dans la petite économie très connectée d’Israël, soit 14 fois plus de startup par habitant qu’en Europe. Si Israël ne représente que 0,1% de la population mondiale, la nation attire 19 % des investissements mondiaux en matière de sécurité informatique. Israël se classe en première position mondiale pour les dépenses en recherche et de développement par rapport au PIB, et attire le taux le plus élevé au monde d’investissements à risque par personne – environ 674 dollars par habitant en 2018, selon le rapport.

Au fil du temps, les multinationales ont diversifié leurs opérations en Israël. Des entreprises, qui ont d’abord lancé leurs activités par le biais d’acquisition d’une start-up ou en installant leurs activités de R&D, ont ensuite évolué vers des modèles d’innovation ouverte, en collaborant avec des investisseurs locaux, principalement des start-ups, à travers des incubateurs, ou avec des institutions académiques, précise-t-on dans le rapport. L’innovation ouverte fait référence au processus dans lequel des entreprises collaborent avec une tierce partie riche en idées ou en nouvelle technologie – souvent des start-up – plutôt que de développer toutes ses technologies en interne.

« Nous observons une réorientation des opérations de ces multinationales en Israël vers des plateformes d’innovation ouvertes, a déclaré Karin Gattegno, vice-président des partenariats stratégiques à la NCS, lors d’un entretien téléphonique. Cette collaboration leur fait découvrir d’autres points de vue qu’ils n’auraient pas vus pas en faisant de la R&D uniquement en interne, a-t-elle déclaré. Avec l’innovation ouverte, ils ont accès à une grande variété de start-up « qui ont beaucoup à offrir ».

Environ 59 % des multinationales suivies dans le rapport opèrent à travers des complexes de R&D. Il y a des entreprises qui conduisent d’importantes opérations de R&D en Israël, ce qui passe souvent par l’acquisition d’entreprises locales, bénéficiant ainsi d’un vivier de talents d’ingénieurs informatiques et de scientifiques spécialistes des données pour conduire à l’élaboration et au développement d’un nouveau produit.

Le président de Daimler AG, Dieter Zetsche, au centre, avec Ola Källenius, responsable de la recherche de groupe chez Mercedes-Benz Cars Development (à gauche) lors du lancement du centre technique Mercedes-Benz Tel Aviv; 16 novembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon / TimesofIsrael)

Environ 25 % des multinationales opèrent en Israël avec un modèle de partenariat, ce qui signifie que l’entreprise travaille avec des startup, des institutions académiques ou d’autres entités tierces à travers des accords commerciaux, ou développent conjointement un produit. D’autres multinationales – environ 16 % – optent pour le modèle de l’investissement, dans lequel des entreprises mondiales investissent dans des start-up locales pour des objectifs stratégiques ou pour obtenir des retours financiers.

Le rapport note une réorientation, à partir de 2014, d’une approche traditionnellement focalisée sur la R&D vers des modèles plus tournés vers l’investissement ou le partenariat d’innovation ouverte.

Depuis 2014, il y a une « augmentation sensible du nombre d’équipes d’innovation ouverte qui ont été activées par des multinationales en Israël », notait le rapport. Le « mélange des industries a également augmenté depuis 2014, avec des entreprises proposant des services de vente au détail, de santé ou de finance qui ont commencé à développer des programmes de collaboration avec des tierces parties ».

Quand on leur a demandé quels étaient les éléments clefs pour mettre en place leurs activités d’innovation en Israël, environ 77 % des multinationales ont déclaré que l’objectif était d’améliorer leurs capacités fondamentales grâce à l’innovation ouverte, alors que d’autres, 44 %, ont affirmé que le but était d’avoir accès aux talents locaux et de trouver de « nouveaux modèles économiques ». Quant aux autres, ils ont dit vouloir faire l’acquisition d’actifs locaux de R&D (37 %), obtenir un retour futur sur investissement (32 %), ou pour profiter de la culture d’innovation en Israël (28 %).

Environ 89 % des entreprises interrogées ont déclaré que leurs activités en Israël leur ont effectivement permis de développer des innovations significatives sur des produits et des services qui existaient déjà.

Les directeurs des multinationales interrogés par les auteurs du rapport ont cité quatre avantages clefs de l’innovation en Israël : les capacités technologiques du pays – la qualité distincte de la propriété intellectuelle et la maturité technique des start-up; le vivier de talent local, qui est perçu comme un « atout important »; l’ouverture et l’accessibilité des acteurs dans l’éco-système et dans le petit marché très concentré, avec sa culture de collaboration, même parmi des compétiteurs, qui est très distincte; et « l’état d’esprit de défi » qui règne chez les Israéliens – où des équipes locales d’innovation ont un impact sur l’ensemble du groupe en remettant en question des idées dominantes, en proposant des applications plus inventives et plus agressives aux technologies et aux manières de travailler.

Le centre R&D d’Apple, à Herzliya (Crédit : autorisation)

Les multinationales ont découvert que travailler en Israël les exposait à la « mentalité israélienne », a déclaré Gattegno, avec des entrepreneurs qui travaillent vite pour résoudre des problèmes et proposer des solutions nouvelles. Cet état d’esprit a aussi un impact sur l’ensemble de l’entreprise. Travailler avec des Israéliens a aussi aidé ces entreprises à « instiller l’état d’esprit d’innovation et de résolution de problèmes » à l’ensemble de l’organisation.

Les défis clefs pour innover en Israël sont de compenser l’écart qui sépare le mode de travail d’une grande entreprise et d’une start-up, de réduire l’interface entre les activités israéliennes et les autres pôles d’activité, de dépasser les barrières culturelles, de trouver et de garder les talents, d’aligner la stratégie de l’entreprise et celle de l’innovation, de gérer la distance entre le siège et Israël, expliquait le rapport.

La confiance des multinationales en leur résultat d’innovation en Israël est très haute. Deux tiers des multinationales interrogées se sont considérées comme étant en avance sur leurs compétiteurs en matière de résultat d’innovation. Environ 40 % des multinationales interrogées ont cité Israël comme un « endroit particulier » pour leurs activités mondiales, différent donc de leurs autres pôles d’innovation. Pour certains d’entre eux, cela provenait de l’impact que l’innovation en Israël a eu sur leurs revenus – a titre d’exemple, 50 % des revenus mondiaux du groupe Merck spécialisé dans la santé proviennent de l’innovation israélienne – alors que pour d’autres, les opérations en Israël sont distinctes parce qu’il s’agissait de leur premier centre d’innovation en dehors de leur siège.

La recherche a été menée grâce à des entretiens en profondeur avec des cadres des multinationales et des experts de l’innovation en Israël et dans le monde entre septembre et décembre 2018, précise-t-on dans le rapport.

EN SAVOIR PLUS SUR :

La durabilité à l’épreuve de l’économie

Posté le 23 avril 2019 par Pierre Thouverez dans Entreprises et marchés

Il est à première vue difficile d’intégrer la notion de durabilité dans le système économique tel qu’on le connaît. En effet, ce dernier obéit à des temporalités courtes, ne se soucie pas a priori de l’état des ressources qu’il consomme, ni plus globalement de la durabilité de ce qu’il finance.

Pour simplifier, dans le système – capitaliste et libéral – qui est le nôtre, l’activité économique détruit l’environnement.

En y ajoutant la notion de durabilité on le rend pérenne. Facile. Sauf que la durabilité est une chose simple à projeter mais extrêmement complexe à mettre en place pratiquement. Parce que l’évaluation de la durabilité économique d’une activité prend en compte l’intégralité de son cycle de vie.

Ainsi les véhicules électriques, s’ils ne produisent pas de CO2 pendant leur fonctionnement, nécessitent pour la fabrication de leur batterie des métaux rares qui, eux, sont très émetteurs de CO2.

Il en est de même dans une certaine mesure pour les éoliennes et les panneaux solaires.

Les crédits carbone sont un autre exemple. Mis en place pour permettre aux industriels de compenser leurs émissions de GES, il est aujourd’hui devenu un instrument de spéculation, et le moyen pour certaines entreprises de s‘acheter une image de durabilité sans rien changer de leurs pratiques non durables.

Des synergies ?

Autre exemple, le recyclage : selon un rapport de l’ADEME datant de 2002, le recyclage est une solution pertinente pour certains matériaux comme l’acier, l’aluminium ou le verre. Par contre, le recyclage du plastique est plus épineux. S’ils se substitue entièrement au plastique vierge dans les produits transformés, le plastique recyclé fait sens. Si le plastique recyclé est utilisé à la place du bois pour fabriquer des meubles, mieux vaut alors l’incinérer. Même chose pour les papiers et cartons : l’utilité écologique de leur recyclage dépend de plusieurs paramètres locaux comme la présence d’un incinérateur par exemple.

Du coup, une question émerge : étant donné que la notion de développement durable oblige à prendre en compte des contraintes – finitude des ressources, besoins – qui constituent des freins au développement économique, le développement durable et l’économie peuvent-ils être synergique ?

La réponse est non. L’économie de marché que nous connaissons se nourrit d’une croissance perpétuelle et régulière dans le temps. Tel quel, il n’est pas adapté, par définition, pour faire émerger des modèles durables soucieux de la gestion des ressources et des impacts environnementaux.

Ce que l’on observe via les exemples évoqués ci-dessus, c’est que les modèles économiques durables mis en place – pour le recyclage par exemple – sont contraints de s’adapter à la réalité économique. Pas le contraire. L’exemple de l’économie circulaire illustre bien cette adaptation.

Cela est connu, et cela ne changera pas. Ou pas assez vite par rapport à l’évolution des problématiques écologiques que nous connaissons.

Une illusion

Ainsi, la vision du développement durable comme une façon de concilier la croissance économique avec la protection de l’environnement et la cohésion sociale est une douce illusion. Et un contresens par définition.

Le cas de l’éolien en France en est le symbole. Longtemps subventionné pour rendre son prix de vente compétitif, l’électricité éolienne est artificiellement “boostée” par l’État dans le cadre de la transition énergétique.

Et même si le prix de l’éolien terrestre en France est aujourd’hui compétitif, l’État continue à garantir l’achat de l’électricité produite pour favoriser le développement de la filière. Cet exemple, loin d’être isolé, montre que beaucoup de solutions durables doivent être “accompagnées” pour pouvoir exister économiquement.

Les subventions destinées à encourager l’achat de véhicules électriques participent du même mouvement.

Mais le tableau n’est pas si noir. Pour une raison : l’innovation. Qui aurait cru il y a 20 ans que l’électricité solaire ou éolienne serait aussi rentable aujourd’hui ? L’innovation dans ces domaines a permis et permettra d’atteindre des niveaux de rendements exceptionnels.

D’ailleurs, le stockage efficace de l’énergie éolienne est probablement l’innovation qui permettra à l’éolien de se faire une place définitive dans le marché énergétique français et mondial, même si des solutions efficientes existent déjà. Entre-temps, il faudra que l’innovation permette à la filière éolienne de résoudre une autre problématique, celle de son empreinte écologique.

On en est loin. Mais si développement durable et économie de marché sont par essence incompatibles, la première option pour intégrer un modèle durable dans l’économie actuelle est bel et bien l’innovation.

Pour aller plus loin

Marcel Gauchet, historien : «Macron a échoué sur tout», par Joëlle Meskens

Source : Le Soir, Joëlle Meskens, 25-12-2018

 

De notre envoyée permanente

Marcel Gauchet est historien et philosophe français, rédacteur en chef de la revue Le Débat. Pour lui, la crise des gilets jaunes reflète une énorme déception après l’élection d’Emmanuel Macron.

Le gouvernement a cédé aux gilets jaunes. La crise est finie ?

Je crains que les mesures prises ne soient que des pansements. Beaucoup ont parlé d’une colère. Mais c’est surtout une demande à l’égard du pouvoir qui s’est exprimée. Les gilets jaunes ont dit : « Améliorez notre sort. » Mais comment fait-on ? On peut augmenter les salaires, mais au-delà ? Qu’en est-il de la division internationale du travail ? Du déclassement ? De ce point de vue, il n’y a aucune issue. L’incompréhension s’est installée entre des parties entières de la société qui ne parlent plus le même langage. Ce n’est plus une fracture sociale mais une fracture morale.

Vous êtes inquiet ?

Oui, sur la capacité de la France à trouver une réponse politique. Il n’y a plus de consensus possible. Le gouvernement d’Emmanuel Macron est durablement affecté. Mais il n’y a pas d’alternative possible. On est dans l’impasse. Le pays est devenu ingouvernable.

Voilà déjà trente ans que vous étudiez les fractures françaises. Pourquoi est-ce aujourd’hui que cela explose ?

Au départ, il y a une cause : la projection des fractures globales liées à la mondialisation sur le territoire. Des régions entières, frappées par la désindustrialisation, sont sinistrées. Tout cela s’est aggravé depuis trente ans. Macron a été élu à cause de la décomposition du système politique déjà engendrée par ce phénomène profond. Il a donné une expression au phénomène du discrédit des partis politiques. Mais la déception est énorme.

Quelle en est la cause ?

Macron s’est fait élire en promettant d’écouter la société. Mais il a fait exactement le contraire ! Macron a seulement pensé qu’il avait un déficit de crédibilité, alors il a voulu « faire » président. Mais il fallait en même temps continuer une politique plus délibérative, tournée vers l’écoute des mécontentements et des frustrations.

Il a fait des choses…

Ce gouvernement a légiféré à une vitesse folle. Mais à l’arrivée, les gens se sont dit : cela n’a rien à voir avec ce que l’on attendait. Le gouvernement est dans les contradictions permanentes. Les réformes s’entrechoquent, mais aussi se contredisent. C’est une politique incompréhensible. Et les technocrates ne sont pas capables de l’expliquer.

Les Français n’attendent-ils pas trop du président ? Macron lui-même avait dit en campagne qu’il fallait une sorte de roi…

Mais il s’est trompé sur ce que l’on attendait d’un roi. Un roi, ce n’est pas un manager, pas un patron de start-up qui secoue ses employés pour qu’ils travaillent dix-huit heures par jour pour que les Français, par effet d’entraînement, deviennent tous milliardaires ! Dans la tradition française, un roi, c’est un arbitre. Quelqu’un qui est là pour contraindre les gouvernants à écouter les gouvernés. Quand les gens accusent Macron d’être le président des riches, ils lui reprochent surtout de ne pas être l’arbitre entre les riches et les pauvres.

La claque qu’il a reçue peut lui donner la sagesse qui lui a manqué

dans l’exercice du pouvoir ?

Elle pourrait. Elle devrait. Il faut qu’il fasse à l’égard de lui-même la disruption qu’il voulait faire pour les autres. Ce n’est pas exclu, il est jeune, plastique, pas enfermé dans des routines de pouvoir. C’est ça qu’il faudrait : un appel à Macron pour changer.

Est-ce que ce n’est pas pour lui

l’opportunité de faire les réformes

de gauche qu’il avait promises

après un début de mandat à droite ?

Il n’en a pas les moyens ! L’idée qu’en un an et demi, on peut réformer la France et ensuite redistribuer les fruits de la croissance, c’est du roman rose. Les problèmes de ce pays sont si profonds qu’ils ne peuvent pas être résolus si vite. Vous ne réformez pas l’économie, les institutions, l’école, l’hôpital en si peu de temps ! Sa promesse était démesurée. Le vrai problème de fond, c’est le cadre étroit dans lequel il inscrit son action. Sarkozy, Hollande et Macron ont tous mené une politique de l’offre, constituée autour de l’adhésion au cadre européen. Mais le projet de changer l’Europe tout en redonnant à l’économie française son dynamisme et sa compétitivité perdue, c’est une folie. Tant que l’on est dans ce schéma, toutes les politiques françaises sont vouées à l’échec.

Pourquoi ?

Parce que l’euro est surévalué par rapport aux capacités productives. Alors l’appareil productif s’enfonce inexorablement. Un abîme sépare l’économie française de l’économie allemande et même de l’économie du Nord de l’Italie. Le pari économique est intenable. Et l’idée d’une refondation de l’Europe dans un sens qui plairait aux Français est aussi une fiction. Personne n’en veut. Macron a échoué sur tout. Le premier échec date de l’été 2017, avec la négociation sur le travail détaché. Si Macron avait réussi à arracher aux Européens une réforme significative, il aurait marqué un point décisif. Mais il n’a obtenu que des micro-aménagements qui n’entreront en vigueur qu’en 2022.

En laissant filer le déficit,

Macron a perdu ce qu’il lui restait

de crédit en Europe ?

Macron a eu un succès d’estime, mais pas de capacité d’entraînement. Mais paradoxalement sa faiblesse pourra peut-être faire bouger les choses. Le fait que la France fasse peur aux Européens peut être une meilleure arme que sa bonne volonté. Car qu’arriverait-il s’il y avait un risque de Frexit ? Qu’est-ce qu’il resterait de l’Europe ? Si les autres Européens ont soudain très peur de ce qui se passe en France, peut-être que Macron obtiendra des concessions. Les autres Européens n’ont pas plus envie que nous d’un scénario à l’italienne, avec une alliance Mélenchon-Le Pen. Il n’est pas exclu que l’Europe évolue sous la pression d’un danger.

Le danger populiste est réel

en France ?

Il y a une impasse française. Je ne vois pas de gouvernement dans le système politique classique qui puisse assumer. C’est la conclusion un peu triste et désespérée à laquelle j’arrive. Mais les populistes ne peuvent pas gouverner non plus. Les gens ne sont pas fous. Ils votent pour Marine Le Pen mais ils ne croient pas qu’elle puisse gouverner. C’est une force de contestation, pas d’alternative. Comme Mélenchon.

Les gilets jaunes demandent

un renouveau démocratique,

notamment via le référendum

d’initiative citoyenne…

Cette demande est compréhensible. C’est le mouvement d’individualisation de la société qui conduit à une demande démocratique exacerbée. Chacun veut se faire entendre pour son compte. Mais c’est une demande à laquelle il est très difficile de répondre parce que c’est une demande d’écoute individuelle. Il y aurait autant de référendums possibles que de citoyens.

Une démocratie plus directe, ce serait un danger ? Le système suisse est-il forcément mauvais ?

Non. Le système helvétique, le plus ancien, repose sur une tradition particulière. C’est un pays fédéral. Comme beaucoup de choses sont décidées par les cantons, il y a un besoin de cadre national. En France, ce ne serait pas un instrument adapté à la tradition politique. Les perdants n’admettent jamais leur défaite. Regardez ce qui s’est passé avec le référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Dans une démocratie, je considère qu’il y a deux Constitutions : la Constitution écrite et la Constitution non écrite, qui repose sur l’intelligence et la sagesse des gouvernants. Ce n’est pas au peuple de dire ce qu’il veut quand il a désigné des gouvernants. C’est aux gouvernants de comprendre les attentes des gouvernés et d’en tenir compte pour les traiter politiquement. Un gouvernement décide, mais il doit organiser la discussion dans la société.

Le grand débat national, à partir de janvier, sera-t-il cette opportunité ?

J’ai des craintes car d’abord c’est une concession. On dit aux gilets jaunes, vous n’êtes pas contents, alors on va vous donner un débat. Mais ça va être le défouloir. Normalement, le gouvernement fait des propositions qui sont discutées au parlement. Mais dans ce parlement, on ne discute de rien.

Il y a quand même un motif d’espoir dans cette crise ?

J’en ai un petit. Macron a réussi parce qu’il a proposé une issue à quelque chose qui était une vraie fatigue de la société française devant ses propres blocages. Tout le monde en avait marre des réformes impossibles. On peut penser que ça va être un réveil sur la nécessité pour les Français d’un diagnostic lucide sur leur situation réelle. Qu’ils voient enfin tout ce qui ne va pas.

Source : Le Soir, Joëlle Meskens, 25-12-2018