L’esprit du 11 janvier et la danse macabre de la laïcité

|  Par christian salmon

Manuel Valls vole « en défense de l’esprit du 11 janvier ». Mais cet esprit s’est mué en une mêlée confuse, une danse macabre avec son cortège de masques grimaçants, de postures héroïques et de dénonciations. Et le tour de passe-passe s’opère: la restriction des libertés au nom de la défense de la liberté, les déclarations bellicistes au nom de la paix, une laïcité sacralisée et instrumentalisée. Décryptage.

« L’esprit du 11 janvier » tombé sur des millions de manifestants rassemblés à la mémoire des victimes des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes s’est mué en une mêlée confuse, une danse macabre avec son cortège de masques grimaçants, de postures héroïques et de dénonciations. Des lendemains de l’attentat, marqués par une authentique émotion collective, aux manifestations qui ont suivi – spontanées au début puis scénarisées par les médias et les autorités –, de l’éclosion virale et transmédiale des #jesuisCharlie à la Pentecôte de « l’esprit du 11 janvier », une brand line est censée fédérer sous une même ligne marketing les effets confus, ambigus, de l’événement.

Chacun, homme politique, journaliste, internaute, trouve son compte à cette aspiration attentionnelle, au débat actuel autour de l’essai d’Emmanuel Todd, ostracisé avant même sa publication, transformé dans un surprenant tête-à-queue en hérésie, en blasphème contre « l’esprit du 11 janvier ». L’affaire Charlie continue ainsi à déployer ses pièges et ses masques. Elle déchaîne les passions jusqu’à New York, le temps de la remise du prix du courage à l’hebdo satirique « héroïsé » au même titre que les pompiers du 11-Septembre. Charlie Hebdo, aussi français que le Gaulois Astérix, mastérisé, scénarisé, transformé en une histoire américaine.

1. Une affaire Charlie

En France, c’est ce qu’on appelle depuis Voltaire et Zola une « affaire », un imbroglio de sens, une intrigue qui questionne les grands enjeux collectifs : la justice, la nation, la laïcité, la religion, l’antisémitisme (Critique et affaires de blasphème à l’époque des Lumières, ouvrage collectif dirigé par Ph. Roussin, Éd. Honoré Champion, Paris, 1998).

Qu’est-ce qui fait qu’un événement collectif devient une « affaire » ? Ni la gravité de l’événement, ni le nombre de victimes n’y suffisent. Entre juillet et octobre 1995, la France a été touchée par huit attentats terroristes à la bombe qui ont fait huit morts et près de 200 blessés, sans que cela ne déclenche ni manifestations massives ni grand débat national. En revanche, les « affaires » qui ont marqué l’histoire de France (l’affaire Calas, l’affaire du chevalier de La Barre, l’affaire Dreyfus…) ont été économes en vies humaines mais elles exemplifiaient de grands enjeux. C’est le cas de Charlie qui synthétise toutes les frayeurs françaises, et tous les impensés : l’identité, l’islam, la laïcité, la République, le terrorisme, l’impensé colonial, les banlieues, la mondialisation… Et comme ce fut le cas de l’affaire Dreyfus, elle le fait de manière chaotique, convulsive : procès d’intention, anathème, excommunication.

Que le premier ministre écrive une tribune pour répondre au livre d’un intellectuel, c’est tout à la fois un aveu et un symptôme. Un aveu : en prenant « la défense de l’esprit du 11 janvier », le premier ministre fait valoir ses droits d’auteur, c’est un aveu de paternité. Un symptôme : gouverner ce n’est plus agir, c’est contrôler les perceptions. Le travail des marketeurs du pouvoir est de regrouper les gens. Il ne s’agit pas de visibilité, il s’agit d’engagement : faire fusionner des visions du monde contradictoires, des idéaux qui s’excluent, des attentes inconciliables.

11 janvier 2015, place de la République, à Paris.
11 janvier 2015, place de la République, à Paris. © Thomas Haley

« L’esprit du 11 janvier » permet de détourner dans un consensus les forces centrifuges, les inégalités et les tensions qui travaillent la société. Benjamin Stora le soulignait avant Emmanuel Todd au cours du live de Mediapart : « L’absence de la jeunesse des banlieues [dans les manifestations], une France invisible qui ne se reconnaissait pas dans le roman national en train de s’écrire »… La manif du 11 janvier occulta le temps d’un dimanche ensoleillé cet « apartheid territorial, social, ethnique » qui règne en France, selon les mots de Manuel Valls.

2. Une Pentecôte à l’envers

À la faveur de la mobilisation générale décrétée par le gouvernement, c’est une véritable opération de passe-passe qui s’est jouée. La restriction des libertés au nom de la défense de la liberté, les déclarations bellicistes au nom de la paix et de la civilisation, la stigmatisation de l’ennemi intérieur et de la cinquième colonne au nom de l’unité nationale, une laïcité sacralisée et instrumentalisée contre l’islam, l’accoutumance par la voie des sondages aux mesures d’exception, telles que le renforcement des contrôles policiers, et les mesures de surveillance au nom même de la défense de la liberté d’expression. Pendant que Manuel Valls prône le droit absolu de tout dire en toute impunité, il fait voter une loi instaurant la surveillance générale.

Confusion

« L’esprit du 11 janvier », disons-le, n’éclaire rien du tout. Il crée de la confusion. C’est une Pentecôte à l’envers qui n’apporte pas la connaissance mais l’ignorance. Qui ne révèle pas un sens caché, mais ne fait que répéter les symptômes sécuritaires observés aux États-Unis après le 11-Septembre. Augmentation du budget militaire, « Patriot Act » à la française, chauvinisme et intolérance, instrumentalisation de l’émotion collective à des fins de réélection…

Régis Debray a eu raison d’alerter dans un article de la revue Médium (avril-juin 2015), reproduit dans Mediapart, sur les dangers d’un « maccarthysme démocratique ». « Presse, radios, télés ont fait flotter un moment dans le pays, relayés par le gouvernement qui les relayait (la boucle classique), une suspicion généralisée, certains lançant une chasse aux traîtres équivoques ou déclarés. L’intolérant prêchant la tolérance, c’est comme le pas de liberté pour les ennemis de la liberté : un grand classique. Plus embêtant semble la bonne conscience conférée par l’inconscience. »

On est en guerre, entend-on de plus en plus souvent ! Et comme dans toute guerre, on sacralise à tour de bras. On frontiérise les consciences. À chacun son sacré (sacrer veut bien dire séparer). On frappe le débat public d’alignement. D’un côté les va-t-en-guerre, de l’autre les Munichois. Ici on recrute pour la laïque, là on enrôle pour le djihad ! Ici, les combattants de la laïcité, là, les objecteurs de banlieue. L’ordre et la transgression, la laïcité et la religion échangent leur place. L’impertinence transformée en objet d’adoration. De tous côtés, on brandit l’intouchable.

Le 11 janvier 2015 à Paris.Le 11 janvier 2015 à Paris. © Thomas Haley

3. Le totem de la liberté d’expression

La liberté d’expression est en passe de devenir le nouveau totem d’une société liberticide. Le droit au blasphème, une injonction d’État. Au fronton de cette République inégalitaire, liberticide, et très peu fraternelle, une nouvelle devise est en passe de remplacer l’ancienne : « Liberté ». « Laïcité ». « Blasphème ». Un miroir aux alouettes pour nos étourneaux laïques ! Rappelons à ceux qui l’ignorent que le mot blasphème n’a pas d’équivalent en arabe, c’est le terme « injure » qui en tient lieu.

« On sait bien, écrivait Michel Foucault dans sa leçon inaugurale au Collège de France, qu’on n’a pas le droit de tout dire, qu’on ne peut pas parler de tout dans n’importe quelle circonstance, que n’importe qui enfin ne peut pas parler de n’importe quoi. Tabou de l’objet. Rituel de la circonstance. Droit exclusif et privilégié du sujet qui parle. »

On a là trois types d’interdits qui se croisent pour former une toile qui enveloppe les discours possibles. Dans quelle société humaine les discours, les publications ont-ils été soumis à un plus grand contrôle que la nôtre ? Le droit d’expression comme tous les droits n’est pas absolu. Il est encadré par des lois qui le protègent mais en fixent aussi les limites. Pas de liberté d’expression sans la butée de la responsabilité. Les livres ont commencé à avoir un auteur parce qu’ils pouvaient être poursuivis. Le droit d’auteur n’est pas seulement le salaire de l’écrivain, il instaure sa responsabilité pénale. À ceux qui ignorent que la liberté d’expression est tout sauf un droit naturel mais un combat historique, avec des avancées et des reculs, on ne saurait trop conseiller la lecture de l’ouvrage de Gisèle Sapiro, La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France, XIXe-XXIe siècle (Éd. du Seuil, 2011).

Toute l’œuvre de Michel Foucault en témoigne : le langage n’est pas un élément transparent et neutre, un fleuve tranquille dont on ne saurait perturber le cours par des interdits, où les tensions se dénoueraient et la politique s’apaiserait. Le marché des échanges discursifs, plus encore que les autres marchés, est inégalitaire, soumis à des situations de monopole. Car ce qui s’y joue, ce n’est pas la délibération harmonieuse des intérêts bien compris mais la jungle des désirs et des pouvoirs, une guerre des récits qui n’a fait que s’intensifier avec la mondialisation des échanges et la révolution numérique.

4. Le précédent de l’affaire Rushdie

L’affaire Rushdie, que l’on cite souvent comme un précédent de l’attentat contre Charlie Hebdo, fut un événement inaugural. Elle a enregistré notre entrée dans un monde sauvage où les échanges discursifs n’étaient plus régulés au sein d’espaces linguistiques limités ou de cultures homogènes, mais dans le vaste monde sans frontières d’internet. Ce monde où s’opposaient des cultures qui s’ignoraient, des épistémès qui appartenaient à des siècles différents. L’affaire Rushdie n’était pas le produit d’un choc de civilisations, mais d’un conflit d’interprétations, la rencontre postmoderne entre deux épistémès : l’une théologico-politique, qui ne connaît que le texte sacré, et l’autre laïque qui conçoit la cohabitation de plusieurs types de textes, non seulement le texte sacré et le texte profane, mais aussi toutes sortes de textes aux statuts cognitifs très différents, et divers genres littéraires.

Parmi les malentendus nombreux qu’a fait lever la campagne internationale en faveur de Rushdie, il faut retenir deux erreurs de catégorie qui éclairent rétrospectivement le débat autour de Charlie Hebdo. La première concerne le statut de l’auteur et la nature de sa faute, la seconde porte sur les Versets sataniques, « un chant d’amour à l’émigration », qui fut brûlé par des émigrés…

5. Liberté d’expression ou de création

Pendant la campagne internationale en faveur de Salman Rushdie, nombreux sont ceux qui ont pris sa défense au nom de la liberté d’expression, avec l’argument : un écrivain peut tout dire et il a même droit au blasphème. Ce qui revenait à faire le jeu de l’accusation et à nier l’idée même d’un espace littéraire propre, d’un langage de fiction qui n’a pas les mêmes implications pénales ou morales qu’une opinion politique ou religieuse exprimée dans l’espace public.

Salman Rushdie en 2012.Salman Rushdie en 2012. © (dr)

C’est une banalité de la théorie littéraire, mais il a fallu le rappeler pendant dix ans. Il y a dans un roman quelque chose qui ne relève pas des opinions de son auteur. S’il est une chose que la fatwa contre Rushdie nous a appris en effet, c’est l’importance de certains repères théoriques. Les distinctions entre auteur, narrateur et personnages, qui étaient des ponts aux ânes des études littéraires, connaissaient à la faveur de la fatwa une actualisation brutale et même sidérante pour la pensée. Pour avoir organisé plusieurs débats sur ces questions avec Salman Rushdie dans des théâtres encerclés par la police et sous la garde rapprochée des hommes du GIGN, je peux témoigner de cette sensation d’incrédulité. Nous mettions un pied dans l’inconnu : parler de littérature sous la protection de la police ! Dans quelle fiction étions-nous tombés ?

On reconnaît les grandes œuvres au trouble qu’elles sèment dans les esprits parce qu’elles ont pour enjeu non pas la transgression explicite, obscène, des interdits et des tabous, mais un changement de perception, un bouleversement de la sensibilité. Elles s’efforcent obscurément de chercher « de nouveaux angles pour pénétrer la réalité » et luttent pour une autre hiérarchie des sens, d’autres modes de subjectivation… C’est à ce titre qu’il faut les défendre. C’est ce pourquoi nous avions créé le Parlement international des écrivains au début des années 1990, non seulement pour porter secours aux écrivains et aux artistes qui, en Algérie ou en Iran, étaient menacés de mort par les groupes fondamentalistes, mais pour faire reconnaître un droit non écrit, le droit à la fiction, le droit à la littérature.

Michel Foucault proposait de distinguer les interdits qui frappent un contenu explicite (« la série religieuse des mots blasphématoires »), des interdits frappant des formes de langage perçues comme transgressives « non pas dans leur sens, non pas dans leur matière verbale mais dans leur jeu ». Sous cette catégorie, comment ne pas reconnaître, de Sade à Joyce et à Rushdie, de Rabelais à Céline et à Genet, la place déniée, la place sans droit de la littérature. La fatwa qui a frappé Rushdie ne sanctionnait pas un délit d’opinion (sa défense ne relevait donc pas de la défense de la liberté d’expression) mais un roman ; non pas seulement le roman de Rushdie, mais le genre romanesque en soi. Pas de Rushdie sans Boulgakov, Kafka, Sterne, Rabelais…

6. « Les Versets sataniques », un chant d’amour à l’émigration

Si comme l’écrit Gilles Deleuze, l’une des fonctions de la fiction est d’inventer « un peuple qui manque », c’est bien à la naissance d’un peuple que nous assistons dans Les Versets sataniques. Un peuple d’immigrés écartelés entre le côté de Londres et le côté de Bombay, un peuple d’hommes traduits, parce qu’ils ont été « déplacés au-delà de leur origine », et chez qui les valeurs, les identités se révèlent poreuses avant de se mélanger et de se contaminer : Bombay se post-modernise pendant que Londres se créolise.

Les Versets sataniques sont le premier grand roman carnavalesque de l’ère post-moderne. Il y a dans l’œuvre de Rushdie une mise en abyme de l’identité, que ce soit l’identité nationale, l’identité religieuse, l’identité ethnique, c’ est-à-dire les fondamentaux du fondamentalisme, de tous les fondamentalismes. C’est contre ce trouble « grotesque » de l’identité que la fatwa contre Rushdie a recruté ses adeptes, et pas seulement à Téhéran.

Dès les premières pages des Versets Sataniques, la chute d’avion sur Londres qui est, plutôt qu’une métaphore, une figure libre de la chute dans le temps occidental mais aussi de la chute métaphysique et de l’expulsion d’un monde théo-centré, se trouve au point de départ d’une expérience qui déclenche une nouvelle répartition des notions du Bien et du Mal, un émiettement plutôt qu’un rejet massif des valeurs traditionnelles qui se maintiennent à l’état de souvenirs, de fétiches, de déchets, de clichés et qui vont être emportées, déplacées, déformées dans le grand tourbillon de formes, de valeurs et d’affects qui constitue le carnaval rushdien. L’expérience à laquelle sont soumis les émigrés de Rushdie est au double sens du mot une expérience d’élargissement ; expulsion, exil, expatriation, mais aussi dilatation, accroissement et même élongation comme ce pauvre Chamcha qui (à l’opposé du Samsa de La Métamorphose) se met à grandir démesurément, à se métamorphoser en bouc avec cornes et sabots.

Nouveau monde

Le roman faisait de l’exil l’expérience décisive qui permet une nouvelle exploration du réel, la découverte d’un nouveau monde. Comment entrer, comment pénétrer, dans un monde absolument ouvert ? Comment venir au monde quand on appartient à plusieurs mondes ? Comment naître quand on est un migrant ? Comment s’incarner et se singulariser dans un monde où toutes les identifications sont équivalentes et également possibles ? Le roman reconstituait la vision du monde d’un immigré, il explorait les conflits et les contradictions dont l’immigration est porteuse, et surtout le bouleversement de sensibilité qu’elle implique : les changements de perception, les nouveaux rapports au temps et à l’espace mais aussi au corps, à la sexualité, à la culture, à la religion…

Le roman de Rushdie se voulait « un chant d’amour à l’émigration », au métissage, au baroquisme de la vie moderne. Et c’est ce travail formel, structural, qui était visé par la fatwa, non pas le droit au blasphème dont se gargarisaient les médias mais le droit d’inventer des mondes possibles.

7. La relativité romanesque et l’hospitalité créatrice

Lorsque nous avons créé avec le Parlement des écrivains le réseau de villes refuges pour accueillir les écrivains menacés de mort dans leur pays, nous utilisions toutes sortes de métaphores. Pour Wole Soyinka, c’était un écosystème qui permettait de transplanter dans un sol propice des semis, des plans menacés par la désertification. Pour Jacques Derrida, qui en a fait un livre – Cosmopolites de tous les pays encore un effort ! –, c’était un laboratoire d’une citoyenneté nouvelle, d’une nouvelle hospitalité. Édouard Glissant les appelait « les villes refuges des voix du monde ». Sous l’influence de Deleuze, nous parlions d’agencements, de trouer l’espace européen d’ambassades de la diversité humaine.

La liberté d’expression que nous avons à défendre ne saurait être discriminante ou offensante. Ceux qui se parent de l’une et de l’autre pour stigmatiser et exclure moins une religion qu’une culture, ne doivent pas compter sur la compréhension ou la complicité des écrivains. Dans l’article qu’il fit pour défendre Salman Rushdie, Le Jour où Panurge ne fera plus rire, Milan Kundera écrivait : « Insistons à ce propos : il n’y a pas de place pour la haine dans l’univers de la relativité romanesque. Le romancier qui écrit un roman pour régler ses comptes (que ce soient des comptes personnels ou idéologiques) est voué à un naufrage esthétique total et assuré. »

Et Kundera de souligner les paradoxes de la relativité dans le roman de Rushdie : la modernité occidentale y est observée avec scepticisme, le portrait de l’imam émigré bénéficie d’une compréhension presque respectueuse, les gauchistes apparaissent aussi frivoles que la frivolité qu’ils dénoncent, etc. Avant de conclure : « Personne n’a raison et personne n’a entièrement tort dans cet immense carnaval de la relativité qu’est cette œuvre. »

Dans un autre passage du même article, Kundera racontait comment sa conception de la laïcité s’était transformée sous le communisme et comment un certain athéisme triomphant lui était apparu ridicule au contact de ses compatriotes chrétiens opprimés : « J’ai été élevé comme athée et je m’y suis plu jusqu’au jour où dans les années les plus noires du communisme, j’ai vu des chrétiens brimés. Du coup, l’athéisme provocateur et enjoué de ma première jeunesse s’est envolé telle une niaiserie juvénile. Je comprenais mes amis croyants et emporté par la solidarité et l’émotion je les accompagnais parfois à la messe. »

On aimerait que certains de nos laïcs « provocateurs et enjoués » tiennent de tels propos à l’égard des musulmans..

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« Tous Charlie » : Une imposture sous le coup de l’émotion…

Si, tout en refusant de céder à la psychose, je ne minimise nullement le risque que des actes terroristes se multiplient, j’estime que les principaux fossoyeurs de la liberté d’expression et de la presse sont nos gouvernants qui, en particulier via le système pernicieux « d’aides » aux journaux et magazines3, favorisent les organes qui s’engraissent déjà grâce à la publicité.

Ainsi, en 2013, Le Figaro a amassé 16 179 637 euros, Le Monde 16 150 256 euros, Libération 9 832 531 euros, Télé 7 jours 6 947 010 euros, L’Express 6 349 770 euros, Paris Match 4 965 561 euros, Le Point 4 658 889 euros, L’Équipe 3 449 962 euros, Les Dernières Nouvelles d’Alsace 1 928 827 euros… De quel « pluralisme » se targuent donc nos dirigeants m’as-tu-vu, qui craignent surtout la subversion, la sédition, contre le système dont ils sont les tenants ?…

Sur la liste des deux cents titres ayant bénéficié de la manne provenant de l’impôt, ne figurent ni Charlie Hebdo, ni Siné Mensuel, ni Fakir, ni aucune revue militante indépendante. S’ajoutent à cette iniquité crasse, la désaffection, le désintérêt des « citoyen(-ne)s » pour la lecture d’un quotidien, d’un hebdomadaire, d’un mensuel et, plus généralement, pour ce qui nécessite réflexion, analyse et une certaine culture…

René Hamm, Bischoffsheim (Bas-Rhin), le 11 janvier 2015

Entre les lignes entre les mots 1/2/2015 :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2015/02/01/tous-charlie-une-imposture-sous-le-coup-de-lemotion/