Politique commerciale, agricole et écologique : ce que proposent les candidats aux européennes

Analyse

Deux grandes tendances se retrouvent dans presque toutes les listes : le protectionnisme et la préférence pour le local.

Mikael Corre, le 09/05/2019 à 18:40

Politique commerciale, agricole et écologique : ce que proposent les candidats aux européennes

Une éolienne en Loire Atlantique.ALTITUDEDRONE – STOCK.ADOBE.COM

Même la liste du Rassemblement national (RN), si critique de l’UE, considère que c’est à l’échelle communautaire que doivent être taxées les importations venues d’États ne respectant pas certaines normes. « Nous devons rétablir des protections douanières (taxes, quotas et contingentements) aux frontières de l’Europe comme le font d’ailleurs toutes les grandes économies », précise le programme du parti d’extrême droite.

La majorité présidentielle (LREM, MoDem, Agir…), qui propose de mettre en place à l’échelle européenne une taxe carbone, une taxe sur les transactions financières et une préférence en matière de défense, imagine même « fermer le marché européen » aux entreprises qui ne respectent pas les « exigences sociales et environnementales fondamentales », sans donner plus de précision.

Double protectionnisme et localisme

Pour les listes de droite (RN, Les Républicains, Debout la France), ce protectionnisme aux frontières de l’UE doit se doubler d’une défense accrue du marché français. Toutes proposent de donner la priorité aux entreprises nationales dans la commande publique, « et aux entreprises locales », précisent leurs programmes. Le RN envisage par exemple de réserver une « part » des marchés publics aux entreprises de proximité, tandis que les Républicains, plus précis, proposent d’accorder « aux PME locales » 50 % des marchés publics (ils fixent également l’objectif de « 100 % d’aliments bio et locaux dans les cantines »).

Cette mise en avant du local se retrouve également dans toutes les listes de gauche. La France insoumise désire elle aussi donner la priorité aux entreprises locales dans la commande publique. Europe Écologie Les Verts voudrait atteindre « 100 % d’agriculture européenne biologique et locale d’ici à 2050 » et envisage le retrait des aides de la politique agricole commune (PAC) « en cas d’exportation de la production ». Au Parti socialiste (allié avec Place publique), on imagine l’introduction d’une « clause locale » dans le droit européen de la concurrence pour notamment favoriser les circuits courts. La seule liste à ne faire aucune mention de la préférence pour le local est celle de la majorité.

Volontarisme écologique

Toutes en revanche affichent un volontarisme assez inédit en matière d’écologie, avec plusieurs propositions pour financer à grande échelle la transition (plan d’investissement écologique, Banque publique européenne du climat…)

Autre point de convergence : la dénonciation des traités de libre-échange. À gauche, on dénonce des accords « non écologiques » comme le Ceta, le Mercosur et Jefta (EELV), on demande un moratoire sur tout nouvel accord commercial (PS/Place publique) ou on envisage carrément de les refuser « systématiquement » (LFI). Dans la même veine, la majorité promet de refuser tout nouvel accord de libre-échange passé avec un État ne respectant pas l’accord de Paris sur le Climat.

À droite, Les Républicains souhaitent avant tout que la conclusion d’accords commerciaux devienne une compétence mixte entre l’UE et les États membres et non plus une compétence exclusive de l’UE – cela exigerait de réviser les traités européens. La liste menée par François-Xavier Bellamy souhaite également permettre de déroger aux règles européennes de la concurrence dans certains domaines stratégiques pour faire émerger des « champions industriels ». Une proposition également présente dans les programmes de Debout la France et de la majorité.

Campagne

J’ai rencontré la nature et la campagne. Nature /campagne, grosse différence . La nature c’est l’herbe, les arbres, la terre. La campagne c’est la nature avec la société qui l’habite. La nature c’est quand on rêve, la campagne c’est quand on réalise son rêve. On aperçoit bien les arbres, les fleurs, l’odeur de la terre mouillée, ce petit miracle d’un fossé rempli d’herbe et de feuilles mortes avec l’eau qui bruisse au fond, l’odeur des feuilles en décomposition, les corbeaux tout là haut dans l’air glacé qui poussent des cris déments. Les signes de l’hiver. Oui mais c’est plus souvent l ‘odeur et le bruit du tracteur. Je me souviens très bien de l’odeur du mien. Le mélange subtil d’huile et de peinture brulée, de gas-oil et de la moleskine du siège fondue par le soleil et imprégnée de sueur. Dans le garage il y avait l’établi en bois sur le sol en terre battue aux odeurs d’hydrocarbures, odeurs, et, posé au milieu, la carcasse brillante du Ferguson, rutilant, rouge et gris, joyau tranquille. Qui n’a pas entendu le son rugueux, souple et régulier d’un moteur Perkins ne peut pas prétendre connaître la mécanique. Je ne vois pas de rêve plus fou, d’entreprise plus présomptueuse, de plus grande gageure que de s’amener au petit matin sur son tracteur rouge brillant au ronronnement puissant, les socs relevés comme des miroirs pointus. Tu attends trois secondes pour tourner la charrue dans le bon sens. Tu la descends doucement. Tu la poses sur la terre, les carrelets attaquent déjà un peu le sol. Tu passes la seconde. Tu met le moteur à 2500 tours. Tu n’as pas à te poser la question d’où attaquer, dans quel sens, tu le sais déjà. Et puis tu lâches l’embrayage d’un coup et ça commence, la terre défile entre les socs à toute vitesse et toi tu es là tu alignes les sillons, tu les poses les uns sur les autres, tu baisses ou tu relèves la charrue pour que le dessus du labour soit plat. Plus ça avance plus tu es espanté par ce que c’est beau un labour. Tu sculptes, tu redessines, tu mets des rayures. Et, à la fin, toutes les ondulations du champ apparaissent. C’est tout neuf, les variations de couleurs du sol s’entrecroisent avec les rayures des sillons dont la dureté des lignes contraste avec les dégradés de bruns de la terre. On peut dire avec quelques raisons que le labour c’est anti agronomique et énergivore. N’ayant pas toujours été « bio », je prétends avoir changé d’opinion mais je me refuse de jeter aux orties ces moments que j’ai vécu, de communion intime avec le sol, sa texture, sa profondeur, ce qu’il contient, les traces qu’on y trouve en profondeur. Et ce fort sentiment de redessiner la nature et de réaliser une œuvre (d’art?).

La Bretagne doit changer de modèle : la preuve en trois chiffres

11 Septembre 2014 Par Thibaut Schepman (journaliste) – 5/11/2013

Les choix économiques de la région ne sont pas viables. En se penchant sur les chiffres, cette réalité saute au visage.

Au tournant des années 1960, la Bretagne a fait le pari de l’agriculture intensive. Très gourmand en énergie et en matières premières importées, nocif pour l’environnement, le modèle agroalimentaire breton est à bout de souffle. En cherchant à le préserver, les « bonnets rouges » font fausse route. Comparé à la France, la Bretagne c’est en effet :

1) Presque la moitié du soja importé

C’est la quantité de tonnes de soja importées en Bretagne chaque année pour nourrir les animaux d’élevage, soit presque la moitié des importations françaises (environ 4,63 millions de tonnes par an) ! Voilà donc 3 millions d’hectares de terres cultivées en Amérique du Sud uniquement pour nourrir les animaux bretons. Au-delà de leurs coûts environnementaux, ces importations coûtent de plus en plus cher aux agriculteurs puisque le prix du tourteau de soja est en hausse continue, il coûte presque trois fois plus aujourd’hui qu’en 2008, comme le montre le schéma ci-dessous (en dollars constants).

2) Deux fois plus d’énergie consommée

L’agriculture bretonne est aussi la championne de France de la consommation d’énergie. Selon un indicateur construit par le ministère de l’Environnement (la consommation régionale d’énergie par secteur rapportée au PIB régional tous secteurs confondus) l’agriculture bretonne en consomme plus de deux fois plus que la moyenne nationale (0,14 tonne équivalent pétrole/ million d’euros contre 0,06 en France). Or c’est justement le coût de l’énergie – qui ne cesse de grimper – qui fragilise l’agriculture française. La preuve, avec cette étude réalisée en 2012 par l’Ademe montrant que l’agriculture française consomme toujours plus d’énergie, que ce soit sous la forme d’électricité ou de fuel, ou encore sous la forme d’engrais et de nourriture importés. Le schéma ci-dessous, tiré de cette étude, montre que les budgets des agriculteurs s’en ressentent. Plus dépendante au niveau énergétique, la Bretagne est encore plus fragile, d’où les fermetures aujourd’hui.

3) Presque deux fois plus de nitrates

On trouve 40 mg de nitrates par litre dans les cours d’eau bretons. C’est presque 10 fois plus qu’en 1971 (5 mg) et presque deux fois plus que la moyenne française actuelle (23 mg). En produisant 58% des porcs français, la Bretagne – qui ne représente que 5% du territoire national – doit subir une pollution aux conséquences écologiques énormes. Et qui, elle aussi, a un coût : celui du traitement des eaux polluées ou du ramassage des algues vertes, ou encore des sanctions européennes qui menacent la France pour non-respect des directives environnementales.

En Bretagne, ils font déjà autrement

On aurait pu poursuivre la liste. Rappeler qu’après 2700 contrôles menés en 2007, 500 exploitations bretonnes ont été jugées non conformes aux normes en matière de rejets azotés. Ou que les aides de la PAC (Politique agricole commune) y ont triplé entre 1993 et 2006, faisant de la région la quatrième la mieux dotée en France. Aides qui pourraient considérablement baisser si le verdissement de la PAC se poursuit. Ou encore que les libertés laissées à l’agro-industrie bretonne sont toujours plus grandes puisque le seuil à partir duquel l’extension d’une porcherie nécessite une autorisation administrative et une étude d’impact sur l’environnement a été relevé de 450 à 2000 bêtes en septembre. Mais on peut aussi montrer ceux qui font déjà autrement. C’est en Bretagne que le Cedapa (Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome) a inventé à la fin des années 1970 une méthode agricole peu gourmande en intrants et en énergie et peu polluante. Une étude de l’Inra (Institut national de recherche agronomique) a montré que le lait produit ainsi est de meilleure qualité, et que les exploitations sont plus rentables. Le cahier des charges basé sur leurs expérimentations, appelé « système fourrager économe en intrants », est aujourd’hui reconnu à l’échelle européenne. Il été mis en place dans plus d’un millier d’exploitations, principalement dans l’Ouest de la France. Une révolution par la prairie.