Les Pays Bas s’apprêtent à infliger une leçon de démocratie à l’Union Européenne

Un référendum sur l’accord d’association (de libre-échange) entre l’Union européenne et l’Ukraine se tiendra aux Pays-Bas le 6 avril prochain. Bien que peu évoqué hors des frontières de ce pays, ce référendum pourrait être le déclencheur d’une crise majeure en Europe tant les probabilités que le peuple hollandais le rejette sont fortes.

Jean-Claude Junker, président de la commission européenne, craignant les conséquences d’un tel vote juste avant des élections législatives cruciales au Pays-Bas et en France en 2017, mais aussi en pleine négociation du TTIP, le traité de libre-échange transatlantique, a enjoint les citoyens des Pays-Bas à ne pas « mal voter ». 

L’accord d’association controversé entre l’Ukraine et l’Union européenne a été l’un des déclencheurs d’un renversement du gouvernement ukrainien de Ianoukovytch à la suite du mouvement populaire du Maïdan. Le nouveau gouvernement ukrainien présidé par M. Porochenko, signataire de cet accord et appuyé par les Etats-Unis, a été à l’initiative d’une guerre civile à l’est du pays qui a fait plus de 10 000 victimes dont de nombreux civils, ainsi que le déplacement de plus de 1 100 000 réfugiés.

Il est légitime que les peuples des Etats-membres de l’Union européenne se posent la question de l’opportunité d’un tel accord, eut égard, d’une part, aux coût colossaux qu’il va faire peser sur les budgets européens, et, d’autre part, car il pose la question du bien-fondé des décisions des institutions européennes rarement prises dans l’intérêt des peuples. Enfin, il marque alignement de l’UE sur la politique étrangère étatsunienne, au risque de la paix en Europe, pourtant argument principal légitimant l’existence de l’Union.

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Cet accord, déjà ratifié par le Parlement néerlandais, est entré en vigueur le 1er janvier 2016. La très démocratique loi néerlandaise prévoit la tenue d’un référendum consultatif si au moins 300 000 signatures sont recueillies auprès des citoyens. Les auteurs de l’initiative visant à rejeter cet accord d’association en ont réuni 420.000. Le vote aura donc lieu le 6 avril. Si de plus, le taux de participation dépasse les 30% le gouvernement serait formellement obligé de reconsidérer l’accord – or, selon les sondages, environ trois quarts des électeurs néerlandais voteront « probablement ou certainement » contre l’accord.

Jean-Claude Junker, qui avait déclaré il y a quelques mois « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens« , est en train de réaliser que le peuple peut encore faire irruption sur la scène politique à l’échelle de L’Union. Inquiet, il a appelé les Néerlandais à ne pas s’opposer à l’accord et fait remarquer qu’une réponse négative pourrait « déboucher sur une grave crise en continentale, qui dépasserai largement le cadre néerlandais« .

Ne doutons pas que Junker, entre deux moments d’ébriété, y voit clair et s’inquiète à juste titre de chaque retour du peuple dans la vie politique. La portée du vote sera fortement symbolique, car ce référendum se tiendra alors que la Hollande, central dans l’Union Européenne dont elle est fondatrice, assure la présidence tournante depuis le 1er janvier.

La Hollande pourrait réaliser un vote de défiance vis-à-vis de l’Union Européenne et ses traités en illustrant combien les élites européennes sont coupées des intérêts des peuples que sensément elles doivent servir. Ce serait également un coup porté aux certitudes bruxelloise et au dogme de l’élargissement sans fin de l’UE. Cela relancerait enfin le débat sur le degré d’intégration de chaque Etats-Nation dans l’UE et donc d’abandon de souveraineté, et ce un an avant des élections législatives d’importances aux Pays-Bas et en France, deux pays phares de l’UE, où, par référendum populaire le Traité Constitutionnel Européen avait été rejeté de manière retentissante en 2005 (61% de NON en Hollande, 55% en France).

Les Hollandais se prononceraient légitimement contre cet accord de libre échange compte tenu du coût colossal pour l’UE, donc pour ses citoyens, qu’il impliquerait. L’économie ukrainienne est, en effet, en faillite continue, soutenue à bout de bras par l’UE et le FMI (qui au contraire de la Grèce lui a accordé une restructuration de sa dette) : il faudrait entre 40 et 65 milliards d’Euros pour la remettre à flots et assurer un soutien de quelques 15 milliards d’Euros par an pendant de nombreuses années, sommes impensables dans un contexte de récession, de crise grave, de chômage et de politique d’austérité dans les autres pays européens. Ses aides risqueraient d’ailleurs de n’y rien changer puisque le niveau de corruption de l’actuelle Ukraine est un des plus élevé au monde et supérieur – si c’est possible – à celui en vigueur sous Ianoukovitch.

Par ailleurs, le rapprochement plus marqué de l’UE et de l’Ukraine augure d’un dumping social sans précédent en Europe, déjà largement initié par l’Allemagne dans ses usines. L’Ukraine compte une des plus importante population d’Europe – 46 millions d’habitants – pour un salaire moyen de 250 euros/mois et un salaire minimum de… 50 Euros par mois. Le rapprochement de l’UE et de l’Ukraine risque de causer un tsunami social dans toute l’Europe de l’ouest où le travail, de plus en plus rare et précaire, est dévoyé par le déferlement des « travailleurs détachés » (soit l’organisation du dumping social au niveau européen par l’organisation, légalisée par l’UE, de travailleurs exploités).

Junker redoute également les conséquences géopolitiques d’un NON hollandais, tant cet accord d’association sert surtout les intérêts hégémoniques des Etats-Unis. Pour Washington l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN et son éloignement de la sphère d’influence de la Russie reste un de ses objectifs géostratégiques centraux et l’accord d’association UE/Ukraine n’en est qu’une étape.

Cet accord mettrait l’Europe encore plus en porte-à-faux par rapport à la Russie, or, sans ce pays, comme le déclarait le Général De Gaulle, un projet européen indépendant n’est pas viable.

Il est à noter que cela se déroule au même moment où se négocie, en catimini, l’accord sur le traité de libre-échange transatlantique, le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership – Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement en français), visant à construire un grand marché Transatlantique, lequel, s’il était ratifié ainsi que le désirent ardemment les élites européennes, augurerait d’un basculement définitif et complet de l’Europe dans le giron étasunien.

Le référendum d’initiative populaire s’il se soldait par un vote NON à l’accord d’association UE/Ukraine serait une crise supplémentaire dans une UE qui ne représente plus les intérêts des peuples. Ce serait le retour du peuple dans un système d’institutions où la banque centrale européenne qui n’a pas les mêmes prérogatives que la réserve fédérale des Etats-Unis, où la démocratie est inexistante – commission européenne non élue et parlement européen composé de députés élus mais sans réels pouvoirs. Caractère non démocratique qui sera renforcé par une des dispositions phares du TTIP, les tribunaux d’arbitrage, instances non élues, et dont les décisions s’imposeront aux Etats-Nations, si nécessaire en oppositions aux décisions prises par le peuple que ce soit par voie référendaire ou par le truchement de ses représentants au parlement – ce qui dans le cas de notre pays est en contradiction radicale avec l’article 3 de la constitution française.

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Travail d’explication / actualisation de texte sur la pièce de théâtre « Cinna » de Pierre Corneille.

Couverture de l’édition de Cinna de Pierre Corneille. On trouve dans ce livre, en plus du texte de la pièce, des annotations de Voltaire et de Geruzez, un texte de Corneille de remerciement à son mécène monsieur de Montoron, un texte en latin de référence à Sénèque ou ce dernier parle de la clémence d’Auguste vis à vis de Cinna et un commentaire de Montaigne sur l’empereur Auguste.

Cinna 1 couverture

 

 

 

Annotée par Eugène Geruzez. Nicolas Eugène Géruzez, né à Reims le 6 janvier 1799 et mort à Paris le 29 mai 1865, est un historien de la littérature et critique littéraire français. Il édite de nombreux ouvrages d’auteurs tels que Corneille, La Fontaine, Molière, Racine, Jean-Baptiste Rousseau et collabore à de nombreux journaux. Il est également l’auteur d’études sur la littérature française, parmi lesquelles une Histoire de la littérature française, depuis ses origines jusqu’à la Révolution.

Cinna 2 page2

Monsieur de Montoron est le « sponsor » de Corneille qui lui en est très reconnaissant semble-t-il.

Cinna 3 Montoron1

La note de la page 1 ci-dessus est de la main de Eugène Geruzez.

Cinna page3

Ci-dessus : Corneille est plutôt obséquieux vis à vis de son mécène.

 

Cinna 7 Voltairep5

Cinna 8 Montaigne1p9

Cinna 9 Montaigne - p10

Cinna 10 Montaignep11

Le texte de Montaigne ci-dessus peut être considéré comme la traduction du texte de Sénèque en latin qui le précède dans le fascicule. On peut y constater que Corneille a repris, dans sa pièce, point par point, les faits relatés par Sénèque puis par Montaigne. Même si Voltaire émet des doutes sur la réalité de ces évènements énoncés par Sénèque, la mansuétude du prince dont il s’agit devait faire partie des utopies en vigueur aux temps de Sénèque, de Montaigne, de Corneille et de Voltaire. Une utopie que personnellement je ne méprise pas bien que démocrate convaincu. Dans cet ordre d’idées, j’avais été impressionné par le rôle du roi anglais dans le film de Tom Hooper « le discours du roi ».  Le roi Georges VI y prononce en Septembre 1939 un discours historique qui place l’Angleterre en guerre contre l’Allemagne nazie. Ce discours est particulièrement méritoire à un moment ou la puissance militaire nazie semble dominer l’Europe. Il n’était pas facile d’obtenir la contribution de tous dans cette lutte. Georges VI apparait comme le rassembleur des anglais et le dépositaire de certaines valeurs essentielles. Les anglais ont manifestement une vision de leur roi qui confine au sacré. Leur roi n’est pas une personne comme pourrait l’être un homme politique, leur roi c’est eux, le roi d’Angleterre représente chacun des individus du peuple anglais. Plus le roi est riche, plus le roi est fastueux, plus les anglais sont heureux parce que c’est très viscéralement eux même qui sont riches et fastueux.  Dans son discours de 1939 Georges VI obtient l’aide de chaque anglais (comme on a pu le voir par la suite), il était le seul à pouvoir le faire. Peu d’hommes dans nos régimes démocratiques ont su montrer suffisamment de charisme, de mérites et d’intelligence pour emporter de leur seul fait l’assentiment général. Depuis Napoléon et De Gaule notre paysage politique s’appauvrit jusqu’à l’indigence.

Voir les commentaires de Voltaire ci-dessus.

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Ci-dessus acte 1 scène 2. J’aime bien comme Corneille dépeint le désarroi d’Emilie  au début :

« Mon esprit en désordre à soi-même s’oppose;

je veux et ne veux pas, je m’emporte et je n’ose; » …

Puis Emilie se reprend et, malgré une situation passablement complexe, sait retrouver le chemin de son « devoir ». Oui entre guillemets puisqu’on a du mal à imaginer que son devoir puisse être d’imposer à son amoureux (Cinna) de tuer son père adoptif (Auguste). De nos jour une telle attitude relèverait non seulement de la psychopathologie mais elle serait condamnée par la loi pour incitation au meurtre. On comprend bien qu’Emilie est un levier indispensable pour la pièce et que Corneille l’a voulu ainsi mais on a du mal à imaginer la vie à deux, ensuite, entre Emilie et Cinna.

Cinna 15 Emilie p19

Ci-dessus acte 1 scène 3, le complot se présente bien et l’accord règne entre Cinna et Emilie.

Cinna 16 A1 S4 p24

Ci-dessus acte 1 scène 4, « coup de théâtre ». Comme le fait remarquer Voltaire « l’intrigue est nouée », le spectateur, pour l’instant aime le couple persécuté Cinna / Emilie et déteste Auguste le tyran.

Cinna 17 A2 Sc 1p34

Ci-dessus acte 2 scène 1. Maxime réconforte Auguste et l’incite à rester empereur alors que celui-ci doute et se demande si devant tant d’opposition et de rancœur il ne devrait pas abandonner ses fonctions. Donc Maxime qui fait partie du complot contre Auguste, l’incite à persévérer pour pouvoir l’assassiner. On dit bien « situation cornélienne » mais là, Corneille bat des records.

« On hait la monarchie; et le nom d’empereur,

Cachant celui de roi, ne fait pas moins d’horreur, »

Banalisation généralisation de la haine du prince qu’il soit roi ou empereur (Louis XIV a du comprendre le message) et reconnaissance du mérite et de la solitude de ce dernier.

Cinna 18 A2 Sc1p34

Ci-dessus acte 2 scène 1 toujours. Cinna atteint un niveau d’hypocrisie supérieur puisqu’il fait la morale à Auguste en lui trouvant des raisons élevées de rester empereur alors que son but est de le maintenir dans ses fonctions pour pouvoir l’assassiner. Cinna exprime une certaine vision de la royauté où le prince est un « bon prince » et où quoiqu’il en soit « quand le peuple est maître, on agit qu’en tumulte; ». C’est ce que doivent penser nos commissaires européens qui négocient en secret et fuient les mécanismes démocratiques.

Cinna 20 A2 Sc 1p35 Cinna 23 c A2 Sc 1p36

Ci-dessus la suite du paragraphe au-dessus. Acte 2 scène 1. Cinna donne une description catastrophiste du pouvoir populaire

« Le pire des états, c’est l’état populaire »

Catastrophiste vraiment ?

« Dans le champ du public largement ils moissonnent »

ou :  « Elus en disant ce que l’électeur aime à entendre » ?

« Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux »  « L’autorité livrée aux plus séditieux »

ou : « N’arrivent aux commandes que des spadassins du pouvoir »

Cela rappelle bien des réalités contemporaines en usage dans nos démocraties. Maxime utilise une forme de déterminisme géopolitique pour justifier le régime démocratique à Rome;

Cinna 21 A2 Sc 1p36Cinna 22 b A2 Sc 1p36

Acte 2 scène 1. Les portes de Janus divinité romaine étaient fermées quand Rome était en paix.

Cinna 24 A2 Sc 1p37

Acte 2 scène 1. ci-dessus, Cinna ou le malheur des temps.

« Depuis que la richesse entre ces murs abonde,

Et que son sein fécond en glorieux exploits,

Produit des citoyens plus puissants que des rois,

Les grands, pour s’affermir achetant des suffrages,

Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gages, »

Nous n’avons décidément rien inventé avec nos hommes politiques et nos technocrates à la solde des multinationales et de leurs lobbies.

Cinna 26 A2 Sc 1p39Cinna 27 d A3 Sc 1p43Cinna 28 A3 Sc 1p43Cinna 29 A3 Sc 1p44

Au dessus  Acte 2 scène 1. Auguste couvre Cinna de faveur et il lui donne Emilie sans savoir que Cinna comme Emilie souhaitent sa mort. Ci-dessus : Acte 3 Scène 1 : Maxime déclare à Euphorbe qu’il aime Emilie. Voir le commentaire de Voltaire.

Cinna 30 b A3 Sc 3p51

Ci-dessus : Acte 3 Scène 3  Monologue de Cinna, il s’avoue être complètement dépendant du vouloir d’Emilie (son « aimable inhumaine »). Mais il préfèrerait ne pas avoir à assassiner Auguste pour lui plaire, son seul espoir est de la convaincre de renoncer au complot contre Auguste. Ci-dessus Acte 3 Scène 4 : Emilie n’est pas d’accord.

EMILIE

« Je fais gloire, pour moi, de cette ignominie;
La perfidie est noble envers la tyrannie;
Et quand on rompt le cours d’un sort si malheureux,
Les cœurs les plus ingrats sont les plus généreux.

CINNA

Vous faites des vertus au gré de votre haine.

EMILIE

Je me fais des vertus dignes d’une romaine.²

Cinna 32 A3 Sc 4p54

Ci-dessus Acte 3 Scène 4. La remarque de Voltaire concerne la dernière réplique d’Emilie « Je me fais des vertus dignes d’une romaine ». Cinna ne réussi donc pas à la dissuader.

 

Ci-dessus Acte 4 Scène 1  Auguste vient de découvrir le complot.

 

Ci-dessus Acte 5 Scène 3 Auguste pardonne. On voit que la situation s’est inversée depuis l’Acte 1 Scène 3, le public aime, maintenant, Auguste et se retourne contre le couple Cinna / Emilie qui n’est plus persécuté mais assassin.

« Je suis maître de moi comme de l’univers;

Je le suis, je veux l’être. O siècles! ô mémoire »

Ces deux vers avaient beaucoup impressionné mes 17 ans.

Cinna 35 A5 Sc 3p85Cinna 36 A5 Sc 3p86

On comprends quel pu être l’accueil de cette pièce à la cour de Louis XIV peu de temps après la fronde. La bataille de Marfée dont fait mention Voltaire opposa le principauté de Sedan aux troupes du roi de France (Louis XIII) en 1641.
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Noam Chomsky : « Les démocraties européennes sont parvenues à l’effondrement total »

3 septembre 2014, 12:52
Publié le 28 janvier 2014 par El Don

Vu sur Rusia Today

Selon le linguiste et militant Noam Chomsky, les démocraties européennes sont parvenues à un effondrement total, indépendamment de la couleur politique des gouvernements, parce que les décisions sont désormais prises à Bruxelles.

Selon lui, la destruction des démocraties en Europe conduit vers la dictature.

Il donne l’exemple de l’Italie, où la démocratie a cessé d’exister avec l’arrivée au pouvoir de l’ex commissaire européen Mario Monti en 2011, politique désigné par les bureaucrates de Bruxelles et non par les électeurs italiens.

Pour Chomsky, le phénomène existe au niveau mondial: « Même le Wall Street Journal a admis que les USA sont au bord de l’effondrement total puisque tous les gouvernements qu’ils soient de droite ou de gauche, poursuivent la même politique décidée par les banquiers et les bureaucrates »

Selon Chomsky, la politique ne sert qu’à enrichir les banquiers. Il a décrit le néolibéralisme comme une attaque de grande envergure contre les peuples du Monde, la plus grande depuis les 40 dernières années. »
Source: Rusia Today

Traité transatlantique : le gouvernement demande enfin la transparence !

Jeudi 18 Septembre 2014 à 05:00 | paru dans Marianne
Bruno Rieth

Jusqu’à présent, le gouvernement se foutait bien de l’opacité entourant le mandat de négociation des émissaires européens sur le traité transatlantique. Pis, il paraissait l’approuver. Mais Matthias Fekl, le remplaçant du phobique Thomas Thévenoud au secrétariat au Commerce extérieur, vient d’exiger que le secret soit levé. Ni plus ni moins que ce que réclament depuis des mois les opposants au traité…


Des opposants au traité transatlantique lors du défilé du 1er mai dernier, à Toulouse - 20 MINUTES/FRED SCHEIBER/SIPA

Des opposants au traité transatlantique lors du défilé du 1er mai dernier, à Toulouse – 20 MINUTES/FRED SCHEIBER/SIPA
Une petite bombe. C’est à l’occasion de son audition par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, hier, que Matthias Fekl, le tout nouveau secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, a décidé de jouer les artificiers. Prenant la parole dès le début de la séance pour exposer « les quelques axes stratégiques d’action » qu’il entend mettre en œuvre dans ses nouveaux habits de secrétaire d’Etat, Matthias Fekl a annoncé, devant un parterre de députés, que « l’une de [ses] toutes premières décisions a été d’écrire à la Commission européenne, au nom de la France, de faire toute la transparence sur les mandats de négociations » devant conduire au fameux et controversé traité transatlantique. « Il ne peut plus y avoir de mandat secret de négociation », a-t-il même expliqué avant de s’engager à faire des points réguliers sur les avancées des discussions devant ladite commission. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais voilà une annonce de taille. D’autant plus qu’elle émane paradoxalement d’un Matthias Fekl passé par le programme des « Young leaders » de la French-american foundation…Marianne le réclame depuis des mois ainsi que de nombreux responsables politiques et associatifs. Surtout, cette déclaration vient contredire la ligne défendue depuis le début par l’exécutif sur cette question. Cette fameuse ligne que l’on pourrait résumer de la sorte : « Certes, le manque de transparence est gênant démocratiquement mais n’embêtons pas trop la Commission européenne quand même… » Le chef de l’Etat lui-même est renvoyé dans les roses, lui qui avait justifié une nécessaire opacité, lors d’une conférence de presse commune avec le président américain Barack Obama, en février 2014 : « Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations » (sic).

 

Matthias Fekl lors de son audition, hier, à l'Assemblée - WITT/SIPA

Matthias Fekl lors de son audition, hier, à l’Assemblée – WITT/SIPA
Le ministre de tutelle de Fekl, Laurent Fabius, n’était pas non plus apparu jusqu’à présent comme très attaché à la transparence. D’ailleurs, le patron du Quai d’Orsay expliquait, cet été encore, dans un élan de pragmatisme déconcertant que « si la négociation est positive pour nous, on dira oui. Si la négociation n’est pas satisfaisante on dira non ». Il faut croire que Matthias Fekl l’a convaincu qu’il fallait s’intéresser en amont au contenu des négociations avec les Etats-Unis plutôt que de se retrouver mis un beau jour devant le fait accompli. Ou peut-être aussi que le jeune secrétaire d’Etat lui a rappelé qu’avant que la direction du PS ne vienne tripatouiller leurs votes, les militants socialistes s’étaient opposés, à l’été 2013, au principe même de négociations transatlantiques…Quoi qu’il en soit, avant même cette sortie (bien inspirée) de Matthias Fekl, il y a d’abord eu le travail du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale, qui avait tenté de faire voter une proposition de résolution européenne. Celle-ci réclamait justement cette transparence. Cette proposition de résolution européenne n°1876, débattue le 22 mai 2014, demandait que la représentation nationale s’accorde sur un texte pour exiger de la Commission que le Parlement français « soit dûment associé au suivi des négociations à travers une information régulière ». Et que les citoyens européens aient un accès direct aux « documents de travail et de négociations ». En clair, ce qu’aurait donc demandé notre secrétaire d’Etat au Commerce extérieur dans sa missive.

 

Extrait du projet de résolution européenne porté par le groupe communiste.

Extrait du projet de résolution européenne porté par le groupe communiste.
Sauf qu’à l’époque, la position des socialistes n’est pas aussi claire. Lors du passage du projet de résolution porté par le communiste André Chassaigne devant la commission des Affaires européennes, le groupe Socialistes Républicains et Citoyens (SRC), par la voix de la députée Estelle Grellier, s’applique alors à un véritable travail de sape, selon les mots de Chassaigne, pour « affaiblir (le texte) en le remplaçant par des rédactions molles, moins vigoureuses. » A la sortie, un document bien moins offensif et qui, sans une véritable volonté politique de l’exécutif, pouvait au mieux faire office de cale pour rééquilibrer une table bancale.

 

Extrait de la discussion lors de l'examen en commission des Affaires européennes.

Extrait de la discussion lors de l’examen en commission des Affaires européennes.
Voilà qui était regrettable. D’autant que les instances européennes l’ont prouvé : elles sont incapables, par elle-même, de se plier à l’exercice élémentaire de transparence. Il suffit de relire pour cela notre article sur la grande opération de communication lancée cet été par la Commission européenne sur les négociations en cours. « Opération foutage de gueule » aurait été plus juste comme intitulé…Au niveau du Parlement européen, c’est guère mieux. Selon une information de nos confrères d’Euractiv, celui-ci s’apprêtait début septembre à rejeter une motion réclamant la transparence sur le TAFTA. La raison ? La motion qui « exige un accès immédiat au dossier complet, pendant toute la durée des négociations » émanait… du Front national. Résultat : même si le contenu du texte ne comportait aucune position politique inspirée des « classiques » FN — sur l’immigration ou l’islam par exemple — nos confrères expliquaient que les « coordinateurs » allaient « s’opposer à la motion » car « aucun n’avait intérêt à donner une tribune » aux frontistes..Les déclarations de Matthias Fekl seront-elles suivies d’effet ? A voir. Le tout nouveau secrétaire d’Etat vient en tout cas d’annoncer une véritable « inflexion » du gouvernement à l’égard de ces négociations commerciales avec les Etats-Unis. Changement de cap qui pourrait bien donner des idées aux députés qui réclament depuis des mois des « inflexions » eux aussi… sur la ligne économique cette fois.