L’actionnariat de Slate.fr

Slate.fr « une entreprise indépendante contrôlée par ses fondateurs » ?

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-actionnaires-ultra-chic-de-slate-fr-943252.html

Lampsane Investissement SA (Compagnie Benjamin de Rothschild Conseil SA): 29,3%**

Financière Viveris: 22,3%
Slate Group (Washington Post): 8,3%
Eric Le Boucher: 7,7%
JMC Media SAS (Jean-Marie Colombani): 7,4%
BNP Paribas Développement: 5%**
A&A (Jacques Attali): 5,1%
Eric Leser: 3,7%
Pierre Leroy (directeur général délégué de Lagardère): 3,2%
Ufinvest (LVMH) (cabinet d’expertise comptable de René Ricol) : 1,5%
Philippe Tesson: 1%
Bernard Duc: 0,8%*
Michel de Rosen (ex-directeur général d’Eutelsat) : 0,4%*
Jean-Pascal Beaufret (ancien dirigeant d’Alcatel puis de Natixis) : 0,4%*
Alain Minc: 0,4%*
Fabrice Larue (président de Newen) : 0,4%*
Cabinet Ricol Lasteyrie: 0,4%*
Stéphane Boujnah (PDG d’Euronext) : 0,3%*
Michel Vigier: 0,3%*
Dominique d’Hinnin (directeur généralx délégué de Lagardère) : 0,3%*
Jean-Cyril Spinetta (ancien PDG d’Air France KLM) : 0,2%
Philippe Tillous-Borde (ancien directeur général de Sofiprotéol) : 0,2%*

*plus autant de bons de souscription d’actions
**plus des obligations convertibles
Source: BFM Business

NB: le co-fondateur Johan Hufnagel, qui détenait 1,2%, nous a indiqué avoir revendu ses actions aux autres fondateurs il y a un an 

 

Les Pays Bas s’apprêtent à infliger une leçon de démocratie à l’Union Européenne

Un référendum sur l’accord d’association (de libre-échange) entre l’Union européenne et l’Ukraine se tiendra aux Pays-Bas le 6 avril prochain. Bien que peu évoqué hors des frontières de ce pays, ce référendum pourrait être le déclencheur d’une crise majeure en Europe tant les probabilités que le peuple hollandais le rejette sont fortes.

Jean-Claude Junker, président de la commission européenne, craignant les conséquences d’un tel vote juste avant des élections législatives cruciales au Pays-Bas et en France en 2017, mais aussi en pleine négociation du TTIP, le traité de libre-échange transatlantique, a enjoint les citoyens des Pays-Bas à ne pas « mal voter ». 

L’accord d’association controversé entre l’Ukraine et l’Union européenne a été l’un des déclencheurs d’un renversement du gouvernement ukrainien de Ianoukovytch à la suite du mouvement populaire du Maïdan. Le nouveau gouvernement ukrainien présidé par M. Porochenko, signataire de cet accord et appuyé par les Etats-Unis, a été à l’initiative d’une guerre civile à l’est du pays qui a fait plus de 10 000 victimes dont de nombreux civils, ainsi que le déplacement de plus de 1 100 000 réfugiés.

Il est légitime que les peuples des Etats-membres de l’Union européenne se posent la question de l’opportunité d’un tel accord, eut égard, d’une part, aux coût colossaux qu’il va faire peser sur les budgets européens, et, d’autre part, car il pose la question du bien-fondé des décisions des institutions européennes rarement prises dans l’intérêt des peuples. Enfin, il marque alignement de l’UE sur la politique étrangère étatsunienne, au risque de la paix en Europe, pourtant argument principal légitimant l’existence de l’Union.

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Cet accord, déjà ratifié par le Parlement néerlandais, est entré en vigueur le 1er janvier 2016. La très démocratique loi néerlandaise prévoit la tenue d’un référendum consultatif si au moins 300 000 signatures sont recueillies auprès des citoyens. Les auteurs de l’initiative visant à rejeter cet accord d’association en ont réuni 420.000. Le vote aura donc lieu le 6 avril. Si de plus, le taux de participation dépasse les 30% le gouvernement serait formellement obligé de reconsidérer l’accord – or, selon les sondages, environ trois quarts des électeurs néerlandais voteront « probablement ou certainement » contre l’accord.

Jean-Claude Junker, qui avait déclaré il y a quelques mois « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens« , est en train de réaliser que le peuple peut encore faire irruption sur la scène politique à l’échelle de L’Union. Inquiet, il a appelé les Néerlandais à ne pas s’opposer à l’accord et fait remarquer qu’une réponse négative pourrait « déboucher sur une grave crise en continentale, qui dépasserai largement le cadre néerlandais« .

Ne doutons pas que Junker, entre deux moments d’ébriété, y voit clair et s’inquiète à juste titre de chaque retour du peuple dans la vie politique. La portée du vote sera fortement symbolique, car ce référendum se tiendra alors que la Hollande, central dans l’Union Européenne dont elle est fondatrice, assure la présidence tournante depuis le 1er janvier.

La Hollande pourrait réaliser un vote de défiance vis-à-vis de l’Union Européenne et ses traités en illustrant combien les élites européennes sont coupées des intérêts des peuples que sensément elles doivent servir. Ce serait également un coup porté aux certitudes bruxelloise et au dogme de l’élargissement sans fin de l’UE. Cela relancerait enfin le débat sur le degré d’intégration de chaque Etats-Nation dans l’UE et donc d’abandon de souveraineté, et ce un an avant des élections législatives d’importances aux Pays-Bas et en France, deux pays phares de l’UE, où, par référendum populaire le Traité Constitutionnel Européen avait été rejeté de manière retentissante en 2005 (61% de NON en Hollande, 55% en France).

Les Hollandais se prononceraient légitimement contre cet accord de libre échange compte tenu du coût colossal pour l’UE, donc pour ses citoyens, qu’il impliquerait. L’économie ukrainienne est, en effet, en faillite continue, soutenue à bout de bras par l’UE et le FMI (qui au contraire de la Grèce lui a accordé une restructuration de sa dette) : il faudrait entre 40 et 65 milliards d’Euros pour la remettre à flots et assurer un soutien de quelques 15 milliards d’Euros par an pendant de nombreuses années, sommes impensables dans un contexte de récession, de crise grave, de chômage et de politique d’austérité dans les autres pays européens. Ses aides risqueraient d’ailleurs de n’y rien changer puisque le niveau de corruption de l’actuelle Ukraine est un des plus élevé au monde et supérieur – si c’est possible – à celui en vigueur sous Ianoukovitch.

Par ailleurs, le rapprochement plus marqué de l’UE et de l’Ukraine augure d’un dumping social sans précédent en Europe, déjà largement initié par l’Allemagne dans ses usines. L’Ukraine compte une des plus importante population d’Europe – 46 millions d’habitants – pour un salaire moyen de 250 euros/mois et un salaire minimum de… 50 Euros par mois. Le rapprochement de l’UE et de l’Ukraine risque de causer un tsunami social dans toute l’Europe de l’ouest où le travail, de plus en plus rare et précaire, est dévoyé par le déferlement des « travailleurs détachés » (soit l’organisation du dumping social au niveau européen par l’organisation, légalisée par l’UE, de travailleurs exploités).

Junker redoute également les conséquences géopolitiques d’un NON hollandais, tant cet accord d’association sert surtout les intérêts hégémoniques des Etats-Unis. Pour Washington l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN et son éloignement de la sphère d’influence de la Russie reste un de ses objectifs géostratégiques centraux et l’accord d’association UE/Ukraine n’en est qu’une étape.

Cet accord mettrait l’Europe encore plus en porte-à-faux par rapport à la Russie, or, sans ce pays, comme le déclarait le Général De Gaulle, un projet européen indépendant n’est pas viable.

Il est à noter que cela se déroule au même moment où se négocie, en catimini, l’accord sur le traité de libre-échange transatlantique, le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership – Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement en français), visant à construire un grand marché Transatlantique, lequel, s’il était ratifié ainsi que le désirent ardemment les élites européennes, augurerait d’un basculement définitif et complet de l’Europe dans le giron étasunien.

Le référendum d’initiative populaire s’il se soldait par un vote NON à l’accord d’association UE/Ukraine serait une crise supplémentaire dans une UE qui ne représente plus les intérêts des peuples. Ce serait le retour du peuple dans un système d’institutions où la banque centrale européenne qui n’a pas les mêmes prérogatives que la réserve fédérale des Etats-Unis, où la démocratie est inexistante – commission européenne non élue et parlement européen composé de députés élus mais sans réels pouvoirs. Caractère non démocratique qui sera renforcé par une des dispositions phares du TTIP, les tribunaux d’arbitrage, instances non élues, et dont les décisions s’imposeront aux Etats-Nations, si nécessaire en oppositions aux décisions prises par le peuple que ce soit par voie référendaire ou par le truchement de ses représentants au parlement – ce qui dans le cas de notre pays est en contradiction radicale avec l’article 3 de la constitution française.

Un exemple de privatisation sauvage.

La scandaleuse privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac

28 novembre 2014 | Par Laurent Mauduit

Pour la première vraie privatisation du quinquennat Hollande, Emmanuel Macron veut céder l’aéroport de Toulouse-Blagnac à un groupe chinois implanté dans des paradis fiscaux et à un groupe canadien radié pour dix ans par la Banque mondiale, pour des faits graves de corruption. Enquête sur une cession qui a tout de l’affaire d’État.

Depuis que François Hollande l’a promu ministre de l’économie, Emmanuel Macron s’est fait une spécialité de multiplier les provocations en sortant chaque jour de sa hotte un nouveau projet concocté au préalable dans les cénacles patronaux ou dans les milieux de la haute finance dont il vient. Remise en cause des 35 heures, gel des salaires, déréglementation du droit du travail, agression contre les professions réglementées comme celle d’avocat : le successeur d’Arnaud Montebourg multiplie les annonces de nouveaux projets.

À toutes ces provocations, il va falloir bientôt ajouter un scandale, voire une affaire d’État. Sur décision d’Emmanuel Macron, l’aéroport de Toulouse-Blagnac pourrait être partiellement privatisé dans les prochains jours au profit d’un consortium sino-canadien. Or l’un des groupes, dénommé SNC-Lavalin Inc., a fait l’objet en 2013 de la plus grave sanction prise par la Banque mondiale pour des faits de corruption. L’autre est implanté dans une myriade de paradis fiscaux, dont les îles Vierges et les îles Caïman.

Pour l’heure, l’affaire n’a fait que peu de bruit, n’alimentant que quelques articles modestes ici ou là. Elle est pourtant d’une considérable importance.

À cela, il y a une première raison. C’est la première fois, depuis que François Hollande a accédé à l’Élysée en mai 2012, qu’une véritable privatisation, fût-elle partielle, est engagée. Jusque-là, des cessions de 2 ou 3 % du capital de certaines entreprises publiques avaient été mises en œuvre afin de permettre à l’État, de plus en plus impécunieux, de boucler ses fins de mois. Mais jamais le contrôle même d’entreprises publiques n’avait été cédé, au terme d’une privatisation.

Or, dans le cas présent, c’est bien de cela dont il s’agit. Alors que l’aéroport de Toulouse-Blagnac était jusqu’à présent contrôlé à hauteur de 60 % par l’État, 25 % par la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, 5 % par le conseil général du département, 5 % par la Ville de Toulouse et 5 % par la Région, l’État a décidé de se retirer. Le 18 juillet 2014, le Journal officiel a révélé qu’un appel d’offres international serait lancé. « Cette cession portera dans un premier temps sur 49,99 % du capital et comportera également une option de vente par l’État de sa participation résiduelle au capital », pouvait-on lire. En clair, les candidats au rachat qui seront choisis pourront disposer sous trois ans d’une option sur 10,1 % du capital, et contrôler ainsi largement plus de la majorité du capital de la société.

Pourquoi donc l’État engage-t-il une privatisation ? À tout le moins, cela aurait souffert d’être discuté, d’autant que l’aéroport de Toulouse-Blagnac, le sixième français, a un rôle économique stratégique, compte tenu notamment des implantations voisines des sites d’Airbus. De plus, il affiche une très belle santé économique, réalisant bon an mal an des profits de l’ordre de 10 millions d’euros.

Et pourtant, non ! L’ancien associé gérant de la banque Rothschild qu’est Emmanuel Macron ne s’est guère soucié de l’intérêt général et a choisi de mener la privatisation tambour battant de ce « bijou de famille » – selon l’expression qui a fait florès, au plus fort des controverses suscitées par les premières privatisations, en 1986-1988. Un débat aurait été d’autant plus impérieux qu’Emmanuel Macron est visiblement saisi d’une fringale de privatisation, puisque après Toulouse, ce sera ensuite le tour des aéroports de Nice puis de Lyon d’être vendus à l’encan.

Mais dans le cas de cette privatisation, ce sont surtout les modalités retenues et la procédure choisie qui apparaissent comme le plus choquant. Au début, rien que de très normal. Au terme du premier tour de l’appel d’offres, huit candidats au rachat se sont mis sur les rangs. Puis, pour le second tour, il n’est plus resté que quatre consortiums pour présenter une offre.

La plus grave sanction de la Banque mondiale

Le premier candidat au rachat est Aéroports de Paris, allié à Predica, la filiale assurances du Crédit agricole. Le deuxième candidat est le groupe d’infrastructure Vinci, associé à la filiale spécialisée de la Caisse des dépôts, CDC infrastructures, et une filiale d’EDF dénommée EDF Invest. Le troisième candidat est Cube, un fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures, associé à Natixis, la banque d’investissement de BPCE. Et le quatrième candidat est un consortium un tantinet mystérieux comprenant le groupe canadien SNC-Lavalin Inc. (un concurrent d’Alstom dans le domaine des transports, mais aussi présent sur le secteur du BTP) et un groupe chinois, dénommé Friedmann Pacific Investment Group.

Dans un premier temps, on pouvait penser que la compétition se jouerait entre les deux premiers candidats, qui présentent l’avantage d’être adossés à des groupes publics et d’avoir dans leur tour de table des groupes qui ont un véritable savoir-faire. Quitte à privatiser, autant que le joyau reste dans la grande galaxie du public et soit entre les mains de professionnels du secteur ! Quitte à privatiser, autant, de surcroît, que cela contribue à créer des « champions » nationaux.

L’une de ces deux solutions était d’autant plus probable que les deux autres candidats semblaient avoir assez peu de chances d’être retenus. Dans le cas de l’alliance Cube-Natixis, parce qu’ils ont pour double handicap de ne pas avoir de racine dans la sphère publique et de ne pas avoir de compétence aéroportuaire. Quant au quatrième candidat, il apparaît parfaitement infréquentable.

Selon les informations que Mediapart est parvenu à recueillir, la structure de tête du groupe chinois est détenue par un oligarque dénommé Poon Ho Man et son épouse Christina, et se nomme Capella Capital Limited, une holding immatriculée aux îles Vierges britanniques. Cette holding de tête a pour filiale à 100 % une société dénommée Friedmann Pacific Investiment Holdings Limited, dont le pays d’immatriculation est inconnu : cette dernière société aurait elle-même une filiale dénommée Friedmann Pacific Asset Management Limited, immatriculée également aux îles Vierges britanniques.

Ce serait cette dernière société qui serait alliée au groupe canadien pour faire une offre pour l’aéroport de Toulouse. Cette même société aurait elle-même une autre filiale dénommée China Aircraft Leasing Groups Holdings Limited, implantée aux îles Caïman, qui a fait récemment l’acquisition de quatre Airbus et qui envisagerait d’en acquérir d’autres.

Quant au groupe canadien qui fait partie du même consortium, SNC-Lavalin Inc, on a tôt fait de savoir ce qu’il faut en penser. Il suffit d’aller sur le site internet de la Banque mondiale (c’est ici) pour y apprendre que la banque lui a imposé la plus grave sanction jamais prononcée dans l’histoire de l’institution pour des faits graves de corruption.

Sous le titre « La Banque mondiale radie SNC-Lavalin Inc. et ses filiales pour dix ans » et le sous-titre « la plus longue période d’exclusion jamais fixée dans un règlement de la Banque mondiale », voici ce que l’on peut lire dans un communiqué en date du 17 avril 2013 : « Le Groupe de la Banque mondiale annonce ce jour la radiation de SNC-Lavalin Inc. – en plus de ses 100 filiales – pour une période de 10 ans, suite à une faute professionnelle commise par cette société dans le cadre du Projet de construction du pont multifonctionnel du fleuve Padma et d’un autre projet financé par la Banque. SNC-Lavalin Inc. est une filiale du Groupe SNC-Lavalin, une société canadienne dont elle représente plus de 60 % des opérations. Cette radiation s’inscrit dans le cadre d’un Accord de règlement négocié entre la Banque mondiale et le Groupe SNC-Lavalin, à l’issue d’une enquête menée par la Banque mondiale sur des allégations de complot de corruption impliquant SNC-Lavalin Inc. et des fonctionnaires au Bangladesh. »

Le communiqué ajoute : « Alors que l’enquête suivait son cours, une autre faute professionnelle commise par SNC-Lavalin Inc. a été portée à l’attention de la Vice-présidence de l’Intégrité de la Banque mondiale en rapport avec le Projet de transport et d’électrification rurale au Cambodge, financé par la Banque (…). La faute commise par SNC-Lavalin incluait un complot visant à verser des pots-de-vin et à faire de fausses déclarations dans le cadre de la soumission à un appel d’offres pour des contrats financés par la Banque, et ce en violation des directives de la Banque mondiale concernant la passation des marchés. »

Avec un tel groupe sur les rangs, blacklisté par la Banque mondiale jusqu’en 2023, il semblait donc acquis que le quatrième candidat au rachat n’aurait aucune chance de voir son offre aboutir.

Entourloupe devant la commission

Et pourtant si ! Jouant des coudes pour que les groupes publics soient écartés et que le sulfureux candidat sino-canadien soit retenu, c’est l’exploit d’Emmanuel Macron : il a tout fait pour que le candidat imprésentable puisse remporter la compétition. Et pour cela, la procédure a dérogé aux usages habituels.

C’est la Commission des participations et des transferts (CPT), autrefois dénommée Commission de privatisation, qui a la haute main sur la décision puisque le ministre de l’économie ne peut rien décider sans son avis conforme. Ordinairement, tous les candidats passent devant elle pour défendre leur offre, et c’est traditionnellement un mardi qu’elle se réunit en séance pour arrêter son avis.

Mais cette fois, les choses se sont déroulées différemment. Dimanche 23 novembre, tous les candidats au rachat ont appris qu’ils seraient précipitamment reçus les uns après les autres par la CPT dès le lendemain, le lundi 24 novembre. Tous, sauf un, le consortium sino-canadien qui, lui, serait reçu le mardi 25.

Les trois premiers candidats au rachat ont aussitôt flairé l’entourloupe. Ils se sont pris à penser qu’on allait amuser la galerie et sauver les apparences en les faisant défiler devant la CPT mais que la décision était déjà prise et que ce serait le groupe sino-canadien qui l’emporterait. Et c’est effectivement comme cela que les choses se sont passées. Mardi 25, après la présentation par le consortium sino-canadien de son offre, le directeur de l’Agence des participations de l’État, Régis Turrini (l’ancien directeur des fusions-acquisitions du groupe Vivendi) a informé les sept membres de la CPT que sa recommandation allait au groupe sino-canadien.

Pour la petite histoire, Régis Turrini, selon nos informations, a enrôlé comme conseil dans cette affaire le cabinet d’avocats BGDS, créé par Antoine Gosset-Grainville, l’ancien collaborateur de François Fillon comme celui de Jean-Pierre Jouyet – il était d’ailleurs présent au célèbre déjeuner entre les deux hommes. De son côté, la Caisse des dépôts s’est entourée du conseil de Frédéric Salat-Baroux, le gendre de Jacques Chirac.

La recommandation du patron de l’Agence des participations de l’État n’est en vérité pas surprenante de la part de ce haut fonctionnaire qui a fait une bonne partie de sa carrière dans le privé, et qui a été durant des années l’un des plus proches collaborateurs de Jean-René Fourtou. Mais l’important est ailleurs : si Régis Turrini a défendu cette recommandation, c’est probablement parce que le ministre de l’économie lui en a donné l’instruction.

L’affaire était en vérité cousue de fil blanc depuis le début. Pour une raison sur laquelle il n’est pas inintéressant de s’arrêter. Si le consortium sino-canadien avait voulu faire acte de candidature pour devenir l’exploitant d’un aéroport de Toulouse restant dans le giron public, cela aurait été impossible, car le droit public n’aurait pas permis que la société canadienne, sanctionnée pour des faits graves de corruption, se mette sur les rangs. Mais dans le cas d’une privatisation, c’est le droit privé qui l’emporte. Pour écarter a priori le groupe canadien, il aurait donc fallu – ce qui est habituellement la règle – que le cahier des charges de l’appel d’offres contienne une disposition écartant des candidats ayant fait l’objet de sanctions similaires.

Or, dans le cas présent, le cahier des charges (on peut le télécharger ici) ne contient aucune clause restrictive de ce type : avec le recul, les autres candidats ne doutent pas que cette omission n’est sûrement pas le fruit du hasard. Emmanuel Macron a donc tout fait pour imposer ce choix sino-canadien, sans doute parce qu’il vit avec l’obsession qu’il faut administrer la preuve aux marchés financiers que la France est un pays décidément très accueillant. Même au point de vendre des actifs très rentables à des groupes mal famés ?

L’affaire, pourtant, n’est pas totalement bouclée. Car la CPT doit donc encore rendre son avis – ce sera chose faite dans les heures ou les jours qui viennent. Ordinairement, cette commission (dont on peut consulter ici la composition) n’est guère courageuse et se plie aux moindres desiderata du patron de Bercy. C’est si vrai que dans sa longue histoire, la commission n’a fait de la résistance qu’une seule fois, dans le cas de la privatisation de Thomson-CSF, qu’Alain Juppé voulait brader en 1996 pour 1 franc symbolique. Résultat : pour cette seule fois, la commission avait rendu un avis défavorable.
Lire aussi

Bertrand Schneiter est connu notamment pour avoir présidé l’Établissement public de financement et de restructuration (EPFR), l’établissement public auquel Christine Lagarde avait donné ses instructions pour lancer l’arbitrage en faveur de Bernard Tapie. À la tête de cet organisme avant qu’il n’ait à gérer ce scandale, Bertrand Schneiter a été invité le 3 septembre 2008 par la commission des finances de l’Assemblée nationale à expliquer aux députés comment fonctionnait l’EPFR, avant qu’il ne soit emporté dans la tourmente Tapie. Et lors de cette audition (on peut la consulter ici), le haut fonctionnaire avait eu cette formule : « Je n’ai jamais demandé quelque instruction que ce soit à quelque ministre que ce soit. » Le voici de nouveau au pied du mur…

Quoi qu’il en soit, c’est une privatisation scandaleuse qui est en passe d’aboutir. Dans le cas d’une autre privatisation sous le précédent quinquennat, Arnaud Montebourg avait eu des termes sévères, à l’occasion d’un entretien vidéo avec Mediapart.
« http://www.dailymotion.com/video/xc3ehe_montebourg-sur-la-privatisation-de_news »
Montebourg sur la privatisation de France… par Mediapart

Il s’agissait du projet de privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions, que Nicolas Sarkozy voulait conduire à bien au profit de ses amis Alain Minc et Stéphane Courbit. Arnaud Montebourg avait alors estimé qu’il s’agissait « de brigandage politique ». L’expression pourrait resservir aujourd’hui…

IDH et empreinte écologique

Sur le graphique ci-dessous les pays du monde sont positionnés en fonction de leur niveau d’IDH et de leur empreinte écologique. On peut y lire les éléments suivants :

  1.  Cette courbe montre l’évolution du « développement classique » qui amène les pays pauvres vers le « modèle » représenté par les Etats-Unis et l’Australie.
  2. On constate que dans une première phase les pays pauvres voient leur IDH augmenter fortement et qu’ensuite l’impact écologique augmente beaucoup plus vite que le développement humain.
  3. A la fin du processus, l’IDH n’augmente pratiquement plus pour une très forte augmentation de l’empreinte écologique. Il s’agit, pour ces pays, seulement d’une course au développement économique sans recherche d’amélioration de l’IDH. (productions de luxe (brosses à dent électriques, caddy de golf à moteur…)). Phénomène bien connu des économistes et évoqué il y a trente ans par J.K. Galbraith.
  4. Pour se stabiliser à une situation durable il faut non seulement que les pays sous développés augmentent leurs IDH mais également que les pays développés réduisent leurs empreintes écologiques. Pour ce faire les deux groupes ont un long chemin à parcourir.

Graphique IDH / Empreinte écologique

Graphique IDH / Empreinte écologique

Conclusion de l’article.

Conclusion de l'article.

 

 

France, projet de Budget

Le décodeur du journal le monde donne une synthèse thématique des réformes proposées par le FMI, l’UE et l’OCDE pour améliorer le budget français :

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/14/reformer-la-france-ce-que-nous-conseillent-le-fmi-l-ocde-et-l-europe_4505698_4355770.html

On constate bien que les mesures proposées consistent, sans exceptions, à donner des faveurs aux entreprises et des restrictions aux citoyens. Rien sur la hiérarchie des salaires, l’évasion fiscale, les délocalisations, les entrepreneurs voyous, le pouvoir de la finance, domaines qui ont un effet majeur sur le budget. On fait semblant de se concentrer sur les mesures directes (et simplistes) pour ne pas évoquer les causes structurelles qui sont pourtant les vraies raisons du déficit.

Traité transatlantique : le gouvernement demande enfin la transparence !

Jeudi 18 Septembre 2014 à 05:00 | paru dans Marianne
Bruno Rieth

Jusqu’à présent, le gouvernement se foutait bien de l’opacité entourant le mandat de négociation des émissaires européens sur le traité transatlantique. Pis, il paraissait l’approuver. Mais Matthias Fekl, le remplaçant du phobique Thomas Thévenoud au secrétariat au Commerce extérieur, vient d’exiger que le secret soit levé. Ni plus ni moins que ce que réclament depuis des mois les opposants au traité…


Des opposants au traité transatlantique lors du défilé du 1er mai dernier, à Toulouse - 20 MINUTES/FRED SCHEIBER/SIPA

Des opposants au traité transatlantique lors du défilé du 1er mai dernier, à Toulouse – 20 MINUTES/FRED SCHEIBER/SIPA
Une petite bombe. C’est à l’occasion de son audition par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, hier, que Matthias Fekl, le tout nouveau secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, a décidé de jouer les artificiers. Prenant la parole dès le début de la séance pour exposer « les quelques axes stratégiques d’action » qu’il entend mettre en œuvre dans ses nouveaux habits de secrétaire d’Etat, Matthias Fekl a annoncé, devant un parterre de députés, que « l’une de [ses] toutes premières décisions a été d’écrire à la Commission européenne, au nom de la France, de faire toute la transparence sur les mandats de négociations » devant conduire au fameux et controversé traité transatlantique. « Il ne peut plus y avoir de mandat secret de négociation », a-t-il même expliqué avant de s’engager à faire des points réguliers sur les avancées des discussions devant ladite commission. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais voilà une annonce de taille. D’autant plus qu’elle émane paradoxalement d’un Matthias Fekl passé par le programme des « Young leaders » de la French-american foundation…Marianne le réclame depuis des mois ainsi que de nombreux responsables politiques et associatifs. Surtout, cette déclaration vient contredire la ligne défendue depuis le début par l’exécutif sur cette question. Cette fameuse ligne que l’on pourrait résumer de la sorte : « Certes, le manque de transparence est gênant démocratiquement mais n’embêtons pas trop la Commission européenne quand même… » Le chef de l’Etat lui-même est renvoyé dans les roses, lui qui avait justifié une nécessaire opacité, lors d’une conférence de presse commune avec le président américain Barack Obama, en février 2014 : « Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations » (sic).

 

Matthias Fekl lors de son audition, hier, à l'Assemblée - WITT/SIPA

Matthias Fekl lors de son audition, hier, à l’Assemblée – WITT/SIPA
Le ministre de tutelle de Fekl, Laurent Fabius, n’était pas non plus apparu jusqu’à présent comme très attaché à la transparence. D’ailleurs, le patron du Quai d’Orsay expliquait, cet été encore, dans un élan de pragmatisme déconcertant que « si la négociation est positive pour nous, on dira oui. Si la négociation n’est pas satisfaisante on dira non ». Il faut croire que Matthias Fekl l’a convaincu qu’il fallait s’intéresser en amont au contenu des négociations avec les Etats-Unis plutôt que de se retrouver mis un beau jour devant le fait accompli. Ou peut-être aussi que le jeune secrétaire d’Etat lui a rappelé qu’avant que la direction du PS ne vienne tripatouiller leurs votes, les militants socialistes s’étaient opposés, à l’été 2013, au principe même de négociations transatlantiques…Quoi qu’il en soit, avant même cette sortie (bien inspirée) de Matthias Fekl, il y a d’abord eu le travail du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale, qui avait tenté de faire voter une proposition de résolution européenne. Celle-ci réclamait justement cette transparence. Cette proposition de résolution européenne n°1876, débattue le 22 mai 2014, demandait que la représentation nationale s’accorde sur un texte pour exiger de la Commission que le Parlement français « soit dûment associé au suivi des négociations à travers une information régulière ». Et que les citoyens européens aient un accès direct aux « documents de travail et de négociations ». En clair, ce qu’aurait donc demandé notre secrétaire d’Etat au Commerce extérieur dans sa missive.

 

Extrait du projet de résolution européenne porté par le groupe communiste.

Extrait du projet de résolution européenne porté par le groupe communiste.
Sauf qu’à l’époque, la position des socialistes n’est pas aussi claire. Lors du passage du projet de résolution porté par le communiste André Chassaigne devant la commission des Affaires européennes, le groupe Socialistes Républicains et Citoyens (SRC), par la voix de la députée Estelle Grellier, s’applique alors à un véritable travail de sape, selon les mots de Chassaigne, pour « affaiblir (le texte) en le remplaçant par des rédactions molles, moins vigoureuses. » A la sortie, un document bien moins offensif et qui, sans une véritable volonté politique de l’exécutif, pouvait au mieux faire office de cale pour rééquilibrer une table bancale.

 

Extrait de la discussion lors de l'examen en commission des Affaires européennes.

Extrait de la discussion lors de l’examen en commission des Affaires européennes.
Voilà qui était regrettable. D’autant que les instances européennes l’ont prouvé : elles sont incapables, par elle-même, de se plier à l’exercice élémentaire de transparence. Il suffit de relire pour cela notre article sur la grande opération de communication lancée cet été par la Commission européenne sur les négociations en cours. « Opération foutage de gueule » aurait été plus juste comme intitulé…Au niveau du Parlement européen, c’est guère mieux. Selon une information de nos confrères d’Euractiv, celui-ci s’apprêtait début septembre à rejeter une motion réclamant la transparence sur le TAFTA. La raison ? La motion qui « exige un accès immédiat au dossier complet, pendant toute la durée des négociations » émanait… du Front national. Résultat : même si le contenu du texte ne comportait aucune position politique inspirée des « classiques » FN — sur l’immigration ou l’islam par exemple — nos confrères expliquaient que les « coordinateurs » allaient « s’opposer à la motion » car « aucun n’avait intérêt à donner une tribune » aux frontistes..Les déclarations de Matthias Fekl seront-elles suivies d’effet ? A voir. Le tout nouveau secrétaire d’Etat vient en tout cas d’annoncer une véritable « inflexion » du gouvernement à l’égard de ces négociations commerciales avec les Etats-Unis. Changement de cap qui pourrait bien donner des idées aux députés qui réclament depuis des mois des « inflexions » eux aussi… sur la ligne économique cette fois.

La Bretagne doit changer de modèle : la preuve en trois chiffres

11 Septembre 2014 Par Thibaut Schepman (journaliste) – 5/11/2013

Les choix économiques de la région ne sont pas viables. En se penchant sur les chiffres, cette réalité saute au visage.

Au tournant des années 1960, la Bretagne a fait le pari de l’agriculture intensive. Très gourmand en énergie et en matières premières importées, nocif pour l’environnement, le modèle agroalimentaire breton est à bout de souffle. En cherchant à le préserver, les « bonnets rouges » font fausse route. Comparé à la France, la Bretagne c’est en effet :

1) Presque la moitié du soja importé

C’est la quantité de tonnes de soja importées en Bretagne chaque année pour nourrir les animaux d’élevage, soit presque la moitié des importations françaises (environ 4,63 millions de tonnes par an) ! Voilà donc 3 millions d’hectares de terres cultivées en Amérique du Sud uniquement pour nourrir les animaux bretons. Au-delà de leurs coûts environnementaux, ces importations coûtent de plus en plus cher aux agriculteurs puisque le prix du tourteau de soja est en hausse continue, il coûte presque trois fois plus aujourd’hui qu’en 2008, comme le montre le schéma ci-dessous (en dollars constants).

2) Deux fois plus d’énergie consommée

L’agriculture bretonne est aussi la championne de France de la consommation d’énergie. Selon un indicateur construit par le ministère de l’Environnement (la consommation régionale d’énergie par secteur rapportée au PIB régional tous secteurs confondus) l’agriculture bretonne en consomme plus de deux fois plus que la moyenne nationale (0,14 tonne équivalent pétrole/ million d’euros contre 0,06 en France). Or c’est justement le coût de l’énergie – qui ne cesse de grimper – qui fragilise l’agriculture française. La preuve, avec cette étude réalisée en 2012 par l’Ademe montrant que l’agriculture française consomme toujours plus d’énergie, que ce soit sous la forme d’électricité ou de fuel, ou encore sous la forme d’engrais et de nourriture importés. Le schéma ci-dessous, tiré de cette étude, montre que les budgets des agriculteurs s’en ressentent. Plus dépendante au niveau énergétique, la Bretagne est encore plus fragile, d’où les fermetures aujourd’hui.

3) Presque deux fois plus de nitrates

On trouve 40 mg de nitrates par litre dans les cours d’eau bretons. C’est presque 10 fois plus qu’en 1971 (5 mg) et presque deux fois plus que la moyenne française actuelle (23 mg). En produisant 58% des porcs français, la Bretagne – qui ne représente que 5% du territoire national – doit subir une pollution aux conséquences écologiques énormes. Et qui, elle aussi, a un coût : celui du traitement des eaux polluées ou du ramassage des algues vertes, ou encore des sanctions européennes qui menacent la France pour non-respect des directives environnementales.

En Bretagne, ils font déjà autrement

On aurait pu poursuivre la liste. Rappeler qu’après 2700 contrôles menés en 2007, 500 exploitations bretonnes ont été jugées non conformes aux normes en matière de rejets azotés. Ou que les aides de la PAC (Politique agricole commune) y ont triplé entre 1993 et 2006, faisant de la région la quatrième la mieux dotée en France. Aides qui pourraient considérablement baisser si le verdissement de la PAC se poursuit. Ou encore que les libertés laissées à l’agro-industrie bretonne sont toujours plus grandes puisque le seuil à partir duquel l’extension d’une porcherie nécessite une autorisation administrative et une étude d’impact sur l’environnement a été relevé de 450 à 2000 bêtes en septembre. Mais on peut aussi montrer ceux qui font déjà autrement. C’est en Bretagne que le Cedapa (Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome) a inventé à la fin des années 1970 une méthode agricole peu gourmande en intrants et en énergie et peu polluante. Une étude de l’Inra (Institut national de recherche agronomique) a montré que le lait produit ainsi est de meilleure qualité, et que les exploitations sont plus rentables. Le cahier des charges basé sur leurs expérimentations, appelé « système fourrager économe en intrants », est aujourd’hui reconnu à l’échelle européenne. Il été mis en place dans plus d’un millier d’exploitations, principalement dans l’Ouest de la France. Une révolution par la prairie.