La vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous rêviez de faire autre chose

Vu l’autre jour au chien blanc ou je faisais des tartines et distribuais des boissons au bar.Théâtre et musique.Textes de Sam Shepard. Musique de Jérémie Guiochet.
Cie les Amis de Monsieur. Interprétation : Jean-Paul Bibé et Jérémie Guiochet (guitare éléctrique). Collaboration artistique : Corinne Calmels. Vidéo : Laurent Desvaux.Voici cinq fragments de vie, cinq moments où tout peut basculer. « Mourir, dormir, rêver peut-être ? » Les mots de Sam Shepard, où derrière l’humour et le détachement, la violence et l’implosion ne sont jamais loin, révèlent ces fragments. Des mots lus, dits, joués. La guitare électrique, omniprésente, les ensorcelle. Ouvrez vos yeux, ouvrez vos oreilles, vous êtes au cinéma, ou au théâtre, ou dans les plaines du Montana.Note d’intentions :
Nous avons choisi 5 nouvelles de Sam Shepard extraites du recueil « A mi-chemin » :- L’oeil qui bat
– Une question à ne pas poser
– Tous les arbres sont nus
– Formule Simple
– ConvulsionDes thèmes essentiels comme la mort, le sens de la vie, la relation de couple, la famille… y sont abordés avec poésie et humour.L’auteur pose des situations quotidiennes où chacun peut se projeter, puis, parfois, la situation évolue jusqu’à devenir extrême, décalée, mais toujours profonde.Un spectacle musical : Le comédien sur scène, un tabouret et un micro à sa disposition, nous racontera parfois au travers de sa lecture, parfois au travers d’un monologue, parfois en chantant, les 5 nouvelles. Plus loin sur scène, le guitariste ponctuera en direct les textes. Une voix féminine enregistrée illustrera un personnage féminin.
La guitare électrique de Jérémie Guiochet viendra accompagner les textes interprétés, lus, chantés par Jean-Paul Bibé, colorant les ambiances, les lieux où nous feront voyager les personnages : un fast food, une ville proche du Montana, la banlieue, une route, un parking, un train, une voiture, un salon, une garden party, une cave…Les interprétations, parlées et musicales, traduiront les émotions des personnages ainsi que les relations.Nous imaginons ponctuellement des projections vidéo.
Un spectacle hybride : Entre théâtre, poésie, musique, visuel.








 

Extraits de Lectures « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon 2001 3 septembre 2010, 13:43

« Les derniers jours de la guerre furent le prélude de l’enfer. La ville avait vécu les combats de loin. Comme une blessure endormie. Il y avait eu des mois de tergiversations et d’affrontements, de bombardements et de faim. Toute la gamme des assassinats, des luttes et des conspirations avait corrompu l’âme de la ville, mais, même ainsi, beaucoup voulaient croire que la guerre continuait à se dérouler ailleurs, que la tempête passerait au large. L’attente rendit l’inévitable encore plus atroce, si c’est possible. »

« Quand le mal se réveilla, il fut sans pitié. Rien n’alimente l’oubli comme une guerre, Daniel. Nous nous taisons tous, en essayant de nous convaincre que ce que nous avons vu, ce que nous avons fait, ce que nous avons appris de nous-mêmes et des autres est une illusion, un cauchemar passager. Les guerres sont sans mémoire, et nul n’a le courage de les dénoncer, jusqu’au jour où il ne reste plus de voix pour dire la vérité, jusqu’au moment où l’on s’aperçoit qu’elles sont de retour, avec un autre visage et sous un autre nom, pour dévorer ceux qu’elles avaient laissés derrière elles. »

Propos dis par Julian à Daniel en 1954 environ au sujet de la chute de Barcelone (26 Janvier 1939) et de fin de la guerre d’Espagne.

« Je me demande où vous casez tout ça, Fermin » (dit Daniel en parlant de l’appetit de son ami Fermin)

« Dans ma famille, on a toujours eu le métabolisme rapide. Ma sœur Jesusa, qu’elle repose en paix, était capable d’engloutir pour son goûter une omelette de six œufs au boudin et à l’ail doux, et de se conduire ensuite au dîner comme un cosaque. On l’appelait « pâté de Foie » parce qu’elle avait l’haleine fétide, Elle était comme moi, vous savez ? Même figure et même corps secs, en plus maigre. Un docteur de Câceres a dit un jour à ma mère que les Romero de Torres étaient le chaînon manquant entre l’homme et le requin-marteau, parce que notre organisme est constitué à quatre vingt- dix pour cent de cartilage, concentré majoritairement dans le nez et le pavillon auditif. Au village, on nous confondait souvent, Jesusa et moi, parce que la pauvre n’a jamais réussi à avoir de la poitrine et a commencé à se raser avant moi. Elle est morte de phtisie à vingt- deux ans, vierge jusqu’à sa dernière heure et amoureuse en secret d’un faux jeton de curé qui, quand il la croisait dans la rue, lui disait toujours : « Bonjour, Fermin, te voilà devenu un vrai petit homme » Ironies de la vie. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954

« Le moyen le plus efficace de rendre les pauvres inoffensifs est de leur apprendre à vouloir imiter les riches. C’est là le poison qui permet au capitalisme d’aveugler les … »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954.

« C’est comme la marée, disait-il, effondré Je parle de la barbarie. Elle s’en va et on se croit sauvé, mais elle revient toujours, oui, toujours… Et elle vous submerge. Je constate cela sans arrêt au lycée. Grand Dieu ! Des singes, oui, voilà ce que j’ai dans mes cours. Darwin était un rêveur, je vous assure. Ni évolution, ni extinction. Pour un qui raisonne, je dois me taper neuf orangs-outangs. »

Déclaration de M Anacleto. professeur de son état. A Barcelone en 1954

« J’en sais plus que vous sur les femmes et sur le monde. Comme nous l’enseigne Freud, la femme désire l’opposé de ce qu’elle pense ou déclare, ce qui, à bien y regarder, n’est pas si terrible, car l’homme, comme nous l’enseigne monsieur de La Palice, obéit, au contraire, aux injonctions de son appareil génital ou digestif' »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954

« Le bureau du professeur Velázquez se situait au deuxième étage de la Faculté des Lettres, au fond d’une galerie au carrelage noir et blanc, éclairée par des baies vitrées poussiéreuses donnant sur le côté sud de la cour. Je trouvai le professeur à la porte d’une salle, faisant semblant d’écouter une étudiante aux formes spectaculaires moulées dans un tailleur grenat qui lui enserrait la taille et laissait dépasser une paire de mollets hellènes dans des bas de fine soie. Le professeur Velázquez avait une réputation de don Juan, et beaucoup prétendaient que l’éducation sentimentale d’une jeune fille à la page ne pouvait être complète sans un de ces week-ends légendaires passés dans un hôtel discret de la promenade de Sitges, à réciter des alexandrins en tête à tête avec l’éminent enseignant. Mu par mon instinct du commerce, je me gardai bien de rompre leur entretien, et décidai de tuer le temps en me livrant à une radiographie de l’heureuse élue. Je ne sais si ma balade primesautière m’avait excité, ou si le fait d’avoir dix-huit ans et de passer plus de temps en compagnie des muses surprises dans de vieux volumes qu’en celle de jeunes filles en chair et en os qui semblaient toujours à des années-lumière du fantôme de Clara Barcelô, toujours est-il qu’à force de lire chaque pli de l’anatomie de cette étudiante que je voyais seulement de dos mais que j’imaginais en trois dimensions et en perspective cavalière, je me mis à saliver comme devant un baba au rhum. »

Propos tenus par Daniel Sempere , fils de libraire à Barcelone en 1954.

« La télévision est l’Antéchrist, mon cher Daniel, et je vous dis, moi, qu’il suffira de trois ou quatre générations pour que les gens ne sachent même plus lâcher un pet pour leur compte et que l’être humain retourne à la caverne, à la barbarie médiévale et à l’état d’imbécilité que la limace avait déjà dépassé au Pléistocène. Ce monde ne mourra pas d’une bombe atomique, comme le disent les journaux, il mourra de rire, de banalité, en transformant tout en farce et, de plus, en mauvaise farce. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954. Fermin est cultivé et ardent défenseur des librairies et des livres.

« L’homme, en bon simien, est un animal social, et ce qui prime en lui c’est le copinisme, le népotisme, le piston et le commérage comme mesure intrinsèque du comportement éthique, argumentait-il. C’est purement biologique. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des torres à Barcelone en 1954. Un peu raccourci mais bien visé.

« Si vous voulez le fond de ma pensée, le cinéma, ce n’est que des fariboles. Pour moi, il s’agit seulement d’un moyen d’abrutir la plèbe, pire encore que le foot-ball ou les taureaux. Le cinématographe a été inventé pour amuser les masses analphabètes, et cinquante ans aprés sa naissance il n’a pas beaucoup évolué. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des Torres amoureux de la culture écrite à Barcelone en 1954.

« Les gens sont vraiment méchants. »

« Méchants, non, rectifia Fermin. Imbéciles, ce qui n’est pas la même chose. La méchanceté suppose une détérioration morale, une intention et une certaine réflexion. L’imbécile, ou la brute, ne s’attarde pas à réfléchir ou à raisonner. Il agit par instinct, comme un bœuf de labour convaincu qu’il fait le bien, qu’il a toujours raison, et fier d’emmerder, sauf votre respect tout ce qu’il voit différer de lui que ce soit par la couleur, la croyance, la langue, la nationalité ou, comme dans le cas de M. Federico, la manière de se distraire. En fait, le monde aurait besoin de plus de gens vraiment méchants et de moins de simples crétins. »

Déclaration du personnage Fermin Romero des Torres à Barcelone en 1954. Sa remarque est inspirée par la société espagnole sous le gouvernement Franco. Cette distinction entre le méchant et le crétin m’intéresse.