Campagne

J’ai rencontré la nature et la campagne. Nature /campagne, grosse différence . La nature c’est l’herbe, les arbres, la terre. La campagne c’est la nature avec la société qui l’habite. La nature c’est quand on rêve, la campagne c’est quand on réalise son rêve. On aperçoit bien les arbres, les fleurs, l’odeur de la terre mouillée, ce petit miracle d’un fossé rempli d’herbe et de feuilles mortes avec l’eau qui bruisse au fond, l’odeur des feuilles en décomposition, les corbeaux tout là haut dans l’air glacé qui poussent des cris déments. Les signes de l’hiver. Oui mais c’est plus souvent l ‘odeur et le bruit du tracteur. Je me souviens très bien de l’odeur du mien. Le mélange subtil d’huile et de peinture brulée, de gas-oil et de la moleskine du siège fondue par le soleil et imprégnée de sueur. Dans le garage il y avait l’établi en bois sur le sol en terre battue aux odeurs d’hydrocarbures, odeurs, et, posé au milieu, la carcasse brillante du Ferguson, rutilant, rouge et gris, joyau tranquille. Qui n’a pas entendu le son rugueux, souple et régulier d’un moteur Perkins ne peut pas prétendre connaître la mécanique. Je ne vois pas de rêve plus fou, d’entreprise plus présomptueuse, de plus grande gageure que de s’amener au petit matin sur son tracteur rouge brillant au ronronnement puissant, les socs relevés comme des miroirs pointus. Tu attends trois secondes pour tourner la charrue dans le bon sens. Tu la descends doucement. Tu la poses sur la terre, les carrelets attaquent déjà un peu le sol. Tu passes la seconde. Tu met le moteur à 2500 tours. Tu n’as pas à te poser la question d’où attaquer, dans quel sens, tu le sais déjà. Et puis tu lâches l’embrayage d’un coup et ça commence, la terre défile entre les socs à toute vitesse et toi tu es là tu alignes les sillons, tu les poses les uns sur les autres, tu baisses ou tu relèves la charrue pour que le dessus du labour soit plat. Plus ça avance plus tu es espanté par ce que c’est beau un labour. Tu sculptes, tu redessines, tu mets des rayures. Et, à la fin, toutes les ondulations du champ apparaissent. C’est tout neuf, les variations de couleurs du sol s’entrecroisent avec les rayures des sillons dont la dureté des lignes contraste avec les dégradés de bruns de la terre. On peut dire avec quelques raisons que le labour c’est anti agronomique et énergivore. N’ayant pas toujours été « bio », je prétends avoir changé d’opinion mais je me refuse de jeter aux orties ces moments que j’ai vécu, de communion intime avec le sol, sa texture, sa profondeur, ce qu’il contient, les traces qu’on y trouve en profondeur. Et ce fort sentiment de redessiner la nature et de réaliser une œuvre (d’art?).

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Téhos


Téhos est un artiste qui pratique l’art numérique, entre autres il illustre le journal « le monde diplomatique ».
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